LA SCOLIE ET LA GLOSE
les expressions demandant quelque éclaircissement, et qu'elle ne se compose elle-même que de peu de mots (i).
On peut regarder comme un modèle de paraphrase cell(^e Bernardin de Picquigny sur les Épîtres de saint Paul,
JU) I,A SCOLIE ET h\ GLOSE,
Lascoiieetiagiose. 7. __ Ccs dcux mots, — scoHe et f/lose, — sont employés indifféremment pour désigner toute explication brève d'un
texte.
Ce qu'on entend A rorigine,la scoUc (a^oXiov) n'était qu'une courte note grammaticale ou critique, jetée d'ordinaire en passant sur la marge d'un exemplaire de la Bible, et destinée à faire la lumière miv un mot difficile, sur une phrase embarrassante. — Ces cyôXicL servaient aux disciples dans les écoles.
par scolit ,
en
Peu à peu l'on transforma ce genre d'explication sommaire .„ une véritable méthode d'exégèse. On interpréta ainsi des pages entières, des livres entiers de la sainte Écriture. Mais toujours ces scolies demeurèrent brèves et serrées; elles n'eurent jamais, par exemple, l'ampleur du commentaire.
Caraclôres de la 8. - DaUS IcS SColicS, tcllcS qu'oU IcS CUtCnd de UOS jOUrS,
"''" rinterprète s'attache i) à faire connaître les principales varian-
tes du texte; — 2) à fournir les explications philologiij^es, archéologiques, historiques, propres à élucider le sens d'un passage; — 3) à indiquer la suite logique des pensées, les corollaires'dogmatiques, ou moraux, qui découlent du texte. Les scolies exigent la clarté, \d. précision et la brièveté.
Ce quon entend 9. — La glose sc rapprochc beaucoup de la scolie, sans '"' ''"" se confondre pourtant avec elle. La scolie porte sur un endroit
difficile, obscur ; la glose porte sur un mot devenu rare, ou sur une expression vieillie (2).
On a réuni parfois ces gloses dans des dictionnaires, où se trouvent par ordre alphabétique les mots anciens et les expressions surannées, ayant besoin d'explication (3). Ces dictiontionnaires sont appelés glossaires.
[i] Cf. SelAvin, op. ci/., pp. nS-i?^. .
(2 Cf. Kohlt^rubcr, op. cit., p- 39 ; SeUv.n, op. cit., p. i8o.
(3) Tels les lexiques de Suidas, d Hcsychius, clc.
55o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
« iv) LE COMMENTAIRE.
Wiwicniau^. 10. • — Le commentaire est une exposition suivie et so-
lide, savante et justifiée par des preuves^ du sens d'un auteur.
Le commentateur des Écritures mettra donc à contribution, si cela est nécessaire, toutes les branches du savoir humain :1a théologie, la patristique, la philosophie, l'histoire, la philologie, la géographie, la critique, môme les sciences naturelles.
l'exégèfrïibMque. ^l* — Nombrcuscs, en effet, peuvent être les exigences de l'exégèse sacrée. Souvent Tinterprète doit i) fournir les renseignements nécessaires concernant l'auteur, le but, la langue du livre, etc. ; — 2) indiquer les variantes et en faire la critique ; — 3) donner le sens grammatical des mots, analyser les formules, dissiper les ambiguïtés ; — 4) demander à l'histoire et à l'archéologie l'explication de maints passages obscurs; — 5)discuter les interprétations probables, et choisir la meilleure; — 6) dégager avec soin du texte la doctrine théologique, et môme les conséquences ascétiques ou morales, qui y sont renfermées ; — enfin, 7) venger, au besoin, contre l'hérésie et le rationalisme le sens véritable de la lettre.
Écueiis à éviter dans 12. — Pour remplir, commc il convient, son office, le com-
lo commentaire. . . , •!/-(/ •!
^ mcntateur évitera certains ecueils. Les ecueils sont
i) La prolixité. — Beaucoup d'éxégètes, surtout parmi les protestants, ont le tort de se perdre dans de longues digressions philologiques, où, sous prétexte de déterminer le sens d'un mot, ils entassent nombre de définitions étymologiques, de citations classiques, etc.
