‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 170 sur 251 · PREMIERE PARTIE THÉORIE DES SENS SCRIPTURAIRES · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE THÉORIE DES SENS SCRIPTURAIRES

LEÇON PREMIÈRE Définition de l'herméneutique.-- Son objet; ses divisions; son histoire.

Définition de l'iierméneulique. — But et objet de l'herméneutique. — Son rôle essentiel. — Les règles qu'elle formule. — L'herméneutique est une science, — Triple utilité de l'herméneutique. — Divisions du traité. — Histoire de l'herméneutique chez les Juifs. — Principaux travaux d'herméneutique publiés par les écrivains catholiques. — Les travaux d'herméneutique chez les protestants. ,

Hcrméneulique et excsèse.

Éiymoiogie du mot ^ — D'après soii étyinolof^ie e^recque le mot herméneutique, èp[j.£VcuitxYî (léyvY] ou Mx/jf\), évoque l'idée à^ interprétation. En effet, le verbe ep^j^evéusiv (de 'Epp.T^ç, Mercure), d'où l'adjectif £p[j.£V£UTixY] est dérivé, signifie interpréter^ traduire^ expliquer les pensées d'un autre (i). — Si donc on ne tient compte que.de la sig^nification iiominale, l'herméneutique ne se distingue point absolument de l'exégèse, car le verbe tqr{^zlQ^cf.\, d'où l'on a fait I^YjYYjatç, veut dire aussi interpréter, conwienter, expliquer (2).

Sens usuel des 2. — L'usag-e toutcfois attache aux deux mots herméneu-

mots lierméncuti- o . . , .

queti exégèse. tique ct exégèse un sens différent. Ce dernier désigne exclusivement \ interprétation proprement dite d'un texte, tandis que

(i) On sait que la mythologie païenne donnait le nom de 'Ep|j//i? au dieu qui, dans l'Olympe, était chargé de transmettre et d'interpre'ter les volontés de Jupiter! [CL Virgil., .-Eneid., iv, 2ig-^S']. Gomp. Act., xiv, II).

(2) Cf. Jean, 1, 18.

LKÇONS D'INTRODUCTION GENERALE

le premier a été réservé pour désigner la science de l'interprétation, £p[X£V£UTi7,Y) liyYq. L'exég-èse applique donc les règles que l'herméneutique a posées, — à peu près comme l'éloquence, qui est l'art de bien dire, applique les principes de la rhétorique.

Définition de l'herrncnculique.

3. — L'herméneutique, en général, peut être définie : La SCIENCE DES LOIS DE l'interprétation ; — partant, l'herméneutique sacrée ou biblique est I'exposé scientifique des

RÈGLES, TANT GENERALES QUE PARTICULIERES, QUI DOIVENT GUI- DER l'interprète DANS LA DECOUVERTE ET l'eXPLICATION DES SENS DIVINS QUE RENFERME l'EcRITURE.

Double but de rherniéneiilique.

4. — On le voit, l'herméneutique a un double but : i) apprendre à l'interprète le moyen de trouver sûrement et facilement le sens vrai d'un texte; — 2) lui apprendre aussi à rendre avec exactitude, et comme il convient, le sens trouvé. — « Duœ sunt res, dit saint Augustin, quibus nititur omnis tractatio Scripturarum : modus inve?iiendi quae intelligenda sunt, et modus prof erendi quae intellecta sunt » (i).

Son double objet. 5. — \\ s'cusuit quc l'herméneutiquc a pour objet deux sortes de règles, les unes conduisant à la découverte du sens, les autres prescrivant la manière de l'exposer.

Remarquons, toutefois, que l'étude de ces dernières appartient moins à l'herméneutique qu'à la rhétorique, et aux traités de littérature. Aussi l'usage s'est-il établi de les passer sous silence dans les Cours d'herméneutique sacrée, où l'on ne s'occupe que des lois, dont la connaissance est nécessaire pour la découverte des sens bibliques.

l/li'^rni(''iipuli(|iie recherche la vérité exéijétiqne.

6. — En outre, l'herméneutique ne renferme aucune loi, dont le but soit précisément d'aider l'exégète à constater la fausseté ou la justesse d'une proposition : « Interpres, observe Ranolder, assertorum se?îsum, non veritatem examinât » (2). (Test pourquoi plusieurs distinguent, avec raison, la vérité cxéyètique de la vérité objective d'un texte. L'herméneutique s'enquiert de la première, elle ne s'occupe pas nécessairement de la seconde.

