GRÉGOIRE DE NYSSE ET GRÉGOIRE DE NAZIANZE
s. Grégoire de
Nysse.
Ses ouvraafes.
S. Grégoire de Nazianze.
Remarque.
avec les données de la science du temps, le difficile récit de la création (cf. Gen.^ i, 1-27). Quant à l'interprétation des Psaumes, elle est plus morale que grammaticale.
9. — Le frère de saint Basile, saint Grégoire de Nysse, mort évoque de cette ville vers SgS ou 896, reprit en sousœuvre, non pour le corriger, mais pour le développer davantage dans les points difficiles ou obscurs, le grand ouvrage de l'évêque de Gésarée sur V FI ex amer on. Il est encore Fauteur d'un ouvrage, en deux livres, sur les titres des Psaumes, d'un opuscule sur la pythonisse d'Endor, de huit homélies sur VEcclésiaste, de quinze homéhes sur le Cantique, enfin de cinq homélies sur l'Oraison dominicale et de huit sur les Béatitudes.
Gomme interprète, Grégoire de Nysse verse assez souvent dans l'allégorisme; comme écrivain, il vise à l'élégance et à la subtilité ; aussi sa phrase est-elle quelquefois embarrassée et peu compréhensible.
10. — Quant à saint Grégoire de Nazianze (SSo-Sgo), il fut moins exégète que poète et orateur. Malgré son titre de théologien, il reste inférieur à ses deux amis de Nysse et de Gésarée pour l'originalité des vues, et le nombre de ses travaux scripturaires. Nous n'avons guère de lui, en effet, qu'une homélie sur Mat t., xix, 1-17 (i).
Remarquons en terminant que ces trois Docteurs ne tinrent point école, comme avaient fait Origène, Lucien, saint Ephrem. Ordinairement, c'était du haut de leurs chaires épiscopales qu'ils exposaient au peuple le sens des divines Écritures.
(i) Sur ces trois Cappadociens, voir Alzo}^, Patrologie, pp. 338-387; Fessler-Juiij^mann, op. cit., t I, pp. 4g 1-495; Batift'ol, op. cit.
LEÇON CINQUIÈME
L'exégèse biblique en Occident pendant les sept premiers siècles.
Progrès lents de l'exé{^èsc biblique chez les Latins. — Les exégètes latins du ni* siècle, — Les cxé- {Çètcs latins du iv» et du V siècles. — Saint Jérôme; ses travaux d'exégèse; leur caractère et leur valeur.— Saint Augustin; sa valeur comme exégcte. — Les exégètes latins au vi« et au vu' siècles.
j)rog"t!fimoinsvi'te ^* — Pendant que la science des lettres sacrées prenait des eu Occident. développements si magnifiques, et passionnait les meilleurs
esprits sur tous les points de TOrient chrétien, en Egypte et en Syrie, à Gésarée et à Edesse, l'Occident ne restait pas sans rien produire pour l'interprétation et la défense de la Bible. Toutefois, les progrès de l'exégèse sacrée chez les Latins furent moins précoces et plus lents. Si l'on excepte saint Irénée, dont le glorieux nom appartient autant, sinon plus, aux Eglises d'Asie qu'à l'Eglise des Gaules, il faut descendre jusqu'au iii*^ siècle, — et même jusqu'au iv®, — pour rencontrer quelques essais importants d'exégèse scripturaire (i). Bref, il n'y eut point en Occident de ces grandes écoles, où l'on expliquait ex prq/esso les saintes lettres, comme à Alexandrie et à Antioche.
ouaire causes ex- 2. — Cela tenait à plusieurs causes.
pliquenl 1 absence ...
(le grandes écoles i) au fféuie dcs Latius, moins porté à la spéculation et aux
d exégèse eu Occi- / o ^ ' i ^ j.
^eut. lettres que le génie subtil et plus vif des Grecs ;
2) à la décadence de l'empire romain, dont les secousses et les perpétuels bouleversements arrêtèrent souvent, en Italie et dans les provinces limitrophes, les paisibles travaux de la pensée ;
3) à l'éloignement où les Occidentaux se trouvaient des lieux, qui avaient vu paraître les livres inspirés, surtout les écrits du Nouveau Testament, composés — le premier Evangile excepté — en grec, et dans des pays qu'avait pénétrés pour longtemps encore l'influence grecque ; enfin,
4) à l'absence de controverses religieuses en Occident, aux
(i) C'est à peine si saint Hippolyle {\- a35^ ])eulêtrc rangé parmi les interprètes occidentaux. Sans doute il vécut à llonic, où Ori{^cnc int un jour le bonheur dcrenltndrc(cf. Hiciouy., Dv vir xllut^t .^ ♦il), mais bcs commentaires sont rédigés en grec. Lui-niénic, d'ailleurs, était jtiobaLlcuicut grec d'origine; en tout cas il reste bien par son tducutiuu littéraire un disciple des Grecs.
LES EXÉGÈTES LATINS DES 111° ET IVe SIÈCLES 579
premiers siècles. C'est, en effet, dans les Églises orientales que les discussions religieuses surgirent plus fréquentes dès le commencement, et le débat portait d'ordinaire sur le terrain des Écritures.
Pénétrniion de 3. — Est-ce à dire que les Latins restèrent entièrement
1 Occident par I m- , . *
fiuence des écoles iuactifs à ccttc époquc? Nou. Vcrs le second siècle, l'influence
orientales. i • i
des écoles orientales d'exégèse pénétra en Occident, à Rome et en Italie, dans les Gaules et en Afrique. On y traduisit les livres saints pour l'usage des fidèles, on les expliqua, on les commenta dans les assemblées liturgiques (i) ; mais ces premiers commentateurs latins dépendent tous plus ou moins, sauf saint Augustin peut-être, des commentateurs grecs.
