‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 218 sur 251 · L'ÉCOLE TALMUDIQUL ET SES THÉORIES · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE TALMUDIQUL ET SES THÉORIES

— 4) l'école théologiqiie ; — 5) l'école critique ; — 6) l'école moderne.

Quand ces écoles se La première, appelée aussi école michaschique {i), domina pendant les sept premiers siècles de notre ère ; la seconde se développa depuis le vni° siècle jusque vers le xiii«; la troisième rég-na aux xni-xiv^ siècles; la quatrième fut prépondérante depuis le xv" siècle jusqu'au xvni^; la cinquième date surtout de Mendelssohn, 1729- [786; la sixième est représentée par les rabbins juifs du xix^ siècle.

i)tco\.taimudique ^^ __ j^ \j^^q\^ talmudique se rattachait au pharisaïsme, dont elle continua la méthode d'enseignement. Pour le talmudiste comme pour le pharisien, la Loi était tout, mais la Loi commentée, expliquée par la xapaSoaiç twv Trpsaguxépwv {Mtt., xv, 2). C'est dans ces traditions que le docteur israélite allait chercher une réponse à tout, dût-il pour cela presser le texte à l'excès. Les interprétations ainsi trouvées formèrent les m^draschim. On peut même dire, avec Wogué (2), que la période de Técole talmudique fut Tâge d'or du midrasch, me*nu"tiSirs"dê ^es priucipaux monuments de cette littérature midraschi- "[^^^S^t^l que sont la Mekhilta^ Siphrâ, \^:^iphrê, et le grand midrasch Rabhoih,

La Mekhilta est un commentaire sur Exod., xii, i-xxrii, 20 ; XXXI, 12-17 ; XXXV, 1-4. — Le Siphra est un commentaire sur le code sacerdotal du Lévitigue. — Le Siphrê est un commentaire sur les Nombres et le Deutéronome. — Ces commentaires sont mi-partie halakhiques et hagg-adiques. Ils ne paraissent pas postérieurs au iii^ siècle.

Le midrasch Rabbôth, œuvre de différentes mains et de différentes époques, est une vaste compilation exégétique, sur le Pentateugue et les cinq Méghilloth (3).

Les sens de la 12. —Ce quî uous întércssc Ic plus'daus Fécolc talmudique,

Bible d'après les , . , . ^ ' :l '

laimudistes. c est i) sa thcoHc des sens scripturaires, et — 2) ses principes

d'herméneutique sacrée.

D'après les talmudistes,ondoit admettre deux sortes de sens dans la Bible : le sens direct (Vatpa),etle sens dérivé, déduit (Uri-îD). — Le premier découle naturellement des mots euxmêmes; c'est le sens littéral Le second n'est qu'une expli-

(i) Parce que le inidràsch y fut toutspéciaJement en honneur.

(2) Op. cit., p. 189.

(3) Sur toute cette littérature, voir Marin, Exercitat. bihl., 11, 9, 1 t Wolf, Biblioth. hebr., 11; Wog\ie,op. cit., pp. 189-193; etc. w > ,

cation plus ou moins arbitraire du texte ; c'est notre sens conséquent^ on notre sens accommodatice ,

Le sens 7a^a est propre (^'^2) (i), ou figuré, mélaphorique (TId).

Le sens tirilQ est également de deux sortes. L'un est appelé xir^n, et dérive logiquement, par voie de corollaire, du texte sacré. L'autre est appelé '♦9](2); il repose souvent sur une exégèse artificielle, fantaisiste, des phrases et des mots de la Bible. — Le terme mnémotechnique DTis désigne ces quatre divers sens scripturaires.

Les lois de iher- 13. — 2) Quaut aux lois (nllD) d'herméneutique sacrée,

meneuliqiie sacrée , .

d'<après l'école tai- l'écolc talmudique n'en comptait pas moins de quarante-cinq,

niudiqiie. .

dont sept (selon Hillel) pour le midrasch halakhlgue, et trente-deux (selon le R. Eliézer) pour le midrasch haggadigue, — Elles se ramènent toutes, d'après Wogué (3), aux deux principes suivants : a) rien n'est fortuit, ni indifférent dans la parole de Dieu; pléonasme, elhpse, anomalie grammaticale, transposition de mots ou de faits, tout est calculé et veut nous apprendre quelque chose. — ù) Comme Dieu, son auteur, la Bible est une et multiple dans ses significations. La divine parole, dit le Talmud, ressemble au feu qui se divise en mille étincelles, ou au rocher qui éclate en nombreux fragments sous le marteau qui l'attaque (4). —C'est d'après ces principes que les midraschim ont été composés.

