LE SYSTÈME DE KANT
positive, quand celui qui parle, embrasse dans ses discours, pour plaire à son auditoire, des erreurs qu'il désapprouve formellement en son âme et conscience. Tel est précisément le g-enre à' accommodation dogmatique^ que Semler ose attribuer au Sauveur et à ses apôtres. Or, pas un fait, pas une parole du Nouveau Testament ne justifient celte assertion du critique rationaliste; au contraire, la prédication et la vie de Jésus et de ses disciples lui opposent un absolu démenti.
ô) Le système deSem- IQ. — 2) Il cst puremcnt arbitraire.
\cv ftst arbitraire. ' -*
a) En effet, Semler traite a priori de fables et de préjugés juifs toutes les doctrines révélées se rapportant au Messie, à l'Eglise, à l'économie de la rédemption, au salut, etc. — b) En outre, les critériums qu'il assigne, pour que l'interprète opère le triage entre ce qu'il faut garder et ce qu'il faut rejeter dans la Bible, abandonnent aux caprices ou à la sentimentalité du premier venu le vrai sens de la parole de Dieu.
miel-^Snduu ^à H* — 3) // coïiduit à dcs conséquences impies.
Semler
des conséquences \ o i i • «i -i /^i •
impies. a) bcmlcr ne laisse-t-il pas entendre que le Christ et ses
disciples ont fait œuvre d'hypocrisie et de mensonge ? — b) N'enlève-t-il pas à la Bible toute autorité divine et humaine ? — c) Au surplus, il ne conserve du christianisme biblique que cette somme de vérités spéculatives et pratiques, dont se compose la religion naturelle, et qui paraissent exclusivement propres à édifier le lecteur, à le rendre meilleur et plus sage. Un pareil système d'herméneutique est inacceptable.
Conclusion.
2) Système de Kant. jl") lE SYSTEME DE KANT.
Biographie de Kant. 12. — Aiiisi quc Scmlcr, Kant dc Kœnigsberg (i 724-1804) avait grandi dans le piétisme, et fut imbu des doctrines wolfiennes. Il est beaucoup plus connu comme philosophe et théologien que comme exégète ; néanmoins il a créé une méthode d'herméneutique biblique, — qui n'est d'ailleurs qu'un corol-
sa méthode d her- lairc dc SOU systèiuc de théologie. C'est la méthode de l'interprétation morale.
méneutique.
Principes fonda-
13. — Pour mieux comprendre en quoi elle consiste, il faut thode'de i^an^ '"^' ^^ lappclcr Ics trois principes généraux d'où elle découle. ■—
LEÇONS d'iNT. 3(J
6io LEÇONS D'INTRODUCTIOiN GENERALE
i) Toute religion, d'après Kant, ne se compose essentiellement que de lois morales (i), telles que la raison d'ailleurs les admet. — 2) En soi il n'y a, et il ne peut y avoir qu*une religion, la religion naturelle, car les principes de la morale sont universels et les mêmes pour tous. — 3) Que si, en fait, plusieurs religions existent, soit- disant révélées, elles ne sont bonnes et vraies que dans la mesure où elles se rattachent à la religion morale naturelle (2).
Le philosophe de Kœnigsherg en concluait que tout ce qui est sans importance eM/ç'i^e dans la Bible, — les dogmes, les faits, les mystères, les prophéties, etc., — n'a qu'une valeur relative, et exige une interprétation morale, édifiante, dûton pour cela forcer le sens de la lettre.
Malgré ce qu'il renferme d'étrange et d'arbitraire, ce système a été adopté par nombre de critiques en Allemagne (3).
Réfutation du sy s- "J 4. Le SYSTEME d'iNTERPRÉTATION (( MORALE » DE KaNT
lème d'exégèse de
Kant. REPOSE SUR DE FAUX PRINCIPES, ET CONTREDIT LES NOTIONS LES
PLUS ÉLÉMENTAIRES DE l'iIERMÉNEUTIQUE RATIONNELLE. a) Il repose sur de 15. l) // VepOSB SUT (IbS priTlcipeS faUX.
a) En philosophie. — La philosophie enseigne qu'une religion, fût-elle naturelle, ne peut pas se composer exclusivement de préceptes de morale ; avant de pratiquer, il faut croire ; avant d'agir, il faut penser. Par conséquent, ce qui doit se trouver tout d'abord à la base de la religion, ce sont les dogmes qui s'adressent à l'esprit ; viennent ensuite les lois morales qui gouvernent la volonté.
b) En histoire. — De son côté, l'histoire maintient contre Kant l'existence et Fautoiiomie du christianisme, comme yç\\g'ion positive; car il est de fait que Dieu, pour sanctionner la religion naturelle et la compléter, a révélé une doctrine, une morale, et prescrit un culte ; or, la religion chrétienne est l'expression la plus parfaite de cette révélation.
h) 11 contredit ^g — 2) // coïitredit Us ïiotious les plus élémentaires
1 nerniéneulique ra- ' -*
tidnnciie. ^^g l' hemiéneutlque rationnelle. Car
il) Interpréter^ c'est bien saisir la pensée d'un autre, et la
(i) Seinicr enseif^'nait aussi qu'il n'y a pas pour l'homme d'autre religion que celle qui concourt à notre aiiiclioration morale. Sur ce terrain le lhéoloi;icn de KaMii^sbcrg- se rencoalrait doue avec le prol'ess(uir de Halle,
(2) Cf. Strauss, Vie de Jésus, hilrod., Irad. Littrc, t. I, pp. 34-37.