(1) De doclrina cltris/inno, lib, i, can. i, n. i. (•.>) llcrmcnrulicu gcncndis, p. '), éd. 2\

OBJICT DE L'IIERMI^Î^EUTIOUE ; RÈGLES QU'ELLE PRESCRIT

Elle enseigne corn- 7 — Qq ,^»(3g^ pj^g ^ jj^q f^^^. l'iierméneutique sacrée n'ait à

menl n-soiuire les ri 1 " **

difiicuiiés exé-cii- prendre aucun souci des prétendues erreurs, ou contradictions,

ques.

qu'une critique malveillante se plaît à relever dans nos Écritures; loin de là. L'interprète catholique se fera toujours un devoir de veng-er les saints livres. Or, l'herméneutique lui indiquera la méthode à suivre dans ce cas, et la mesure à garder; mais elle ne l'aidera pas à découvrir si l'écrivain dont il a le texte sous les yeux s'est trompé ou non. Cette vérification n'est pas de son ressort.

L'herméneutique et Je sens d'accommodation.

L'herméneutique et l'esthétique.

Rôle essentiel de l'herméneutique.

8. — Enfin, l'herméneutique sacrée, à parler rigoureuse- ?7ienty ne devrait pas s'enquérir davantage des sens d'accommodation, que l'habileté, ou la piété, de l'orateur et de l'interprète peuvent trouver dans l'Écriture en dehors du sens biblique, le seul voulu par l'Esprit-Saint. Si cependant elle traite de ces sens factices, c'est pour apprendre au théologien à les distinguer des véritables sens scripturaires, et pour le mettre en garde contre l'abus, que plusieurs font de ces interprétations parfois trop risquées.

L'herméneutique ne se propose pas non plus d'étudier le texte inspiré sous le rapport esthétique. Le bon goût littéraire est le principal juge dans cet ordre de choses.

11 reste donc que le rôle essentiel de l'herméneutique est de fournir à l'exégète, au théologien, au prédicateur, des moyens sûrs et pratiques, pour bieti coînprendre le se?is divin du texte sacré.

Deux sortes dérègles étudiées en herméneutique :

9. — Dans ce but, l'herméneutique prescrit des règles gênéraies ) et des règles particulières.

1) règles générales; Lcs règles générales n'envisagent que le côté humain àe la Bible; elles ont pour base les données de la philosophie, de la philologie, etc. C'est dire qu'elles trouveraient également bien leur application dans l'exégèse de n'importe quel livre sorti des mains de l'homme.

Les règles particulières considèrent l'Écriture en tant que livre divin et inspiré; elles sont fondées sur les enseignements de la théologie et de la foi; par suite, ce qu'elles ordonnent, ou conseillent, concerne exclusivement la parole de Dieu.

L'herméneutique sacrée, pour être complète, embrasse dans son étude ces deux sortes de règles. Nous le démontrerons plus loin (i).

2) règles particu lières.

(i) Voir plus bas, 3* partie, Leçon /■■«, n' i.

Lhcrméneuliqiieest une science ;

car 1) elle remonte aux principes,

10. — Or, en herméneutique, ]cs règ^les de rinlerprélation sont analysées et discutées scientifiquement.

Des auteurs, il est vrai, refusent à l'herméneutique le titre de science (i) ; c'est à tort.

Le propre de la science est de donner la connaissance d'une chose par son principe. Or, l'herméneutique sacrée — telle que nous la concevons, — ne se borne pas à formuler les lois de l'exégèse, ni à les exposer dans un ordre quelconque. Elle s'attache avant tout à montrer la ?^aiso7i d'être de ces lois, et à discuter les principes sur lesquels elles s'appuient; elle recherche encore si ces règ-les, — qui ne sont que des moyens à la disposition de l'interprète, — sont, de fait, proportionnées à la fin que celui-ci désire atteindre par elles. Nul doute qu'une pareille étude ne mérite le nom de science, puisqu'elle en a les procédés synthétiques.

et?) de ccsprinci- 11. — Au surplus, Ics lois quc l'hcrméncutique formule forme de "co'ndu- s'eiichaînent log^iqucmcnt entre elles; ce sont de véritables

sions, les lois de ,. i,i- i •• a* .<» • ' i

lexégèse. conclusions dcduitcs de principes surs, incontestes, puises dans

la philosophie, la théologie et l'expérience.

