LES TRAVAUX FAITS A LOIIVAIN SUR LA VULGATE
Toufefois, après de nombreuses années d'efïbrts et de recherches, les censeurs romains n'étaient point encore arrivés, lorsque Grég-oire XIII mourut (i585), à mettre au jour une édition complète corrigée de la Vulgate. Les causes de ce retard furent, outre la difficulté de Tentreprise, la correction du Bréviaire^ du Missel, du Martjrolog-e, et la réforme du Calendrier, que Pie V et Grégoire XIII voulurent faire passer avant la revision de la Bible latine.
Les travaux sur vain
la vuigaîrrLou- 3. — Mais cutrc temps on travailla plus vite à Louvain. Dès i547, 1^^ théologiens de l'Université, et à leur tête Jean Hentenius, publiaient chez l'imprimeur Barthélémy Gravius une édition nouvelle de la Vulgate. Ils s'étaient servis de l'édition de Robert Estienne, de i54o; de plus, ils avaient consulté une trentaine de bons manuscrits, la plupart fort La Bible ancicus (i). Cette Bible de J. Hentenius fut réimprimée souvent, dans le cours du xvi® siècle, — à Anvers, à Lyon, à Venise et ailleurs.
de Hentenius ,
Autres Bibles 4. — Après la mort de J. Hentenius (i566), les docteurs
parues à Louvain. ,^ . .
de Louvain compulsèrent de nouveaux manuscrits. Aidés de Luc de Bruges, ils firent paraître à Anvers, chez Plantin, en 1674, une édition de la Vulgate plus correcte que celles publiées jusque-là (-i). Cette Bible fut enrichie de notes par Luc de Bruges^ en i58o.
Plantin la réimprima huit fois dans l'intervalle de quatorze ans. On estime, comme la meilleure, l'édition de i588.
Critique des 5. — Lcs Biblcs de J. Hentenius et de Luc de Brug-es,
dites Biblia looaniensia, font honneur à la science et à la perspicacité de leurs auteurs. Elles offrent un texte revu soigneusement, non d'après les originaux, mais d'après les meilleurs manuscrits. Quelquefois, cependant, lorsque les exemplaires étaient trop en désaccord, Luc de Bruges coQSulta l'hébreu, le grec, le chaldéen, pour s'enquérir de la véritable leçon. Les Bibles de Louvain étaient donc, pour le temps, des chefs-d'œuvre de critique. Richard Simon leur reproche seulement de ne pas nous renseigner assez sur les noms, la nature et les qualités des manuscrits employés (3).
(i) Cf. Vercellone, op. cit., t. I, p. lxxxviii, ii
(2) Cf. Vercellone, op. cit., t. 1, pp. Ci, ss .
(3) Hist. crit. des vers, du N. 7'., p. 187.
3Go
Les travaux romains fiirenl interrompus par l'éclitioii des L\X.
Les travaux reprennent sous Sixte V.
Modifications apportées par Sixte V aux travaux des correcteurs romains.
Sixte V et les censeurs romains les eurent en très haute estime (i) ; ils choisirent même la belle édition in-folio de i583 pour préparer d'après elle le texte de la Sixtine,
6. — Cette Vulgate Sixtine devait encore se faire attendre long-temps. La Congrégation des cardinaux instituée par Pie V et Grégoire XIII, et que présidait le célèbre Antoine Caraffa, avait décidé de reviser d'abord les LXX, et d'en publier une édition officielle. Commencée sous Grégoire XIII, cette recension de la Bible grecque ne put paraître que deux ans après sa mort, en 1587 (2).
7. — Mais à partir de ce moment, grâce à l'impulsion de Sixte V (i 585-1 590) les travaux de correction de la Yulg-ate, si avancés déjà, furent repris avec une activité intense, et menés rapidement. Chez le cardinal Caraffa, où étaient rassemblés les manuscrits et les ouvrages nécessaires, les censeurs romains se réunissaient, se communiquaient leurs observations critiques, et les notaient aux marges d'une Bible de l'édition de Louvain, — celle de i583. Dans les derniers mois de i588, ou dans les premiers de 1589, les corrections se trouvèrent terminées, et Caraffa fut heureux de présenter à Sixte V un exemplaire corrigé de la Vulgate.
8. — Ici s'ouvre une phase nouvelle dans l'histoire de la préparation de la Sixtine. Persuadé qu'il lui appartenait de juger en dernier ressort des variantes, et de faire entre elles un choix définitif, Sixte V entreprit d'examiner lui-même le Correctorium de Caraffa. Il le lut page par page, et, s'aidant des lumières de Tolet et de Rocca (3), il y introduisit des modifications. Cette année-là même, — en 1589, — la Vulgate ainsi revue par Sixte V, fut imprimée par les soins d'Aide Manuce (le jeune), avec la Constitution jEternus ille qui sert de préface, et où le grand pape expose toute l'économie de son travail (4). Dès qu'elle fut sortie des presses, et avant de la livrer au public. Sixte V relut de nouveau son œuvre, corrigea les fautes typographiques qui s'étaient glissées, et après cette revision dernière \ exemplaire d\i Vatican fut donné comme l'exemplaire-
(i) Voir la préface de IVdilion Clémentine.
