‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 162 sur 251 · LES PSAUTIERS HEBRAÏQUE ET GALLICAN · texte numérisé non relu

LES PSAUTIERS HEBRAÏQUE ET GALLICAN

Sa date d origine. 6. — La vcrsioii française du Psautier hébraïque date très

. probablement de la première moitié du xii^ siècle, sinon des

dernières années du xi«. Elle a du être faite dans le sud de la

Grande-Bretag-ne, et très probablement non loin de Can-

torbéry.

Deux ims. de ce 7. — Nous la trouvous conservéc dans deux manuscrits : i) le manuscrit de Gambridg-e (à la bibliothèque de Trlnity Collège), copié par Eadwin, et le seul complet d'ailleurs; — 2) le manuscrit de Paris (à la Bibliothèque nationale, n" 8846), lequel s'arrête au v. 6 du Ps. 98 (Vulg-.) (i).

2) Psautier .^amcan 8. — Le Psauticr galUcaïi a été dénommé ainsi, parce

français. ,., i • i 1 . ' ^

qu il est une traduction du texte latm du Psalterium gallicaniim; témoin le v. i du Ps. i : « Beneurez li huen chi ne alat el conseil des feluns... en la chaére de pestilence ne sist » (2). — On le désigne aussi sous le nom de Psautier de Montebourgy parce que le meilleur manuscrit où nous le lisons (3), porte la marque de Montebourg, célèbre abbaye normande des environs de Valognes.

Sa date.

Auteur et dialecte.

Contenu des deux Psautiers hébraïque et fifallican.

9. — Gette seconde version française du Psautier date du xiP siècle, et n'est que de très peu postérieure à la précédente. « Il n'existe pas de texte, observe S. Berger, dont les dérivés soient plus nombreux que ceux du Psautier de Montebourg-, et cette traduction a exercé une influence plus étendue qu'on ne croit sur la littérature religieuse française » (4).

10. — On pense que la version du Psautier de Montebourg et celle du Psautier d'Eadwin sont du même auteur (5). Le dialecte des deux versions paraît bien être le même, avec de très légères différences dans la prononciation et l'orthographe; or, ce dialecte commun aux deux traductions est le normand (6).

11. — Il est remarquable que les psautiers hébraïque çX gallican contiennent, à la suite des Pi^aj^.^/ie^, plusieurs cantiques

(i) Sur râ2;e de ces manuscrits consulter Francisque Micliel, op. cit., préface, i-x.

(2) Voir d'autres spécimens de cette version dans' S. Berg-er, op. cit., pp. 11, ss.

(3) Conservé à Oxford (bibliothèque Bodléienne) et publie en 1860 par Fr. Michel. Ce manuscrit eut accentué et jyonctué. — Sur les autres manuscrits de ce Psautier, voir S. Berger, op. cit. pp i3, ss. •' fi •

(4) Op. cit., p. 18.

(5) S. Berger, op. cit., pp. 80-82.

(6) Cf. Littré, Histoire de ta Langiio franc., t. Il, pp. 442-445.

4io

bibliques, dont la traduction françaisedate ég-alement du xn^ siècle. Ce sont les cantiques d'isaïe, xii; d'Ézéchiel, xxxviii, lo; d'Anne, / Rois, n; de Moïse, Exod.^ xv; d'Habacuc, m; de Moïse (aux enfants d'Isra(M), Dent., xxxii; des trois jeunes g-ens, Daniel^ ni; de Zacharie, Luc, i, 68; de Marie,Z/ttc,i,46; de Siméon, Luc, ii, 29 (i).

3) Les Psautiers glosés.

Date et caractère de Psautiers.

12. — Les Psautiers glosés sont ainsi appelés, parce qu'ils renferment une g-lose insérée dans le texte de la version française. Exemple : « Bonseuret sera li ber, ce est Ihesus Crisz H novaus huem,.. qui n'ira, et de Deu ne se partira par malveise vo lente, ne par délit que il eit..., ou consoil des félons, ce est clou deable qui le tentera, et des félons Giifsqui dirent : Descende ore de la croiz et nos le crerroni »... etc.

Ces Psautiers glosés offrent une traduction qui date vraisemblablement du xii° siècle, et qui reproduit avec assez de fidélité le vieux texte gallican du Psautier normand (2).

La version des Rois.

Ses caractères littéraires.