2) Une trop grande brièveté. — Les textes susceptibles de plusieurs interprétations probables demandent à être étudiés à fond, et il n'est pas loisible au commentateur, digne de ce nom, de passer outre; ce serait avouer son impuissance.
3) \Jexces de subtilité. — Si l'on aime à trouver chez l'interprète de la pénétration et de la sagacité, on se lasse aussi de le suivre, quand il raffine trop sur un texte. Une exégèse minutieuse à l'excès fatigue, et d'ailleurs égare souvent l'esprit, loin de l'éclairer.
4) L'abus des considérations dogmatiques ou spirituelles. — Le commentateur ne doit, en effet, jamais perdre de vue son
LA DISSRUTATIOiN ET L'HOMELIE
Ce qu'on entend par dissertation.
Deux sortes de dissertations.
texte, ni transformer sou rôle cii celui d'uu prédicateur (i).
v) LA DISSERTATION ET LES TRAITES.
13. — Ou désigne par dissertations , ou traités, des monographies ayant pour objet tel passage d'un livre, d'un auteur, à éclaircir.
La dissertation doit réunir les mêmes qualités que le commentaire, dont elle ne se disting-ue que parce qu'elle ne s'attache qu'à un passag-e, ou même à un texte, et qu'elle est d'ailleurs susceptible de plus amples développements.
14. — Les dissertations scripturaires sont de deux sortes : i) les dissertations critiques, qui roulent sur un point spécial d'iiistoire, d'arcliéolog-ie, de philologie, de doctrine ; telles étaient pour le temps la plupart les dissertations de Calmet, — mine féconde où maint savant moderne a puisé; telles encore les dissertations de Patrizi sur les Evaîigiles, etc.; — 2) les dissertations exégétiçues, qui ont pour objet le sens d'un texte à établir et à préciser; à cette catégorie appartient, par exemple, VExegesis critica in Is., lu, i3; lui, 12, de Reinke; etc.
Définition de V homélie.
vi) l'homélie.
15. — L'homélie est par excellence Vexposition populaire et pratique de r Ecriture. Ce n'est donc point au savant ni au théologien qu'elle est destinée, mais aux simples fidèles ; ce n'est point uniquement à l'esprit qu'elle s'adresse, mais encore à la volonté.
Qualités de l'homélie
simplicité ;
clarté; piété.
16. — Les traités à' éloquence sacrée indiquent les règles à suivre pour donner à l'homélie la forme oratoire qui convient (2) ; bornons-nous ici à faire connaître les qualités qu'elle doit revêtir sous le rapport herméneutique.
C'est i) la simplicité, pour la forme comme pour le fond; tout ce qui est discussion, subtiUté, spéculation, sera donc écarté impitoyablement. — C'est 2) la clarté dans le style, et dans l'ordonnance générale du discours. — C'est 3) Vonction et la piété; une exposition sèche des enseignements bibliques ne saurait atteindre la volonté, et lasserait même très
(1) Cf. Jahn, op. cit., pp. 167-159; Kohlgniber, op. cit., p. 829.
(2) Cf. Hamon. Traité de la prédicalion , pp. 389-392; Ribet, la Parole sainte, pp 211-220; etc.
Remorque.
LEÇONS D'I.N'TRODUCTION GÉNÉRALE
vile l'esprit des auditeurs, car l. peuple n'est point habitué aux méditations abstraites, ni aux spéculations approfondies.
17. — Au surplus, il importe de bien choisir les livres de la Bible à expliquer aux fidèles ; tous ne conviennent pas égalemcnt. On s'attachera de préférence aux Évangiles, aux hpitres, aux parties morales. Saint .lean Chrysostome a écrit sur saint Paul et sur les Actes des homélies, qui sont de vrais chefs-d'œuvre. Saint Grégoire a interprété avec non moins de bonheur le livre de Job. Au xix« siècle, le cardinal Pie a excellé dans l'homélie.