A la lumière de la psychologie, qui explique le jeu des facultés humaines, l'herméneutique trace avec précision les lois de l'interprétation, dite rationnelle. — Guidée aussi par la théologie, elle fixe sûrement et complètement les règles de l'interprétation, dite catholique. — Enfin, mettant à profit l'expérience, et les travaux des meilleurs exégètes de tous les temps, elle sait donner plus de netteté à ses formules, et elle augmente même ainsi le nombre de ses observations. Il est donc vrai que l'herméneutique est une science (2).

Triple utilité de 12. — Inutile d'insister longuement sur son utilité,

rhermcnculiqoe, ,i.i !>• i 'l'i ^ > ^

Le théologien, le polémiste, le prédicateur ont également besoin d'elle.

\) pour le ihcoio- \*> — j) Que l'étudc de l'herméneutique sacrée soit utile,

trinn: / -^ *^ ^

nécessaire même, au théologien, c'est ce qui ressort avec évi-

gicn;

(i) .Tahn et Uanoldor entre autres. — Voir dans Kohlgruber [Ilennenculica biblica gcncralis, p. s, not. 3) la réfutation des raisons qu'on produit à l'appui de cette opinion.

(2) Cf. Untcrkircher, llermeneuHca bihlica, pp. 3, 4; Seiw'm, Henncn. bibl. ins/ihifiones, p. 3/»; Oilly, Précis d'inlroduclion, t. II, p. 3. Ce dernier appelle riierméncutiquo une « science d'observations ». Cette dénomination n'est ])as absolument juste; car l'herméneuticiue ne s'éclaire pas seulement de l'expérience, elle cherche plus haut d'autres principes, dont elle se sert pour discuter et établir les lois de l'exéicèsc.

UTILITE DE L'HERMÉNEUTIQUE /jSo

dence de l'obligation où il est, de puiser sa doctrine et ses arguments aux sources de la révélation. Il lui importe donc a) de bien connaître le sens des Écritures; — b) de savoir analyser un texte, pour en extraire les trésors que chaque mot renferme. Or, comment le théologien arrivera-t-il à ces résultats sans le secours de l'herméneutique ?

2) pour le polémiste; 14. — 2) Le polémîste ue saurait non plus, sans elle, défendre nos dogmes avec succès. Nous rencontrons sur le terrain de la Bible deux sortes d'adversaires, les protestants et les rationalistes . Ceux-ci faussent le texte sacré, afin d'en éliminer le^ surnaturel; ceux-là abusent de l'Ecriture, qu'ils prétendent d'ailleurs interpréter seuls sagement. Aux uns, le polémiste chrétien répondra en rétablissant le sens vrai de la lettre ; aflx^utres, il rappellera les lois traditionnelles de l'interprétation scripturaire, contre lesquelles ne prescriront jamais les caprices du libre examen. Or, c'est l'herméneutique qui fournira dans les deux cas les lumières nécessaires.

3) pour le prédica- ^5^ — 3) Q'est elle eucorc qui guidera dans ses recherches

leur. ^ ^ . .

l'orateur sacré. Celui-ci a la charge d'instruire les fidèles, de leur distribuer la parole de Dieu, et non pas la sienne. Son premier devoir est donc de pénétrer les Ecritures, d'en nourrir son langage. Or, la piété, l'imagination, une intelligence subtile et déliée, ne suffisent point pour cela; disons plus, un génie trop inventif peut devenir un danger. Seule l'herméneutique apprendra au prédicateur à se tenir en garde contre les illusions d'une piété mal éclairée, contre les écarts, ou les fantaisies, d'une imagination aventureuse; elle lui livrera la clé du véritable sens de l'Ecriture, et elle donnera ainsi à sa parole d'être plus biblique, — par suite plus divine et plus efficace. Léon XIII a donc eu raison d'écrire : In fructuosiorem liujus doctrinœ partem, quœ de interprétations est, perstudiose incumbet prœceptoris opéra; unde sit auditoribus,quo dein modo divini verbi divitias in profectum religionis et pietatis convertant (i).

