VARIABILITÉ DE L' « USUS LOQUENDI » ; LES MÉTAPHORES DE L'ÉCRITURE
Sa variabilité. g^ réalité r « Usus loqiiendi » n'est pas fixe pour tous ; il
peut varier, et de fait il varie souvent avec les personnes, les temps, les milieux. Toutefois, il ne change guère sous la plume d'un même écrivain, à une même époque déterminée, dans un même milieu bien connu.
La Bible dans lo- 2. — 0r, uous pouvous Hrc la Biblc, soit dans les textes
riffinal. et dans la ...» . m >i i
vuigate latine. primitils, -— qui sout 1 liebreu et le grec (i), — soit daiis la version officielle de TÉglise latine, — qui est la Vulgate. Nous avons fait connaître ailleurs (2) les propriétés distinc-
objet de la ie.;on. tives, la phvsionomie propre de l'hébreu et du grec bibliques; inutile de revenir ici sur ce sujet (3). — Nous ajouterons seulement, dans cette leçon, quelques observations particulières concernant le style éminemment métaphorique des Écritures; dans une leçon suivante, nous indiquerons quelques-unes des particularités plus remarquables qu'offre la Vulgate latine.
Les métaphores 3. — Et de vrai, quicouquc a lu, ne fût-ce qu'en passant, nos
sont nombreuses • - i . i i • •
dans la Bible. sauitcs Icttrcs, — surlout daus les textes originaux, — y aura
rencontré nombre de métaphores, la plupart originales, pittoresques même, toutes frappantes de vivacité et d'expression. Comment sexpii- H cst incontcstablc, cu effet, que la littérature biblique dif-
brmaut da7tyieYes fèrc asscz dc la nôtre. Si elle en a la dignité toujours, et la noblesse, elle s'en distingue par des allures plus impétueuses, par un coloris plus éclatant, par des figures plus hardies, plus multipliées. Buffon a dit : « le style c'est l'homme ». Or, l'homme de l'Orient ne possède point le même génie littéraire que l'homme de l'Occident. Né sous un soleil plus chaud, vivant en face d'une nature plus riante et plus riche, il met, comme d'instinct, dans son style plus de lumière, plus de brillant, plus de flamme. Et Dieu, qui n'a rien tant à cœur que de respecter sa créature, même quand il en fait son instrument, s'est bien gardé d'empêcher l'écrivain sacré de parler sa langue personnelle, et de donner à sa phrase l'allure vive, le tour piquant, imagé, énergique, qui lui semblèrent bons. La littérature bi- Voilà Dourouoi uos saiutcs Ecritures offrent une littérature
blique est une lilté- ' '■
rature àpart. à part, — bcaucoup plus diguc que les autres littératures
(i) Voir plus haut, pp. 199, 246.
(2; Voir plus haut, pp. 199-204; 246, ss.
(3) D'autant que la majorité des élèves iç^norent assez ordinairement les langues sémitiques, et ne Usent «îuère la Bible que dans la version vulgate. Kohlgruber (op. cit., pp. 42-^9) montre bien quels préciftux avantaeres ou peut retirer de la coiinaissance approfondie de la langue hébraïque pour l'interprétation de l'Écriture. Voir encore ce qu'il dit de la langue grecque dans ses rapports avec rherméneutique sacrée. Cf. Ibid., pp. 89-123.
orientales, lesquelles manquent trop souvent de tenue et de goût, mais aussi moins froide, moins compassée que notre littérature classique (i).
Ses difncuiiés Cette originalité du style scripturaire crée parfois à Texég-ète
de sérieuses difficultés (2). Il importe donc de préciser ici davantage le caractère des métaphores bibliques, et d'établir les règles qui en facilitent l'interprétation.
Caracière des mêla- 4. — Cc qui caractérisc les métaphores bibliques
phores bibliques : /-,> n ï> / ^ i-w i • ^ r
i]ï exubérance; C cst i) lexuberauce. — Dans certains passages les ngures littéraires sont multipliées à l'excès. Une telle prolixité, qui serait chez nous un défaut, est une qualité aux yeux des Orientaux.
Prenons pour exemple la description de la sagesse, dans Eccli.^ xxiv, i4-23. L'écrivain sacré prodigue vraiment en ce passage les métaphores et les comparaisons, à l'effet d'exprimer une idée unique, savoir que la sagesse est un inappréciable trésor. — Salomon, l'époux du divin cantique, n'est pas moins exubérant, quand il compare les belles dents blanches de l'épouse aux grèges tonsarum quœ ascenderunt de lavacro^ et qu'il ajoute : omnes gemellls fœtibus, et sterilis non est inter eas (3). Ces derniers traits paraissent superflus (4).
2) la hardiesse, 5. — Cc qui caractérisc encore les métaphores de la Bible,
et parfois Vexayé- x i 7 7- > i £• • • »^ 1?
ration; C cst 2) la kardiesse^ poussée quelquetois jusqua \ exagera-
l'iQji, — Ainsi, Jérémie fait pleurer les rues de Jérusalem : Vice S ion lugent (5); Habacuc fait parler les pierres et les poutres de la maison : Lapis de pariete clamabif, et lignum quod ifiterjuncturas œdificiorum est ^r es ponde bit (6); il prête aussi à l'abîme une voix suppliante, et des mains tendues vers le c\q\'. Dédit abgssus vocem suam^et altitudo manus suas leva, vit {fj. Ces figures sont très hardies, exagérées même. Pareillement Isaïe, annonçant la ruine de Tldumée, s'écrie qu'en ce jour des vengeances divines « l'armée du firmament périra, les cieux seront roulés comme un Hvre, tous les astres tomberont, pareils aux feuilles qui se détachent, à l'automne, de
(i) Cf. Lanzoïiî, />(i subLlniitate divinarum. Scriptuvarum ; Wow^on . Les images dans saint
Paul.
(;?) CP, .lahn, Encliiridion, p. io3. Vicnnjc, 1812. ('À) Canlic, iv, 2.
(4) Comp. Canlic, iv, 4, 8, la-iT), etc.
(5) Lam'ent.y i, l\. Comp. Ibid., n, 8; Jcrein., iv, 28; xiv, 3; xxiii, 10; îs., m, 26; xxiv, 7; XXX m, (), Amos, 1, 2; etc.
(6) lï'ah., II, II.
(7) Ihld., III, 10.