‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 172 sur 251 · Au point de vue exéyétique · texte numérisé non relu

Au point de vue exéyétique

Les textes que nous opposent les adversaires de Puniversalité du sens littéral biblique sont cités à faux. — a) On produit ce passage à^Osée: Dixit Dominus: Vade, sume iibi uxorem fornicationum {1) . N'est-il pas évident, conclut-on, que prise au sens littéral cette proposition serait profondément inconvenante?— ^) On rappelle encore ces paroles de Jésus-Christ dans X Evangile : Neminem per viam salutaveritis. — Si quis te percusserit in dexteram maxillam tuam,prœbe illi et alteram; etc. (3). Entendus littéralement ces conseils ne seraient-ils pas exagérés, impraticables? — c) On ne peut non plus, affirme Orig-ène, interpréter à la lettre tels passages de la Genèse, où il est raconté que Dieu planta le paradis terrestre; qu'il y plaça un arbre de vie; qu'il se promenait fréquemment dans ce lieu de délices; etc. (4).

Explication des textes opposés.

Le texte d'Osée.

5. — C'est à tort certainement qu'on refuse aux textes précités un sens littéral, — soit propre, soit métaphorique.

D'abord, les paroles à^Osée, prises littéralement, ne présentent rien de grossier, ni de déshonnéte. Le prophète ne commit pas une action mauvaise en s'unissant sur l'ordre de Dieu à une femme souillée, qui devint son épouse légitime. Telle est la remarque de saint Thomas : « Oseas accedens ad uxorem fornicariam... non est mœchatus... quia accessit ad eam quœ suaerat secundumrnandatum divinum » (5). C'est pourquoi saint Jérôme a pu dire : « Nec culpandus propheta... si mère" tricem converterit ad pudicitiam, sed potius laudandus quod ex mala bonam fecerit » (6). Ce mariage symbolisait d'ailleurs les relations de Dieu avec Israël, comme l'expliquent les Pères, et en particulier saint Jérôme (7).

(i) Voir plus bas pp. 476, 477.

(2) Oxéc, I, 3.

(3) Luc, X, 4; MU., V, 39.

(4) Gènes., 11, 8, 9; 111,8. — Cf. Origène, Ihot àpy/ov. 4, lO.

(5) 1(1 a'», qti;i;sl. loo, art. 8, nd 3m.

(0) In Osetim comment . lib . 1, dans Mignc, Pdl . lai., l. xxv, col. 8a3. (7) Luc. cil.

PRECVES DE L'UiNIVEKSALITE DU SENS LITTÉRAL DANS LA BIBLE 455

Les paroles (le j.c. 6. — Ouaiit aux pai'olcs dc Jcsus-Glirist, elles ont un sens littéral très déterminé. Le Sauveur prévient ses apôtres de ne point s'attarder aux vaines formalités d'un cérémonial inutile. — Chacun sait qu'en Orient les salutations sont long-ues et compliquées. — Il conseille, en outre, au chrétien d'opposer à la violence et aux persécutions la patience et la mansuétude.

Les pa«snges delà Eufin, Ics passa^cs dc la Genèsc relevés par Orig-ène doivent s'entendre au sens figuré. Dieu, qui n'a ni corps, ni mains, ne peut assurément pas planter, marcher, à la manière de l'homme; il peut néanmoins se rendre présent partout où il veut faire croître les arbres et les plantes à son g-ré. Qui sait, du reste, si Jéhovah, aux premiers jours du monde, ne se montrait pas à Adam sous une forme humaine pour converser plus familièrement avec lui? Ce sentiment n'a rien d'invraisemblable (i).

Il reste donc que l'opinion des partisans de la non-universalité du sens littéral scriptaraire n'est point fondée exégétiquement; elle ne l'est pas davantag"e

c) Preuve prise du 7. — 3) Au polnt de vuc traditionnel.

point de vue tradi- r\ ' \ i i>''ii>''/i

tionnei. Urigeue est le seul écrivain de 1 antiquité dont on puisse in-

voquer l'autorité dans l'espèce. Et encore, lorsque le célèbre Alexandrin assure ne trouver dans tels passages de l'Ecriture aucun sens littéral, n'entend-il point parler du sens littéral propre^ qu'il appelle c7o)[j.ai'.xb(;, parce qu'il découle, selon lui, ex Gapxbç TYjç rp*?^? (^')'^ Des critiques de marque le croient. Origène n'exclurait donc pas le sens littéral figuré^ qui dérive ex ({;'jyYj;; vrf, FpacpY];, et qu'il désigne lui-même quelquefois sous le nom équivoque de TïvsuixaTabc; (3), par opposition sans doute à awp.aTty.bç. — Quoi qu'il en soit, l'autorité isolée d'Origène, dont les tendances à Vallégorisme sont connues, ne saurait prévaloir contre l'enseignement des Pères et des théologiens, favorables unanimement à V universalité du sens littéral dans l'Écriture (4).