2) École caraite. 14. — L'écolc dcs caraïtes (nnsnp) ne devint prépondérante que vers le viii* siècle. Avant cette époque le caraïsme existait cependant, selon toute probabilité ; car la secte ellemême fut antérieure, croit-on (5), à notre ère. Peut-être les caraïtes descendaient-ils des écoles grecques, établies en Syrie et en Palestine sous la domination des Séleucides (6). Pendant les premiers siècles du christianisme, ils firent échec, malgré leur infériorité numérique, aux talmudistes qui les détestaient profondément; mais c'est vers la fin du viu® siècle, que leur influence grandit, et supplanta celle de leurs adversaires pharisiens.

(i) Voir plus haut, p. 554-

(3) C'est au TDI, probablement, (juc les talmudistes rattachaient le sens typique .

(3) Op. cit., p. i6f).

(4) TrailcSchahhàlh, 88 b: Sanhcd., 34 «.

(5) Woi^ué, op. cit., p. 19;"), et en t^oninil les rabbins modernes sont d'un avis opposé. D'ajtrcs eux, les Caraïtes ne remoiitcrai»Mil pas an-delà de l'an 750.

(G) Cf. Sclicrdlin, art. Caraïtes clans VEiicyclodédie de Lichlcnberger.

L'ÉCOLE CABALISTIQUE ET SON EXÉGÈSE 55o

Ses priacipes d'ber- j^ \.^ différence clcs talmudislcs, qui vénéraient la r.apxooGiç Twv 'KpzGÔ'jxipiiiv, et qui explicjuaient par elle le texte écrit de la Loi, les caraïtes nég-lig-aient les traditions orales^ pour s'attacher de préférence à la lettre seule du livre inspiré. Ils recherchaient donc le sens littéral, — sans exclure pourtant les sens mystiques. D'où le nom de i^lpa iJl, textiiaires, partisans, explorateurs du texte. Au fond leur interprétation de la Bible fut souvent assez indépendante ; voilà pourquoi ils ont été surnommés justement les « protestants du judaïsme » (i). A partir du xi^ siècle, et surtout du xiie,leur influence baissa. Nous trouvons encore aujourd'hui quelques survivants de cette secte en Pologne et dans TAutriche-Hongrie.

3) École cabaiisti- '^^- — ^) L'écolc dcs caôalîsfes, — ceux-ci étaient ainsi ^"^- appelés parce qu'ils prétendaient g-arder la tradition (nSlp, du

verbe Sap) transmise par Dieu à Abraham et à Adam, — se glorifiait d'une méthode d'exégèse toute particulière (2). Elle reposait d'ailleurs sur ce principe fondamental : le texte saint a des sens multiples, notamment des sens ésotériques (le ^iri), révélés exclusivement aux adeptes. Gomme dans un arbre, disaient les cabalistes, il y a la moelle et l'écorce, comme dans un fruit il y a le noyau et la pulpe, ainsi en est-il des paroles de l'Écriture. Ces docteurs ne se préoccupaient guère du sens littéral, sans négliger pourtant la lettre ni les mots. L'Ecriture était par eux soumise à une exégèse fantaisiste, basée sur des combinaisons puériles, ridicules même, de mots, de lettres, de chiffres.

SouherniéneuUque: 16. — Pour cu douucr unc idée, rappelons que l'herméneutique des cabalistes comprenait trois parties : la ghematria (3), le notariqon (4), la temurah (5).

a) la ghematria; 17. — - hdi gJiematria , D'après les \o\s à^Xdi ghematria, on supputait la valeur numérique des lettres d'un mot, et l'on basait sur le nombre ainsi obtenu des inductions, des rapprochements explicatifs du mot lui-même, ou de la phrase entière.

(i) Sur les caraïtes, voir Lévesque, art. Garnîtes dans le Dlclion. de La Bible de Vigouroux, t. II, col. 242, ss.

(2) Sur !a Cabale et les cabalistes, voir Leusdeo, Philologiis hebrseus, pp. 307-826 ; Drach, De l'harmonie entre l'Eglise et la synagogue, t. Il, pp. xiv xxxiv; Reuss, dans l'Encyclopédie de Herzog ; Edersheim, op. cit., chap. xvni; etc., etc.

(3) De .-^'pau-aaTsia, — 'Ypaaaa, lettre.

(4) Du bas latin notaricum, — notarius, sténographe, abréviateur, — abréviation,

(5) De "^^2 changer, permuter.

56o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

exemple: Excmplc. Lc mot Messlùs , en hébreu WQ^r:, représente

numériquement, 358, savoir :

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