‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 41 sur 251 · REÇURENT DU CIEL UNE MISSION PUBLIQUE A REMPLIR EN ISRAËL · texte numérisé non relu

REÇURENT DU CIEL UNE MISSION PUBLIQUE A REMPLIR EN ISRAËL

Trois arguments.

ierarg.

Jes faits.

7. — Commençons par apporter à Fappui de cette assertion un argument de fait.

Moïse, Esdras, Néhémie, — comme nous l'établirons plus loin, lorsque nous traiterons de l'origine et de la formation du Canon chez les Hébreux, — travaillèrent certainement à collectionner et à recueillir les livres saints (5). Mais d'autres encore, tels que Josué, Samuel et les théologiens d'Ezéchias,

— viri Ezechiœ, — firent, et proposèrent au peuple, des recueils d'écrits inspirés. Il est dit de Josué : Josue in die illo... proposuit populo prœcepta ..in Sichem. Scripsit quoque o?nnia verba hœc in volumine legis Domini {Jos., xxiv, 26, 26).

— On raconte également (/ Reg., x, 24) de Samuel : Loculus est Samuel ad populum legemregni.et scripsit in libro, et rejjosuit coram Domino. — Il est rapporté, enfin, qu'une collection de psaumes (cf. // Par., xxix, 3o) et de proverbes (cf. Prov., XXV, i) fut faite par les ordres d'Ezéchias,

(i) In Mail., I. I. (A)). Mi^^le, t. XIII. col. Sacj).

(2) De doçl. christ., lib. II, cap. 8.

(3) Ci". Ubaldi, IntrocL, l. II, pj). iî>/|-i:j5.

(/f) II ne s'ensuit pas, coninne plusieurs le disent |)iaisamment aujourd'hui, (ju'il ail existé à Jérusalem un bureau permanent de canonicité, immalriculanl les livres inspires au fur et à mesure de leur composition. — On j'aussc égalemeot la notion du véritable critérium de canonicité, en alTinnanl que « le nom des auteurs, et le conteiui des livres étaient sans duntc la principale garantie de 1 inspiration ». (Loisy, Hist. du Canon, p. 3^) . M. Vii;our()ux {Manuel bi/jli(/ue, I. 1, p. ().">, édit. 3") est d'un ;ivis à peu près semblable, sauf (pi'il ajoute : u L'ordre (pie Dieu .ivait donné (aux auteurs sacrés) d'ccrire, devait seixir aussi à leconnaître l'inspiration des livres de l'Ancien Tcstameut ».

(L) Voir plus bas. ]>p. 83, ss.

L'AUTORITÉ G0MPÉTI:NTE AVANT J.-C. 79

et quoi qu'on en ait dit (i), « la raison de curiosité littéraire ou d'intérêt pédagogique ne suffit point à expliquer l'existence dépareilles collections ». — Aussi bien le peuple ne s'y trompa-t-il jamais. Il voua toujours à ces recueils sacrés le plus religieux respect, et Ton ne voit nulle part qu'une dissidence quelconque se soit élevée à ce sujet dans la nation d'Israël.

Nous devons produire encore deux autres preuves : l'une à^ordre théologique (2), l'autre ^autorité.

"l" argiim.

d'ordre théol.

8. — C'est notre conviction arrêtée, que le témoig^nage divin, relatif à l'inspiration des écrits de l'Ancien Testament, ne fut Majeure. point, SOUS la première alliance, abandonné par Dieu aux

caprices de la raison individuelle, ni conséquemment privé des garanties qui en assuraient la conservation et la transmission fidèle à travers les âges. Il importait trop que le peuple d'Israël connût avec certitude, et sans efforts, quels étaient les livres que l'Esprit de Jéhovah lui avait donnés. Sa foi rélig"ieuse, dont les Ecritures étaient la base, ne l'exigeait pas moins que ses intérêts sociaux, qui reposaient aussi sur elles. Après tout, n'est-ce pas pour satisfaire un besoin pareil, et pour répondre à une nécessité analogue dans l'alliance nouvelle, que Dieu a investi son Église d'une autorité plénière, infaillible, sur la vérité révélée? Pourquoi donc ii'aurait-il pas agi de la sorte dans l'alliance ancienne, en plaçant sa révélation sous la garde d'une autorité vivante, visible et incontestée ?

Mineure. 9. — Or, uous pcusous quc la révélatiou divine en g"éné-

ral, et en particulier le témoignage divin relatif à l'inspiration de tels ou tels livres, ne pouvaient être plus sûrement confiés qu'à la garde des prophètes, ou — les prophètes manquant - — à la garde des hommes, qui avaient reçu du ciel une mission publique et religieuse à remplir en Israël. La vocation surnaturelle des prophètes, leur ministère que soutenaient parfois d'éclatants prodiges^ leur vie sainte et élevée au-dessus des conditions ordinaires, tout en eux garantissait la fidélité du témoignage, qu'ils transmettaient au nom de Dieu; c'est Dieu toujours qui attestait par leur entremise ; c'est son autorité qui resplendissait à travers la leur. Aussi les enfants d'Israël croyaient-ils en eux, comme ils auraient cru en Jéhovah lui-

(i) Cf. Loisy, Hist. du Canon, p. 35.