LeT^x^çtes latins ^- — ^^ "i** sièclc, quatre noms plus connus s'offrent à du m* s. nous : ceux de Tertullien (i6o-245), de saint Gyprien (200- 258), de saint Hippolyte (f 235), et de saint Victorin (f 3o3), évèque de Pettau,en Styrie. — Les deux premiers ne sont pas des exégètes à proprement parler, car ils n'ont commenté qu'en passant les textes scripturaires, dans leurs ouvrages de polémique et de controverse. — Quant à saint Hippolyte et à saint Victorin, ils écrivirent certainement l'un et l'autre des Commentaires sur l'Ecriture, comme nous l'apprend saint Jérôme (2), mais ces ouvrages n'existent plus aujourd'hui qu'en fragments. Il paraît qu'à saint Victorin revient l'honneur d'avoir composé le premier en latin des commentaires.
Les exégètes latins 5. — Si uous dcsccudons daus le iv^ siècle, les exég-ètes
de la première moi- ^ -^ o
tiéduxv's. d'Occident se présentent encore peu nombreux. Nous rencon-
trons saint Hilaire de Poitiers (f 367), saint Ambroise (34o- 397), et VAmb7^osiaster, — Le premier est l'auteur d'un traité s. Hiiuiie. sur Job qui n'existe plus, d'un autre traité sur les Psaumes que nous avons à peu près intégralement, et d'un commentaire sur saint Matthieu. L'exégèse de l' évèque de Poitiers s. Ambroise. est moins littérale que morale et allégorique. — Le second a commenté une grande partie de la Bible dans ses homélies. Saint Jérôme apprécie sévèrement sa manière, qu'il trouve puérile et ennuyeuse (3). Ce qui est sûr, c'est que l'archevêque de Milan se complaisait dans l'allégorisme et les explications
(i) Cf. Saint Justin, / Apolog., n. 67. Voir Batiffol, op. ci^.,pp. 146, eu.
(2) Cf. De vir. illust., cap. 61, 74.
(3) Cf. Pat. lat. de Migne, t. xxvi, col. 219; t. xxi, col. 602.
58o LEIÇONS D'INTRODUCTION GENERALE
L' A /nb rosi as 1er.
mystiques. — Le Iroisième est uq écrivain inconnu, auteur de commentaires de valeur sur treize Epitres de saint Paul (i).
Lesexéjrèiosiaiins 6- — A la fiu du ive sïècle ct au v^, TEç^lise latine n'eut
dchi fin (lu iv"= s,, et du v^ s.
plus rien à envier aux Églises d'Orient. Cette époque vit surgir une ■ brillante pléiade d'exégètes : Pierre Ghrysolog-ue (f 450), Léon, pape (f 46i), Prosper d'Aquitaine (t 4^5), etc., surtout Jérôme, et Augustin.
s. Jérôme, 7. — Saiut Jérôme (33 1-420), originaire de Stridon en
Dalmatie, est au jugement de l'Eglise le prince des interprètes chrétiens : In exponendis sacris Scriptufis Doctor maximus (2). — Nous n'avons point à raconter sa vie, ni même à mentionner un à un ses ouvrages de critique biblique; qu'il nous suffise de nommer ses principaux travaux d'exégèse, et d'apprécier brièvement sa méthode d'interprétation.
?es travaux d'exé- L'austèrc dalmatc s'est attaché surtout à l'Ancien Testa-
gijse sur I Ane. lest. , >^ > i
ment. Ses Questions hébraïques snv la Genèse^ ses nombreux livres de commentaires sur les quatre grands Prophètes et les douze petits, sur VEcclésiaste^ sont autant de chefsd'œuvre, où la sagacité et la science du commentateur le disputent au bon goût littéraire de l'écrivain. Ses travaux dexé- Quant au Nouvcau Testament, il n'a expliqué ex professo
gèse sur le Nouv. , . ^ , , -"^ ^ ^ «/
que VEvaîigile de saint Matthieu, et les Epîtres aux Galates, aux Ephéslens, à Tite, à Philémon.
8. — Saint Jérôme s'était formé sur les Grecs. Tout en le critiquant parfois, il ne dissimule pas son admiration pour Origène, dont il a traduit nombre d'homélies et de traités; néanmoins, par sa méthode d'herméneutique, il appartient plus encore à l'école d'Antioche qu'à celle d'Alexandrie. Sans rejeter les sens allégoriques et les explications morales, il préfère suivre la lettre qu'il étudie minutieusement, à la triple lumière de la philologie, de la tradition et de l'histoire. On ne s'en étonnera pas, si l'on se rappelle que l'illustre Docteur séjourna quelque temps dans la métropole syrienne, et qu'il y eut d'étroites relations avec l'inliine do Diodore de Tarse, le prêtre Evagrius (3).
fi) Cf. Dictionnaire de Ui Uihle de Vi^oiiroux, t. i, col. /\t)^ .
{:>) OraLii) pru fealo s. Iliero/i// , ad dic:ii ',\u s>cjil. U ". Eiwi/c. «« Providcnlissiinus », p. la,
(.'}) Cf. Ilicroiiy., De vir. illusl., cai». \:>.b.
Test.
'ormalion biblique de s. Jérôme.
L'EXbXrKSK ET LA LITTKKATUKE DR S. JEROME 5j,
^Urou^^cuL 9. — Ce qui caractérise donc l'exég-èse de saint Jérôme, c'est d'être grammaticale, crùîçue, traditionnelle, bien informée.