IL — Les livres des Rois et des Machabées

13. — On regarde l'antique version des livres des ^o?5 comme un des plus beaux monuments de notre vieille langue. Elle nous a été conservée surtout dans un splendide manuscrit du XII® siècle (3), dit ms. des Cordeliers (4). Faite sur un texte latin qui se rapproche assez de la revision d'Alcuin, cette traduction a été composée, pense-t-on, en dialecte anglo-normand (5). Le style en est généralement très élégant et très pur (6). On remar(-;ic dans cette version des répétitions nombreuses et rapprochées des mêmes désinences (7); d'où plusieurs ont conclu qu'elle était réellement versifiée. Peut-être

(i) A ces cantiques bibliques sont, joints le Te Deum, le Gloria in excelsis, l'oraison dominicale, les symboles des apôtres et de saint j^thanase. («) Cf. S. Berjt^er, op. cit., pp. 64-77.

(3) Ce manuscrit parait dater de la seconde moitié du xu« siècle, et la traduction qu'il renferme est de la première moitié du même siècle. Cf. Le Roux de Lincy, op. cit., p. lvi.

(4) Bibliothè(|ue Mazarine, n» 70. Voir la description de ce manuscrit dans Le Roux de Lincy, op. cit., pp. xi.v. ss.

(5) Cf. Sucliier, dans la Zeifschrift f. roman. Philologie, iv, 1880, p. 568.

(6) Voir des cxcm|)les dans S. Berger, op. cit., p. 55.

(7) Voici un exemple :

La dame...

Od sun Sciniuir, le matin, Deu aiirat.

Puis a sa maisun rclurnad.

Dcus ont sa ancelo en remembrancG, lost conccut et out enfant.

Grâces rendit al enfanter,

E Samuel le fist numer...

l'nis revint le serf Deu Helchana od sa maia^niéc, al tabernacle,

Pur sacrefîer e fcsiivalinent offrir,

E j)leinement ses vudz furnir.

(/ Rois, I, 19, 20, 21 .)

LES VERSIONS DU MS. DES CORDELIERS, I/ÉVANGÉLIAIRE MESSIN 4ii

faut-il voir là plutôt une inllucnce de la littérature poétique de l'époque, et une recherche de cette rime imparfaite que nous appelons assonance. On sait que les écrivains du moyen âge affectaient ce genre de prose rhythmée.

Ses caractères 14. — La vcrsiou du mauuscnt des Cordeliers, fidèle et claire

comme version. i i, i i ? i • • Tri

dans 1 ensemble, n est cependant pomt strictement littérale. Tantôt le traducteur abrège son texte, tantôt il y intercale quelques extraits des Pères, ou des commentateurs. Cette indépendance à l'égard de l'original explique aussi les gloses dans le goiit du temps, que l'auteur se permet : Héli est (( evesches » ; Abner est « maistre cunestables de la chevalerie » (de Saûl); les serviteurs sont appelés « serfs ». Lorsque David vainqueur se présente devant le roi (/ Rois, xvii, 58) le traducteur met ces paroles sur les lèvres de Saûl ; « De quel lignage es-tu, sire bacheler ? » etc.

u version des 15. — Quant à la version des Machabées, qui dans le ma-

Machabces dans Je , "^ . , . ^

nis. des Cordeiiers. nuscrit dcs Gordcliers suit celle des quatre livres des Rois, on croit qu'elle date de la fin du xii*^ siècle, ou des premières années du xiii*^. Breymann estime qu'elle est en dialecte bourguignon (i). Cette traduction n'a pas encore été beaucoup étudiée.

IlL — Les Evangiles et Epîtres

Lévangéiiaire mes- ig. — H s'agit d'uue traductiou frauçaisc fragmentaire, à l'usage des fidèles laïcs de Metz, et comprenant les Evangiles de la quinzaine d'avant Pâques, ainsi que plusieurs Epîtres du même temps. — On désigne parfois ce recueil sous le nom à'Evangeiiaire inessiii.

Sa date Cette vcrsiou qu'il faut, selon toute probabilité, identifier

et ses caractères. ^ ^

avec celle dont parle la Bulle d'Innocent III, du 12 juillet 1199 (2), remonte au xn^ siècle. Elle est accompagnée d'une glose, attribuée à Haimon, moine de l'abbaye de Savigny en Normandie. Le dialecte employé p|ir le traducteur se rapproche beaucoup du dialecte lorrain (3).

