RÉFUTATION DU MYTHISME DE STRAUSS C
i-i I. Satan, — dont la notion avait été empruntée à la religion des Perses, — était lennemi national des Juifs. Or, comme les intérêts d'Israël se trouvaient identifiés a}:ec la personne du Messie, il était naturel que le Messie (donc, Jésus de Nazareth) eût Satan pour adversaire et tentateur. Au reste, l'idée de la tentation était courante dans V ancien hébraïsme ; c'est ce qui explique pourquoi l'on voulut que Jésus ait été tenté. Quant au lieu même de la tentation, on choisit le désert, attendu que depuis Azazel et Asmodée le désert était le séjour des puissances infernales, et que là avait été tenté le peuple d'Israël, le fils collectif de Dieu. Mais que devait faire le Messie au désert? Jeiiner pendant quarante jours. Car Moïse le premier sauveur d'Israël avait jeûné sur le Sinaï, et le nombre quarante est un nombre sacré dans I antiquité hébraïque. En outre, puisque le peuple israélite avait été éprouvé particulièrement par la faim au désert, il convenait que Jésus fût aussi éprouvé par là d'abord. Une tentation ne suffisait pas, car Abraham, d'après les rabbins, avait été tenté dix fois; c'était trop cependant pour Jésus. Mais les rabbins disent qu'Abraha?n dut lutter à trois reprises contre Satan; voilà pourquoi Jésus subit une seconde et une troisième tentation (i). — Qui ne voit combien la méthode herméneutique de Strauss est arbitraire et ridicule ?
2) Système sans 18- — 2) Systèmc dénué de tout fondement solide. fon cment. j^^^ principcs qui servent de base au mythisme évangé-
lique sont les suivants: a) l'impossibilité absolue d'admettre le miracle dans la vie de Jésus; — b) Tinauthenticité des Évangiles, qui sont d'une époque bien postérieure à celle qu'on assigne communément ; — c) l'analogie à étabhr entre les origines du christianisme et celles des autres sociétés humaines; — d) le goût passionné des Orientaux pour le merveilleux, et la préoccupation qu'avaient les judéo-chrétiens de créer une légende messianique à Jésus de Nazareth. Or, la philosophie, la critique, l'histoire s'unissent pour réduire à néant ces prétendus principes, qui ne sont que de chimériques hypothèses.
H) sysiôme 19. — -3) Sustèmc tissu d' inconséquences.
incohérent. ^ t- o • ^ o ^ ^ i« i r^ t^»
La contradiction tait le tond du mythisme de Strauss. D une part, le critique allemand soutient que les disciples de Jésus, persuadés que leur Maître était le vrai Messie, ont imaginé à
(i) Cf. Strauss, Vie de Jésus, t. i, pp. 446, 4i^4-
plaisir maints prodig-es éclatants, dont les récits, après avoir volé de bouche en bouche, sont enfin passés dans les narrations évang-éliques. Or, d'autre part, il affirme qu'il n'y eut rien d'extraordinaire dans la vie de Jésus ; sa naissance, son baptême, ses voyages en Palestine, sa vie, sa mort, tout fut naturel, simple et sans bruit. Comment, dès lors, s'expliquer qu'on ait pris pour le Messie un homme ordinaire, un homme qui naquit, vécut, enseigna, mourut comme les autres hommes? Avouons donc, avec Hausrath — le biographe de Straus, — que le mythisme « n'est soutenable à aucun point de vue, soit historique, soit philosophique, soit religieux » (i).
Système 20. — Baur (i 792-1 860), professeur à Tubingue, a fondé
deBaur. . ... ,. . ,,
le criticisme historique en exeg-ese.
Ce système d'interprétation, aussi original que faux, consiste à expliquer chacun des livres du Nouveau Testament conformément à la tendance dog^matique qui Ta inspiré. On a appelé cette théorie Criticisme historique, ou encore Criticisme de tendance.
Origines du système 21. — Pour formulcr SOU systèmc, Baur, imbu des doctride Baur. j^^g ^^ Sclileiermachcr et surtout de Hegel, partit de ce principe, qu'à l'origine même du christianisme un antagonisme profond régnait entre les membres de l'Eglise (2). Selon lui, les premiers disciples de Jésus, — les Douze et à leur tête saint Pierre, — ne voulaient point franchement se séparer de la synagogue, ni répandre en dehors du cercle juif les doctrines nouvelles ; ce fut là le noyau d'un premier parti, le parti des judaïsants ou des pétrinistes. Mais vint saint Paul, esprit plus large, plus hardi, apôtre infatigable, choisi directement par le Christ. S'emparant de l'Evangile, Paul le porta aux nations, fonda des chrétientés nombreuses et leur infiltra ses idées ; d'où un second parti, le parti des pauliniens (3).
Or, ces deux fractions hostiles avaient chacune leurs livres sacrés. Les pauliniens étaient fiers de quatre lettres de saint Pqi^iI^ — les seules qui soient sûrement de lui d'après Baur,
Pétrinistes et pauliniens.
(i) Strauss, t. i, p. 1G9
(2) B;uir (inil la première fois ses idées au cours d'une dissertation, publiée en i83i, dans la T/lbitKjer Zciischrift, sur le Parti du Christ à Corintfie. Mais où il développe le mieux son système, c'est dans son "-ra'nd ouvra"'c : Das Christent/iiim und die. clirislliche Kirche iti den drei erslc7i
Jalirlnnidertc. , . . , • . . j
(3) L'école doTubin'^uc appuie celte étrange théorie sur des raisons qu on peut voir résumées dans l'abbé Thomas, Eludes critiques sur les oriffines du christianisme, pp. 43-/,8. Voir aussi Berger, Baur et les oriç/ines de l'école de Tubingue.