(2) Voir j)Ins liant, p. 3o/j.
(3) Tolet était consulté snriout ] onr la riiti(ino i\\\ trxlc, et Rocoa devait surveiller spécialement l'impression.
(/j) Voir celte conslitulion dans Ilody, op. cit., pp. /jfjS-Soi, ou dans Cornely, op. cil., pp. /«SO- /jfjf).
VALEUR CRITIQUE DU CORRECTOTRE DE CARAFFA 3r.i
véôiiion Surfine, i^ypg ^q réditioiî romaine officielle de la Vulgate, — appelée à bon droit du nom de son auteur Editio Sixtina. C'était en 1590.
Sur ces entrefaites, Sixte V mourut (i).
(^Trl'cioire'^dT^c!" ^* — L'impartiale critique doit reconnaître que le Correcrafla; celait totnxim dc Caraiïa était une œuvre de très haute valeur; car i)
1) l'œuvre dhom- pcndaiit de lou^ucs annécs, — de i546 à iBSg, — des hommes
mes éminenls; . ,. 'x'i ' r^-> > . - l t-»ittt
de premier mente y avaient mis la main. C était, sous Paul III et Jules m, le fameux Guillaume Sirlet, plus tard cardinal. Sous Pie IV, c'étaient les cardinaux Morone, Scotti, Amulio, Vitelli (2). Sous Pie V, Grég-oire XIII et Sixte V, c'étaient les savants CarafFa, Colonna, de Miranda, etc., tous trois cardinaux.
Ils eurent pour collaborateurs de célèbres exég-ètes du temps : Ag-elli, Bellarmin, P. Morin^ Flam. Nobilius, Rocca, Valverde, Guill. Alan, etc.
2) l'œuvre dune 'i) Dc plus, CCS érudits surcnt se placer au vrai point de vue
c'ilique bien en- .. ^ \ , , t » i ^ ^•
tendue; critiquc, — Icur but ayant ete non de publier une version nou-
velle des Écritures, mais bien de rendre l'ancienne Yulg^ate à sa pureté primitive, de la reconstituer à peu près telle qu'elle sortit de la plume de saint Jérôme.
3) une œuvre scien- 3) En fait, Ics procédés de revision qu'employèrent les cen-
liliquement cou- . , . . . .„
duite; seurs romains, étaient ng-oureusement scientifiques: cl) avant
tout, corrig-er le texte latin d'après les anciens manuscrits et les anciennes éditions de la Vulg-ate; — ^)ensuite recourir aux textes hébreu etg-rec, non pour corrig-er la version latine, mais seulement pour éclaircir les passages ambig-us, et décider entre les variantes des manuscrits; — c) supprimer les explications des noms hébreux qui n'appartenaient pas à l'orig-inal; — d) retoucher aussi quelques expressions latines incorrectes (3).
4) une œuvre bien 4) Enfin, Ics iiianuscrits cousultés étaient des plus estimés :
(ocumenee. \ Amiatinus ^ Ic ToletaHUs ^ \ç^ Pauli7ius, le Vallicellianus^
etc., etc. (4)- Conclusion. H s'cusuit quc daus l'ensemble le texte du Correctorium de
CarafFa se rapprochait pas mal du texte des vieux manuscrits ;
(i) On trouvera de plus amples détails sur cette histoire dans Ungarelli, Histoire de la correction de la Vulgale (cf. Analecta fur. poniif., année i855, pp. i32i-i33 i), et dans Vercellone, Variœ lectiones, t, 1, pp. xxv, ss.
(2) Cf. Vercellone, Variée lect.f t. I, p. xix, not. 2.
(3) Cf. Vercellone, ibid., t. I, pp. xxvii-xxix.
(4) Cf. Vercellone, Histoire de la correction de la Vulgale, dans les Analecta, année i858, col. ioi5 à 1017.
il représentait donc plus encore le texte des Bibles dites ordinaires (i), que celui des Biblia lovaniensia,
criiiquc (les cor- ^Q — j^ pgp^ Sixtc V.commc nous l'avons dit, ne crut pas
reclions personnel- ri ' ' l
les deSixie V. Jcvoir sc ralHcr entièrement aux vues des recenseurs romains et de Carafî'a. Ses procédés de critique difï'érèrcnt un peu de ceux du savant cardinal. D'abord, il suivit moins les manuscrits gothiques de Tolède, que les manuscrits cités dans les Biblia lovaniensia. C'est aussi très rarement qu'il jugea bon de recourir aux textes originaux, préférant consulter les ouvrages des Pères (2). Il rejeta enfin certaines corrections proposées par la congrégation des cardinaux, pour en adopter d'autres qui lui semblaient meilleures (3).
