‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 57 sur 251 · VAINS ECCLÉSIASTIQUES NE FONT POINT DE DISTINCTION ENTRE LES · texte numérisé non relu

VAINS ECCLÉSIASTIQUES NE FONT POINT DE DISTINCTION ENTRE LES

LIVRES PROTOCANONIQUES ET DEUTÉROCANONIQUES DE l'AnCIEN

Testament; ils les citent d'après la version des Septante et

LEUR attribuent A TOUS UNE ÉGALE AUTORITÉ BASÉE SUR UNE ÉGALE INSPIRATION

C'est à peu près en ces termes qu'un critique rationaliste, Ed. Reuss (2), résume l'histoire du Canon de l'Ancien Testament à l'époque qui nous occupe. Sa formule est exacte.

1) Le Canon k la AQ j\ Eu cffct, sur Ic décHu du ii« sièclc, nous trouvons

/în du ii« sièoie, *w / 7 ^ ^

que la foi des principales communautés chrétiennes a 1 autorité divine de tous les livres de la Bible des Septante, loin de diminuer, va s'accentuant davantage.

(i) Voir les citations dans Funk, Opéra Pairum apostolic.,i. I, pp. 5C4, ss- (2) Histoire du Canon, p. 99- .

pTsan/'^^^'''^" ^) Saint Justin (120-166) — qui représente l'Église de Palestine — n'ig-norait pas qu'il existait une différence, 'quant au nombre des livres, entre la Bible des Juifs palestiniens et celle des Juifs alexandrins (cf. DiaL cum Trjyp/i., n. 71).

Néanmoins il approuve cette dernière (cf. lôid,). Toutefois il ne cite aucun livre, ni aucun frag-ment deutérocanonique^ sauf peut-être Dan., ni, 24, ss. (i). Saint Justin, du reste, n'eut guère occasion d'alléguer les deutérocanoniqucs; il déclare même, dans son Dialogue avec le Juif Tryphon, ne vouloir employer que les Écritures du Canon hébreu (2).

JoXuTs^'''- . 11- - ^)- Athénagore (| 177) et saint Théophile d'An-

tioche (f 186), — qui représentent l'Eglise grecque en gêné-

Athenagore, j.^^]^ — ^^^^ ^^-j^ j^^ cmprunts aux dcutérocanoniqucs. Le pre-

s. Théophile d'An- ïi^î^r cite Bapuch (m, 36) (3), et le range parmi les pro-

*'°^^®' phètes (4). Le second use d'expressions (5), qui reflètent

visiblement certains passages de Baruch (m, i5, 24, 25, 38),

de la Sagesse (x, i, sq.; xiv, 3), de V Ecclésiastique

(i, I, 3, 9; XV, 20; XVII, i-ii) (6).

ée\ioml èTd^ocS 12. — Enfin, c) l'auteur du fragment de Muratori, — qui ^^^^' est censé représenter les traditions des Éghses de Rome et

d'Occident, — range positivement la Sagesse parmi les livres le fragment de sacrés admis par tous au 11^ siècle (7). Ce n'est qu'incidemment Muratori. ^^>-j ^^^ ^^:^^ mcutiou dc cc dcutérocanonique dans la partie du

fragment qui nous reste, et qui concerne le Nouveau Testament. Mais il est probable que tous les livres de la première alliance étaient énumérés dans l'autre partie, qui comprenait l'Ancien Testament et que nous n'avons plus.

///= siècb,'^"^" "" 13. — 2). Pendant le m® siècle, l'accord se fait partout et manifestement sur l'autorité divine du contenu intégral de la Bible des LXX.

En efFet, a) c'est dans cette version, ou dans les versions

gUémi] '^'^®^^ qui cu dépendent (italique, éthiopienne, slave, etc.), que l'Eglise garda et lut publiquement alors les Ecritures. Or, cet usage — presque universel — de produire dans la liturgie

(i)Cf. Apolog,, I, n. /»G. — Voir Yiiiccnzi, op. cit., pars i, i^i». i32-i34.

(2) Cf. Loisy, op. cit., p. 72.

(3) Légat, pro Christian., n. 9.

