‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 206 sur 251 · ANTILOGIES DOCTRINALES DANS LA BIBLE · texte numérisé non relu

ANTILOGIES DOCTRINALES DANS LA BIBLE

Causes g-énérales des antilogies dans la Bible.

nullam Scriptiiram alteri contrariam esse, fatebor potius me non intelligerc quœ dicuntur » (i).

3. — Cependant les adversaires de la révélation ne se font pas fan te de signaler nombre de contradictions dans la Bible.

Or, à tout prendre, ces contradictions ou antilogies ne sont (\\x apparentes. Elles proviennent de trois causes : i) de quelque vice du texte qu'un copiste aura par mégarde altéré ; — 2) d'un vice de traduction ; — 3) d'une méprise de l'interprète.

Dans le premier cas, Texcg-ète aura recours à la critique ; dans le second, il consultera les textes originaux; dans le troisième, il s'aidera des règles de l'herméneutique sacrée.

Mais il convient de descendre davantage dans les détails.

Différentes sortes d'antilogies dans la Bible.

Règles à suivre pour les résoudre.

I) Antilogies doct r Inales,

4. — Observons que les passages où les antilogies se rencontrent sont de trois sortes : les passages dogmatiques ^ les passages historiques^ les passages prophétiques.

Or, quelles qu'elles soient, et où qu'elles se rencontrent, ces antilogies ne sont qu'apparentes, et l'exégète catholique doit en chercher la solution.

Voici quelques conseils pour aider l'interprète à résoudre ces difficultés.

i) Antilogies doctrinales.

Iro i-ègle ;

exemples.

5. — i''® RÈGLE. — Le théologien et le commentateur examineront bien si les termes employés ne sont pas susceptibles de significations diverses^ ou s'ils ne sont pas pris en des sens différents. — Exemples, a) Zacharie avait annoncé que son fils serait prophète (cf. Luc, i, 76) ; or, Jean-Baptiste, interrogé par les émissaires des Pharisiens, répondit qu'il n'était pas prophète (cf. Jean, 1, 21). Le Précurseur et son père sont-ils donc en désaccord ? Non. La contradiction n^'est qu'apparente. Sur les lèvres de Zacharie, le moi prophète a son sens ordinaire (2), tandis que dans le second cas il est synonyme de Messie : '0 %po(^'i]vriq (cf. Deut.^ xviii, 18), le Prophète par excellence. — b) Il est raconté dans Gen., xxii, i, que Dieu <fg;z^a Abraham : Tentavit Deus Abraham ut offerret filium suum Isaac. Nous lisons

(1) Advers. Tryphon., n. 65. Como. saint Augustin, epist. S-i , ad II ieroni/ .

(2) « npocpY.TVic iii scncre vir dicitur qui numine afflatus verba facit spectantia àd alios de rébus divinis aut futuris edocendos, vel ad eosdem adhortandos ». Wahl, Clav'is, p. 435.

pareillement dans Deut., xiir, 3, que Dieu tentait Israël : Tentai vos Dominas Deus, ut palam fiât utrum diligatis eum. Or, saint Jacques affirme au contraire que Dieu ne tente jamais : Deus neminem tentât (cf. Jac.^ i, i3). L'antilogie n'est que dans les mots qui revêtent des acceptions diverses. Sous la plume de saint Jacques, tenter^ Tu^'.pa'Csiv, signifie « porter au mal )>, tandis que, sous la plume de Moïse, tenter^ riDJ, veut dire « éprouver )), « éprouver la foi, la fidélité ».

2" règle; 6. — 2® REGLE. — L'exégètc prendra garde encore que les

mots n'ont pas toujours chez les auteurs sacrés la même

exemple. signification que chez les classiques, — Exemple. Les termes fratres, sorores, présentent dans le vocabulaire des écrivains du Nouveau Testament un sens très étendu. Quand donc les évangélistes parlent des « frères de Jésus », ils n'insinuent rien contre la perpétuelle virginité de Marie (cf. Matt., i, 26).

3« règle; 7. — 3- REGLE. — Gonséquemmentjle commentateur catho-

lique prendra garde aux idiotismes des langues orientales. Telles phrases, construites selon les lois de Ta usus loquendi)) des langues sémitiques, deviennent une source de difficultés

exemples. pour l'interprète. — Exemples, à) Cette assertion du Sauveur: Siquis... non odit patrem suum^ et matrem., et uxorem, et filios, et fratres, et sorores (i), etc., paraît être en contradiction manifeste avec ces préceptes sacrés : Honora patrem tuum et matrem tuam (2) ; Diliges proximum tuum sicut teipsum (3). L'antilogie n'est cependant point réelle ; elle s'évanouit, si l'on tient compte de la manière dont l'hébreu exprime le comparatif (4) — b) La défense du Christ aux apôtres de ne rien emporter lorsqu'ils iraient prêcher l'Evangile est formulée contradictoirement dans saint Marc et dans les deux autres synoptiques. D'après saint Matthieu et saint Luc, Jésus aurait dit : Nihil tuleritis in via, neque virgam, neque peram, neque panem.., (cf. Mat., X, 10; Luc, IX, 3); mais, d'après saint Marc, vi, 9, le Maître aurait permis aux siens le bâton de voyage : Prœcepit ne quid tôlier ent... nisi virgam iantinn, d {j.y) pà6cov [xévov. Ici encore la contradiction n'est qu'apparente. Saint Marc est au fond d'accord avec les deux autres synop-

(1) Cf. Luc, XIV, 26.

