‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 18 sur 251 · Le moyen âge garda religieusement ces convictions · texte numérisé non relu

Le moyen âge garda religieusement ces convictions

3) Traditions du , , i, , on i . i •

moyen âge. et CCS crojauces, ct l OU peut aihrmer que pendant les quinze, premiers sfècles du christianisme, — si l'on excepte Théodore de Mopsueste, condamné en 553 par le V*"^ concile œcuménique, les Manichéens, les Gnostiques, les Anoméens et les sectateurs de Mahomet (3), — il ne s'éleva pas une seule voix contre l'inspiration des Ecritures, prises dans leur ensemble. Apeine quelques doutes furent-ils émis, par des Ég-lises particulières, sur la canonicité de certains livres, comme nous le dirons plus bas (4)-

(i) Cf. Athan., Epist. ad Marcellin.] Ambr., Epist. ad Jusf., n. 1.; Gregor M., Prasf. in Jub.,eic. i'i) De consens, evayigeiisl., lib. I, cap. 35, n. 54.

(3) Cf. Gausscn, Théopneustie, pp. .•5!o/|-2io.

(4) Voir la section II'-, Uht. du Canon.

Traditions des Q — L'Edisc, flii rcste, s'était pronoîicée déjà par Ja voix

conciles. . J i

de SOS conciles.

Décrci de Géiasc. ]7p /|q5^ ](. pape Gélasc, dans le préambule du décret sur les Ecritures canoniques, faisait cette profession de foi : « Dei operatione credamus illas esse condltas )). — Vers la même

^ car"hâgc.^'^ épofjuo, Ic deuxicmc concile de Garthage prescrivait aux évêques de réciter, avant leur consécration épiscopale, la formule suivante : «. Credo yV. et V. T... unum esse auctorem Deum Léon IX. et Dominum omnipotentem ». — Léon IX, au xi'^ siècle, exig-ea

cette même formule de Pierre, évoque d'Antioche, et les Grecs l'acceplèrent au second concile de Lyon. — Les Vaudois

Innocent III. (xui® sièclc), désiraut rcutrcr dans l'unité, durent y souscrire à leur tour sur l'ordre formel d'Innocent III. — Enfin, le concile de Florence (i 439-1 44'^) parla dans le môme sens.

Concile de Morence.

^'ët'îfn vaiicar'' 7. — Toutcfois, c'cst daiis les conciles de Trente (i 545i563) et du Vatican (18G9-1870) que la tradition catholique concernant l'inspiration des Ecritures a été définitivement consacrée, et résumée sous une forme très brève et do2;^matique. Le concile du Vatican ne se contente pas de déclarer tous les livres de l'Écriture, tout entiers avec toutes leurs parties^ sacrés et canoniques, divins et infailliblement vrais; il enseig-ne de plus que ces livres tout entiers, avec toutes leurs parties, sont divinement inspirés, et qu'ils sont divinement inspirés parce que Dieu en est l'auteur.

L'inspiration de toute r Ecriture est donc une vérité de foi.

Traditions de la g^ — ^^x témoiçTuasTes traditionucls de l'É^^lise. il est per-

synagoguc. , .

mis de joindre ceux de la synagogue.

Celle-ci eut, en effet, ses croyances touchant l'origine divine Leur valeur. (j^g livrcs saiuts. Saus être infaiHIbles, à l'égal de celles de l'Église chrétienne, parce qu'elles n'avaient point les mêmes garanties divines de conservation, les vieilles traditions religieuses d'Israël ne laissaient pas de jouir, — et elles jouissent encore pour nous, — d'une haute autorité (i).

Or, il est indubitable que le peuple juif crut toujours a l'inspiration de ses Ecritures.

Assertion.

Indices do CCS Q, — ç^q (|ni )(> prouvc, c'cst i) cc fait que la synai^o^ue

traditions ' ^ ' ^ ' '' ^

1) dans lero^prct posséda, « dès l'époque de la clôture du canon )^ (2), et même

dos Juils |i(iiir la i ' •

i) Cf. L'Iiiftpirallon, \). ii.'<.

(") W()<::iio, llislnire de la Hi/ilr, p. 8.

