LE MILIEU POLITIQUE, RELIGIEUX, PHYSIQUE
2) du milieu politique;
exemples
6. — 2) Le régime politique sous lequel vécut l'auteur a pu inspirer aussi mainte expression qu'on trouve chez lui. II est des détails, des locutions, des métaphores de nos saints livres, dont nous ne pénétrons bien le véritable sens qu'à la lumière des données de l'histoire.
Exemples. Comment expliquer sans ce secours l'avènement d'Hérode, un étranger, au trône de Juda {Mtt., i, i ; Luc, I, 5) ; l'intervention en Palestine d'un lég-at de Syrie, Quirinius, lors du recensement {Luc, 11, 2); la présence à Jérusalem d'un procurateur romain, Pilate, au moment de la passion ; la comparution de Jésus-Christ devant Ilérode Antipas, tétrarque de Galilée; etc. ? — De même, comment comprendre l'expression fornicatus est, fornicati sunt, que la Bible em-. ploie si fréquemment pour stigmatiser l'idolâtrie des Hébreux? Ces métaphores ne s'expliquent, évidemment, qu'autant qu'on se rappelle le caractère théocratique du gouvernement d'Israël (i).
3) du milieu religieux ;
exemples :
7. — 3) Le culte ']mî, et même les pratiques cérémonielles spéciales aux différentes sectes relig-ieuses de Jérusalem ont influencé le style des écrivains sacrés. Nombre de locutions, de formules, d'allusions, demeurent obscures, si l'on ne connaît pas d'avance les observances rituelles, et l'histoire religieuse du peuple de Jéhovah.
Exemples. On cite un verbe hébreu (le verbe n^?S^) qui signifie ordinairement faire, agir, opérer, mais qui devient souvent dans la Bible synonyme de sacrifier, offrir un holocauste : Facite, disait Moïse (2), et apparehit gloria ejus (Domini) (3). De plus tels noms, telles expressions revêtent un sens religieux très précis, exclusif, sous la plume des auteurs bibliques : principes sacerdotum ; pontifex anni illius ; una sabbatorum ; prima sabbati; j udicium ; concilium ; etc. On rencontre encore des formules propres aux rabbins ou aux sectes de l'époque : càp; y.ai d\m pour liomo; T^aç)ÔLvX'(]Qiq tc5 'iapaYj)^ pour Messias ; etc. L'exégète recourra donc à l'histoire pour interpréter comme il convient ces idiotismes.
-i) du milieu pàijsique;
8. — 4) On ne peut nier, enfin, que le milieu physique, où séjournaient les écrivains de la Bible, n'ait exercé sur leur
(i) Cf. «iesenius, Thésaurus, p. 422.
(2) et Levit., IX, 6.
(3) Voir Gesenius, Thésaurus, p. 1070,
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exemples
style une profonde influence. « Je ne connais aucun peuple, observe justement Ms"* Plantier, dont les monuments littéraires aient autant d'affinités avec la physionomie et la position de leur territoire, et tels en sont les rapports qu'une immense part de nos chants sacres reste incompréhensible, sans la connaissance du sol qu'habitèrent les Israélites, et des régions au centre desquelles la Judée est assise. Presque toutes les images ont un intérêt territorial » (i).
De vrai, il n'est aucune propriété du sol palestinien, aucun grand accident terrestre, aucune des richesses de cette fertile contrée, qui ne fournissent quelque appoint au style imagé de nos saints livres. Les auteurs inspirés empruntent à Jéricho l'image de ses roses (cf. Eccli.,xxiv, i8. — Gomp.,xxxix, 17 ; L, 8) ; au Liban celle de ses cèdres altiers, qui défient la tempête (cf. P^., XXVIII, 5 ; Is., I, i3); aux collines de Basan celle de ses chênes superbes (cf. Is., 11, i3 ; Zach., xi, 2); au Carmel celle de ses grâces et de sa fécondité (cf. Is., xxxv, 2 ; Cant., VII, 5); aux coteaux d'Engaddi celle de leurs pampres et de leurs raisins (cf. Cant., i, i3; Is., v, i, 2) ; au Jourdain celle de ses rives ombreuses et de ses flots rapides (cf. J06, XL, 12, 18; Jerem., xii, 5; Zac/i., xi, 3); aux sommets de rHermon celle de leur rosée bienfaisante (cf. Ps. cxxxii, 3); aux collines de Béther celle de leurs daims et de leurs cerfs (cf. Ca?ît., 11, 17); aux montagnes de Galaad et de Seïr celle de leur myrrhe parfumée (2). — Une certaine connaissance de la topographie de la Palestine, et de ses richesses naturelles, est donc nécessaire àTinterprète des saintes Écritures.
Inducnce sur le style résultant des conditions i?idividuelles de l'auteur.
9. — Il lui sera très utile aussi de connaître les conditioiis individuelles de Fauteur sacré lui-même.
Nous entendons par ces conditions individuelles l'éducation reçue, le caractère, la situation sociale, les dispositions physiques et morales du moment. Nul doute que toutes ces circonstances n'infk eut quelquefois sur le style, et sur les pensées de celui qui écrit ou qui parle. Un homme instruit s'exprimera mieux qu'un homme sans lettres ; .un écrivain d'imagination sera plus fleuri, plus entraînant, qu'un froid rhéteur; la joie, la tristesse, la colère, la haine ont également leur langage
(i) Etudes idtéraires sur les poètes bibliques, t. I, pp. 17G-1 77. Nîmes, 1882. (•?) Cf. (iliirini,-hello, De libris poeiicis AiUiq. Fœderis, pp. 2o-3<j; Lowlli, De sicra Ucbrœor. poesi, pp. 59-103. Lipsitc, i8i5.