L'INTERPRÉTATION DES PÈRES
TURE CELUI qu'ont EMBRASSÉ EXPLICITEMENT ET UNANIMEMENT
LES Pères de l'Eglise, témoins authentiques et dépositaires AUTORISÉS DES TRADITIONS DIVINES (l).
doit S"nn!e'- 1^- — I Que l'exégète catholique ail le devoir de se conpréiation des Pères, former absolumeiit au sentiment commun des Pères, dans l'interprétation doctrinale de la Bible, c'est ce qui résulte Preuves. ^\ ^^ p^j^ (^inineut dcs saints Pères dans l'Édise, et de leur
autorité souveraine en matière de foi. « Ce sont eux, dit saint Augustin, qui, après les apôtres, ont planté, arrosé,.... et nourri l'Eglise de Dieu » (2) ; c'est par eux que la doctrine apostolique s'est transmise jusqu'à nous, de sorte que ce qu'ils enseignent, d'un consentement unanime, est l'enseignement même des premiers apôtres (3).
C'est ce qui résulte encore b) de l'enseignement des Pères eux-mêmes. Origène déclare formellement que l'Écriture ne doit pas être autrement expliquée nisi quemadmodum per successionem Ecclesiœ tradiderunt nobis (4). Clément d'Alexandrie, saint Augustin, saint Jérôme, pour ne citer qu'eux, tiennent le même langage. — En pratique, « les Pères, dit Rufin (5), s'en rapportèrent, pour arriver à l'intelligence des divines lettres, non à leur propre manière de voir, mais aux écrits et à l'autorité de leurs prédécesseurs dans la foi, qui prirent à leur tour, très certainement, dans la tradition apostolique leur règle d'interprétation » (6).
Enfin, c ) c'est ce que suggère le simple bon sens : « Si toutes les sciences... demandent, pour être bien saisies, à être enseignées par un professeur ou un maître, quelle témérité, quel orgueil n'y aurait-il pas à vouloir comprendre en dehors de leurs interprètes autorisés les livres qui traitent des mystères divins » (7) ?
2) Dans quels cas 15. — 2) Toutcfois, c'cst loTsqu'il s'agit dc tcxtes dooma-
rinterprélaliGn des . / d- •
Pères s'impose. ticjues^ OU counexes avec un dogme, que 1 interprétation des Pères s'impose à l'exégète catholique. Il s'ensuit que, dans les
(i) Longtemps avant le concile de Trente, le concile In Trullo (c. ig) et le v« concile de Latran (sess. Il) avaient formulé en termes équivalents la même loi d'exégèse catholique. Cf. Ranolder, op. cit., pp. «94-395.
(2) Contra Julianum, lib. II, cap. lo, n. 87.
(3) Cf. Encyc, cit., p. 26.
(4) Tract. 39 iuMtt.
(5) Histor. eccles., n, 9.
(6) Cf. Ranolder, op. ct^.,pp. 292, seq.
(7) Saint Augustin, ad Honor., de utiîitat. cred., xvii, 35.
Mo LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
questions d'ordre scientifique, où la foi et les mœurs ne sont nullement en cause, l'interprète reste libre d'embrasser telle explication qu'il lui plaira, car « in bis quae de necessitate fidei non sunt, dit saint Thomas, licuit sanctis diversimode opinari, sicut et nobis » (i). D'ailleurs, en ce genre de questions, les Pères ont pu se tromper. « Étant données les opinions en i cours à leur époque, observe Léon XllI, ils n'ont pas toujours jug-é d'après la vérité; il leur est arrivé d'admettre certains principes, qui maintenant ne sont rien moins que prouvés. On se gardera donc de défendre et d'adopter indistinctement toutes les interprétations, que les Pères ont proposées d'un texte scripturaire non dogmatique » (2).
3) Quelle doit être 16. — 3) L'cxégètc catholique doit examiner au préalable
l'unanimité chez les -i ■r^^ , -, , \ i, • •. r
Pères. SI les Feres s accordent a 1 unanimité.