(2) Cf. Exoci., XX. 12.

(;{) Cf. Mti., XXII. :^(j.

(4) Voir plus luiiit, ji. /)(j3.

ANïILOGIES HISTORIOUES DE LA BIBLE

4"= règle ;

exemple.

II) Antilogies histoi' iques.

le;

exemples .

tiques ; seulement, la locution d \).r^ prend sous sa plume la sig-nification des particules sémitiques nS) id, qu'on traduit exactement par pas même, — sedneque. Le second évangéliste avait donc en son esprit la phrase syro-clialdaïque prononcée par Jésus et qui était vraisemblablement celle-ci : in^s rran nS ""D , sed neque virgam unam. On voit dès lors combien la connaissance de riiébreu peut être utile, nécessaire même, à Texégète qui veut pénétrer le véritable sens des écrits du Nouveau Testament.

8. — 4® REGLE. — L'interprète, enfin, prendra garde que tel écrivain sacré poursuit un but spécial^ et se place en conséquence à son point de vue particulier. — Exemple. L'apparente contradiction qui existe entre saint Paul et saint Jacques, relativement à la nécessité des œuvres pour la justification (cf. Rom., m, 28; Jac, 11, 24), disparaît dès qu'on prête attention au but différent, que les deux apôtres se sont proposé dans leurs Epîtres.

n) Antilogies historiques.

9. — i^^ RÈGLE. — Pour résoudre ce genre de contradictions, il suffit souvent d'examiner si une faute n^existe point dans le texte de l'un des passages, qui paraissent se contredire.

Exemples. Il est raconté dans / Reg., xiii, i, que Saûl « fîlius anni erat cum regnare cœpisset », et qu'il régna « duobus annis super Israël ». Or, nous lisons ailleurs (cf. / Reg,., x, 28) que, au début de son règne, le fils de Gis « altior fuit universo populo ab humero et sursum », et qu'il eut un règne de quarante ans (cf. Act.^ xiii, 21). Il est évident qu'une faute de copiste existe ici dans le texte de / Reg.., xiii, i. Le transcripteur aura omis une lettre-chifl^re, probablement la lettre 3 devant anni; — d'où il suit que nous lisons aujourd'hui un an, au lieu de vingt et un ans; il aura omis la lettre D, qui représente le nombre 4o, ou la lettre S qui vaut 3o, devant duobus annis; — d'où il suit que nous lisons « duobus annis regnavit », au lieu de triginta ou quadraginta duobus annis (i). Rien n'était plus facile à commettre que ces fautes matérielles, puisque les nombres s'écrivaient, en hébreu, avec les caractères, souvent assez semblables, de l'alphabet carré ou phénicien.

(i) Cf. Josèphe., Antiq.,\\yï[\-

2c règle; 10. — 2^ RÈGLE. — L'interprète examinera si les récits

qu on suppose contradictoires rapportent bien réellement

exemple. Ics înêmcs faits. — Exemple. C'est à tort qu'on oppose saint Matthieu, xxi, 12, à saint Jean, 11, i3-i6 ; car ils relatent l'un et l'autre deux faits distincts.

3« règle ;

11. — 3*^ RÈGLE. — L'interprète tiendra compte encore de la différence de procédé et de méthode que suivent les hisexemples. toricns. — Excmplcs. a) Saint Matthieu, xxvii, 44? raconte que les larrons crucifiés à côté de Jésus l'insultaient, tandis que saint Luc, xxiii, 89-42, n'attribue qu'à un seul ce rôle outrageant. Nul doute que le récit de saint Luc ne doive être préféré à celui de saint Matthieu ; car ce dernier a l'habitude de relater moins en détail les faits, qui ne se réfèrent pas directement à son but. — h) Par contre, dans le récit de l'institution de l'Eucharistie, l'ordre suivi par saint Matthieu et saint Marc doit être adopté de préférence à celui de saint Luc, qui rapporte après la consécration du calice un discours du Christ, qui fut prononcé pendant la cène légale; cf. Luc. y xxii, 21- 28 (i). C'est chose prouvée, en effet, que le troisième évangéliste procède quelquefois « par fragments », et ne dispose pas toujours les détails dans leur ordre réel (cf. xxi, 87-88).