Divisions princi- 16. — Notre traité d'herméneutique comprend trois parties.

pales de notre trai- tt •, .•. . > \ ^ .^ f - ^

té dherméneutique. Luc première partie est consacrée a la théorie des sens scripturaires.

(i}EncycL Providenlisstrmts Deus, p. 20.

Dans une seconde partie, nous exposons les principes rationnels de l'interprétation biblique.

Enfin, dans une troisième, nous formulons et discutons les principes d'interprétation chrétienne et catholique des livres saints.

Histoire de l'herméneulicjuc chez les Juifs:

1) avant l'exil;

17. — L'art d'interpréter les Écritures fut toujours en honneur chez les Juifs. On sait qu'avant la captivité les prêtres et les lévites étaient chargés d'expliquer la Loi au peuple (i ). Comment s'y prenaient-ils? Quelle métliode d'exégèse avaientils adoptée? Nous l'ignorons. Ce qui paraît certain, c'est que leurs explications du texte sacré étaieni avant tout pratiques. Ils suivaient sûrement la tradition orale, qu'avaient transmise Moïse et les Prophètes. Leur exégèse était donc morale et traditionnelle. ^ •

2) après l'exil jusqu'à J.-C. :

18. — Après l'exil, les scribes (Ypai^.^j.a-cTç, vo[Ar/.o() et les docteurs de la loi (vo[;.oo'.oà7y.a>vOi) succédèrent aux prêtres et aux lévites dans la charge d'interpréter la Bible. Ces savants étaient assis dans la chaire de Moïse au temps de J.-C. (2), et ils enseignaient le peuple. Leurs méthodes exégétiques étaient différentes vraisemblablement, car ils formaient plusieurs écoles; les uns étaient partisans à outrance de l'interprétation strictement littérale; les autres préféraient l'exposition allégorique du texte sacré; quelques-uns s'égaraient dans des interprétations arbitraires de la parole inspirée (3).

3) depuis !'( chrétienne.

19. — Quoi qu'il en soit, ces diverses méthodes d'exégèse scripturaire n'étaient point érigées en systèmes. On ne voit pas que les Juifs aient élaboré jamais des traités proprement dits d'herméneutique. Ce genre de travaux ne leur convenait guère, du reste; les traditions orales suffisaient chez eux. Cependant Aben Ezra (f 1167) dans la préface de son commentaire sur le Pentaieugtie, et Maimonide dans son n^^iiin m*,*2 (Guide des égarés), ont formulé quelques lois d'herméneutique sacrée.

Histoire de l'herinéneuli(|ue dans lÉgliso CHthulique.

20. — li'Église chrétienne a fait plus que la synagogue pour l'étude et l'interprétation de la Bible.

(i) Cf. Dont. , xvii, 8, 12 ; xxi, 5. (^) Cf. MU., xxiii, 2.

(3) Comp. Me, vu, G, ss.

IIISTOIRI-: DE l'iii:f\méneutioui<: depuis le xvi» s. 441

Les premiers essais. Avaiit saiiit Augiistiiî, los Pèrcs ct Ics écrivaîns ecclésiastiques ne fixèrent point scientifiquement les principes de l'exég-èse (1), mais ils les appliquèrent constamment dans la pratique. A l'éveque d'Hipponc revient l'honneur d'avoir le premier exposé avec art et méthode les règles de l'interprétation biblique." Son exemple fut suivi, au v'' siècle, par le moine Adrien (2), par saint Isidore de Péluse, et saint Eucher de Lyon; — au vi*" siècle, par Junilius l'Africain et Cassiodore; — au moyen âge, par saint Thomas (3), Nicolas de Lyre (f i34o), et Gerson (f 1429).

Les traités d'herméneulique

au XYie s.

au xviiie,

21. — Depuis le xvi^ siècle jusqu'à nos jours, les traités proprement dits d'herméneutique sacrée ne se comptent plus. Citons seulement les principaux.

