LE CANON JUDÉO-ALEXANDRIN DE L'ANC TEST
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LEÇON QUATRIÈME Le Canon judéo-alexandrin des livres de l'Ancien Testament.
Les Juifs hellénistes. — Leur Bible grecque différenie de la Bible palestinienne. — Communauté d'idées des deux synagogues sur le caractère sacré, des livres de l'Ancien Testament; témoignages qui l'affirment. — Identité du Canon judéo-alexandrin et du Canon judéo- palestinien. — Différence de pratique entre les deux synagogues par rapport à l'insertion des deutérocanoniques dans le recueil biblique. — Comment l'expliquer.
Origine de la synagogue judéo-alexandrine.
Différence des deux Bibles grecue et hébraïque.
1. — Après la captivité, et surtout depuis les conquêtes d'Alexandre le Grand, la famille d'Israël fut divisée en deux rameaux : les Juifs palestiniens et les Juifs hellénistes. — Les premiers parlaient l'hébreu ou le syro-chaldaïque, et habitaient la Palestine, patrie de leurs ancêtres. — Les seconds parlaient un grec mêlé d hébraïsmes, et vivaient disséminés à travers le monde romain, notamment à Alexandrie, où ils avaient un temple et une colonie florissante (i).
Or, ces Juifs d'Egypte se servaient d'une édition des Ecritures qui, comparée à celle de leurs frères de Jérusalem, présentait une assez notable différence. D'abord les livres qu'elle renfermait étaient plus nombreux; en outre, ils n'y étaient point disposés dans le même ordre.
Hypothèses pour expliquer cette différence.
Notre sentiment.
2. — Cette divergence « a donné lieu à toutes sortes d'hypothèses, chacun s'efforçant de l'interpréter dans le sens le plus favorable à sa théorie particulière sur la formation du Canon. Les protestants ont essayé de prouver que les Juifs hellénistes, tout en se servant des livres en question, ne les regardaient pas comme canoniques, ni môme comme inspirés. Plusieurs catholiques ont soutenu, au contraire, qu'il avait existé un Canon d'Alexandrie plus riche que le Canon hébreu; quelquesuns même ont voulu démontrer que ce Canon plus ample avait été, à un moment donné, vers le commencement de notre ère, celui de tous les Juifs » (2).
Voici notre enseignement ace sujet.
(i) Cf. Josèphe, De be/.I. jud., lib.
cap. 9, n. 7.
(2) Op. cit., p. 61.
II, cap. 18, n. 7 ; lib. VII, cap. 3, n. 3 ; Aniiq. jud., lib. XII,
1" assertion t communauté d'opinion des deux synagogues sur le caractère sacré de tous les livres de l'Ane. Test.
3. — Les Juifs d'Alexandrie ont tenu pour inspirés i) tous lés livres protoganoniquesy ainsi que 2) tous les fragments
DEUTÉROGANONIQUES DE l'AnGIEN TeSTAMENT, ET 3) IL NE PARAIT PAS qu'en GE DERNIER POINT ILS AIENT DIFFERE d'aVIS AVEG LES
Juifs palestiniens.
Impartie de las- ^* — ^^ première partie de cette thèse est reconnue par tout
sertiou admise par Ip rrjOTlHp
tous.
2e partie admise ^^ scconde u'cst contcstéc par personne chez les catholi- SiquS?^'^"^^ ^^^ ques. Quelques critiques protestants, très érudits(i), n'hésitent point non plus à l'admettre.
La vérité en est d'ailleurs assez évidente. Le fait d'avoir inséré les deutérocanoniques dans la version des Septante, de les y avoir confondus avec les protocanoniques du Canon hébréopalcstinien^ de les avoir employés dans la liturgie et dans l'enseignement, à l'égal de ces derniers, prouve bien que les Juifs hellénistes tenaient ces écrits pour divins et sacrés. Ils n'eussent, certainement, jamais traité avec autant d'honneur des compositions profanes.
3» partie contestée.
Démonstration, ■l" preuve indirecte.
5. — La troisième partie de notre assertion demeure pour beaucoup non démontrée. Cependant^ les preuves indirectes que nous apportons à l'appui lui assurent une probabilité voisine de la certitude.
On peut invoquer i) l'invraisemblance qu'il y aurait à admettre un désaccord aussi profond, entre les Juifs d'Alexandrie et ceux de Palestine sur une question religieuse.
