TROIS CATÉGORIES D'EXÉGÈTES PROTESTANTS
teiil les oreilles d'im culte qiielcoïKjue. (tétait le rationalisme biblique proprement dit, dont nous parlerons dans les leçons suivantes.
Parti d'Angleterre, vers la fin du xvn» siècle, ce mouvement antibiblique envahit la France, et se développa principalement en Allemag"ne. La patrie de Luther est restée, depuis, le foyer du criticisme indépendant, et de toutes les doctrines hostiles au surnaturel et à la révélation.
Trois catégories 5. — A l'hcure préseutc, les interprètes et les critiques S moderiS^'''" protcstants se partagent en trois classes : les rationalistes purs, les rationalistes mitigés^ les conservateurs.
Les premiers se refusent ouvertement à admettre l'inspiration de la Bible, et rejettent de parti pris toute révélation, quelle qu'elle soit. A leurs yeux, par conséquent, les livres de l'Écriture ne jouissent que d'une autorité humaine, si tant est qu'ils ne les regardent point plutôt comme un ramassis de légendes et d'œuvres apocryphes.
Les exégètes de la seconde catégorie, sans nier positivement l'inspiration, expliquent l'Écriture d'après les seules lumières de la raison, de manière à en éliminer l'élément surnaturel, comme le miracle, la prophétie, les mystères; ce sont de vrais sociniens.
Les exégètes conservateurs reconnaissent l'origine et l'autorité divines de nos saints livres, qu'ils traitent d'ailleurs avec respect; aussi bien leur méthode herméneutique a-t-elle quelques points de contact avec celle des catholiques. Néanmoins elle reste au fond protestante, parce qu'elle exclut l'autorité de la tradition.
Trois périodes 6- — Ccs rcmarqucs générales sur les évolutions du protes-
dans l'histoire de . ., ^' , y .„„ ^ ^ ^<. A Jir^+i^^rY.n^kT'
lexégèse protestan- tautismc, cu maticrc d cxcgcsc, nous amènent a distinguer *^* trois périodes dans l'histoire dp l'interprétation de l'Écriture
chez les disciples de Luther et de Calvin : la période initiale, qui s'étend depuis le commencement de la Réforme jusque vers la fin du xvi^ siècle; la période de transition, qui s'ouvre avec les dernières années du xvi^ siècle, pour se fermer au xviii'^;la période rationaliste, qui comprend le xviii^ et le XIX® siècles.
1" période. l) PREMIERE PERIODE.
^'ïïsTuTcélèbTef ' 7- Cette première période est la moins étendue, et aussi la
(„,o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
moins féconde en interprètes de valeur. Cinq noms seulement méritent d'être signalés : Luther, Zwingle, Calvin, Mélanchtlion et Flacius.
I ulhcr ,
son excsrese.
8. — Le patriarche du protestanlime, Luther (i483-i546), a commenté la Genèse, les Psaumes, VEpître aux Galates.
Or, voici quel jugement Richard Simon porte sur son genre d'exégèse. Luther « a fait l'un et l'autre (ses commentaires et sa version de la Bible), avec trop de précipitation, et il n'a le plus souvent consulté que les préjugés dont il était rempli. Pour paraître habile homme, il s'est amusé inutilement à réfuter les sentiments des autres, lorsqu'ils lui paraissent ridicules... Il n'a rien d'élevé ni de savant dans ses commentaires ; tout y est bas et simple... A quoi l'on peut ajouter qu'il est très grossier, et qu'il suit plus ordinairement ses sens que sa raison (i). Comme il n'était pas assez habile grammairien, ni assez savant dans la langue hébraïque, il néglige la grammaire..., et il établit pour règle qu'il fallait expliquer les mots de la Bible par rapport à la matière dont il est traité, et non pas les choses par les mots. Aussi s'est-il le plus souvent étendu sur des questions et des remarques inutiles..., sur des allégories et de fausses maximes.... etc. » (2).
