Notre opinion s'appuie sur des témoignages historiques
« L'histoire, en effet, dit Loisy, ne garde pas trace de controverse entre les Juifs de Palestine et ceux d'Egypte, touchant l'étendue de la collection canonique, ce qui serait bien surprenant s'il y avait eu un^dissentiment réel et constaté entre deux communautés qui avaient des relations fréquentes » (i). Ce n'est pourtant pas que les Palestiniens ignorassent l'existence de la Bible grecque, — dite des LXX, — plus complète que la leur. Jésus-Christ et les apôtres la connaissaient, et l'ont citée ; Josèphe s'en est servi également, et il la loue (2). Le Talmud jérosolymitain ne trouve que treize fautes à lui reprocher, et on ne la blâme jamais, parce qu'elle contient plus de livres que le recueil hébreu. Malgré cela, Josèphe et toute la tradition rabbinique ne mentionnent qu'un seul Canon,— le Canon judéo-palestinien. Saint Jérôme et, à Alexandrie, Origène détaillant les livres de l'Ancien Testament, n'énuraèrent non plus que ceux du Canon jérosolymitain.
Conclusion.
10. — J'en conclus que le caractère sacré de tous les livres de la Bible grecque était reconnu en fait par les Juifs des deux synagogues ; mais ni pour les uns, ni pour les autres, la canonicité des deutérocanoniques n'était e?î droit décidée. Le crédit plus considérable dont ces derniers écrits jouissaient, auprès des Juifs hellénistes, n'alla donc pas jusqu'à les rendre absolument égaux en canonicité aux protocanoniques. Ainsi, il n'y eut çuun seul Canon proprement dit pour toutes les synagogues, celui des Juifs palestiniens, « avec une différence de pratique à l'endroit de la httérature religieuse » (3), postérieure aux temps d'Artaxercès. Jérusalem ne crut pas devoir admettre, dans son recueil biblique, ces livres plus récents, tandis qu'Alexandrie les y inséra, sans leur attribuer pourtant une pleine autorité caiionique, attendu qu'il ne paraît pas qu'aucune voix compétente se soit élevée, dans les derniers temps de la société juive, pour en ordonner officiellement la collection.
Comment expli quer celle diirércncc
11. — Cette différence de pratique, entre les deux commudLrsyïagogli'îs?"' nautés israélites d'Alexandrie et de Jérusalem, par rapport à l'insertion des deutérocanoniques, alors qu'on s'entendait de fait sur leur inspiration, surprendra certainement.
(i) 0-p. cit., p. 0/4.
(2) Cf. Ânliq., lib. XII, cap. a, n. i3.
(3) Cf. Loisy, op. cit., p. 05.
DIFFÉRENCE DE PRATIQUE ENTRE ALEXANDRIE ET JERUSALEM ïo5
Explication rationalisle.
Quelques rationalistes essaient de résoudre le problème, en affirmant que « rAncicn Testament, — sauf le livre de la Loi, — n'était pas pour les Juifs un Canon, dans le sens rigoureux du mot » (i), c'est-à-dire un recueil officiel d'écrits, regardés comme la règle de la foi, des mœurs et du culte. — Nous recriiiquc de celte jetons ccttc solution. Nul doutc, assurément, qu'aux yeux des
explication. J ^ ^ .
Juifs la Loi ne fût le livre canonique par excellence, mais les autres livres de la collection hébraïque étaient canoniques aussi, parce qu'ils étaient le complément — doctrinal et historique — de la Tordh,
Enfin, nombre de critiques catholiques (2), pour expliquer la difficulté, supposent que le Canon palestinien renfermait avant Jésus-Christ les mêmes livres que le Canon alexandrin; mais vers la fin du i^^' siècle de notre ère, les Juifs de Jérusalem en auraient retranché plusieurs — les écrits et fragments deutérocanoniques, — tandis que les hellénistes les auraient gardés. — ^''eïïcafioS*"^ Cette supposition est probable et nous ne la condamnons pas. Qu'on nous permette cependant de faire observer qu'elle n'est pas suffisante. L'histoire établit seulement, ce semble, que les synagogues de Palestine, comme celles d'Egypte, vouaient aux deutérocanoniques un respect religieux, mais non pas qu'elles leur reconnaissaient, à tous du moins, une pleine autorité normative ou canonique.
Explication de quelques catholi ques.
Notre réponse.