Au xvi^ siècle :

VIsagoge in saci^as Litteras^ et VIsagoge ad mystlcos s. Scripturœ se?isus de Pag-nin; — ÏA?^s interpretandl sacras Scripturas, et la Bibliotheca sa?icta (lib. 3 et 4) de Sixte de Sienne; — les Canones ad interpretandas sacras Litteras de Hofmeister; etc.

au xvii», Au xvii^ siècle :

les Prolegomena biblica de Serarius; — les Prœludla isagogica ad sacrorum librorum intelligentiam d'Antonius a Matre Dei; — les Institutiones de Metzger; etc.

Au xvin» siècle :

le Traité méthodique, ou manière d'expliquer V Blcriture de Martinianay ; — les Institutiones de Seemûller; — les Institutiones de Czerny; — V Institutio interpretis sacri de Mayer; — le Brevis conspectus instltutionum hermeneuticarum d'Azenberger ; etc.

au xix=. Au xix^ siècle :

YEnchiridion hermeneuticœ de ^ohn; — V Hermeneutica d'Arigler; — V Hermeneutica biblica d'Unterkircher; — la Biblische Hermeneutik de Riegler; — les Hermeneuticœ gêner alis principia de Ranolder; — le De interpretatione Scripturarum s. de Patrizi; — \ Hermeneutica biblica generalis de Kohlgruber ; — V Introductio in s. Scripturas de Lamy ;

(i) On trouve néanmoins quelques-unes des lois herméneutiques dans la xXsîç de saint Méliton de Sardes, dans le Wt-A à.y/~,)^ d'Origène, dans saint Jean Chrysostome et dans saint Jérôme.

(2) Voir dans Mignè (Pat. gr.^ t. 98, col. 1273-1312), l'ouvrage d'Adrien intitulé : Eba-^'w^yj zl;

(3) Saint Thomas dans sa Somme théologique (cf. 1, p., quœst. i, art. 8 et 9) et surtout dans ses Quodlibeta (cf. Quodlifj., vu, quœst. 6]/a exposé avec la plus grande netteté la théorie des sens scripturaires.

4/i2 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

— Yllermeneutlca biblica de Zapletal ; — \ç,De sacra Scriptura, ejusque interpretaiione commentarius de Danko ; — les Introductiones d'Ubaldi, de Cornely, de Trochoii et Lesôtre, etc.

Histoire de l'hoi- 22. — De IciiF côté les protestaiits ne sont point demeurés fSX'''^''"' en retard. Nous citerons seulement.

au xvi° siècle, Flaccius Illyricus, auteur de la Clavis Scripturœ rééditée souvent; — au xyii*^ siècle, Glassius, auteur de la Philologia sacra^ œuvre d'érudition remarquable pour l'époque; — au xvni% Rambach, Baunigarten, qui ont composé l'un et l'autre un traité des lois de Texég-èse.

En notre siècle, le protestantisme n'a guère publié que des herméneutiques rationalistes. Celles de Semler, d'Ernesti, de Bauer sont les plus connues (i).

(i) Cf. Kilm, Encyklopàdie und Méthodologie der Théologie, pp. 191, ss,

LEÇON DEUXIÈME

Du sens en général. — Du sens biblique en particulier; ses divisions

principales.

Les différentes acceptions du mot sens. — Définition du sens en général. — Corollaires explicatifs de la définition. — Définition du sens biblique. — Elément spécificatif et divisions principales du sens scripturaire. — Remarque.

k^ïf mo"t fenf^^ ^' — ^^ ^^^ seiis, dans la plupart des acceptions dont il est susceptible, renferme l'idée de manifestation^ de chose manifestée.

Ainsi, l'on désig'nera sous le nom de sens les organes qui manifestent à l'homme les réalités du monde matériel. Pour cette raison Cicéron a très justement appelé les .9e/î,9 extérieurs : interprètes et nuntii rerum, in capite, tanquam in arce.., collocati (i).

Acception herméneutique du mot sens.

Trois catécroî'ies de

2. — Dans son acception herméneutique., le mot sens signifie toute pensée manifestée par des signes (2). signes. Qj,^ ^gg signcs sout de trois sortes : la parole, l'écriture, le

g-estè. — La manifestation de la pensée par le geste est la moins parfaite, quoique non toujours la moins expressive; les gestes d'ailleurs sont pour accompagner la parole, dont ils doublent l'énergie et la vivacité . — Quant à la manifestation des pensées par Xd^ parole et l'écriture, c'est d'elle formellement que s'occupe l'herméneutique sacrée, car cette sorte de manifestation constitue le sens proprement dit.