Les enfants d'Israël eurent tous la même foi, les mêmes croyances. Sans doute, l'histoire nous apprend que la colonie juive d'Egypte avait bâti à Léontopolis un temple rival de celui de Jérusalem (cf. Antiq.y lib. xii, cap. 9, n.7), de même qu'autrefois les habitants du royaume du nord, à l'instigation de Jéroboam et en dépit des prescriptions mosaïques, avaient élevé des autels sur les hauts lieux (cf. /// liois^ xii, 25-33). Mais, justement, de même que ce dernier fait n'empêcha point les peuples des deux royaumes de vouer aux livres saints un égal respect, ainsi l'érection du temple de Léontopolis (2) ne dut point être non plus un obstacle à l'union des Juifs d'Alexandrie et de Palestine, dans une commune vénération pour les Écritures.
(i) Davidson eiilrr autres, The Canon of the liib., p. i8i.
(•>) Oa ne voit pas d'aillfiirs que ce temple ait déplu si fort aux Jcrosolymitains (cf. // Mach., n . 1-18). La construction do celui ([ue les Samaritains construisirent sur le Garizim froissa bien davantage les Juifs de Judée (cf. Eccli., l, 27, kj).
LE CANON D'ALEXANDRIE ET LE CANON DE JÉRUSALEM io3
Indicés historiques ^- ^ ^^^ ^este •>.) quclqucs indices historiques nous réposiiifs, pris vêlent que cette assertion n'est pas une simple conjecture.
a) di^Pioiogue de ^) ^^^^ g^vons quc, vcrs le ii« siècle av. Jésus-Christ, le
petit-fils de l'auteur de V Ecclésiastique traduisit ce livre de
b) d-Esther. X,, 1; l'hébrcu OU grcc, pour Tusage de ses frères égyptiens. — ô) A
peu près à la même époque, sous Ptolémée Êpiphane d'après les uns, plus probablement sous Ptolémée Philométor d'après d'autres, un prêtre de Jérusalem, nommé Dosithée, apporta aux synagogues d'Alexandrie le livre d'Estàe?' traduit pareillement en grec par un palestinien, qui s'appelait Lysimaque (i). c)àejiMach., gj^fj^ c) uous lisous, II Mac/i„ II, [5, quc les Juifs de Jérusalem se mirent gracieusement a la disposition de ceux d'Egypte, pour leur envoyer les exemplaires des livres saints qu'ils désiraient (2).
Conclusion. ^ous ces indiccs prouvent qu'il n'existait point, entre les
deux communautés israélites, de dissentiment grave par rapport à leur littérature sacrée; conséquemment, si la synagogue d'Alexandrie teaait pour divins, et inspirés, les deutérocanoniques de l'Ancien Testament, il est permis de croire que celle de Jérusalem les avait en pareille estime ; d'autant que, si les Alexandrins recevaient, — comme on le pense communément aujourd'hui (3), — leurs livres religieux de Jérusalem, il est naturel de conclure que de la même source dérivait leur appréciation de ces écrits sacrés (4).
2e assertion : 7. NÉANMOINS LES JuiFS d'AlEXANDRIE n'eURENT PAS UN
les Alexancirins
neurent point un GaNON PROPREMENT DIT DES LIVRES DE l'AnCIEN TeSTAMENT DIS-
Lanon disunct.
tinct du Canon des Juifs de Palestine.
Explication 8. — Ou Sait quc Tiuspiration d'un livre est séparable de sa
préalable. • -. , , , , • .
canonicite ; conséquemment, un écrit pouvait être regardé comme ayant une origine divine, et faire l'objet du respect religieux de chacun dans la synagogue, sans être par là même tenu officiellement pour canonique. Or, bien qu'il soit constant, que les Alexandrins n'établirent jamais de différence essentielle entre les protocanoniques et les deutérocanoniques, sous le rapport de Vinspiraiion, nous ne croyons cependant pas qu'ils aient placé ceux-ci sur un pied d'égalité absolue avec ceux-là, — qu'ils les aient déclarés canoniques au sens strict et formel de ce mot.
(i) Cf. Es/Aer, XI, 5.
(2j Voir ce que nous disons plus bas sur l'origine de la version des lxx.
(3) Cf. Vigoureux, D\tt. de la Bible, t. II, col. 142.
(4) Voir plus haut, pp. g5, ss.,rhisloirc du Canon judéo-palestinien au temps de J.-C. etde Josèphe.
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Preuve prise de l'histoire.