Zwingie; 9. — Zw^iuglc (i484-i53i) a annoté une grande partie de
l'Écriture. « 11 paraît assez simple dans ses commentaires, son exégèse. remarque encore Richard Simon, et peu exercé dans l'étude de la critique. Bien qu'il soit plus modeste que Luther et Calvin, il ne laisse pas d'avoir les mêmes défauts qu'eux, et de suivre ses préjugés » (3). Zwingie allait jusqu'à préférer l'autorité des classiques à celle des Pères, dans l'interprétation de la Bible. « Aucun auteur grec, disait-il, ne me semble aussi utile que Pindare (!), pour l'intelligence des Psaumes et de Job » (4)- Au surplus, la raison seule restait à ses yeux le juge suprême en matière d'exégèse : a II arrivera, affirmait-il, et bientôt, — avec l'aide du Seigneur, — que les Chrétiens n'estimeront à un haut prix ni saint Jérôme ni aucun autre docteur, mais seulement la parole de Dieu » (5).
Calvin; ^Q. — Calvin (i 509-1 564) a commenté tout le Nouveau
(i) Le doclc critique apporte dos exemples à l'appui,
(2) Itisloire crilic/iie du V. T., pp. /^sli-^S?, — Voir Vigoureux, Les liurcs sainls et la critique raiionalisle, i. Ji, pp. 4oG et suiv., éd. 2°.
(3) Op. cit., p. /)()().
(4i Cité parHofF dans VEncycL. des scienc. relif/., t. xn, p. 524. (f)) Cité par HotV, o/^. cit., p. 528.
EXKGÈTES PROTESTANTS DE LA PREMIÈRE PÉRIODE Goi
Testament, hormis V Apocalypse; il a annoté ég-alement dans l'Ancien Testament le Pentateuque, les Psaumes et les Prophètes.
son extgôse. Richard Simon l'apprécie en ces termes : <( Calvin fait pa-
raître plus d'esprit et de jug-ement dans ses commentaires sur l'Ecriture que Luther... On y trouve néanmoins presque les mêmes défauts, que dans ceux de Luther; car il semble qu'il n'ait eu autre pensée que d'appuyer ses sentiments, et de réfuter les sentiments opposés... Comme il ne s'était pas exercé dans l'étude de la critique, et des lang-ues grecque et hébraïque, il était impossible qu'il ne se trompât souvent dans la signification propre des mots... Il a l'adresse, ou plutôt la mahce, de détourner le véritable sens du texte pour l'accommoder à ses préjugés » (i). Calvin enseignait d'ailleurs que l'Esprit-Saint est le seul interprète autorisé de la Bible, et que chaque fidèle reçoit de Lui l'intelligence du sens divin, grâce à une illumination intérieure et surnaturelle (2). — Cette thèse fut reprise plus tard par les Piétistes.
Méianchihon ; H- — Mélauchthou (i497-i56o) avait pour principe que le
privilège de bien entendre l'Écriture n'était accordé qu'à la ses principes piété siiicèrc ; ce qui ne l'empêchait pas d'affirmer que, pour d eimeneuiique. ii^tcrprétcr Ic Nouvcau Tcstamcut, il faut avoir appris le grec dans les classiques. Aussi débuta-t-il dans renseignement sacré par Texégèse d'un chant d'Homère, et d'une Épître de saint Paul.
Mais celui qui systématisa à proprement parler l'herméneutique protestante à cette époque fut
Flacius.
12. — Flacius, surnommé Illyricus (1520-1675), auteur d'un ouvrage qui a pour titre C lavis Scripturœ saci^œ.
Ses principes fondamentaux sont i) que la Bible est claire par elle-même; — 2) qu'elle suffit pleinement à tout Chrétien; — 3) qu'on doit l'expliquer suivant \ analogie de la foi, et indépendamment de la tradition.
2« période. n) DEUXIEME PERIODE.
Le fractionnement 13. — Dès cctte époque Ic protcstautismc était fractionné
des écoles protes- ^ ...
tantes d'exégèse. en plusicurs scctcs i OU distinguait Ics Luthériens et les Anabaptistes, en Allemagne, — les Calvinistes en France et en
(i) Op. cil., pp. 488-489.
(2) Voir Rabaud, op. cil., pp. 99-74.
6o2 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
Suisse, — les Sociniens en Italie et en Poloi^ne, — les Épiscopaux et les Quakers, en Angleterre, — les Arminiens dans les Pays-Bas.
A voir leurs divisions doctrinales et leurs tendances rationalistes on pouvait présager la catastrophe, où la foi chancelante des prétendus réformateurs devait sombrer.