Définition du sens.

3. — Ainsi entendu, le sens peut se définir d'après Ranolder : Determinatus animi gongeptus quem loquens^ vel scribens, vogibus expressit, et harum medio in auditoribus vel legtoribus exgitare voluit (3).

(i) De nat. Deor., lib. ii. 56.

(2) Voir la définition du signe dans saint Augustin, De doctrlna christ., n, cap. i

(3) Op. cit., p. 32.

Corollaires. 4 — Concluons dc là i) quc le sens n'est point la pensée

4) Le sens est la ^^^^^ scule, sans le mot on la phrase qui l'expriment ; c'est l'un ;uï£t"dor;""'' et l'autre à la fois, ou mieux c'est l'un rendu, manifesté, extériorisé ^^v l'autre : animi conceptus... vocibus expressus. Les mots sont donc bien le véhicule qui porte une pensée de l'intelh'g-ence de cekii qui écrit, ou qui parle, à l'intelligence de celui qui lit, ou qui écoute. Cette transmission fait que deux âmes se rencontrent dans une communion d'idées, de doctrines, de sentiments : et liarum ope in aliis excitare voluit.

linci de u'signifi' ^- — Concluons 2) que le sens et la sif/m/ieation a un mot,

calion.

d'une phrase, sont choses distinctes, parfois même séparables:

sensus (est) determinatus animi conceptus .

Pour le comprendre, observons à) que la signification d'un mot est toujours arrêtée à l'avance, et fixée [arbitrairement] par l'usage, suivant les lois générales de l'idiome auquel le mot appartient ; tandis que le sens n'est pas toujours ainsi déterminé; c'est celui qui parle, qui le précise conformément à ses intentions personnelles. — Donc, U) si l'on veut connaître la signification d'un mot, il suffit d'ouvrir un lexique, mais pour en saisir le sens il est parfois nécessaire de lire la phrase entière, peut-être même d'étudier le contexte qui révélera le dessein de l'auteur. Exemple : la signification du mot-:© çôç, lux, — qui désigne la lumière du soleil, — est donnée par le dictionnaire, mais si l'on désire savoir le sens de ce mot dans saint Jean, i, 4? 5, — où xb çw;, lux, désigne spécialement la lumière incréée du Verbe, — on devra recourir au contexte, et l'analyser. — Gonséquemment, <?) la signification d'un mot est souvent multiple, indécise, flottante, tandis que le sens est exclusif, précis, formel. Exemple : le substantif Osbç, Deus, est susceptible de plusieurs acceptions, ou significations, car on l'emploie indifféremment pour désigner le Dieu des catholiques, le Dieu des païens, le Dieu des musulmans; mais si on le rencontre sous la plume d'un catholique, qui parle de son Dieu, il n'a plus (\\\un sens unique : Bîb; alors désigne exclusivement l'Etre infini que nous adorons, un dans sa substance, et triple dans ses personnes. Or, l'interprète a le devoir de rechercher non seulement la significat ion, mais encore et surtout le sens des mots et des phrases.

Définition du sens g. — La définition du sens e?i qénéral peut, movennant

biblique. . , . . \ n '^ \

quelques modifications, servir de formule pour définir le sens de l'Ecriture en particulier.

DÉl'INITlOiN L:T divisions DU SKNS BIBLlylJt: 445

Le se?is biblique est donc determinatus mentis divine conceptus, quem Spiritus Sangtus per augtores sagros vocibus IMMEDIATE vel MEDIATE cxpressit, et harum medio in hominibus excitare voluit.

Remarques sur celle 7. — Cette formulei) révèle l'élément spécificatif du seiis

délinition. i -i i* \ ......

biblique; — et 2} nous sug-g-ere sa division principale. 1) Ce qui spécifie le 8. — i) Cc ciui spécific le se7is biblique, c'est a) qu'il a été

sens biblique. ^ , . ^ . . . ^

voulu et arrête par 1 Lsprit-Saint, son principal auteur : determinatus divinœ mentis conceptus^quem Spiritus Sanctus.., expressit; — c'est b) qu'il a été inspiré par Dieu à des hommes, qui furent ses instruments, ses secrétaires : per auctores sacros.

Page 1