(/() Cf. Vincciizi, op. cit., pars 1, p. i36.

(5) Ad Autolyc, lib. II, n. 23.

(0) Cf. Vliicciizi, op. cit., pars i,p. 117.

(7) Voir le texte de ce fragment dans Gorncly, op. cit., p. 184, lit|;ncs Qnj cl 70.

LE CANON DE L'ANC. TEST. AU Illo SIÈCLE

et dans renseig-ncment catéchétiqiie les deutérocanoniques parallèlement avec les protocanoniqiies, est, de fait, une consécration authentique des traditions des apôtres, relatives à Torigine divine et à Tautorité de ces livres sacrés (i).

b) dans l'Église grecque ; (Clément, Origène)

c) dans l'Église latine;

Tertullien,

s. Cyprien.

Remarque.

Conclusion.

14. — b) Dans l'Eglise grecque. Clément d'Alexandrie (f 200) et Orig-èné (f 2 54), pour ne parler que d'eux, citent volontiers et souvent les deutérocanoniques, sans laisser entendre jamais (2) qu'il y ait entre eux et les autres livres de l'ancienne Loi aucune différence essentielle (3).

c) Dans l'Eglise latine, les Pères, et notamment Tertullien et saint Cyprien (4) en Afrique, agissent de même. Tertullien a fait des emprunts à tous les deutérocanoniques, sauf à Toôie et aux fragments à'Esther. Saint Cyprien se sert également de tous les deutérocanoniques, Judith excepté. Or, le témoignage de ces deux Africains a une grande valeur; d'abord, parce qu'il est formel et à peu près adéquat; ensuite, parce qu'il représente non seulement les traditions d'une Église presque aussi célèbre que celle d'Alexandrie, la plus docte des Eglises d'Orient, mais encore, selon toute vraisemblance, les traditions d'Italie et de Rome; enfin, parce que. ces deux Pères usaient d'une version latine des Écritures qui contenait sans distinction les protocanoniques et les deutérocanoniques, regardés d'ailleurs par tous, dans l'Occident latin, comme égaux en inspiration et en autorité (5). Il y a donc lieu de croire que dès le ni® siècle l'Église d'Afrique possédait un Canon complet et arrêté de l'Ancien Testament.

1" Objeclion.

Le Canon de s.

liton.

Mé-

Réponse.

15. — On objecte le témoignage de saint Méliton, évêque de Sardes , dans la dernière moitié du 11® siècle. Ce Père, — d'après une lettre que nous a conservée Eusèbe (6), — paraît n'avoir connu et admis que le seul Canon palestinien. La liste qu'il donne des écrits de l'Ancien Testament ne renferme point, en effet, les deutérocanoniques ; il y a plus, le livre à^Esther est aussi oublié. — La réponse est facile. Saint Méliton a voulu, dans le catalogue en question, indiquer uni-

(i) Cf, . Franzelin, op. ci^., pp. 423-424, éd. 1883.

(2) Plusieurs s'étonnent que dans le seul passage de ses œuvres où il dresse le catalo^'ue de l'Ancien Testament (cf. Exposit. in Ps. I), Origène ne reproduit que le Canon hébreu (cf. Loisy, op. cit-t p. 65). Mais on ne ])rendpas suffisamment garde que le célèbre Alexandrin entend précisément nous donner là le Canon des Juifs palestiniens, où les deutérocanoniques ne se trouvaient pas : w; 'Eêûa'oi uapa^i^o'aaiv, dit-il.

(3) Voir des citations dans Vincenzî, op. Ci7., pars 1, pp. 85-98.

(4) Cf. Vincenzi, ojo. cit., pars i, pp. 63-70.

(5) Cf. Loisy, op. cit., pp. 77-78.

(6) llistor. eccles., lib. IV, cap. 26.

