‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 224 sur 251 · DÉCADENCE DE L'ECOLE D'ANTIOCHE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE L'ECOLE D'ANTIOCHE

Ses travaux sur la Bible.

lions des Diodore et des Lucien. Nous avons de lui des commentaires sur les Psaumes, le Cantique des cantiques^ sur quelques Prophètes et sur les Êpitres de saint Paul. Ses autres travaux bibliques sont perdus.

Caractère de son Théodorct possédait toutcs Ics qualités de l'interprète chréexeg se. \\qi^^ ^qy^ exégèsc est i) littérale et critique; — 2) sobre et

précise ; — 3) large et neuve ; — 4) pleine de piété et de foi. On sait que le docte écrivain ne voulut jamais toucher à l'Ecriture avant d'avoir imploré Dieu dans la prière. Bossuet appelle Théodoret « le plus savant interprète qui soit parmi les Pères grecs ».

Les derniers noms 9. — Avec ce grand uom, auqucl il faut joindre ceux du ^•'"période'dé^^écoie frèrc dc Théodore de Mopsueste, Polychronios, évêque d'Apamée sur l'Oronte, et d'Isidore de Péluse qui se rattache aux Anliochiens par saint Jean GhrysOstome, son maître, se termine la liste des exégètes, qui illustrèrent l'école d'Antioche pendant la plus remarquable période de son développement.

3) Décadence de \Q, — A partir dcs auuécs 44o-45o la décadence commença.

l'école d'Antioche. . . i . • ^ • i mi > i i

Une scission se produisit entre les partisans de lliéodore de Mopsueste, et ceux de saint Jean Ghrjsostome et de Théodoret. Les premiers, qui appartenaient presque tous à la secte de Nestorius, quittèrent la capitale syrienne et s'établirent dans la haute Mésopotamie, à Édesse d'abord, puis à Nisibe (i), où leurs écoles et leurs téméraires théories se perpétuèrent jusque fort avant dans le moyen âge. Les seconds, qui gardèrent les traditions orthodoxes, furent inférieurs à leurs devanciers par l'originalité, la profondeur et l'érudition. C'étaient Victor d'Antioche, à qui nous devons un commentaire sur saint 3Iarc ; saint Nil, moine du mont Sinaï ; Cassien ; saint Proclus, patriarche de Gonstantinople. Ils disparurent tous dans le courant de ce v^ siècle, et l'on peut dire qu'avec eux s'éteignit la grande école exégétique chrétienne d'Antioche.

(i) Sur l'école nesiorienne ou persique d'Édesse et de Nisibe, voir Kônig dans le Dictionnaire de la iJiéolog. cathol, t. vu, p. i63; trad. Goschler ; Hergenrœther, op. cit., t. i, pp. 629.-633; Irad. Bélet.

LEÇON QUvVTRIÈME

L'exégèse biblique dans l'école orthodoxe d'Édesse et dans l'Église de Cappadoce.

Pliysionomic générale de l'écnle d'Edesse. — Origines de celte école d'exégèse. — Aphraate. — Saint J*^|)lirem. — L'école de Cappadoce. — Saint Basile; ses ouvrages. — Saint Grégoire de Nysse; ses ouvrages. — Saint Grégoire de Nazianze.

L'école diMiessc. 1. — L'école Syrienne d'Edesse, — ainsi nommée parce que les travaux d'exég"èse qu'elle a produits sont rédigés en syriaque ou en araméen, ne constitue pas une école distincte

Son caracu^re ginc- à proprement parler. Elle se rattachait à l'une ou à l'autre des deux écoles d'Alexandrie et d'Antioche, leur empruntant ce qu'elles avaient de meilleur, et rejetant aussi ce qu'elles enseignaient d'exagéré. Toutefois, sans être originale quant au fond et à la méthode, l'exégèse des docteurs syriens ne laisse pas que de paraître neuve par sa forme et sa littérature. De ce chef, l'école d'Edesse présente une physionomie à part et mérite une étude spéciale.

Objet de la leçon. D'aillcurs, c'cst dc l'école orthodoxe d'Edesse, — de celle qui eut pour représentant principal le saint diacre Ephrem, — que nous voulons parler ici. Il ne sera rien dit de ces écoles nestoriennes, désignées parfois sous le nom de persiqxies (i), qui dans le même temps florissaient à Edesse, et y demeurèrent établies jusqu'en 489, époque où elles furent transportées à Nisibe.

Origines de lécoie 2. — La foudatiou d'uuc école exégétique à Edesse remonte au in® siècle, sinon au ir. Nous savons, en effet, que des centres d'étude furent créés de fort bonne heure parmi les Chrétiens, dans la métropole de rOsroène(2); on y apprenait le syriaque, et surtout on s'y livrait à l'interprétation des Ecritures. C'est là que, vers le milieu du m® siècle, le prêtre Lucien avait puisé, sous la direction d'un maître appelé 3Iacarios, l'amour passionné des saintes lettres qu'il communiqua à Técole naissante d'Antioche.

d Kdesse.

(i) Prohahlrmcnt |i;irce ((n'ellcs étaient deslinécs à foruKM- le clergé neslorien de la Perse,

(a) Cf. Acœmctas cite par les liollandistes au i5 Janvier, et par Assemani, Bihlioth. orient., i,

ao4.