1) grammïu^^^ 0 Grammaticale. —Possédant également bien les langues
orientales et la langue grecque, le docte interprète pouvait mieux que personne saisir les nuances du texte inspiré; en outre, sa connaissance approfondie des saints livres, qu'il lut pendant sa vie entière, lui rendait faciles l'étude du contexte et le rapprochement des lieux parallèles.
"1] critique; i) Critiçue. — Non content de scruter les textes originaux,
saint Jérôme consulta les versions, et les compara entre elles. Les savants travaux d'Ori^èrie lui servirent beaucoup sous ce rapport.
3) tradiiionneiie; 3) Traditionnelle, tant au point de vue chrétien qu'au
point de vue juif. — Saint Jérôme, en effet, loin de mépriser les interprétations de ses devanciers, se glorifia de les suivre, tout en se réservant de faire parmi elles un choix judicieux et éclairé. 0-i sait de plus qu'un rabbin, — auquel il se fia peutêtre trop quelquefois, — le mit au courant des us et coutumes d'Israël, et lui donna môme l'explication de certains mots hébreux, ou de passages difficiles.
4) bien informée. l:^) Bien informée, principalement sous le rapport de la géo-
graphie. — Le séjour de plus de trente années que saint Jérôme fit à Bethléem et en Orient — lui permit d'étudier sur place la topographie palestinienne, et de conclure, en s'aidant des traditions locales aujourd'hui disparues, à des identifications qui, sans être toutes démontrées, sont néanmoins précieuses à retenir.
Remarque sur la Ajoutous quc Ics ouvrages du célèbrc commentateur sont ôme. ' d'une lecture attachante, et ne captivent pas moins l'homme
de lettres que le bibliste. Élevé à Rome, dans l'écoîe du grammairien Œlius Donatus, et du rhéteur Gaïus Victorinus, saint Jérôme avait appris à fond la langue de Cicéron et de Tacite; aussi bien s'en est-il servi avec un rare bonheur; on dirait qu'il se joue avec elle. Aucun Père, pas même Tertullien, n'a écrit le latin avec autant de souplesse, de vigueur et de distinction.
S.Augustin. 10. — A côté de saint Jérôme, il faut mentionner le plus
prodigieux génie qui fut peut-être jamais, saint Augustin, né à Tagaste (Numidie), en 354, et mort en 43o. Philosophe, théologien, orateur, controversiste, Tévêque d'Hippone fut encore
Caractère de l'exégèse de s. Augustin ;
1) originalité;
2) sagacité;
3) pénétration
A) élévation ;
5) synthèse ;
exégète. Sans avoir Térudition philolog-ique de son ami, saint Jérôme, il est plus pénétrant, plus profond, plus original que lui. D'ailleurs, il Ta égalé, surpassé môme, en activité littéraire. Depuis sa conversion (SSy) jusqu'à sa mort, soit pendant près d'un demi-siècle, saint Augustin produisit chaque année un ou plusieurs travaux d'exégèse. Nous ne pouvons les citer tous ;les meilleurs et les plus connus sont ceux qu'il composa sur la Genèse (i), sur les Psaumes (2), sur les Evangiles(V), ainsi que ses Traités sur V Évangile de saint Jean, ses commentaires sur les Epîtres aux Romains^ aux Galates^ etc. N'oublions pas qu'à saint Augustin revient l'honneur d'avoir formulé le premier les lois de l'herméneutique biblique, en son célèbre ouvrage De doctrina christiana libri quatuor,
11. — Dans l'interprétation des saints livres, l'évcque d'Hippone a révélé les qualités maîtresses de son génie.
i) Une originalité puissante. — Saint Augustin ne fut d'aucune école; il n'avait lu que de très rares commentaires grecs; il se forma. donc à peu près seul. Au surplus son exégèse, bien que traditionnelle toujours, présente un cachet à part : c'est l'exégèse théologique,
2) Une sagacité merveilleuse. — Les sens multiples, les nuances les plus variées, les plus fines, du texte sacré, lui échappent rarement ; il les saisit vite et les rend avec une égale facilité.
3) Une extraordinaire pénétration. — C'est principalement dans l'étude des passages dogmatiques, que saint Augustin porte ce regard d'aigle qui lui est propre ; aucun Père n'est allé plus avant que lui dans les mystères de l'Ecriture et de la foi. (( Mire acutus exstitit, observe Léon XIII (4), in perspicienda divini verbi sententia, uberrimusque in ea deducenda ad auxilia catholicœ veritatis ».
4) Une élévation d'idées peu commune. — Personne ne sait, comme l'évêque d'Hippone, élargir l'horizon du texte sacré; il voit loin, parce qu'il voit de très haut.
5) Un esprit de synthèse remarquable. — A le lire, on sent que chez lui le commentateur est doublé du philosophe et du théologien.
(i) /)e Genesi contra Manich. libri duo; De Genesi ad litteram opus imp. ; De Genesi ad lilteram lihri duodecim .
(2) Explanaliones in Psnlmon.
(.'{) De consensii Eoangelisl. libri (/Udtuor; Quxstionum evangclic. libri duo : De scrmonc Domini libri duo.
(4) Encyc. cit., p. 12.
LES EXÉGÈTRS LATINS DES Vie ET VII« SIÈCLES 583
0) subtilité. 5) Enfin, une subtilité dont les excès trop ingénieux d(''-
parent quelquefois une analyse de la phrase et des pensées, irréprochable d'ailleurs.