TRADITIONS 01^ LA SYNAGOGUi-] CONCERNANT L'INSPIRATION 39

coiieriion de loms ^y^^ii l'cxil, iinc collection officicllo (le livres choisis, qu'elle

Kcntiiros. ^ ' i

vénérait entre tous, et qui furent plus tard répartis en trois «•roupes : Lex, Prophetœ^ cœtera aliorum lifn^orum^ d'après l'auteur du prologue de V Ecclésiastique ; v6[j.oç, Tupo^/^iat, u^-voi, d'après Josèphe etPliilon; la Loi, les Prophètes, les Hagiofjraphes, d'après les Talmudistes. Or, ces livres furent mis à part et disting'ués, moins en raison de leur contenu, qu'à cause de leur origine divine^ «. parce qu'ils avaient été écrits sous une inspiration progressivement décroissante, dit le rabbin Woçué : la Torah (Loi), sous l'inspiration directe ou immédiate, dite la a dictée » de Dieu; les Prophètes, sous l'inspiration indirecte, mais supérieure ; les Hagiog-raphes, sous une inspiration inférieure, dite esprit saint ))(i). Quoi qu'il en soit de la différence entre ces prétendus degrés d'inspiration (2), un fait se dégage de la tradition juive, et demeure hors de conteste, c'est que la synagogue, s'autorisant sans doute d'un témoignage divin transmis par ses prophètes, reconnut l'inspiration, l'origine divine, de certains livres, et qu'elle voulut pour ce motif les réunir en un recueil vénéré, où le Christ et les apôtres puisèrent plus tard les nombreux textes, qu'ils donnent comme citations à' Ecriture, infaillible et divine,

10. — Ce qui le prouve encore, c'est 2) le double témoignage dePhilonetde Josèphe, l'un et l'autre échos fidèles du passé (3).

2) Dans le témoi- a) Lc premier appclIc les Ecritures, composées de son temps,

gnage de Philon. , , , , , , , . . ,

i£pa^ pi6Xouç, ispov XoYov, lepwTaiov Ypa[jL[jLa, — insuiuant par là qu'elles sont inspirées, car la « sainteté des livres bibliques, observe Wogué, tient à leur origine » (4). Aussi bien Philon laisse-t-il entendre ailleurs que les auteurs sacrés « numine correpti prophetabant, ivOoujtwvisç TupoôoJYjisuov » (5). 3) Dans le témoi- ^) ^'^ sccoud — Josèphc — cst plus cXplicitc cncorc. « Ned^Josèp^ilr ^''™''^ ^1"^ omnibus fas erat, dit-il, sed solis prophetis, qui antiquissima et veterrima ex inspiratione divina (x,aiàTY3v àTïtTuvotav TY]v à-b -ou 0cou) didicerunt, res vero sui temporis quo modo

(i) Op. cit., p. 8.

(3) Cf. De Voisin, Ohaervaiiones in Proœmium pugionis fidei, p. foi.

(3) Nous n'admettons point les théories de WildelDoer (dans son livre Het ontstaan van den Kanon) et de Pôrtner (dans son ouvraj^e Die Autorit. der deul. Biicher d. A. T), qui ne veulent pas reconnaître une réelle valeur traditionnelle aux témoignages de Josèphe.

(4) Op. cit., p. 53.

(5) Vita Mos., H. — Sans doute, c'est des traducteurs grecs de l'Ancien Testament que Philon parle ici. Mais s'il reç;ardait les Septante comme inspirés, ne devait-il pas, à plus forte raison, regarder aussi comme tels les écrivains bibliques? (Cf. J. Delilzsch. De Im^piratione Script, .i., pp. 52-.'i4-) — Sur le sens du verbe prophetare chez Philon et Josèphe, voir Crets, De Bibiiorum in.fpiratione, pp. 6o-G3. Voir également van Kasteren, Le Canon juif, dans la Revue bibl., p. 454. année 189G.

4o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

^csiixi erani perspicue conscripsenmt » (i). Le célèbre historien était donc convaincu que les auteurs bibliques furent mspirés en écrivant, puisqu'il les a[)pelle r.^o^rçi'y^K, et que chez plusieurs l'inspiration put être unie à la révélation proprement dite, — par exemple, lorsqu'ils eurent à raconter des événements très anciens : antûjuissima et veterrima. Donc, aux yeux de Josèphe et de la nation juive, les livres de l'Écriture étaient divins (^ly.diùq OsTa TîeTutaTsujjiva) , en raison de leur origine surnaturelle.

(i) Cont. Apion., lib. 1, n. 7.

LEÇON CINQUIÈME La démonstration de l'inspiration des saintes Écritures (suite).

Les témoig'nages divino- bibliques en faveur de l'inspiration scripturaire. — Le témoignae;c de saint Paul (// Tim., m, i6). — Le témoignage de saint Pierre (// Pet., i, 20-21). — Autres témoignages empruntés aux Evangiles et aux Actes.

Objet de cette leçon.

1. — Cette leçon renferme les témoignages divino-bibliques en faveur de l'inspiration de l'Ancien Testament.

Ces témoignages, — on le sait, — se trouvent épars dans les Évangiles^ et dans les écrits apostoliques, spécialement dans deux Epitres de saint Paul et de saint Pierre.

Nous donnons la première place ici à saint Paul, parce que ses paroles établissent plus nettement à nos yeux l'origine divine de toute l'Ecriture de l'ancienne alliance.

1" argument, pris de // Tim.y m, 16.

Contexte.

Texte.