(3) Cf. Kohlgruber, op. cit., p. 3(j2, not. i.
Li: SYSTEME DE KANT Cii
traduire fidèlement : a Commciitatoris officium, écrit saint Jérôme, est... quid sentiat ille quem interpretatur exponere » (i). Partant, substituer ses propres idées à celles de Fauteur ce n'est pas l'interpréter, c'est le défigurer plutôt, sinon le trahir. Or, d'après Kant, l'exégète doit tout expliquer moralement dans la Bible, au détriment même du sens naturel. Une pareille théorie renverse donc les principes élémentaires de l'herméneutique.
b) Qui ne voit, d'ailleurs, que la méthode d'exég-èse du philosophe de Kœnig-sberg- ouvre la porte aux interprétations les plus fantaisistes du texte sacré, et met en péril l'autorité de l'Écriture ?
(i) Ad Painmachium, n. 17.
LEÇON DIXIÈME
Les trois grands systèmes d'interprétation rationaliste du XIX^ siècle. —
Paulus, Strauss, Baur.
Paulus et son système, — En quoi consiste l'exé^jèse de la Bible d'après Paulus. — Réfutation des théories du professeur d'Hcidelberg. — Strauss et son système. — Les origines du mythisme biblique. — Notion du mythe; ses différentes espèces. — Réfutation du mythisme en général. — Réfutation du mythisme évangélique en particulier. Baur et son système. — Origine et fondement ducriticisme tubingien, — Réfutation du système de Baur. — Influence des systèmes rationalistes allemands en France. — Renan.
Paulus. ^ — Paulus a créé le système d'interprétation dite psycho-
logirjue, ^VlnTâ^^ ^^ critique (1761-1851) était un disciple de Kant et d'Ei-
chhorn. Avec Kant, il admettait que la morale seule — à l'exclusion des dog-mes — constitue la religion. Avec Eiclihorn (1 752-1827), il soutenait que l'élément historique surnaturel doit être éliminé de la Bible (i). Mais tandis que Eiclihorn n'avait osé s'attaquer qu'à l'Ancien Testament (2), Paulus poussa plus loin, et appliqua son système au Nouveau.
Paulus dislingue 2. — A l'cu crolrc, dans les récits des miracles évangéli-
y èKwneiii objectif {ii , . t.* • *i»m» ./•
réicmeni subjectif, qucs, uous dcvrious distinguer soigneusement 1 élément objectif et l'élément subjectif. L'élément objectif, c'est le fait lui-même qu'enregistre l'histoire; l'élément subjectif, c'est Y appréciation, le jugement, que les témoins ou le narrateur ont porté sur le fait. Le fait est vrai ordinairement, sinon toujours, mais le jugement peut être faux, parce qu'on peut avoir mal compris le fait lui-même, en se méprenant sur la cause et le but du phénomène. Exemple. La guérison de l'aveugle-né {Jean, ix) est un fait historique certain, mais le jugement qu'en ont porté les témoins et l'évangéliste qui tenaient la guérison pour miraculeuse, est erroné.
Deux sortes de 3. — D'aillcurs, Ics uiiraclcs évaniiéHques, d'après Paulus,
miracles d'après Pau- o» 1 i
Jus.
Ci) Eiclihorn en apporlait trois raisons. Cf. \'igourou.\, />t's livres saitits, etc.. t. 11. pp. 37/»-.'{7r). (;0 Siii- Ki(;hh()rn et son système, voir Strauss, op. cil , t. i, |)p. af). ss.; Strochliu, dans Vtncyr/opédie de Lichtcubert;x'r, I. iv, [). 380; Viyouroux, Mélanges, pp. i48-i05.
REFUTATION DU SYSTEME DE PAULUS Gi.3
sont de deux sortes : ceux qui ont été jugés tels par les contemporains, hallucinés ou trompés, et ceux qui n'ont été élevés au rang" des prodiges que plus tard, grâce à la crédulité des historiens ou de la postérité. La guérison de Lazare (Jean, xi) rentre dans la première catégorie; Thistoire du statère trouvé dans la bouche du poisson {Malt., xvn, 26) appartient à la seconde.
Le rôle de l'exé- ^' — Eu tout cas, le devoir de Texégète est i) d'isoler le Kuius^^'^ ^""^'"^ fait an jugement, dans les récits des prétendus miracles; — 2) de conserver le fait et de rejeter le jugement, qui en a été porté; — 3) d'expliquer le fait naturellement en suppléant, au besoin, maintes circonstances accessoires qui ont dû certainement accompagner le phénomène, mais que les témoins, aveuglés par leurs préjugés, n'ont point aperçues, ou que le narrateur, engagé lui-même dans la croyance au surnaturel, a cachées et négligé d'indiquer (i).
Exemples. Les guérisons de TEvangile s'expliquent par une ellipse historique constante, les historiens sacrés ayant omis de mentionner les remèdes naturels dont le Sauveur se servait ; — les morts ressuscites n'étaient que des hommes S07^~ tant cVun état léthargique; — le miracle de Cana fut une aimable plaisanterie de noces ; — la transfiguration naquit des souvenirs confus de trois disciples, plongés dans un demisommeil; ils virent Jésus s'entretenant avec deux inconnus par im beau soleil couchant î — Et le reste.
Réfutation du 5. La METHODE HERMENEUTIQUE DE PaULUS EST FAUSSE
svstème de Paulus. . , ,