Tes exégôtes latins 12- — A partir dc saîut Ang-iistin, les interprètes de la Bible ( es M' et vil» s. ge font moins nombreux en Occident. Nous ne rencontrons guère à travers le vi*^ et le vu® siècles que quatre noms : i) Junilius, évêque d'Afrique, 'qui publia vers 56o, d'après ks leçons de Paul de Nisibe, un essai d'herméneutique et d'introduction à la Bible; — 2) Cassiodore (f 662), dont VInstitutio divinarum litterainim, et VExpositio Psalterii ne sont pas sans valeur; — 3) saint Grégoire, pape (f 6o4), bien connu par ses Moralia sur Joh^ et ses Homiliœ sur Ezechiel et les Évangiles; — 4) saint Isidore de Séville (f 636), qui a traité des types bibliques (i).
(i) Dans ses deux principaux ouvrages : De aile g or Us s. Scrl'pturœ; Quœstîones in Vet. Test.
LEÇON SIXIÈME L'exégèse biblique en Orient et en Occident au moyen âge.
Décroissance des éludes scripturaires chez les Grecs au moyen :is;e. — Trois périodes de l'exégèse biblique au moyen âge. — Les compilateurs de Chaînes et de Gloses. — Commentateurs grecs du vin'= s.; du ix« ; du x*. — Commentateurs latins du viii» s,; du ix«; du xi«. — Commentateurs de la deuxième période, dans l'Église grecque et dans 1' glise latine. — Au xii« siècle, Hugues de Saint-Victor, saint Bernard, Pierre Lombard, Richard de Saint-Victor, Pierre Comestor. — Au xin* siècle, Hugues de Saint-Chcr, Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas. — Commentateurs de la troisième période. — Au xiv siècle, Nicolas de Lyre. — Au xv* siècle, Gerson, Tostat, Denys le Chartreux. — Au xvi* siècle, Reuchlin, rasme, Cajetan, etc.
Décroissance des études scripturaires
J'exégèse au moyen Age.
1. — L'ardeur pour les études scripturaires se ralentit pcnchez les Grecs. ^jg^j^^ jg nioyeu âge, notammeut chez les Grecs. Ceux-ci, disons le tout de suite, divisés par le schisme et Thérésie, ne produisirent plus rien de remarquable en matière d'interprétation biblique.
Trois périodes Au poiut dc vuc dc Thistoirc de l'exég-èse, le moyen âge peut
dans l'histoire de • , ^ ,. . ^ . / • i i » • i i
aLsement se diviser en trois périodes : la période des compilateurs de chaînes, du viii* siècle au xi®; — la période des scolastiques, xip et xiii» siècles; — la période de la renaissance, du xiv® siècle au xvi®.
I) Première période. I) PrEMIÊRE PERIODE (viII^-Xl'' sièclcs).
Deux groupes de 2. — Lcs pHucipaux représentants de l'cxéc'èse sacrée pen-
commcnlaleurs dans .., . ■.
celle période. daut \di première période se répartissent en deux g-roupes : les
commentateurs latins et les commentateurs grecs. les compiiateu's Nous v adjoignous les compilateurs (i) de Chaînes, et de
de Chaînes eide,, -w j^ t a /-i n i m»
aïo.^as. Gloses. — Les Chaînes (L4atenai) sont de vastes recueils ou,
après avoir réuni autour d'un texte les meilleures interprétations connues, le compilateur a inséré souvent la sienne propre. — Lcs Gloses sont de brèves explications d'un texte, inscrites soit à la marge, soit entre les lignes d'un exemplaire de la Vulgate latine. Ces explications étaient empruntées pour la plupart aux Pères des quatre premiers siècles. — Une sévère
(i) Ces compilateurs forment aussi deux groupes : les Grecs et les Latins. — Les Grecs suivirent l'exemple et la méthode dc Procope de Gaza (f .^^-îS) ; ils sont peu coiuuis. — Parmi les Latins citons l'évèque Primasius (qui appartient au vi's.). Bédé (y 73.')). Hhahan-Maur ^'f 8r)0), Hayinou d'Alberstadt (-',- 8.').'^, etc. ; au xui" siècle, saint Thomas d'.\.(piin. Cf. Heri,-cnr(elher, o/). cit.. t. 11, pp. r)7;?-.'')7.', ; Kniinltacher, Geschichle der byzantiniscfien Litleralur von Juslinian Ois zuni Ende ues ostrômischen liciches.
COMMENTATEURS GRECS ET LATINS DE LA Iro PERIODE .ISo
critique n'a pas présidé toujours au classement ou au choix de ces extraits; tantôt les textes sont mal cités; tantôt l'attribution en est Jaite à des écrivains, qui n'en sont pas les auteurs.
i) Les commenta leurs grecs
3. — i) Parmi les Grecs ^ on ne peut guère mentionner, dans du MU» s ^^ ^ "^* siècle, que saint Jean Damascène (f 760 ou 760), et
encore ce nom appartient plus à la liste des compilateurs de Chaînes qu'à celle des exégètes. Son commentaire sur saint Paul se compose, en effet, presque intégralement d'extraits de saint Jean Chrysostome, de Théodoret, de saint Cyrille d'Alexandrie.
''^ '^" ^î Dans le ix^ siècle, nous rencontrons Photius {-^ 891), auteur
d'un petit commentaire sur saint Luc, et d'un ouvrage intitulé Amphilochia, — recueil de réponses (plus de 240) aux questions d'Amphiloque^, métropolitain de Cyzique, sur le sens de différents passages du Pentateuque, du Psautier, des Evangiles et des Epîtres.