Somme toute, la Sixtina editio ne reproduisait pas absolument le Correctorium de CarafFa. On le regretta au nom de la critique, et l'on s'en plaignit. Il n'est pas vrai cependant, comme d'aucuns l'ont prétendu, que Sixte Y ait répudié son édition avant de mourir (4). Cette désapprobation n'était ni nécessaire ni opportune. La Sixtine ne renfermait aucune erreur contre la foi, et les corrections de détail qu'elle contenait, « reposaient toutes sur quelque raison de juste critique )).
Beaucoup, néanmoins, réclamèrent une édition nouvelle de la Vulgate.
A cette époque (1690- 1592) commencèrent de nouveaux travaux dans le but de préparer l'édition dite Clémentine,
On revisa lédiiion <n . — En efïct, cédaut à ces instances et déférant aux con-
Sixtinc.
seils de Bellarmin, Grégoire XÏV (i 590-1 691) institua pour la revision de la Sixtina une commission se composant T,a commission dc scpt cardiuaux et de onze consulteurs. La présidence fut vau^sous'^GrOgo'irê confiéc au Cardinal Colonna qui remplaça Caraffa, mort en janvier 1591. Ces doctes correcteurs travaillèrent activement, mais l'œuvre n'avançait guère; le 18 mars 1591 on n'avait encore revu que la Genèse. Pressé d'en finir, Grégoire XIV décida qu'une commission réduite de deux cardinaux (Colonna et Alan), assistés de huit théologiens, — serait chargée déterminer tout. Retirés à Zagarolo, dans^le palais même de Co-
(i) On ciitoiid par Bible ordinaire la Bible communément reçue ; le texte était accompag;nc do la fj^loso ordinaire de Strabori (cF. Troclion, Kfsai sur l'h.isf . de la Bible, pp. aô-aO ', et de' variantes inlcrlineaires. l'eii-Ardciit eu donna nnerditiou correcte à Paris en i5r)0. — Cf. VerccUonc, Variœ lecl., t. 1, pp. -xxix, iji, xcix ; Ungarelli, toc. cit., col. i3;<4.
(a) Voir la conslilntion .Kteriius ille. —Lire Unj,^arelli, loc. cit., col. iSaQ-iS.'h.
(iij (W. l'iiuarelli, h)C. cit., col. i33/j.
(^1) Cf. Vcrccilonc, Vurim lecl., t. I, pp. xi.ii-xi.iv.
L'I^niTION r.LlhrENTINE DE LA VUF.GATE 3015
lonna, les dix reviseurs achevèrent rapidement l'entreprise dans la retraite et le silence. Dès les premiers jours d'octobre, ils purent offrir ;i Grégoire XIV leur Correctorium de la Siœfùie, Malheureusement ce pontife vint à mourir dans ces semaines-là (octob. 1591). D'où un nouveau retard pour la réédition de la Vulg-ate de Sixte V.
T.es trnvfluv continuent sous CIcinent Mil.
12. — Le successeur de Grég-oire XIV, Innocent IX, n'ayant rég-né que deux mois à peine, la gloire de mettre la dernière main à l'édition officielle de la Bible hiéronymienne revint à Clément VIII (i592-i6o5). Celui-ci, dès qu'il fut assis sur la chaire de saint Pierre, confia aux deux cardinaux Valère et
Les savants qui s'en ^^rroméc, ct au jésuitc Tolct, plus tard cardinal, le soin de occupèrent. rcvoir uuc dcmièrc fois le Correctorium de Colonna, et de le comparer avec la Sixtina editio, ainsi qu'avec le Correctorium de Caraffa. En sept mois, cet examen critique dont tous les matériaux étaient prêts, fut terminé et Clément VIII, malgré les intempestives réclamations du consulteur espagnol Valverde, remit aussitôt à Aide Manuce (i) l'exemplaire, revu et corrigé, destiné à l'impression (2). Avant la fin de l'année
dui^aetenHulL ^^Q^, l^s typographcs eurent achevé leur travail. La nouvelle liible sortie des presses vaticanes fut appelée Vulgata Clementina (3).
séciuenlcf déT?Je- ^3. — Outrc ccttc éditiou in-folio de 1592, il en parut vienuna. succcssivement deux autres : une en iSgS, in-4«, et une autre en, 1698, petit in-80. Cette dernière contenait trois Correctoria : le premier (œuvre de Rocca) pour l'édition de 1692; le second ( œuvre de Tolet) pour l'édition de 1598 ; le troisième (œuvre de Rocca) pour l'édition de 1598.