LE(^;ONS d'int. — 8

quemenl les sources des arg-uments efficaces à faire valoir con- Ire les Juifs. Aussi bien déclare-t-il expressément qu'il est allé en Palestine pour y copier le Canon des Écritures, tel que la synag-og-ue l'admettait (i). — Quant à l'omission à'Esther, elle s'explique par ce fait que les rabbins, dont saint Méliton prit conseil, s'étaient déjà prononcés contre la canonicité de ce livre, tel qu'il leur était alors présenté, c'est-à-dire dans la recension grecque (2). — Ajoutons que l'évéque de Sardes range positivement, ailleurs, parmi les livres inspirés, les deutérocanoniques Tobie^ Esther^ Sayesse et Daruch (3).

*? Objection.

16. — On objecte encore, — pour diminuer la valeur des témoignages patrisliques en faveur du Canon, — que les Pères crlj^/ï'cs.^' ^^^ ^^^'^' cilaient indifféremment et sans critique les livres saints et plusieurs apocryphes. Saint Justin, par exemple, a cité \ Ascension d'Isaie (4) ; TertuUien (5) et l'auteur de l'épître de saint Barnabe (6) ont cité le livre à'Hénoch, Clément d'Alexandrie, saint Théophile d'Antioche, Origène ont agi de même. — iiéponse. Voici uotrc réponse. Il est certain que plusieurs Pères se sont servis des livres apocryphes, comme ils se servaient des livres inspirés, pour se réclamer de leur autorité. En cela leur bonne foi et leur critique ont pu être surprises. Mais il faut bien observer qu'ils ne leur reconnaissaient pas absolument le même crédit qu'aux livres canoniques. Origène, notamment, les distingue avec soin des livres sacrés, et il en parle comme d'écrits que tout le monde n'admettait pas (7). TertuUien fait un aveu semblable relativement au livre à'Hénoch. — En tout cas, l'opinion avantageuse que tel Père avait d'un livre apocryphe déterminé demeurait une opinion jmrticulière, personnelle, et ne représentait certainement point la tradition générale des Églises. Aucun apocryphe n'a été universellement reçu ni employé, dans la lecture publique, avec les livres du Canon (8).

(1) Cl". Franzclin, 07). ci7., pp. 445-447.

(2) Voir ce que nous avons dit ])lushaut, section ii', 2epai'tic, lc(;on iii^ n. i3 cl i4« — Comp. Franzclin, o-p. cit., p. 389, note 2; \). 446, note 1.

(3) Voir Spic'deçjium Solismense, t. II, pp. 10, Go, O7, etc.

(4) Dialog. cum Tryp/i., n. 120.

(5) De idoL, 4; ^e cultufeni., \, 3.

(G) Episl. Barnab.y iv, 3; xvi, G.

(7) In Joan.yi. II, 26.

(8) Voir aussi la réponse ad hominem faite au rationalisino par D. Massuet dans sa Pisserlalio prœv.in s. Iven. libvos^Ml, i, 4> dans Miijne, Patr. (jvœc., t. Vil, col. 248.

LEÇON DEUXIÈME

Le Canon de l'Ancien Testament dans l'Église chrétienne, depuis le IV» siècle jusqu'au VP.

Les Canons bibliciues dans l'Église latine aux iVet v® siècles. — Énumération de ces différents Canons, leur patrie et leurs auteurs. — Les livres saints dans l'Eglise grecque, et dansil'Eglise syrienne. — Les premières controverses l'eiatives au Canon de l'Ancien Testament, soit dans l'Eglise orientale, soit

. dans l'Église occidentale. — Ces controverses ne portent pas généralement sur l'inspiration des deutérocanoniques.

1" assertion: .j[ ^ ^U jyG SIECLE, ET VERS LE COMMENCEMENT DU V®, APPA-

les Canons de ' ^ ^

\à^?- w^^' ^^^l RAISSENT PARTOUT DANS l'EgLLSE LATINE, SINON ENCORE DANS

1 Eglise lat. aux i\° , '

etve siècles. l'EgLISE GRECQUE, DES GaNONS OFFICIELS ÉNUMÉRANT, COMME

INSPIRÉS, TOUS LES LIVRES ENTIERS DE l'AnCIEN TeSTAMENT QUE CONTIENT LA BiBLE DES SePTANTE.

Remarque préliminaire.