^»'^' s. Dans le x® siècle, Œcuménius, évêque de Trica en Thessalie,
mérite une mention spéciale pour ses commentaires littéraux, — que beaucoup regardent comme de véritables Chaînes, — smvXqs Actes ti\ç^^ Epîtres.
2) Les commenta- 4. — 2) Parmi Ics Latins, citons dans le vni® siècle le védu'viu'^ T.\ nérable Bède (f 735), et Paul diacre (f 799). — Le premier, anglo-saxon d'origine, versé dans la connaissance du grec, et l'un des maîtres les plus suivis au moyen âge, a laissé de nombreux travaux sur l'Écriture; ce sont des commentaires, des homélies, des dissertations. Bède se contente souvent de rapporter les opinions des Pères; quelquefois cependant il a des vues originales. En somme l'allégorisme domine dans son exégèse. — Le second (Paul Warnefrid) fut moins un interprète qu'un compilateur. Son mérite est d'avoir composé à la prière de Charlemagne un Omiliarius, ou recueil d'homélies empruntées aux saints Pères, et qui devaient être lues dans les églises, le dimanche et les jours de fêtes, après l'évangile et l'épître. D'où le nom de Pastilles (i), dont ou se servit pour désigner ces extraits.
^^ ^,, . 5. — Au Tx® siècle, les exégètes latins les plus fameux
furent Alci^n (f 8o4), Rhaban Maur {\ 856) et son disciple Walafrid Strabon (f 849). — Le premier, anglais de naissance,
(i) « Post nia y, scilicet Evangelium aut Epistolam^ legenda. — Le terme de PostiUes devint au moyen âge synonyme de Comme ittaires.
outre des travaux critiques sur la Vulçatc (t), a /'crit des commentaires sur rAncien et le Nouveau Testament. Il s'est inspiré très souvent des docteurs, ses devanciers. — Le second, évoque de Mayence, expliqua l'Ancien Testament presque en entier, V Evangile de saint Matthieu, et les É pitres de saint Paul. Nous lui sommes redevables encore d'une Instiiutio clericorum^ — essai d'herméneutique qu'il destinait aux clercs de son monastère. Rliaban Maur paraît avoir été l'un des esprits les plus cultivés de son temps; ni l'hébreu, ni le chaldéen, ni le grec ne lui furent étrang-ers. Il compta de nombreux disciples. — Celui d'entre eux, dont la réputation balança celle du maître, fut Walafrid Strabon, abbé de Reichenau, près de Constance. Il est l'auteur de la Glose dite ordinaire (2).
du xio s.
6. — Au XI® siècle, nous distinguons le célèbre Lanfranc de Cantorbéry (f 1089), et saint Bruno (f iioi), le fondateur des Chartreux. Celui-ci a laissé un commentaire sur les Psaumes, et un autre sur saint Paul; le pieux interprète recherche de préférence les sens spirituels et les applications morales. — Lanfranc a écrit également sur saint Paul; il s'est inspiré beaucoup de saint Augustin et de saint Ambroise.
"péS.""' II) Deuxième période (xii"' et j?iii« siècles).
Excgètes de celle période,
7. — La deuxième période, dite des a scolastiques », fut plus fertile en exégètes.
^' gîecquef '^"^ Cependant l'Église grecque, qui allait s'épuisant chaque
jour davantage, en compte très peu. On cite seulement l'évèque de Bulgarie, Théophylacte (f 1107), dont les commentaires n'offrent rien de bien remarquable, et Euthyme Zigabène (f 1118), interprète distingué, dont les commentaires sur les Psaumes ti les quatre Evangiles ont une réelle valeur, au jugement des critiques.
2) dMrif? lÉgiise 8. — Par contre, au sein de l'Eglise occidentale se levèrent
latine :
toute une pléiade d'exégètes, et s'il est une chose étrange, c'est de voir les protestants et les rationalistes affecter de ne les point connaître. Les plus grands noms dont la théologie s'honore à cette époque marquent aussi dans l'histoire de l'hernémeutique sacrée.
(i) Voir pins haut, pp. 3/jfi-347.
(î?) Sur Alcuin, Rhaban Maur, et leur influence dans les écoles du ix« siècle, voirTrochon, Essa sur V histoire de la Bible, pp. 1-27. •
EXÉCiÈTES LATINS DU X\V SIÈCLE 58;
n" '^"' ^-î C'étaient, au xii'^ siècle, Hiiçucs de Saint-Victor, saint Ber-
nard, Pierre Lombard, Richard de Saint-Victor, et Pierre Gomestor (i).
a) Hugues de Q — Huo-ues, abbé dc Saint-Victor de Paris M- 1141)5 a
St-\ ictor ; o - ^ \ I "^ / ^
laissé de nombreux travaux sur TEcriture. On peut les rang-er en quatre catégories suivant le caractère qu'ils présentent, ou le genre d'interprétation qu'y adopte l'auteur. Quelques-uns, en effet, sont de véritables traités d'introduction et d'herméneutique, comme les De Scriptura et scriptoribus sacris prœnotatiunculœ ^ et les Eriiditionis didascalicœ libri IV, V, VI; — d'autres sont des commentaires comme les Prœnotaiiones elucidatoriœ in Pentateuchum, etc. ; — plusieurs offrent une explication du texte sacré au triple point de vue littéral, allégorique et moral, comme les Adnotationes in Threnos, Jo^em, etc.; — enfin^ il en est où l'auteur se préoccupe avant tout du sens spirituel, comme les livres De arca Noe morali; De arca Noe mystica; etc.
