LES DEUTÉROCANONIQUES EXCLUS PAR LES PHARISIENS
fait occupaient une telle place de choix dans leur littérature relig-ieuse.
..ro"''T;'lutnt 9- — Malgré cette faveur, dont ils jouissaient en vertu des SlTséfpar Josèphe' a^^iques traditions palestiniennes (i), les deutérocanoniques et le Taimud. n'eurcut poiut Ics houncurs du Canon de Josèphe et des Talmudistes.
Notre opinion.
Ostracisme de Josèphe.
Ostracisme des Talmudistes.
Cette exclusion, vraisemblablement systématique, fut l'œuvre du rabbinisme pharisien (2).
10. — i) On ne s'en étonnera pas de la part de Josèphe. Car Fauteur des Antiquités juives se faisait gloire d'appartenir au pharisaïsme, école à laquelle il fut formé dès sa dix-neuvième année (3). Josèphe dut suivre par conséquent, — non sans y mettre beaucoup de réserve et une hésitation manifeste, — les préjugés de sa secte. — 2) En ce qui concerne les Talmudistes notre affirmation ne surprendra pas davantage; car personne n'ignore la prépondérance que le pharisaïsme exerça sur les écoles théologiques, et sur tout le mouvement rehgieux en Israël, non seulement au temps du Christ, mais encore et principalement après la destruction de Jérusalem (4). Alors, en effet, la partie la plus saine du peuple juif se sépara de la synagogue pour embrasser le christianisme ; d'autre part, les sectes des Sadducéens, des Esséniens, des Hérodiens disparurent. Seul le rabbinisme pharisien restait ; il alla s'entêtant de plus en plus dans son étroitesse et son orgueil.
11. — Or, il est avéré que pour les tenants du pharisaïsme toute la période de la dynastie asmonéenne (i64-4o av. J.-C.) était un objet de haine et de mépris. On le voit bien au silence aflFectéque le Taimud garde sur cette époque. Ni les Ghémaras, ni les Midraschim ne disent un niot des glorieux exploits des Machabées. Judas, le plus illustre de ces héros, est à peine nommé dans cette vaste littérature juive, où l'on rencontre pourtant maintes légendes et anecdotes bizarres sur Adam, Abraham, Moïse, David, ainsi que sur nombre de Rabbins, qui n'auraient rien perdu à demeurer davantage dans l'obscurité (5).
(!) Cf. V. Kastèren, loc. cit., p. 58i.
(2) Cf. Pôrtner, Z>ie Autorit. der deuter. Bûcher des A. T., p. 2Q.
(3) Fi/a, 2.
(4) Cf. Montet, Essai sur les origines des partis Saducéen et Pharisien : Edershcim 0» cit chap. xiii-xv. > A'» ^<^*'>
(5) Voir Gaster, The Scroll of the Hasmonseans. — Gomp. l'article de M-r de Harlez dans la Science catholique, T^\). 549, ss., année 1894. , a a ia
Démonstration.
Mépris des Pharisiens pour la période asmonéenne.
98 LKÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
^'del^Pharfsi^tr'* ^^* — Quant aux motifs de cet ostracisme et de ce mépris, on les devine sans peine. « La piété virile et éclairée de Judas et de ses frères n'aura pas fait grand cas des subtilités pharisaïques. Dans leurs doutes, ils préféraient attendre un prophète digne de foi (cf. I Mach., iv, 4^ ', xiv, 40? Plutôt que de consulter les scribes 'pharisiens. Quand Simon, devenu pontife en attendant ce pî^ophète, prit en mains le gouvernement politique du peuple, et surtout quand Aristobule prit le titre de roi, les Pharisiens y virent un attentat aux droits de la maison de David. Du reste, Aristobule comme son prédécesseur Jean Hyrcan, et son successeur Alexandre, avait hérité de l'aversion des premiers Machabées pour les Pharisiens. Tous trois embrassaient ouvertement le parti du sadducéisme, et parfois se livraient à des persécutions sanglantes contre les Pharisiens, persécutions dont Josèphe etleTalmud, — sources pharisiennes, — ont peut-être exagéré la rigueur, mais qu'ils n'ont pas inventées. )) (i)
, 13. — On s'explique maintenant que les Pharisiens de
Conséquences de ^ ^ ^ *■ ^ '^ ^
ce mépris relative- Jérusalcm, ainsi que les rabbins de Tibériade et de Babylone,
ment aux deuléroc ^ *■ ^ ^ .