(2) Il n'est pas exact d'affirmer, comme plusieurs modernes le font, que la canonicilé des livres àé i'Aiicien Testament est une simple question de critique et d'histoire. La thcoloj^ie, ce nous semble, a le droit dire ici son mot.

8o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

môme. L'autorité de tels hommes suffisait donc à certifier la divinité des livres inspirés.

3° argurn V autorité de

10. — Le dernier argument que nous voulons produire, à josèphc. l'appui de notre thèse, est emprunté à l'historien Josèphe. Ce prêtre juif devait savoir, mieux que personne, quelles règles suivaient ses compatriotes pour discerner les livres d'origine divine. Or, il paraît supposer justement, qu'on s'en rapportait toujours là-dessus au jugement de quelque prophète. Voici ses Ses paroles. parolcs '. (( Nous avous, dit-il, vingt-deux livres qui comprennent l'histoire de tout le passé, et qui sont regardés à bon

droit comme divins (Gôîa 'Ker.iazeuiJÀm) Depuis le temps

d'Artaxerxès jusqu'à nos jours, on a écrit également ce qui est arrivé; ces livres toutefois n'ont pas été jugés dignes du même crédit que les précédents (tiictsù); S'ox/ ô[;.o(a; YjHiwTai toTç -Kpb aÙTwv), pa?'Ce que la succession exacte (régulière et clairement reconnaissable) des prophètes a été interrompue (Sià xb jXY] Y^vécOa^ TY)V twv irpoçYjxwv ày^ptêvi oiaooy-rjv) (i). Conclusion à dé- Quoi qu'cu peuscut certains critiques (2), nous estimons

diiirc des paroles de ^ i o ii • v ' • i

Josèphe. que ces paroles renierment une allusion au critérium de

canonicité, que possédaient les Juifs sous l'alliance ancienne. « Apud Hehneos, observe Eusèbe, pauci quondam erant, ipsi quoque divini Spiritus qui dicta dijudicat, participes, quibus solis licuit ea de re (canone Scripturarum) statuere, atque Prophetarum hbros pro divinis agnoscere (àçîispojv), reliquos vero reprobare » (3). — Quant aux hommes de Dieu qui surgirent après l'époque marquée par Josèphe, ils étaient regardés, à tort ou à raison, en Israël, comme jouissant d'une autorité moindre que les grands prophètes d'autrefois. Telle est la judicieuse remarque faite à ce propos par de Voisin : « Sapientes qui sequentibus deinde temporibus exstiterunt, minore divinœ '}^evelationis gratta^ eaque rariore instructi, non ausi sunt quidquam immutare in edito jam et recepto sacrarum Scripturarum canone » (4).

Ce (|ue pouvait

11. — Ajoutons que ces paroles nous laissent encore soupcirc lauioriic de la çonner Qu'au ])oint de vue juif, ou au moins dans l'oiiinion une en matière ■ de jg \.^ g^ç^^. j(.g Pharisiciis, dout faisait partie Josèphe (5), la

(i) Conl. Ap., 1, 8. — Nous rcviciulrons pins loin sur rcs assortions do Joscplio. {9) Loisy, Ilisl. (lu Canon de l'Ane. Tcslani., [>. 3i ; Dunko, Dr sac. Script. Comment., p. i8 ; Malou, Ial Leclurr de la Sainte Ui/jle, I. Il, p. 33. (3) Pripparat. evan;/., xii, 33.

(/i) ObservalioJics in pioumiiun ViKjionis fidei, p. i25. (.')) Vita, a.

L'AUTORITÉ Di: L\ GRANDE SYNAGOGUE, ETC. 8i

Grande Synagogue, instituée après Texil (i), — si tant est qu'elle ait jamais existé (2), — ne jouit point entièrement de l'autorité, ni de la compétence doctrinale des prophètes, en matière de canonicité scripturaire. D'ailleurs, il ne paraît pas que cette synagogue ait été infaillible. Cependant, à en croire les Talmudistes (3), elle dut exercer une influence prépondérante sur le mouvement religieux du temps, et par rapport à la question qui nous occupe^ son rôle aurait consisté à garder les traditions que les prophètes et les hommes de Dieu avaient transmises touchant le Canon des livres saints.

En tout cas, il est faux de dire que l'Église'^a reçu les écrits de l'Ancien Testament sur la foi de la Grande Synagogue; l'Église les a reçus immédiatement sur la foi de Jésus-Christ et des apôtres, qui ont confirmé d'ailleurs, là dessus, le témoignage des prophètes de la Loi antique.

(i) GK Munk, Palestine, p. 479; Wogué, op. cit., p. 94; Slapfer, La Palesiuia au temps de J.-C, p. 92, éd. 3".

{2) Cf. Loisy, op. cit., pp 22, ss.

(3) Voir le traité Baba hathra, fol. i4, '5.

Remarque .