APHRAATE ET S. EPHREM 575

Le moine Aphraaie. 3. — Lc premier des Docteurs de Técole syrienne (i), dont quelques œuvres nous soient parvenues, est le moine Aphraate. Il vivait au ive siècle. Très au courant de la littérature biblique, il utilisa beaucoup nos saints livres dans ses Démonstrations ^ ou traités de morale et de controverse. Nous connaissons sa pensée sur la manière d'interpréter TÉcriture. (( Celle-ci, dit-il, semblable à une perle qui réjouit la vue de quelque côté qu'on la regarde, peut être expliquée de diverses façons, mais ces interprétations doivent toutes être contrôlées à la lumière de la tradition des anciens, comme Ton fait des pièces de monnaie, lesquelles sont reçues partout si elles portent Teffig-ie royale, ou rejetées si elles ne Font point » (2). L'exég^èse d' Aphraate dénote aussi quelque peu Tinfluence des doctrines rabbiniques (3).

Mais celui qui donna la plus vive impulsion aux études bibliques à Edesse, sur la fin du iv'"- siècle, fut saint Éphrem, le (( prophète des Syriens », la « colonne de l'Église », la « lyre du Saint-Esprit ».

s. Ephrem 4. — Né à Nisibe (vers 3o6-3i3), il fut initié aux Écritures

par saint Jacques, l'évêque de cette ville. Ses progrès rapides dans les sciences sacrées lui attirèrent vite le respect de tous; on accourait en foule pour l'entendre expliquer les saints livres. Quand Nisibe fut retombée au pouvoir des Perses, en 363, il se retira à Édesse, où il rouvrit son école, et où il enseigna jusque vers 373 (4), époque de sa mort. Ouvrages de s. Nombrcux furcut les travaux de saint Éphrem sur la

Bible. Voici, 'd'après Ebed-Jésu, évêque nestôrien de Nisibe, au XIII® siècle, les livres commentés par le saint diacre : Pentateugue, Josué, Juges, les quatre livres des Rois, Psaumes, les grands et les petits Prophètes. Une version arménienne nous a conservé ses scolies sur les quatre Evangiles, et sur les Epitres de saint Paul, à Texception de la lettre à Philémoii (5).

Auioriié de s. 5. — Lcs histooeiis orientaux ne tarissent pas en éloges sur

le diacre d'Édesse; ils l'appellent Vétoile de VOrient^Xo. pro-^ phète des Syriens ^ la colonne de V Eglise, la harpe du Sainte

(i) Jacques de Sarug (f 338) passe pour avoir fondé l'école d'Édesse. Cf. Abeloos, De vila et scriptis Jacobi Sarugensis.

(2) Démonst., xxii, 26,

(3) Sur Aphraaie voir Forg-et, De vita et scriptis Aphraatis.

(4) Cf. Lamy, S. Epliroem syri hymni et sermones^ t. 11, col. 98, ss.

(5) Sur les travaux exégétiques de s. Éphrem, voir les intéressants articles de Mgr Lamy, dans Isi Revue biblique, t. 11, pp. 5-25; 161-181 ; 465-486.

Son exégèse. Esppit, — De fait, c'est à saint Éphrem que l'école d'Édesse est redevable de sa gloire la plus belle et la plus pure. Ce n'est pas que sa méthode d'herméneutique soit neuve et originale, — nous Tavons dit, — mais elle a le mérite de garder une sage mesure entre la méthode allégorique d'Alexandrie, et la méthode historico-grammaticale d'Antioche. Son exégèse est littérale d'ailleurs, savante et orthodoxe, légèrement prolixe; en outre, elle présente ceci de particulier qu'elle est généralement en vers (i). Quant aux déductions morales que saint Ephrem tire assez souvent du texte inspiré, elles sont toutes pleines d'une rare élévation, et respirent une touchante piété.

Los coniiniiaieurs de 0. — L'écolc dc saîut Ephrcm survécut à un tel maître.

s. Ejjhreni. /-i •

Cyrillonas (f vers 396), Baléas (f vers 425), Isaac d'Antioche (-j- 460), etc., continuèrent son œuvre. Au vu® siècle, l'école d'Edesse n'était pas encore éteinte, mais elle ne brillait plus comme au temps de saint Éphrem.

Lécoie de Cappa- 7. — A côté dc l'écolc Syrienne, dont le diacre d'Edesse fut

doce.

la gloire, s'éleva l'école de Cappadoce, qui jeta aussi beaucoup d'éclat. Elles eurent d'ailleurs toutes deux tant de points de contact, que nous ne pouvons pas les séparer dans l'histoire

Carnctère général ,,, y, |, .. , ..

deiexégèse cappa- dc 1 cxégèsc. L uuc ct 1 autrc suivireut les mêmes prmcipes

docienne. ^ . . i • i •

d herméneutique, évitant avec un égal soin les exagérations d'Origène et de Théodore de Mopsueste. Au surplus, la visite de saint Ephrem à saint Basile de Césarée, vers 871, ne contribua qu'à resserrer davantage les hens, qui unissaient déjà les deux communautés chrétiennes. C'est donc sans raison suffisante que des critiques ont voulu faire de l'école de Césarée, en Cappadoce, une école à part.

Les (rois grands Qr, trois hommes résument surtout l'école exé^étique de

CuppadoCicns. ... .

Césarée au iv*^ siècle : saint Basile, saint Grégoire de Nysse, son frère, et saint Grégoire de Nazianze.

s. Basile. g^ — Saint Basile, né en 33o ou 33 1, à Césarée même, et

mort évèque de cette ville en 879, nous a laissé, outre d'assez nombreux travaux dogmatiques et ascétiques, d'excellents commentaires, savoir neuf homélies sur Vlléxaméroii, et Ses ouvrages. treize lioméHes sur les Psmwies. Dans les homélies sur Vlléxaynéroriy le célèbre Cappadocien explique littéralement, et

(i) VA. Mnrtiii, Le fi\!y. rioGiçui^i de Talien, d.ins la Revue des queslions histor , l. xxxin, pp. 364-

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