2. — Le texte où l'Apôtre formule ce témoignage explicite, se lit dans // Tim., m, i6. Citons-le en entier.

Mali homines et seductores proficient in pejus^ errantes et in errorem mittentes. Tu vero permane in Us quœ didicisii et crédita sunt tibi : sciens a guo didicerisy et quia ab infantia sacras litteras nosti.,. Omnis Sgriptura divinitus

INSPIRATA UTILIS EST AD DOGENDUM, AD ARGUENDUM, Ctc]

Le texte grec porte : Ilacja -^^ciLori Osotuvsucttcç y,al w^^éXi^AOç Tupbç

§i§aay.aX(av, Tupbç IXe^X^v, x.t.X.

Analyse du contexte. 3^ — Saint Paul cxhortc Timotliéc, son disciple, à demeurer ferme dans la foi, et à ne point suivre les faux docteurs, qui pervertissent le cœur, en même temps qu'ils séduisent l'esprit. Il appuie son exhortation sur trois motifs, i) Sur sa propre autorité apostolique (cf. Gai., i, i) : scieîis a quo didiceris ; 1) sur l'autorité des saintes lettres, dont Timothée fut nourri dès son enfance: et quiaab infantia sacras litteras nosti ;?>) sur l'excellence et les avantages des Écritures : omnis Scriptura divinitus inspirota utilis est ad docendum, etc. — C'esi cette dernière phrase qui constitue la preuve.

42 LEÇONS D'INTROnrCTION GENERALE

Analyse. 4 __ ]\fais avant (le produirez notre arçnmentalion, détermi-

na texte. nons bien la portée de l'expression : omnis Scriptura^ IIÎTa

Nous ne dirons rien de l'adjectif Oeczvsu^to:, r/ivmzVî/^ //z.ç^/raia; sa signification précise est indiquée ailleurs (i). Sens précis .le p^^p l'expressiou ^Tasa '^PCLO'h, saiut Paul i) entend siiremenl

désii^-ner des livres sacrés, vénérés comme tels chez les Juifs. C'est là le sens biblique (2) et ordinaire du substantif 7?^?"']^ que l'Apôtre, du reste, emploie ici comme synonyme de xà Xt^v. Ypà[J4J.aTa, sacrœ litterœ (cf. v. i5). — 2) Il veut certainement aussi désiî^ner les livres protocanoniques, et problablement même les deutérocanoniques, de l'Ancien Testament; car sa pensée se porte sur les livres, où Timothée puisa dès l'enfance les vérités du salut (cf. v. i5). Or, le disciple de saint Paul, en sa qualité de Juif helléniste (cf.-Ac^., xvi, t), dut lire l'Ancien Testament dans la version grecque des Septante, laquelle renfermait les deutérocanoniques. — 3) L'Apôtre entend, croyonsnous , désigner tous ces livres distributivement ^ et non d'une manière générale ou collective; c'est ce que nous pouvons conclure de l'absence de l'article {ff\) devant Ypa^Vj (3). — 4) Bien pluir,, il entend parler de to^is les textes^ phrases et pensées, que oes livres contiennent; telle est, au moins, la signification précise du mot ypa^Y) dans maints passages des Evangiles et des Epitres, où, sous le titre de yP^?'')' ^^^ trouve cités un texte, une phrase, une pensée (4), de l'Ancien Testament. Par suite, l'expression tSz:i tp^coy] devrait se traduire : toute parole^ toute parcelle d'Ecriture sainte. — Gonséquemment 5) plusieurs exégètos estiment que, dans cette formule, saint Paul comprenait encore ceux des livres du Nouveau Testament, qui étaient rédigés, à l'époque où il écrivait (vers l'an 67), — sans exclure même ceux, qui viendraient plus tard prendre place parmi les Ecritures.

Cela posé, la démonstration est facile.

De monsiratinn 5. — Prcuous d'abord le texte grec original : Ilasa yp^?"^

«r.iprôs le toxlo ori- , ii,-, ^t~v ..1 i i»'

ginai. OsoTrvs'jGTo; /.oc'. wçsMpLoç, /.. X. À. Uaus cette phrase le verbe tz-\

est nécessairement sous-entendu. Or, à quelle place doit-il être mis? Sera-ce avant, sera-ce après Oso-vîuctoç ? La conjonction

(i) Voir plus haut, p. i().

(3) (U. A/rtrc, XV, 28; Jprtn, xiii, 18; xvii, lo; xix, 30, 37 ; /le/., 1, lO; /îo»?., xr, -> : Jac, w. 23 ; etc.

(3) (ir, no<»Ien, Gramninl. r/rn'cif. N. T., p. 95,

(/f) Voir Marc, xv, f>8 ; Jac, 11. 23 ; ./tv/n, xiii, 18; xvii, •> : xix, 3('i, 3; ; AcI , i, lO; vm. 3.") : Bom., XI, 2, etc.

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