DEUXIÈME PARTIE HISTOIRE DU CANON DE L'ANCIEN TESTAMENT DANS LA SYNAGOGUE

LEÇON PREMIÈRE Le Canon juif de l'Ancien Testament, depuis Moïse jusqu'à l'exil.

Obscurité de cette première période de l'histoire du Canon juif. — Le noyau primitif du Canon de l'Ancien Testament à l'époque de Moïse. — Après Moïse, le Canon s'accroît graduellement en fait, sinon en droit; témoignages de Thistoire à cet égard. — Conclusion.

Objet de celte leçon. 1. — G'est riiistoirc clcs origuies et des développements du Canon des livres saints sous l'ancienne alliance que nous voulons exposer ici.

Difficulté de la Gcttc liistoire est remplie d'obscurités, il faut le reconnaître.

question. ^ '•

La Bible nous renseigne peu, et seulement d'une manière confuse, à cet égard. Est-ce à dire toutefois que le peuple juif n'avait pas même avant Esdras, — ni peut-être depuis, — l'idée d'un Canon scripturaire ? Nous ne croyons point devoir nous rallier aux critiques qui défendent cette opinion (i).

l''' assertion : 2. LeS PREMIERS VESTIGE!^ d'uNE COLLECTION d'ÉGRITS

les premières ori- , y ht ••

ginesdti Canon juif. SACRES CHEZ LES JUIFS REMONTENT AU TEMPS DE MoiSE

Trois prescriptions 3.— Pour s'cu convaiucre, il suffit de lire dans Deut., xxxi,

de Moïse dans ' ■*

Dent., XXXI. les vv. g, io-i3, 24-26. De ces passages il résulte i) que Moïse confia aux prêtres, fils de Lévi, le texte de la Loi; — 2) qu'il leur prescrivit d'en donner lecture à Israël tous les sept ans; — 3) qu'il leur enjoignit de placer le volume du rouleau de cette Loi dans l'arche d'alliance.

(1) Tels Kichard Simon, Malou, etc., pour ne citer que quelques noms catholiques.

84 LLÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

Démonstration. Qj.^ iious eslimoiis quc CCS ordoiinaiices de Moïse équiva-

lent à une canonisation implicite de la Loi. et môme du Pcntateuque entier.

prSiininalre : ^* — D'abord, (ju'il soit pcrmls d'étendre les ordonnances

il sa«^ii d Penta- P'^cîtées de Moïse à tout le Peîitateuque, c'est ce que beauteuque entier. coup de critiqucs, ct dcs meiUcurs (i), ne font pas difficulté de reconnaître.

A la rig-ueur, sans doute, les expressions legem hanc, verba legis hujiis (Dt., xxxi, 9, 24), pourraient ne sig-nifier que le Deutéronome seulement, ou même quelques fragments de ce livre. De plus, il paraît bien, comme nous l'avons remarqué ailleurs (2), que le terme de Loi^ dans le langage ordinaire de la S}'nagogue, ne s'appliquait exclusivement ni à la Bible entière, ni à l'ensemble du Pentateuque, mais uniquement à sa partie législative.

Motifs à 1 appui de Néaumoiiis, nous pensons que ce sens restrictif ne convient notre opimon. o-uèrc au passagc cité , car Moïse parle précisément (cf. vv. 24-26) d'un livre, d'un volume, qui existait déjà, et où il a voulu écrire ses dernières volontés (3). D'ailleurs, à supposer que sous le nom de Loi il ne faille comprendre que le seul Deutéronome, ne serait-il pas permis encore d'admettre que ce livre ne fut point séparé des quatre autres, dont il n'était lui-même, après tout, que le résumé et le couronnement (4). Moïse, dans ses prescriptions aux Lévites, visait donc le Pentateucjue.

Or, Moïse propo- 5. — Or, i) le fait de confier ce volume, — le livre par excomme uu'm"S cellence, — aux enfants de Lévi, et l'ordre qu'il leur donnait, de le placer aux côtés de l'arche, nous révèlent que Moïse le 1- preuve, rcî^ardait, et voulait qu'on le re2;"ardât, comme un volume ou

prise de iVe^r, XXXI, . . . ^

9, :.'i-2G. rouleau d'écrits sacrés. « C'était, remarque Eichhorn (5), une

coutume générale de l'antiquité, de déposer dans un lieu saint et de remettre, pour ainsi dire, à la garde des dieux... toutes les productions littéraires qu'on attribuait à l'inspiration divine. Gela se pratiquait surtout dans les pays, où les jjrêtres étaient possesseurs et dépositaires-nés de toute science, tels (|ue les Phéniciens, les Egyptiens, les Clialdéens ». 11 en dut être de même chez les Hébreux, qui — plus qu'aucun autre

(i) Coriiely, jiar cxoinplc. Cf. Intvod. (jeu., pp. 4o-4i. (a) Voir ]>liis haut, p. 5.

(3) Cf. Coriitly, Inlrud. spcc. in lib. Vet. TesL^ t. 1, pp. 44-47.

(4) Cf. Cainiiicio Munoz, Manuale isayoïjtcuin, p. ijo. (y) Einleit., t. I, ^3.

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