Un précieux manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal (n° 2o83) contient cet Evangéliaire de Metz.

(i) Introduction aux deux livres des Mach., traduction franc, du xiu^ siècle.

(2) La Bulle parle aussi du Psallerium, des Moralia Job, et de plures alliUhri, traduits en français. — Le Roux de Lincy a publié les Moralia Job à la suite des livres des Rois. On n'a point retrouvé le Psaltey^ium. CI'. Bercer, op. cit., p, 49.

(3) Voir d'intéressants extraits dans Berger, op. cit,, pp. 42-44-

4i2 LEÇONS D'INTRODUCTION GENERALE

La version de VApocalypsc.

ÏV. — L'Apocalypse

17. — La traduction française de ce livre a été composée certainement vers le milieu du xii*^ siècle (i). Elle est faite dans le dialecte normand le plus pur de cette époque. Le meilleur et le plus beau des manuscrits qui la renferment, est celui de la Bibliothèque nationale (n° 4o3), qui paraît avoir appartenu à Charles V. Le texte, qui commence seulement au v. 9»^ du premier chapitre, est accompa;çné d'une g-lose.

Telles sont les principales versions françaises antérieures au xiii^ siècle.

(i) Voir les preuves dans Berger, op. cit., p.

LEÇON DEUXIÈME

Les vieilles versions françaises depuis le XIII« siècle jusqu'à la découverte

de l'imprimerie.

Développements de la littéraLure biblique en France au xiii^ et au xiv« siècles. — La Bible de saint Louis, ou du xni' siècle. — Valeur de cette version ; ses auteurs, sa date. — La Bible historiale, de Guyart Desmoulins. — Date et caractères de celte Bible. — Les versions françaises du xiv siècle. — Les Bibles historiales complétées. — La version de Jean de Vignay. — La version de Jean de Sy. — La version de Raoul de Presles. ^- Autres versions fragmentaires du même temps. — Remarques finales .

Développement de 1.— La littérature blbliquc française du xif siècle, nous

la liltérature biblique i i • r»

française au xui^ s. venous de le voir, cst irag"mentaire ; toutes les provinces et tous les dialectes ont contribué à l'enrichir. Il était réservé au xiiie siècle de faire l'unité. « La centralisation que la royauté française et l'Université de Paris, observe S. Bercer, ont apportée dans l'administration et dans les études, a eu son effet sur la traduction de la Bible « (i).

La Bible de s. Louis. 2. — Sous Ic règue dc salut Louis, et probablement à Paris, au sein de l'Université môme, parut la première version complète des Écritures. Cette Bible française, dite du xui' siècle, s'est annexé sans doute plusieurs des fragments qui existaient avant elle, mais elle n'en reste pas moins dans l'ensemble une œuvre originale, et si profondément populaire que nulle autre, jusqu'aux xvi^ et xvu® siècles, ne l'a égalée., ni remplacée sous ce rapport.

Les mss. de la Bible 3. — Lc mcillcur manuscHt de cette Bible du xiii*^ siècle est le manuscrit du président de Thou (Biblioth. nat., n^Sgg), malheureusement incomplet. Il remonte aux environs de l'an î25o. — Nous en possédons un autre, complet celui-là (Bibhoth. nat.:, n°' 6 et 7), mais bien postérieur au précédent, car il n'a dû être écrit que vers la fin du xiv^ siècle.

Valeur de cette 4. — Au poiut dc vué dc la fidélité ^xvo\.T^ Bible du xiii^ siècle

est de valeur inégale. La traduction de la Genèse est claire*,

(i) Op. cit., p. 110.

4i4 • LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

brève, et exacte ; celle des Prophètes est bonne également ; celle des Evangiles esi excellentedeprécisionetde brièveté (ij. La traduction des autres livres est inférieure, accompagnée souvent de gloses; elle tombe quelquefois jusqu'à la médiocrité, comme la version des Actes, par exemple.

Ses auteurs. 5. — Evidemment, ccttc Bible est l'œuvre de plusieurs

traducteurs, les uns hommes de talent et bons stylistes, les autres scribes sans mérite, et vulgaires a laliniers ». Sa date. Ouaut à la datc de cette version, nous devons la chercher

dans la première moitié du xni^ siècle. Des critiques sérieux précisent davantage, et la placent entre 1^26 et 1229 (2). — En outre, c'est à Paris, dans le beau français qu'on y parlait alors, qu'elle a été composée.