Les meilleurs critiques et interprètes protestants de cette deuxième période appartiennent surtout aux sectes luthériennes, calvinistes et arminiennes.
Exéî^ètef? protestants - . -pi , y
de la 2e période. 14. Ln EXEGESE
citons le calviniste Drusius (i55o-i6i6), très versé dans la connaissance des langues orientales et de la littérature rabbinique; il est savant et judicieux. Nous avons de lui des commentaires sur FAncien Testament. — Grotius, arminien (i583-i645), auteur de scolies ou notes détachées sur les deux Testaments. Sa méthode est exclusivement historique et philologique; il affecte même de rapprocher les écrivains sacrés des profanes. Ainsi favorisa-t-il les origines du rationalisme biblique. — Cocceius (Cox), calviniste (i6o3-i66(j), linguiste érudit. Il a expliqué la plupart des livres de TEcriture, et formé des disciples qui continuèrent son enseignement et sa méthode (i), entre autres Vitringa, célèbre par son commentaire sur Isaïe.
Les travaux d'exégèse les plus sérieux publiés par les protestants, avant le xvm® siècle, ont été réunis dans les Criticl sacri, immense recueil où sont insérés aussi quelques commentaires catholiques, notamment ceux de Masius, de Foreiro, de Luc de Bruges, etc.
Critiques protes- 15. En CRITIQUE BIBLIQUE
riodL ^ '^ ' ^'^' citons le calviniste Louis Cappel (i585-i658), qui s'est fait un nom par ses deux ouvrages : Arcanum punctatlonis révélatum, et Critica sacra, seu de variis quœ in sacrls V. T. libris occurrunt lectionibus. — L'anglican Walton, à qui nous devons la fameuse Polyglotte de Londres. — J. Gerhard ^ (1582-1637), auteur de plusieurs ouvrages, ayant pour but ^k d'arrêter les grandes règles de l'interprétation bibhque. — ^ Les Buxtorf, père (1064-1629) et fils (1599-1664), bien connus par leurs savants travaux de philologie et d'archéologie sacrée. Ils étaient en critique les adversaires de Louis Cappel.
(1) Voir plus haut,p. /jCO.
EXÉGÈTF.S PROTi:STANTS DE LA TIIOISIÈME PÉRIODE 6o3
Aichi'oloprues sa- ^Q ^N ARCHEOLOGIE lîIBUOUE
cres protostiuUs de ^
la 2' période. Roiis dcvous sigiialer le calviniste Bochart, dont Vif le-
vozoïcon et le Phaleg et Chanaan révèlent une science peu commune de l'histoire naturelle et de la g-éographie de la Bible. — L'anglican Lightfoot (i 602-1 676), dont les Ilorœ hebraïcœ et talmudlcœ ont une réelle valeur. — Goodwin (1679), très au courant des antiquités relig-ieuses d'Israël, dont il a composé un bon résumé sous le titre Moyses et Aa?^on. — Spencer, anglican (i 630-1695), célèbre par son ouvrag-e De legibus Hebrœorum rituaUbus, où percent trop déjà les tendances rationalistes.
3' période. IIl) TROISIEME PERIODE.
Lese.xégctesprin- 17. — Nous uc voulous pas douucr la liste complète des md""; "" ^ " ^'^' commentateurs ou critiques protestants des deux derniers siècles; ils sont trop nombreux. Citons quelques noms seulement.
auxvm^s., Au xviiie sièclc, uous distiuguons a) parmi les Luthériens,
les deux Michaëlis : le premier ( 1667- 1738), auteur des Uberio^ res annotafloncs in Hagiocfrapha V, T.; le second (1717- 1791) plus connu que le précédent par son Introduction au N. T., et ses travaux de philologie (i); — b) parmi les Calvinistes, Vitring-a (1659-1722), Tun des meilleurs commentateurs à'Isaïe; — c) parmi les Arminiens, Wetstein (1693- 1764), exégète et critique de valeur, etlefameuxLe Clerc (1657-1736), dont les idées rationalistes se font jour dans ses commentaires sur le Pentateuque et les livres historiques de TAncien Testament; — d) parmi les Anglicans, les deux Lowth : le premier (William, 1661-1732), auteur d'un commentaire sur les Prophètes; le second (Robert, 17 10-1787), à qui nous devons un excellent ouvrage sur la Poésie sacrée des Hébreux ; — e) parmi les rationalistes proprement dits, Ernesti (1707-1781), qui a le premier systématisé la méthode d'interprétation purement rationnelle des Ecritures.