6) s. Bernard; ^Q. — Saint Bcmard (f ii53), abbé de Clairvaux, et le
prince des mystiques de son temps, s'est complu dans l'interprétation tropologique . Ses Homiliœ, toutes de piété et d'onction, ont pour but principal d'édifier et de porter à la vertu; elles constituent une mine inépuisable pour le prédicateur, et le directeur des âmes.
Pierre Lombard (f 11 60) a écrit sur les Psaumes, le Cantique, et quelques-unes des Epîtres de saintPaul.il s'est inspiré des commentaires des Pères, ses devanciers.
Richard, écossais d'origine, mort prieur de l'abbaye de Saint- Victor, de Paris, en 11 78, est l'auteur d'un traité apologétique contre les Juifs, intitulé: De Emmanuele, et de commentaires sur les livres de l'Ecriture qui se prêtent davantage à l'interprétation allégorique, telles que les prophéties à'Ezéchiel, le Cantique, V Apocalypse. Son exégèse est ordinairement morale.
e) Pierre Comestor,! Pierre Gomcstor (f vers II 78 ou II 98) a donné, sous une forme narrative, un commentaire de l'Ancien et du Nouveau Testament, œuvre d'érudition et de valeur (2) .
Auxni's. 11. — Les meilleurs exégètes du xiii® siècle furent
(i) Sans compter Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers (1070-115/4); Pierre de Blois (it3o-I20o); Bruno d'Asti (io5o ?-ii23); Rupert (io5o ?-i i35); Abélard (1079-1142); etc. (2) Sur les études bibliques au xn» siècle, voir Trochon, op. cit., pp. 28-89.
) Pierre Lombard;
d) Richai'd de St-N ictor;
TTiii^iics de Saint-Cher, Albert le Grand, saint Bonaventure, et saint Thomas d'Aquin (i).
a) Hugues de Le premicF, Originaire du petit village de ÇU^er en Dauphiné,
mort vers 1268, connaissait Thébreu et le chaldéen. Ses commentaires sur plusieurs livres de l'Ecriture, — dont il explique avant tout le sens allégorique, — sont moins remarquables que ses travaux critiques : le Correctorium Vufyaéœ,et\eii Concordantiœ (2).
h) Albert le Grand; Lg sccoud (j 1 280) cxpliqua Ic PsauHer, les Prophètes et les Evangiles. Le commentaire des Psaumes est allégorique et moral; le commentaire des Prophètes est dans l'ensemble plus grammatical ; mais le meilleur ouvrage d'exégèse d'Albert le Grand est son commentaire des Evangiles.
c) s. Bonaventure; Saint Bonavcnturc (f 1274) a cherché avant tout dans l'Écriture le sens spirituel. Comme interprète, il est assurément inférieur à saint Thomas. ^
d) S. Thomas.
Caractère de son exégèse.
12. — Ce dernier (-[- i'i^[\)> en effet, demeure le prince des exégètes de son époque. Malgré son ignorance de l'hébreu, — peut-être même du grec, — il a su analyser et pénétrer, mieux que personne dans son siècle, le texte biblique. Ses Lectiones sur saint Matthieu et sur saint Jean sont admirables de profondeur et de netteté, mais son chef-d'œuvre, c'est encore son magistral commentaire des Epîtres de saint Paul. D'aucuns reprochent au saint Docteur ses subdivisions trop multipliées, qui rendent son exégèse d'une lecture difficile et fastidieuse. Sans vouloir discuter ce que ces critiques ont de fondé, nous estimons que cette dissection du contexte et des phrases est éminemment utile pour l'intelligence de la lettre et des doctrines. Il est bien plus regrettable, selon nous, que l'Ange de l'École n'ait point connu les langues orientales, ni môme probablement le grec; son interprétation eût gagné en critique et en exactitude.
Les commentaires de saint Thomas sur Job^ sur les 5o premiers Psaumes, sur le Cantique et sur Isaïe, n'ont pas la valeur de ceux qu'il a composés sur le Nouveau Testament ; le théologien y trouvera néanmoins des aperçus d'une originalité profonde.
III) Troisième III) TROISIEME PERIODE (X1V-XVI<^ siècleS^ .
période.
(i) Citons encore, y)onr mémoire, Dans Scot (f i3o8), qui a commenté la Genèse, les Érnngilfs cl les fjpiircs ; Raymond Martin (f 1290), dont le Pu()io fidei est regardé comme un chef-d'œuvre d'érudition rahbinique; etc.
(2) Cf. Trochon, op. cil., !>[). GO et suiv. Voir plus haut, m). 3r)o-3:)i.
EXÉGÈTES LATINS DES XlVc ET XVo SIECLES
Ciiraolc'ie géiural de celle troisième période.
13. — La troisième période marque une transition entre l'exégèse purement traditionnelle admise jusque-là, et la méthode plus scientifique des âges suivants. Tout en s'attachant à l'interprétation des Pères, base nécessaire de l'herméneutique sacrée, les commentateurs des xiv®, xv^etxvi® siècles apportent dans leur exégèse des éléments nouveaux de critique et de discussion. La plupart savafent le grec ; beaucoup connaissaient les langues orientales, dont l'étude était en honneur, depuis la création par Clément V des chaires d'hébreu au sein des grandes Universités. En outre, on ne se contenta plus d'expliquer le texte ; des traités d'Introduction aux livres saints parurent, qui donnaient aux lecteurs la clé des difficultés principales, et une science plus approfondie de chacune des parties de la Bible.