2. — Il importe d'établir ici une différence entre FÉglise latine et l'Eglise grecque. S'il est constant, en effet, que la première eut^ dès le iv^ siècle, un Canon des Écritures plus complet que le Canon palestinien, il n'est pas démontré évidemment que la seconde en ait eu un pareil à la même époque. Toutefois, nous ne sommes point éloigné de croire que le concile de Nicée, en 325, promulgua dans un décret disciplinaire une liste des saints livres, conforme à celle que le concile de Trente arrêta plus tard dogynatiquement . Telle est, du moins^ l'opinion de quelques savants critiques (i), mais d'autres sont d'un avis contraire (2) ; en conséquence la question demeure non résolue.

a) Le Canon de s. Daniase.

3. — Que l'Église latine, — ■ au iv® siècle et dans les premières années du v^, — ■ ait possédé des Canons complets de l'Ancien Testament, nous ne pouvons en douter.

a). Le premier de ces Canons bibliques appartient à l'Église

(i) Cf. Malou, op.cï'/., t. II, pp. ii4-i3o; Cornely, op. ct7., pp. 89-92; etc. (2) Loisy, par exemple, op. cù.,p. 118, note i.

ii6

b) Le Canon de s. Innocent.

c) Les Canons des conciles d'Afrique.

d) Le Canon de s.

Augustin.

romaine elle-même (i), et doit être attribué, d'après Thiel (2), au pape saint Damase (366-384). Or, ce Canon comprend tous les livres — les deutérocanoniques non exceptés — de Tancienne alliance. La liste débute par cette introduction sig-nificative : « Maintenant il faut dire, au sujet des Ecritures divines^ce que reçoit V Eglise catholique universel le, ticQf\\x't\\Q doit éviter ».

b) On reconnaît aujourd'hui que ce Canon de saint Damase est celui-là môme dont saint Innocent P'" envoya une copie, vers l'an 4o5, à l'évêque de Toulouse, saint Exupère (3).

c) D'autres Canons complets admis par l'Eg-lise latine au iv^ siècle parurent en Afrique. Le concile d'Hippone en 393, et les conciles de Carthag-e en 397 et en 419, les publièrent (4).

d) Saint Augustin, lui aussi (5), nous fournit une liste des Ecritures, qu'il regardait et proposait aux fidèles, comme canoniques et sacrées.

Deux remarques.

Conclusion.

4. — Or, il est manifeste que tous ces Canons des Eglises d'Afrique, également complets, renferment les protocanoniques et les deutérocanoniques de l'Ancien Testament ; ils ne diffèrent que dans l'arrangement de certaines parties.

En outre, le critérium de canonicité ne fut pas absolument le même pour les Pères des conciles africains, que pour l'évêque d'Hippone. Celui-ci s'en rapporte exclusivement, ce semble, à l'autorité de l'Eglise; donc, pour lui, tout écrit que l'Eglise reçoit comme inspiré est canoniqne^ abstraction faite de sa provenance et des circonstances de sa conservation (6). Ceux-là paraissent se baser de préférence sur l'usage traditionnel et public de l'ouvrage ; ainsi la lecture ecclésiastique et de temps immémorial d'un livre de l'Ecriture est selon eux un garant de sa canonicité.

A bien prendre, ces deux critériums s'identifient, car ils tirent l'un et l'autre leur efficacité du même principe, savoir que l'Eglise, éclairée et conduite par l'Esprit-Saint, est infaillible dans sa pratique comme dans sa foi.

(i) Voir la (iccrclalcî De recipiêndis el ?i07i 7'ecipie7idis libris, âansThid,Epistotœ nom. pont.

(a; Cf Tliicl, op.cil.,\K .%.

(3) Cf. Maiisi, CondL, t. II, pp, lo/jo-io^i. — Vinouroux ponse (jue c'est encore en partie ce même ('aiion (le TlCu'lise romaine que Mommsen a (K'converl récemment (188')) en Ang;leterre, ilans un niiniiscril du x« siècle. (U", Diction, de la ïithle, t. I, col. i5i-i55.

(/j) Voiries textes dans Zseliokke, o/;.- ci/., p}). 372-373.

(o) De doct. christ., lib. II, cap. 8.

(G) Cf. Auij. loc. cit. ; vont. Faust., xi, 5.

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