au xix» s. j^3. — Aq xix^ siècle, nous devons citer a) parmi les
exég-ètes conservateurs: Heng-stenberg- (i 802-1 869), dont la Christologie et les commentaires sur les Psaumes sont très estimés; — Hâvernick, Keil, Delitzsch, Tholuck, J.-B. Lig-htfoot, Godet, etc.; — b) parmi les rationalistes modérés, les deux Rosenmûller, Umbreit, Hofmann, W. Meyer, etc. ; —
(i) Cf. Kitto's Cyclopœdia, pp. 159-160.
6o/| LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
c) parmi les rationalistes avancés, Bertholdt, Kuenen, Gesenius, Bleek, nupfeld, Evvald, Reuss, Ghcjne, Cornill, etc., etc.
vai^u^dTcnUquis 19. — Nous fcrons remarquer que ces écrivains n'ont point protestants. ^Q^g yj^g ég^alc valcur; il en est même que le théologien catho-
lique peut néglig-er absolument. En général, le mérite de l'exégèse protestante est d'offrir d'intéressants renseignements sur la philologie, la critique textuelle, l'archéologie, la géographie sacrée, etc. Ces auteurs hérétiques montrent sans doute souvent trop de partialité, et trop de haine du catholicisme, mais on ne peut pas ne point reconnaître qu'ils ont étudié avec soin la lettre du texte, l'histoire et les antiquités d'Israël. Sous ces rapports ils égalent, et peuvent surpasser parfois les catholiques. Jl est donc permis, louable même, de consulter leurs écrits, à condition cependant de séparer en toutes choses l'ivraie du bon grain (i).
Inadmissible pré- 20. — Mais cc uui cst inadmissible, c'est la prétention
lention des protos- ^ ^ '■^
tants. qu'ont les protestants ce d'avoir renouvelé l'herméneutique » (2).
Ils en donnent pour raisons i) qu'ils ont remis en honneur les langues bibliques; — 2) qu'ils ont rétabli les véritables règles pour découvrir le sens littéral; — 3) qu'ils ont protégé la Bible à tout jamais contre les interprétations arbitraires d'une piété trop crédule, etc.
Réfutation. 21. — Or, ricu n'est plus faux que de telles assertions. Dès
le xiv^ siècle, les Papes avaient créé des chaires d'hébreu au sein des Universités, et longtemps avant la Réforme les études bibliques avaient pris partout, dans l'Église, un magnifique essor. D'autre part, les commentateurs catholiques des xv^ et xvi^ siècles ne le cèdent pas aux critiques protestants leurs contemporains, sous le rapport de l'érudition, de la perspicacité et des connaissances philologiques, lis se montrent plus judicieux et plus réservés qu'eux, dans l'interprétation allégorique ou spirituelle des saints livres, car rien n'est bizarre comme les explications, soi-disant mystiques, inventées par Luther (3j, Carlostadt,et quelques autres, de certains passages des Ecritures.
Le grand tort de l'herméneutique protestante, fondée sur le libre examen, est d'avoir frayé la voie aux systèmes d'interprétation rationaliste, dont il est temps de parler.
(i) Voir plus haut pp. 48'?, note; 5/»!.
(2) Voir Sabatier, art. liermùneulique, dans VE?icijclop. citée, t. vi, p. 21 3.
(3) Cf. Richard Simon, op. cit., pp. 48G-487.
LEÇON NEUVIÈME
L'exégèse rationaliste en général. — Les premiers systèmes rationalistes allemands. — Semler et Kant.
Le rationalisme exégétique ; son origine logique et historique. — Les cinq principaux systèmes d'interprétation rationaliste. • — Le système de Semler. — Origine de la théorie de l'accommodation. — Réfutation du système de Semler. — Le système de Kant. — Principes d'où il découle. — Réfutation du système d'interprétation « morale » de Kant.
Notion du rationalisme théologique.
Quand le rationalisme lit école.
Le rationalisme.
envisag-e comme
système philosophique ou théologique, est une théorie d'après laquelle on doit étudier les choses à la lumière de la seule raison, indépendamment de toute autorité et de tout magistère extérieurs.