Remanrue sur ces /-\i t«/i'<' i f
éditions. Observons encore que 1 édition de 1692 ne présentait ni
variantes, ni notes, ni concordances, ni résumés en tète des chapitres. Mais les éditions de 1693 et de 1698 offraient à la marge une concordance des lieux parallèles ; elles contenaient
(i) Cf. Ungarelli, op. cit., dans les Analecta, année i855, col. i337-i34o.
(2) Cet exemplaire ne paraît pas avoir été celui de Tolet, mais plutôt un exemplaire de la Bible de Sixte V, contenant des notes manuscrites, écrites de la main de Rocca, et empruntées en majeure partie aux annotations de Tolet. Cet exemplaire est conservé à Rome. Cf. Ung-arelli, loc. cit.. col. i338. s . »
(3) A l'orig-ine, la Vulçate de Clément VIII ne portait point en tête le nom de ce pontife, mais uniquement celui de Sixte V : Biblia sacra vulgatœ editionis Sixli V jussu recognita atque édita. Romœ, ex typoqraphia vaticana. — Plus tard, on ne sait trop par qui, le nom dé Clément VIIl fut ajouté : Biblia sacra... Sixli V jussu recogiiita et démentis Vlll aactoritate édita.
de plus les préfaces de saint Jérôme. — Quant à la division du texte en versets, — empruntée, on le sait, à Robert Estienne, — elle existait dans les trois éditions de Clément VIII. r.J''' 7\'te^^ 1® Le texte de ces trois éditions munies de leurs Correctoria
riciiicnl Mil seule
respectifs demeure seul le texte officiel, authentique de la Vulg-ate dans rÉdise.
version latino oftirioll
vaieiir fie miiion ^^ — Tous Ics critiqucs séHcux s'accordent à reconnaître
Llcnientine. 1
la grrande valeur de Veditio Clementina. On la reg-arde comme incontestablement supérieure à celle de Sixte V (t). Qui oserait nier, du reste, qu'elle ait été faite avec un soin minutieux, et d'après des principes rig-oureusement scientifiques? D'abord Tolet, qui la prépara, eut la sagesse d'adopter la plupart des observations du Correctorium grégorien. Or, cet exemplaire sur lequel d'illustres savants avaient consigné les résultats de leurs patientes recherches, était, pour le temps du moins, un chef-d'œuvre de critique verbale (2). — Ensuite, Tolet sut utiliser avec une judicieuse habileté les textes originaux, la version des LXX, les meilleures éditions de la Vulgate, — celles d'Alcala, d'Anvers, de Louvain, et les Bibles ordinaires. — De plus, Tolet s'attacha à collationner les anciens manuscrits, tels que le Paulinus, VAmiafinuff, etc. — Enfin, il corrigea les fautes typographiques de la Six fine.
I. 'édition rU'iiien liiie ii'csl pas abso liiment piiri'aile.
critiques du leste de la V^ilgalo m; sont pas prohihées
15. — S'ensuit-il que le texte ne varietur de la Vulgate Clémentine soit parfait de tous points? Assurément nOn. L'auteur de la préface de cette édition avoue, sans détour, que l'œuvre est susceptible d'être perfectionnée. A vrai dire, l'édition de 1692 renferme déjà plus de 200 fautes d'impres- Les améliorations siou, d'aprùs Verccllone. On y trouve des phrases mal ponctuées, des transpositions de mots, des altérations grossières d'orthographe. Ainsi, dans Gen., xxxv, 8, onlit que la nourrice de Rébecca fut ensevelie super quercum,au lieu de subteriZ). — L'édition de iSgS n'était pas moins fautive. — Celle de 1^98 est plus soignée généralement, mais ici et là des fautes d'orthographe apparaissent encore : saiilos pour sa/vos (Ps. cxLiv, 19); solifa es pour sollicita es {Luc, x, 4i); i?idic(nites \)0\\YJudicantes {Act., xxi, 25); etc.
(i) Voir dans Unçarelli (loc. cit , col. i339-ilVji) les différoncrs rospoclivcs des deux éditions de Sixte V et de Clément VIII.
(al Voir dans Uni^arelli (loc. ri/., col. 133')) ou dans Vercellone (VariiP lect., t. 1, pp. xi.ix-iii) les 5 canons adoptés par les rorrertenrs de (iréti^oire XIW
(3) Cf. Verccllone. Vnr'r.r Icrt., t. I, p xivui. Vdir ,nissi van Ess. Geschichle (1er Vulyata, pp. 36o, ss.