Ex( gèles du xiv^s. .j^4^ — Parmi les exégètes du xiv^ siècle, nous citerons le franciscain Nicolas, originaire de Lyre, petit village du diocèse d'Évreux. Il mourut en i34o. Nicolas de Lyre s'est acquis une réputation méritée par son grand travail Postillœ perpetuœ in universa Biblia. Très versé dans la connaissance de l'hébreu et de la littérature rabbinique, il expliqua avec un rare bonheur le sens littéral, et ne contribua pas peu à implanter la méthode d'exégèse historico-philologique. Son principe d'herméneutique, qu'il emprunta d'ailleurs à saint Thomas (i), fut celui-ci: « In studio sacrœ Scripturœ necessarium est incipere ab intellectu sensus litteraiis » (2). Outre le sens littéral, Nicolas de Lyre admettait les sens mystiques(3).
Exéjïèles du xv^s.
a) Gerson ;
ses principes d'herméneutique.
15. — Dans le xv^ siècle trois noms méritent d'être signalés : Gerson, Tostat, Denys le Chartreux.
Gerson (f 1429), que ses œuvres ascétiques ont rendu célèbre, est l'auteur de commentaires sur les Psaumes pénitentiaux, et sur le Cantique. Ses principes d'herméneutique étaient i) que le sens littéral de l'Ecriture, — propre ou métaphorique, — est toujours vrai et inspiré ; — 2) qu'il faut le déterminer principalement d'après les règles de la rhétorique, et en tenant compte de Vifsus loçuendi, du contexte et du parallélisme ; — 3) qu'à l'Église revient le droit de juger infailliblement du véritable sens de la Bible (4). Notons en passant
(i) Cf. Summ. ikeol., pars i, qucest. x, art. lo ad i.
(2) Postula, Prolog. 2.
(3) Pour les autres coinmeutaleurs du même siècle, voir Cornely, o;j. cit., pp. G84-687.
(4) Gerson, Proposiliones de sensu lilterali Scripturœ.
que le chancelier de Paris n'a guère suivi en pratique ce qu'il enseignait par rapport au sens littéral, car il recherche avec prédilection les sens allégoriques, analogiques et moraux. ^
b) Testât; 16. — Alphonsc Tostat (f i455) doit sa réputation à son
immense savoir, et à son activité infatigable. Ses commentaires sur la Bible, en 27 volumes in-folio (édit. Venise, 1728), renferment une explication complète, mais trop diffuse, du texte sacré.
c) Denys le Quant à Denjs le Chartreux (j i47i)> esprit d'une fécon-
c ai lieux, ji^^ extraordinaire, ses travaux exégétiques sur l'Ecriture accusent beaucoup d'érudition, et une science profonde de l'ascétisme. Sans négliger le sens littéral, le pieux écrivain s'est attaché de préférence aux sens spirituels.
Exégètes du xvies. 17. — Dans le xvi* siècle, nous nommerons seulement J. Reuchlin (-[• 1622), le premier parmi les Chrétiens qui ait composé une grammaire et un dictionnaire hébraïques ; — Erasme de Rotterdam (-{• i536), célèbre par sa science de l'hellénisme, et par ses travaux critiques sur le texte grec du Nouveau Testament (i) ; — P. Galatin (j- i53o), juif converti, très au courant de la littérature rabbinique ; nous lui devons un savant ouvrage : De arcanis catholicœ veritatis, assez semblable au Pugio fidei de Raymond Martin; — Thomas de Vio surnommé Cajetan(f i534), esprit d'une vigueur et d'une pénétration peu communes ; nous avons de lui de bons commentaires sur saint ^dM\^^w.v\ç,^ Evangiles et sur \esPsaumes; — Santés Pagnino(t i54i), que ses travaux d'érudition hébraïque et rabbinique ont rendu justement célèbre ; — Valable (f 1047), professeur d'hébreu au Collège de France, auteur de scolies sur l'Ancien Testament, que les protestants ont altérées dans les éditions qu'ils en ont faites ; etc.
A partir de la Réforme et du concile de Trente s'ouvre une ère nouvelle, — l'ère ??ioderne,
(i) Voir plus haut, pp. 274-276.
LEÇON SEPTIÈME
L'exégèse biblique chez les catholiques depuis la Réforme
jusqu'à nos jours.
Trois périodes dans l'histoire de l'exégèse depuis la Réforme jusqu'à nos jours. — Caractère de la première période. — Caractère de la seconde période. — Caractère de la troisième période. — Principaux exegètes du xvj% du xvii», du xviiio. du xix" siècle. — Critiques du xvi", du xv[i«, du xviiie, du xix« siècle, — Principaux auteurs d'introductions, de grammaires, de lexiques. — Principaux archéologues sacres. — Principaux géographes.
Ti'ois courants d'exégèse à partir de la Reforme.
1. — A partir de la Réforme, trois courants se dessinent dans rhistoire de l'exég-èse ; le courant catholique qui descend directement de la bonne époque patristique; le courant protestant ; le courant rationaliste.
dans^^^^'histSte^îu '^' — ^ouT prendre une idée exacte du mouvement de l'exécourant caihoiiciue. g.^gg sacréc, chcz Ics catholiqucs, dcpuis la Réforme, observons d'abord que ce long* espace de trois siècles peut être divisé en trois périodes d'inégale long-ueur. La première va de l'an 1 563, — époque où se terminale concile de Trente, — à l'an 1660 ; la seconde s'étend de l'an 1660 jusque vers 1820; la troisième embrasse le reste du xix* siècle.
Physionomie générale de la 1''* période.