C'est vers la seconde moitié du xviii® siècle que le rationalisme fit école. Ennemis du surnaturel à tous les degrés, — historique, moral, dogmatique, — les partisans des doctrines nouvelles rejetèrent le miracle et la prophétie, l'inspiration et la révélation ; bref, la Bible ne fut plus à leurs yeux qu'un livre ordinaire. Le rôle de l'exégète sacré devrait donc se borner à l'interpréter suivant les données de la grammaire, de la philologie, de l'histoire, de manière à dégager le sens littéral, — qui est d'ailleurs l'unique et le seul vrai, — des préjugés religieux, et des explications fantaisistes de la théologie.
Origine du rationalisme scripturaire.
Origine logique.
2. — Quoi qu'on en ait dit, ce rationalisme radical se rattache logiquement et historiquement au protestantisme.
Logiquement^ il est un corollaire du libre examen. Dès là qu'on la proclamait indépendante de toute tradition et autorité extérieures, la raison ne connaissait plus de frein, qui pût l'arrêter dans ses écarts et ses divagations. L'orgueil et les passions aidant, elle ne devait reculer devant aucun système, « qui l'émanciperait du joug tyrannique que l'Eglise faisait peser sur elle ».
On commença par nier que les dogmes orthodoxes ou catholiques fussent réellement fondés sur l'Écriture ; les textes apportés en preuve étaient considérés comme non avenus, ou bien l'on prétendait n'y voir que des métaphores orientales, des idiotismes hébraïques, etc.
6o6 LEÇONS D'INTRODUCTION GENERALE
Ce procédé d'exég-èse trop sommaire ne suffisant point, on fit un pas en avant, et l'on inventa la théorie de V accommodation (Semler), moyen facile d'écarter^ce qui dans la Bible, et en particulier dans le Nouveau Testament, dépasse la raison. — D'autre part, la morale révélée, qui est enseignée presque à chaque page des saints livres, fut transformée en morale naturelle^ grâce aux artifices d'une herméneutique purement arbitraire (Kant).
Restaient, à vrai dire, les miracles et les prophéties. On leur dénia d'abord toute force probante en dogmatique, sous prétexte que les événements naturels amènent l'homme à la foi, sans le secours extrinsèque du miracle. Autant valait supprimer les miracles de l'histoire. — C'est ce qu'on fit en niant leur réalité (Strauss), ou en les interprétant de manière à leur enlever tout caractère surnaturel (Paulus). Évidemment, l'autorité même humaine de la Bible demeurait par là fort compromise, sinon détruite entièrement. De fait, nombre de critiques vont aujourd'hui jusqu'à ne plus reconnaître aucune autorité à nos saints livres; c'est la conséquence dernière du libre examen.
Origine historique 3. — Historiqucment, le rationalisme biblique se rattache
du rationalisme r i t^ , p -i , • i • -i
biblique. encore a la neiorme, car il est né au sein du protestantisme, il
y a grandi, il s'y est développé. Sans doute, l'évolution fut lente ; mais on ne peut nier que, dès le commencement, les tendances rationalistes des réformateurs « ne se soient manifestées çà et là comme à l'état sporadique » (i).
Garlostadt (f i54i) posait pour règle fondamentale que l'interprétation de la parole de Dieu doit s'inspirer non de la foi, mais du se?is des ?nots sacrés. L'anabaptiste Denk (f i528) soumettait aussi cette parole divine écrite à la parole divine vivante au fond de nos cœurs, c'est-à-dire à la raison. De cette sorte les voies étaient préparées aux impiétés de Michel Servet (t i553) et de B. Ochin (t i565), aux théories naturalistes de Théobald Thamer (-j- iBôg) et de Séb. Franck (f i542). Bientôt les Sociniens et les Arminiens revendiquèrent hautement pour la raison humaine l'indépendance en matière d'exégèse, et érigèrent leurs prétentions en système. Il n'est pas jusqu'aux exagérations des Quakers et des Piélistes,qui ne contribuèrent par contre-coup à favoriser ce mouvement, hostile à la révélation et à la foi. La réaction de Ilermann von der llardt (f 174^)»
(i) Vijçouroux, op. cil., t. ii, p. 3i2.