VIII PRÉFACE
D'abord, j'ai cru devoir consacrer d'assez nombreuses pages à la difficile et si intéressante question de Tinspiration. Autrefois, ce phénomène de psychologie surnaturelle était le plus ordinairement passé sous silence par les critiques, qui volontiers se déchargeaient sur les théologiens du souci de l'analyser et de l'approfondir. — Nous pensons que la discussion de ce problème relève bien d'une Introduction générale à la Bible. Le professeur de théologie dogmatique n'a souvent pas le temps de donner à cette question les développements qu'elle mérite; il arrive aussi que plusieurs procèdent trop a priori en cette délicate mitière, ou ne tiennent pas assez compte peutclre des résultats de l'exégèse, et de la critique historique. Quoi qu'il en soit, de nos jours on le comprend ainsi, et nombre d'excellents manuels^ parus en ces dernières années, traitent de VInspiratio?i, ou de l'origine divine des Ecritures.
Pour le reste, j'ai suivi le programme classique, qui demande qu'on expose successivement V histoire du Canon des deux Testaments, — V histoire des textes primitifs, — {'histoire des versions anciennes et récentes, — enfin la théorie des sens scripturaireSy et les lois de \ herméneutique sacrée.
C'est donc, sous forme de Leçons, une véritai)le introduction générale aux saintes lettres, que je présente à mes élèves et au clergé.
Dans cette Introduction^ j'ai réservé à la théologie une place d'honneur; pu plutôt c'est à la himière supérieure de cette science, qui prime et doit diriger les autres, que j'ai voulu rédiger tout ici, discuter tout, et tout résoudre.
En cela, je ne fais que répondre au vœu de Léon XÏIÏ, ce grand voyant des temps modernes: Quœ quanti momenti sit, dit-il, disposite scienterque y COMITE ET ADJUTRiCE THEOLOGiA, cssc initio disputata^ vix attinet dicere[i). Et le docte pontife ajoute : Quum tota continenter tractatio Scripturœ reliqua hisce vel fundamentis nitatur, vel luminibus clarescat.
N'est-ce pas pour avoir trop négligé ce conseil, que tels exégètes, à l'heure présente comme au temps passé, ont fait fausse route, ou sont tombés, mal" gré eux, dans des écarts qui les acheminaient vers l'erreur?
Mais ici, à côté de la théologie, la critique doit tenir sa place. Ce n'est certes pas que celle-ci ait la prétention de redresser celle-là, de la corriger, de lui en imposer; non. Pour nécessaire qu'il soit, son rôle est toujours plus modeste, et la vraie critique ne demande qu'à l'exercer avec une respectueuse réserve. Sa mission, à elle, est donc d'éclairer la théologie dans l'examen des textes, de lui prêter secours en démêlant pour son compte les obscurités, qui planent sur les origines et l'authenticité des
(i) Encycl. cit., loc. cil.
PREFACI'] IX
saints livres, de la venger encore, — si besoin est, — des attaques de la science incrédule sur le terrain des études scripturaires.
Enfin, il est évident que la critique et la théologie réclament de plus, ici, le concours de V histoire, que Cicéron appelle très justement : lux veritatis et rnaglstra vitœ (i).
Quant à la méthode d'exposition, j'ai adopté celle qui m'a paru la plus didactique, la plus claire, la plus française. Me souvenant que j'écrivais principalement pour des élèves, et que je rédigeais un Cours destiné à être enseigné, — et même appris ^ — j'ai distribué œi{Q Introduction générale en leçons, ç^i subdivisé chaque leçon en Paragraphes.
En outre, pour aider la mémoire et les yeux de l'élève, pour faciliter au besoin ses recherches, pour aider aussi le professeur lui-même, ou l'examinateur, dans les questions à poser, il m'a semblé bon d'indiquer l'idée générale de chaque paragraphe en des notes marginales, qui accompagnent le texte et Féclairent. On n'a rien omis pour que cet ouvrage soit rendu pratique, et d'une lecture facile. L'expérience révèle combien il ast pénible, surtout pour des commençants, de lire, de relire et d'étudier ces manuels, où l'auteur amoncelle son enseignement, où les pages suivent les pages, où les lignes succèdent aux lignes, également serrées, également compactes, sans aucun signe ni point de repère, qui guident l'œil en le reposant.
J'ai écarté à dessein les opinions risquées, et touché légèrement les trop savants problèmes que certains critiques aiment à soulever, sans pouvoir d'ailleurs les résoudre. J'ai évité de même les trop longues notes au bas des pages, et cet appareil encombrant d'une érudition de catalogue, très appréciée, je le sais, de l'autre côté du Rhin, et en soi très appréciable, mais que des intelligences novices ne supportent guère, parce que ce luxe de renseignements est souvent pour elles sans utilité. Si j'ai été sobre dans mes références, je crois cependant avoir indiqué les meilleures, ou celles dont la majorité des lecteurs tireront le plus de profit.
Puissent ces Leçons, que j'ai écrites pour les jeunes clercs de nos séminaires, développer en eux l'amour et le culte des saintes lettres, « ce moiiumentéternel de lagrâce qui nous a choisis et de la vérité qui nousafaits »(-')-
Grand Séminaire de Laval, en la fêle de la Nativité de Marie,
8 septeml)re 1897.
(1) />fi Oy^a^o/**, lib. Il, cap. 9. , , . ^, . , , ,^ .
(2) Lacordaire, Deuxième teUre à un jenne homme : Du culte de Jesus-Glinst dans les Est-ilures.