Or, cette unanimité, qui ne peut être que morale évidemment, est censée exister a) quand les plus illustres d'entre eux, — à supposer même qu'ils ne soient qu'en petit nombre, mais qu'ils appartiennent à diverses Eglises, et vivent presque dans le même temps, — s'entendent pour donner à un texte le même sens dogmatique, surtout s'il s'agit d'un dogme contesté à l'époque ; — b) quand les Pères et commentateurs chrétiens de tous les siècles font reposer une thèse doctrinale sur le même passage de la Bible.
Dans ces deux cas, en effet, remarque justement Ranolder, c( unanimis virorum horum ingenio, cultura, natione, œtate, loco, ab invicem differentium consensus, non e scientia atque eruditione eorum derivandus est, sed ex eodem traditionis apostolicœ fonte divino » (3).
Remarque. 17. — Observous, cu outre, c) que le simple silence de
quelques Pères, — fussent-ils des plus autorisés, — n'infirme point le sentiment commun des autres (4). Il faut le témoignage explicitement ou équivalemment contradictoire d'un ou de plusieurs Pères, pour que l'unanimité morale n'existe plus (5).
4) Deux autres 18. — 4) L'interprétation des Pères ne fait autorité, à) qu'à Hnterprét'Lt^on' ïes ^^ couditiou d' èlTc expresséme?it et 7iette?nent formulée.
Pères s'impose.
(i) In Sent, ii, dist. u, quiosl. i, art. 3.
(2) Cf. Encyc. cit., p. 30.
(3) Op. cit., p. 292. — Cf. Encyc. cit.. p. sO,
(4) Cl". Kohlffruber, op. cit., p. aGf), d.
(5) Cf. Conicly, op. cit., p. O12; Gûiitucr, Ucrmen. I)ibl.,ci\\^. 11. JJ 17.
USAGE A FAIRE DES SIMPLES COMMENTATEURS 54i
On n'attachera donc pas la même importance aux explications qu'ils donnent soit en passant, soit sous une forme hypothétique ou probable.
b) Enfin, leur interprétation n'est authentique et infaillible, que lorsqu'ils l'appuient sur les Anciens, on lorsqu'ils parlent en qualité de témoins de la tradition, selon la belle remarque de saint Augustin : Quod invenerunt in Ecclesia, tenuerunt ; quod didicerunt, docuerunt ; quod a Patribus acceperunt, hoc filiis tradiderunt (i).
Observation. 19- — Ajoutous Cependant que même les o^ïmons person-
nelles émises par les Pères, en tant que docteurs privés, ont droit au respect de l'interprète, qui les acceptera volontiers, notamment lorsqu'il s'agit de questions religieuses, ou de développements moraux ou spirituels du texte biblique (2).
Estime qu on doit 20. — Quaut aux autrcs commentateurs catholiques, l'exé-
faire des commenta- , .,. . .,,. ■*■
teius catholiques, gctc saura utiliscr avec intelligence leurs travaux. Léon XIII le recommande : « Istorum (interpretum catholicorum) commentariis suus tribuendus est honor, ex quibus multa opportune peti liceat ad refellenda contraria, ad difficiliora enodanda » (3). De fait, lorsque les interprètes catholiques s'accordent sur le sens d'un passage donné, il y a lieu de croire qu'ils ne se trompent point, car « nec ipsi sic concordant, observe justement Jean des. Thomas, nisi quia Ecclesia virtualiter ita approbat, vel défini vit » (4). Usage à faire de Eu tout cas, l'ou préférera bien leurs travaux à ceux des
jxegese protestan- j^^térodoxes, qui peuvcnt certainement avoir beaucoup de valeur sous certains rapports (5), mais dont il est permis de suspecter presque toujours la bonne foi et l'entière exactitude ; d'ailleurs, la plupart de ces derniers, ainsi que le remarque très justement saint Grégoire, Scripturœ non meduUam attingunt, sedcorticem rodu7it{^).