4« règle; 12. — 4^ RÈGLE. — L'interprète examinera soigneusement

si la contradiction des récits ne vient point d'u7ie erreur, volontaire ou non, commise par ceux que l'écrivain sacré fait parler . — Exemple. Il n'y a pas de contradiction réelle entre les deux récits de la mort de Saûl, dans I Reg., xxxi, 4, et dans II Reg,,i, 9-10. Ici, en effet, l'Amalécite dénature les choses dans le but évddent de capter les bonnes grâces de David, qu'il estime être un ennemi acharné de Saûl. La vérité se trouve donc dans la narration de I Beg.^xxxi, l\.

priphéUqtes "0 AnTILOGIES PROPHETIQUES.

1" règle; 13. — jrc RÈGLE. — Pour résoudrc ces contradictions

d'un nouveau genre l'interprète recherchera si les prophéties, signalées comme contradictoires, regardent réellement le même personnage, ou encore si elles n'ont point trait à des situations diverses et successives dii 7nême individu.

exemple. — Exemple. Le Messie chanté dans le Ps. cix est un roi conquérant, qui bataille et remporte de sanglants triomphes,

(i) Cf. licvuc lh('ul(jy. fran{\, année iS^G, pp. irKj-173.

exemple.

ANTILOGIES l'IlOPHÉTIOURS DANS LA IJIIÎLE

2= règle ;

exemple.

3« règle; exemple.

tandis ,,ue le Messie annoncé par Isaïe est tout pacifique

rc ne, les armes devenues >nutiles seront transformées en instruments aratoares (cf. /.., „, 4. Comp. 3Iùk., rv 3 M., IX, 10). Evidemment, le Messie fut entrevu par ces d,^.nts prophètes sous des aspects divers, et aucun d détails qu ils fournissent n'est faux.

„,*,'*■ ~ ^' l^ÈCxLE. — L'exég-ète examinera bien si ies t,ropàettos en contradiction avec l'histoire n'étaient nZt s^^pementeonéitionnelles.--E.,^,,.. L'orael^de Jonls ^f ,cf "v W """'''"'^"'«^ opposition avec l'événement qui suil vu (et. tbid m, 10; IV, , I), parce que dans la pensée de Dieu la menace du prophète était conditionnelle.

15. - 3e RÈGLE. L'interprète, enfin, étudiera si le prophète a parlé en son nom. propre, ou au nom de Dieu. ~ Exemple Un jour Nathan approuva chaudement le dessein qu avait formé David d'élever un temple au Seigneur (cf // Heg., VII 3), et le lendemain il annonça au pieux monarque que cet honneur était réservé au fils qui naîtrait de lui (cf ibtd o et suiv.). Y a-t-il contradiction dans l'espèce ? Non • car Nathan parla la première fois en son nom personnel e't la seconde fois au nom de Dieu.

LEÇON TROISIÈME

Devoirs de l'interprète catholique en face de la critique moderne et des

sciences.

Progrès de la critique et des sciences. — L'exéçète catholique doit éviter tout compromis avec les sciences qui combattent la révélation. — Corollaires. — Réelles pour dissiper les conflits entre la Bible et la science. — Autre règle pourrinterprclalion des difficultés que la science oppose à la Bible. — Règle pour l'interprétation des textes confinant aux sciences. — Utilité pour l'exégèse biblique des progrès de la science moderne.

Progrès de la cri- ^ — Qn Rc peut nier QUc la critiquc textuelle et historique,

uque el des scien» i^ i *■ ^ * '

ces. ainsi que les sciences de tout ordre, n'aient réalisé à notre

époque d'immenses progrès. Loin de s'en effrayer, la relig-ion et la vérité n'ont qu'à s'en réjouir, car il est incontestable, dit Léon XIII, que les sciences naturelles tendent à manifester la gloire du Créateur, empreinte sur la création entière pourvu néanmoins qu'elles soient convenablement enseignées (i).

Malheureusement, ces sciences, dont l'impiété abuse, deviennent des armes dangereuses entre les mains des incrédules. On se sert trop souvent d'elles pour combattre la révélation.

Expédients dune 2. — Dc nos jours, ccrtaius critiques se sont effrayés, à

école catholique mo- , . . p . i . t-. ,

deine pour éluder l'excès, dcs objcctions taitcs au nom des sciences. Pour prèles objections de la • «r. -i i »ï i -i i

science. vcuir CCS difficultés OU pour les éluder, ils ont beaucoup trop

cédé au rationalisme sur une foule de points, — tantôt en hmitant l'inspiration aux seuls passages dogmatiques et moraux de l'Écriture, tantôt en accordant que l'auteur sacré a pu parfois se tromper. Ces expédients, dictés par la peur, toujours assez mauvaise conseillère, répugnent à la théologie, mettent en péril l'autorité divine de la Bible, et sont à bon droit réprouvés dans l'encyclique « Providentissi?nus Deus ».

(i) Enci/c, cit., p. 3/j.

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