La Bilile de Guvart.

6. — Environ cinquante ans plus tard, parut la Bible historiale de Guyart Desmoulins, sorte d'histoire sainte traduite librement de VHistoria scolastica (xif siècle) de Pierre Comestor (3), et dans laquelle est inséré souvent le texte traduit de la Bible elle-même.

Ce Guyart Desmoulins fut chanoine, puis doyen de l'église Saint-Pierre d'Aire, en Artois. Il mourut en 1822.

Date de celte Bible. 7. — Nous counaissous la date, le dessein et la méthode de la Bible historiale.

i) La date.

Guyart l'indique. <( En l'an de grasce mil deus cens quatre vins et onse, ou moins de juing, au quel jour fui nés, et a quarante ans acomplis, commença je ces transi ations^ et les oy parfaites en l'an de grasce mil deus cens quatre vins et quatorze, ou moins de février » (4).

Le dessoin de celte 2) Lc cleSSein.

Bible. ^ • 1 P . • • II ^ •

Guyart se proposait de a fournir pâture spirituelle » a qui ({ moult désire le prouffit de son âme );, et de a faire entendre les histoires des Escriptures anciennes ». Le pieux chanoine ne se dissimulait point d'ailleurs les imperfections de son travail : « Si prie, disait il, à tous clercs entendant Escriptures, qui cest ouvrage livront, que s'ils y treuvent à corriger, que la lime de leur sens y veuille limer mon rude engin et corriger ».

(i) Voir surtout la traduction de la parabole de l'enfant ijrodii-ue {Luc, xv); on la lira dans Berg'er, op. cit., pp. i38-i/io.

(2) Cf. lierger, OyO. ci/., p. i5o.

(3) Ou le « Mangeur », ainsi surnommé à cause de sa prodiuieuse mémoire.

(4) D'après un ms. (n- lOoj du aiv" s.

LES BIBLES DE GUYART ET DE J. DE VIGNAY 4i5

La méthode suivie 3^ hdiméthode.

purGuyart. y

On se tromperait, si l'on croyait que la Bible historiale n'est qu'une traduction de V Historia de Pierre Gomestor. Tantôt Guyart chang-e et supprime, car il n'est pas « mestier, ohservet-il, de tout translater )>. Par contre, il fait des additions. Tantôt il abandonne le texte qu'il traduit (( pour poursuivre la Ses sources. matière selon la Bible ». Gertains livres, tels que le Z*^'" des Machaôées, n'ont rien de l'œuvre de Gomestor, sinon quelques notes. Au surplus, l'/Zï^^oria scolastica n'est pas Ja seule source de la Bible historiale; on y trouve des emprunts faits à Josèphe.

Tel est le caractère de la Bible de Guyart Desmoulins, qui a joui d'une si g-rande vogue au moyen âge.

Les mss. de la Bible de Guyart.

8. — Elle nous a été conservée dans un bon nombre de manuscrits. Le meilleur que nous possédions en France est celui de la bibliothèque Mazarine (no 532), du xiv^ siècle. Gelui du British Muséum (19 D, m) est meilleur encore; c'est « la perle des manuscrits de Guyart » (i).

Les versions fran- 9. — Au XI v'' sièclc, l'œuvrc dc Guyart Desmoulins ne fut

çaises au xiv<= s. • / pp t i i •

pas jugée suinsante. « Le lecteur voulait une plus grande part La Bible historiale du tcxtc bibliquc... Dès SOU apparition, la Bible historiale

complétée. ^ ,, i»»ii« • /\/^

tut retouchée et complétée de plusieurs manières » (2). On y ajouta la bonne moitié de la Bible textuellement traduite. Ces additions furent faites pour la première fois du vivant de Guyart, et très probablement à Paris même. Telle est l'origine de la Bible historiale complétée.

Trois catégories IQ. — Les manuscHts qui la contiennent, se répartissent en

de mss. des Bibles . . *^ . . ...

historiaies. tfois catégorics : i) les petites Bibles historiales qui n'ont ni Job, ni les Parai ipomènes, ni les livres à^Esdras et de Néhémie; — 2) les Bibles historiales moyennes, qui ajoutent aux précédentes Job, Baruch, et la prière de Jérémie ; — 3) les grandes Bibles historiales, qui ont, de plus que les Bibles moyennes, les Paralipomènes et les livres de Néhémie et à'Esdras.

La version de Jean de Vignay.

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