Fausse manière 21 . C'eST UNE ERREUR DE PRETENDRE QUE LE CONCILE DE
ilfs^d^nterprétatlon Trente (par Ics dcux lois ci-dcssus énoncées) ait seulement
cile de Trente. VOULU OBLIGER L INTERPRETE CATHOLIQUE A DONNER AUX TEXTES
(i) CoJit. Julian., lib. H, cap. g.
(2) Cf. Encyc. ciL, p. 26.
(4) Curs. theol. , quœsi. i, disp. 2, art. 12, n. 9.
(5) Aussi saint Augustin ne veut-il pas qu'on les méprise, ni qu'on les rejette n priori :« Philosophi qui vocantur, dit-il, si qua forte vera et fidei nostrœ accommodata dixerunt..., non solum formidanda non sunt, sed ab eis etiam tanquam injustis possessoribus in usum nostrum vindicanda ». De doct. christ., \ih. Il, cap, l\0.
(6) Moral. f xx, 9. Corap. Encyc, cit., p. 28. . .
DOGMATIQUES DE lTcRITURE UN SENS « QUI NE SOIT PAS CON- TRAIRE » A LA DOCTRINE DES PÈRES, OU A l'eNSEIGNEMENT DE
l'Eglise.
Historique de la 22. — Nous combattons dans cette thèse une opinion qui question. ^ prévalu, suftout à notre époque, chez des critiques catholiques de grand mérite, tels que Jahn, Arigler, Riegler, etc. — Jahn, le premier en ce siècle, émit l'idée que le décret du concile de Trente n'a qu'une portée négative : défendre d'interpréter l'Écriture contrairement à l'enseig-nement et à la foi de l'Eglise (i). — Arigler semble, il est vrai, reconnaître au décret de Trente une portée affirmative ; car il soutient que l'exégète doit adopter le sens de V Eglise dans l'explication des passages dogmatiques de la Bible (2). Toutefois, pour lui, le sens de C Eglise n'est point l'interprétation même que l'Eglise ou les Pères ont donnée de tel texte en particulier; ce serait plutôt et exclusivement l'analogie de la foi catholique. — Cajetan déjà, au xvi® siècle, avait frayé la voie à ces fausses opinions (3), que personne parmi les catholiques ne peut plus admettre présentement.
L'opinion ci-des- 23. — En effet, Ic coucilc du Vatican a déclaré que « 7^
sus énoncée estcon- o*j ii i
traire au concile du pro vero sensu saci^Œ bcripturœ habendus sit quem tenuit ac tenet sancta mater Ecclesia, cujus est judicare de vero sensu et inierpretatione Scripturarum sanctarum , atque ideo nemini licere contra hune sensum.., ipsam Scripturam sacram interpretari » (4).
Corollaires. Nous coucluons dc là i) quc le véritable sens de rEcri--
ture (dans les passages dogmatiques) est celui-là même que l'Église a arrêté, qu'elle propose, — et qui d'ailleurs, est ^inique, puisque très probablement la Bible, pas plus qu'aucun autre livre, ne comporte plusieurs sens littéraux distincts dans une même phrase.
2. Conséquemment, 2) l'Eghse a, de par Dieu, le droit non seulement de juger des interprétations diverses du texte sacré, mais de déterminer encore quel est le vrai sens du texte. •
3. D'où il suit 3) que malgré sa forme négative : IVemo.., con^ tra eum sensum quem... tenet. ..Ecclesia,... aut etiam contra unanimem consensum Patrum, ipsam Scripturam sacram
{i) Jnlrod. in. lib. sac. Vef. Fœd., pars, i, § yi ; Eticlilridlon herni., % 3n.
(2) llermen. InbU, pp. 3i-34.
(3) Vv:efat. in quinque tnosaic. libros, {li) Sess. III, cap. 3.