imbus eux-mêmes des doctrines du pharisaïsme, — aient fait cacher non seulement les livres des Machabées, mais encore toute la littérature juive — grecque ou araméenne — datant de cette époque. Et, afin de dissimuler mieux cet ostracisme de parti pris, on exigea trois conditions pour la canonicité d'un Trois conditions Hyre bibliquc : i) une haute aJitiouité ; — 2) la composition
de canonicile cxi- ^ ' ^ -^ ' ^ •'^
gées par lerabbinis- et la conservation du livre en hébreu (2); — 3) l'étroite con-
nie pharisien. ^ ^ ^ ^ \ / j i
formité du livre à la Loi^ ou mieux aux idées pharisiennes sur la Loi,
Corollaires. 14. — Douc, i) Ic /" ct Ic Ib dcs Machobécs se trouvaient
éliminés, parce qu'ils ne réalisaient ni l'une ni l'autre de ces
\) Les deux II- . • ]•,• -wj , ^, j » i
rrcs rfes Mach. trois contiitions. NVogue reconnaît cependant que le premier livre est né dans le judaïsme, mais « il n'a pas été conservé dans son texte primitif; il est revenu à la synagogue sous une forme étrangère, il lui a été rapporté par des mains profanes,
2) La saocssz tit dès lors il u'a plus une autorité irréfragable » (3). — 2) La
Sagesse fut écartée, surtout parce qu'elle était rédigée en
3) vEccicsiasti- gicc. — 3) Ouaut à V Ecclêsiastifjue, il avait été composé en
que cliininé. 1,1 • • • / ,. • » 1 t /-< \ ». •. 1 ' i
hébreu, mais son origine (ii'- siècle av. J.-C<.) était troj) récente.
(i) Van Kaslorcn, op. cit., p. 5fj3.
(2) Cf. \\'oj^ué, o/>. cil., p. i3.
(3) Op. cit., p. i3.
ÉLIMINATION DES DEUTÉROCANONIQUES 99
D'ailleurs, la plupart de ses doctrines ne cadraient point avec
II,) Judith rejeté, j^g minutics et subtilités des Pharisiens. — 4) Judith « est
un livre plein d'invraisemblances et d'erreurs, ne s'adaptant
bien à aucune époque de l'histoire juive. C'est un apocryphe
du dernier ordre » (i); la troisième condition de canonicité
5) Tobie retranché, lui manquait donc. — 5) Le livre de Tobie avait le tort d'être
écrit en chaldéen, et sous l'inspiration inférieure de la Bat h
6) Les fragments Q^i^ — 5^ L^s fragments à^Esther furent retranchés, soit
aEsiàer suppri- ^ y 1 ^tJ ^ ^
'"^s- par respect pour l'Ecriture, afin que les passages qui rappor-
tent plus manifestement l'intervention miraculeuse de Jéhovah ne fussent point mis, — à la fête des Pui^im, — sous les yeux d'une foule distraite et irrévérencieuse (2) ; soit, plus probablement, parce que ces fragments avaient été remaniés, et
7) Les fragments de n'cxistaicnt olus SOUS Icur formc primitive (3). — 7) Les
Daniel exclus. ^ ^ A ^ ^ ' ^
fraginents de Daniel ont été rejetés, parce que les Talmudistes ne les trouvèrent point en conformité assez étroite avec la Loi; ce qui est surtout vrai pour l'histoire de Suzanne, « qui fourmille d'invraisemblances, observe Wogué, et qui d'ailleurs ne fut jamais écrite en langue biblique » (4). — 8) 8) i?arî<c/< dispa- Quaut au livrc de Baruch. il ne dut disparaître du Canon
ru plus tard du Ca- , . .
non. qu après le iv^ siècle^ époque à laquelle on en perdit le texte
(hébreu) primitif. Il ne réalisait donc plus dès lors la seconde condition de canonicité.
Élimination gra- 15. — Ccttc élimination des deutérocanoniaues du Canoii
ditdlc des dcutcroc*
judéo-palestinien ne se fit pas tout d'un coup, sous l'influence
des doctrines de l'école pharisienne. On commença par les
« cacher )), c'est-à-dire par les soustraire au service liturgique
Procédés des synagogues. Détourné ainsi de la lecture publiaue, le
des rabbins. . .,..|.. ^
livre se trouvait déjà implicitement rejeté du Canon par les docteurs, et en danger de perdre bientôt sa canonicité chez le peuple, — même de tomber dans un complet oubli. Le triomphe des rabbins du pharisaïsme fut de faire accepter, peu à peu, de la masse de la nation, leurs doctrines étroites à cet égard, comme un reste des traditions antiques, soigneusement tenues par eux dans le secret jusque-là.
si?n'fut"décidée'et 16. — Au tcmps de Josèphe et du Christ, les théories prononcée. phansienncs sur le Canon bibhque restreint n'osaient pas en-
(i) Wogué, loc. cit.
(2) On sait que le « rouleau » d'Eslher devait être lu à la solennité des Purim, jour où l'on célébrait la délivrance des Juifs sous Assuérus.
(3) Cf. Wogué, op. cit., pp. 70, 73.
(^)0p. cit., p. 78. — Inutile de faire remarciiier que ces assertions du rabbin français ne sont pas
core s'affirmer au grand jour; elles formaient seulement matière aux disputes d'école. Mais après la ruine de Jérusalem et du Temple, on g-arda moins de réserve, et ces idées furent érigées en système. Nous ne sommes pas éloigné de croire, avec Howorth (i), que le Canon judéo-pharisien des Ecritures, — tel que nous l'avons encore aujourd'hui, — fut officiellement arrêté et clos dans le synode de Jamnia (2), vers Tan 90 Lesynodede après Jésus-Christ. Du rcstc, c'est problablement aussi dans
Jamnia. r 7 1
cette assemblée que le rabbinisme décréta la condamnation des LXX, la publication d'une version grecque plus littérale, exécutée par Aquila, et la fixation d'un texte hébreu officiel, qui devint le texte de la Bible massorétique.
(i) Voir son ouvrage Der Kanon der H. S. (2) Comp. Wogué, op. cit., p. 191.