3. — ^ Nul doute que la première période n'ait été la plus fertile en œuvres exégétiques remarquables. Grâce aux travaux d'érudition patiente du moyen âge, et aux progrès réalisés dès le xiv^ siècle, en critique et en philologie, les interprètes catholiques étudièrent de plus près la lettre du texte. D'autre part, les hardiesses téméraires des protestants, — Dieu le permettant ainsi, — contribuèrent à produire ces résultats. Il fallut suivre les novateurs sur le terrain de la grammaire, de l'histoire et de îa critique, résoudre leurs difficultés, redresser leurs assertions, et surtout les ramener à la méthode traditionnelle d'interprétation, contre laquelle la philologie la plus savante ne prescrira jamais.
Physionomie gé- 4. — La secoudc période fut moins féconde en commentariode! ^^ '^ ^' ^^' teurs ; ce sont les érudits qui y dominent. Ou s'occupa beaucoup de l'histoire et des antiquités bibliques; on collectionna
môme, en de véritables encyclopédies, les meilleurs travaux qui avaient paru sur le sujet; les textes originaux de l'Écriture furent revisés, ainsi que les versions anciennes; on publia également des traductions nouvelles; bref, la critique et l'érudition prévalurent sur l'exégèse.
Physionomie gé- ^ — Euflu, la troisicmc période, s'annonce comme devant
ncrale oc la J^ pe- ^ -i
'^"^^^- surpasser les deux autres, non seulement par le nombre des
interprètes qu'elle a déjà produits, mais encore par l'excellence de la méthode herméneutique dont ceux-ci font usage. Imitant les docteurs d'Antioche et du moyen âge, nos exégètes contemporains cherchent à la lumière du contexte, prochain et éloigné, le véritable sens des phrases. Plus favorisés d'ailleurs que leurs devanciers, ils ont l'immense avantage de posséder sur riiîstoire et l'archéologie bibliques des données très complètes, — grâce aux découvertes modernes, — et de connaître à fond les langues sacrées (i).
objeidc iaic(,on. Q, — l\ serait fastidieux et trop long de faire la nomenclature de tous les auteurs catholiques qui, depuis la Réforme jusqu'à ce jour, ont bien mérité de l'exégèse et des sciences scripturaires en général. Nous ne mentionnerons que les principaux, en tenant moins compte de la période où ils vécurent, que du champ d'étude où s'exerça spécialement leur activité.
i) Exégèse.
Kxégctes catholiques 7. — Jansénius, — oncle de l'hérétique du même nom, — uxvi's. évêque de Gand (i5io-i576), auteur de plusieyrs commentaires très estimés, notamment d'un Comme7itaire sur la Concor'de évangélicjue, — Foreiro, dominicain portugais, mort en i58i, célèbre par son Commentaire littéral et dogmatique sur Isdie, — Maldonat (i534-i583), jésuite espagnol, l'un des meilleurs commentateurs des Evangiles. — Salméron (i5i5-i585), du même «rdre que -le précédent, l'un des exégètes les plus savants de son époque; il a expliqué tout le Nouveau Testament. — Ribera (1637-1 691), jésuite espagnol, à qui nous devons un remarquable commentaire sur les petits Prophètes. — Le cardinal Tolet (i532-i5()()), dont les commentaires sur saint Jean^ sur saint L^ic et sur l'Épître aux Romains sont très appréciés.
(1) Cf. IJunko, Des. Scripl. Commenlarïus, j)]». i53/|, sc(i.
PRINCIPAUX EXÉGÈTES DES XVII»', XVIII« ET XIXo SIÈCLES GqS
Exégùics du xvu= s. 8. — Ag-elli (i532-iGo8), italien d'orig-inc et évoque d'Accrno, a laissé un commentaire sur les Psaumes, qui est un chef-d'œuvre. — Estius (f i6i3), non moins illustre comme exégète que comme théolog-ien, a commenté les Epîtres dans le Nouveau Testament. Son travail est resté classique. — Luc de Bruges (1549-1619), distingué et savant critique, a composé un excellent commentaire sur les Evangiles. — Le cardinal Bellarmin ("1542- r 621) est l'auteur d'un bon commentaire sur les Psaumes. — Sanctius (1628) a fait des commentaires sur les livres des Rois et des Paralipomènes ^ qui sont à juste titre fort estimés. — Malvenda, de l'ordre des Frères-Prôcheurs (i 566- 1628), a laissé un travail curieux sur l'Antéchrist.
— Cornélius a Lapide (Van den Steen), né près de Liège, en i566, mort à Rome, en 1687, est l'auteur d'un commentaire sur toute la Bible {Job et les Psaumes exceptés), où il cite fréquemment les saints Pères; il y a dans cet ouvrage une mine inépuisable pour les prédicateurs. — De Pineda (1557-1637), jésuite espag-nol, est bien connu par ses commentaires sur Job.
— Sim. de Muis (1644)5 très versé dans la connaissance de la littérature rabbinique, a écrit sur les Psaumes l'un des meilleurs commentaires que nous ayons. — Ménochius(i 576-1 655), jésuite italien, a annoté l'Ancien et le Nouveau Testament ; son commentaire, bref et littéral, est resté classique. — Bos~ suet (162 7-1 704), plus connu comme théologien et orateur que comme interprète, a laissé d'excellentes notes sur les Psaumes et sur V Apocalypse.
Exégètes du xviii^s.
Exégètes du xix.'= s.
9; — Calmet (1672-1757), de l'ordre de saint Benoît, a fait un Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament; il s'est attaché au sens g-rammatical et historique. — Bernardin de Picquigny (1638-1709) a écrit une Triplex expositio in epistolas divi Pauli, fort estimée.
Dans notre xix® siècle, et de nos jours surtout, les commentateurs de la sainte Ecriture sont très nombreux; nous en omettrons ici la nomenclature (i), parce qu'ils sont connus.
Il) Critique biblique.