Le XIV® siècle compte encore d'autres versions fran
(i) s. Berger, 0/). cit. p. i63.
(2) Comme l'a remarqué Richard Simon (Hisi. crît. des versions du N. T., p. i8), o nos rois ont été toujours curieux de lire la Bible en leur langue maternelle ». C'est principalement au cours du xiv^ siècle, appelé pour ce motif « l'âge des princes dans l'histoire delà Bible française », que cette préoccupation de nos monarques très chrétiens se manifeste.
4i6 LEÇONS D'INTKODUGTION GENËRALR
çaises. Mentionnons d'abord la version des Epttres et des Evangiles des dimanches et fêtes, composée par Jean de Vig-najj sur l'ordre de la reine Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe VI de Valois.
Jean de Vig-naj, normand de naissance, était un hospitalier de Saint-Jacques du Ilaut-Pas ; nous avons de lui plusieurs traductions célèbres : la Légende dorée, le Miroii" historial, le Miroir de V Eglise, etc. La version fragmentaire dont il est l'auteur, fut achevée vers i336.
Jean de Vignay passe pour « un traducteur lourd, mais exact » (i); il n'a pas traduit toujours, il s'est contenté parfois de reviser légèrement un texte qui se rapproche beaucoup de la Bible du xin^ siècle (2).
La version de Jean ^Q. — Mcntiounons, cu sccoud Hcu, la vcrsîou dc Jean de Sy, connue également sous le nom de Bible du roi Jean (Jean le Bon). Elle fut commencée sur l'ordre de ce monarque, vers le milieu du xiv*^ siècle, continuée sous le règne de ses successeurs, et achevée seulement après i4io (3) par toute une pléïade de théologiens, dont les noms, pour la plupart, nous ont été conservés (4).
La version de Jean de Sy dans la Bible du roi Jean ne s'étend pas au-delà du chap. xviii^ de Jérémie. Elle est indépendante de la Bible du xiii^ siècle, et accompagnée d'une c( exposicion », ou glose originale, souvent fort curieuse.
La version de Raoul 13. — Mentiounous, cu troisîèmc lieu, la traduction de Raoul de Presles, « jadis maistre des requestes du roy Charles V de France » (5). Ce fut sur l'ordre de son « souverain seigneur que Raoul de Presles translata la Bible en françoys », vers 1377.11 ne la traduisit pas tout entière; peut-être s'arrêtat-il au chapitre xiv® du premier livre des Machabées (6). Plusieurs croient cependant qu'il alla jusqu'à \ Evangile de saint Matthieu inclusivement (7). Après sa mort, arrivée en i382, d'autres achevèrent son œuvre.
(1) Cf. Meyer, Docamenh de l'ancienne /Ulcraturc de la France, p. 39.
(2) Voir (luelques textes parallèles de Jean de VigDay et de la Bible du xiii" siècle dans S. Berger, op. cit., pp. 22G-227.
(3) Cf. S. Berger, op. cit., p. :i42.
(/|) Cf. Leroux de Lincy, op. cit., pp. xxi-xxii ; Troclion, Essai, p. ii5. (.')) Manuscrit 76 de Grenoble (xive siècle). (G) Voir le manuscrit /)■ i58, fol- [Uj2, verso. (7)Cf, S. Berger, op cit., \k 240.
de l'resies.
LES VERSIONS FRANÇAISES DU XlVe SIÈCLE /jiy
Caiaciore 14. — La vcrsioii dc Raoul de Presles est accompa£]rnée de
de cette version. i /-\ i "^
courtes gloses. On trouve aussi, en tête de presque tous les livres, des prologues où Raoul expose, — la plupart du temps d'après saint Jérôme, quelquefois d'après saint Isidore ou Nicolas de Lyre, — le but de chaque auteur et le sujet traité.
Quant à la traduction elle-même, nous ne voyons point qu'elle soit une œuvre absolument nouvelle. Elle prend souvent pour base la Bible du xïii« siècle, et « avec elle nous ne sortons pas du g-rand courant des textes revisés, retouchés et compilés » (i).
Autres versions 15- — Euflu, cc xiv^ sièclc, qui cst la c^randc époaue des
Iranyaises fragmen- t-»'iip* iT^
taires duxivs. Bibles frauçaiscs manuscrites, vit paraître encore nombre de versions fragmentaires des Écritures (2), et notamment un Psautier, désigné communément sous le nom de Psautier iorraiîî. On le regarde comme très distinct du Psautier des Vaudois de Metz (3).
Remarques. 16. — Nos salutcs Icttrcs furcut douc cn honneur dans l'É-
glise de France longtemps avant la Réforme, mais nous devons faire observer que la lecture de la Bible dans une traduction française n'était pas conseillée à tous indistinctement. Un des meilleurs esprits de ce temps-là, Jean Gerson, prévenant les décisions du concile de Trente, disait :« C'est périlleuse chose de bailler aux simples gens, qui ne sont pas grands clercs, livres de la sainte Ecriture, translatée en françoys, car par mauvais entendement, ils peuvent tantôt cheoir en erreur ))(4). Le danger devint plus redoutable, plus général, après l'invention de l'imprimerie, et surtout depuis le protestantisme.
(i) Cf. s. Berg-er, op. cit., p. 267.
(2) Cf. S. Berger, op. cit., pp. 269-269; Trochon, Esmi, pp. 1 22-120.
(3) Cf. S. Berger, op. c?7.. pp. 87, ss.
(4) Cité par Trochon, Essai, p. 120.