Conclusion. Coucluons : Toutes les propositions de la Bible ont cha-

cune leur sens littéral,

(i) Cf. Keil, in h. l.

(2) Cf. Ilept àp)(ov, 4, II-

(3) 11 semble cependant que sous la plume d'Origène ce nom désigne plus particulièrement le sens mystique ou spirituel. Pour le comprendre, il ne faut point perdre de vue la théorie du docte Alexandrin sur l'Écriture : « Ut homo, enseignait-il, constat coryore. anima et spirilu, ita et Scriptura ». A ces trois éléments constitutifs de la Bible correspondent les trois sens CTwrv,aTi/,ô; (littéral 'propre), ^J^uytxô; (littéral métaphorique) et TTveuu.aTixô; (mystique ou spirituel).

{l\) Cf. Aug. De tentât. Abrahœ, serm. 27, dans Migne, Pat. lat., t. xxxvni, col. 3o; saint Thomas, Quodlib, vni, quœst. 6, art. 16; etc.

LamuUipiiciié du g — Esl-il és'alement vrai qu'une même phrase dans la

sens miéral dans la ^ o ^ . .

«''^'e- Bible soit susceptible d'offrir deux [ou plusieurs sens litté-

raux distincts?

Remarque préalable. Gommeuçons par observer que cette question doit être envisagée au double point de vue de la possibilité et du fait. — S'il s'agit d'une sïïn])\e possibilité, la réponse est facile. Dieu était libre de renfermer dans une môme phrase deux ou trois sens littéraux (i); les interprètes le reconnaissent.

Éiat de la question. Mais cu a-t-il agi ainsi? Trouve- t-on de fait plusieurs sens littéraux dans une même proposition biblique? La question est là.

Comment on rc )lvait autre loi

9. — Or, aux xvi^, xvii^ et xviii" siècles, les théologiens et les exégètes, en majorité, se déclarèrent pour l'affirmative (2). Ils y étaient poussés par l'exemple de saint Thomas et de saint Augustin (3) d'une part, et de l'autre par la difficulté, où ils se trouvaient, d'expliquer certains passages obscurs. Comment on la ré- Daus uotrc sièclc, Ics intcrprètcs ont examiné la question de

sout aujourd'hui. , v /-i a * i i m i • - ^ •.• i r s

plus près, (jrace a la philologie, et a une critique plus sévère des textes, on est arrivé à se convaincre que les raisons sur lesquelles repose la prétendue doctrine de la pluralité du sens littéral, sont plus spécieuses que solides.

2; assertion : ^Q^ '^j L^ TRADITION NI l'exÉGÈSE n'aUTORISENT ÉVIDEM-

unite du sens littéral dans la Bible, ment LA PLURALITE DU SENS LITTERAL DANS LA BlBLEJ DES RAI- SONS POSITIVES NOUS DISSUADENT MEME DE l'aDMETTRE.

i) La tradition ^^ — i) La traditiou n'est point aussi explicite, ni aussi

n est pas tavorable ^ i i '

sûrement à la muiti- unaniiuc Qu'ou Ic voudrait, en faveur de la pluralité du sens

plicilc du sens litte- ^ ' ■■•

'■^'- littéral.

a) Les Pères. Ou sc réclamc principalement de saint Augustin : De doctr.

christ., lib. m, 27; Confess., lib. xii, 27-81; De Gènes, ad litter., lib. I, 18-20 (4).

Réponse. Or, uous crojons pouvoir répondre a) que l'illustre Doc-

teur est le premier qui ait soutenu cette thèse dans l'antiquité chrétienne (5) ; — b) qu'il ne la donne point comme

(i) Cf. Schmid, De inspirntionis Bihb'or. vi et ralione, pp. ^.^ç)-'>.l\b.

(2) Voir Heelen {nisscria/io tkeol. de miil/iplicif . sens, lillcr , pp. 5-10) qui dresse une \\s[o assez complète des partisans de la pluralité du sens littéral scripluraire.

(3) Cf. Saint Thomas, De potenl., quœst. iv, art. i saint Augustin, Con/'ess., xu, 3i; Dr (lor/r. clit'isl ., ni, î>7 .

U\) Cf. iMii::ne, Pal. la/., t. xxxii, col. 84o-8/j/j; t. xxxiv, col. 80, 360-^62. — On cite aussi saint Gré^-oirc le Grand dans son Commenlaire sut Ezéchiel, 3, i3.

(5) Vasquez lui-même, l'un dos parlisiins les jjIus convaincus de la jiluralilé du sens littéral, l'avoue.

Page 1