LE CANON DE L'ANC. TEST. EN ORIENT AUX IV ET V* SIÈCLES
Les Églises d'Orient, au iv° siècle et au v'', pro-
2« assertion : K^
la foi des Églises
(l'Oiienl aux IV FESSERENT PRiteTIOUEMENT LA MEME FOI OUE l'ÉgLISE LATINE A
et V s. louchant ~ • *'
rautorité des livres l'qRIGINE ET A l'aUTORITÉ DIVINE DE TOUS LES LIVRES, SANS
qe l Aijc. lest. "
"* EN EXCEPTER LES DEUTÉROGANONIQUES, — DE l'aNCîENNE AL^ LIANGE.
1) L'Église grecque.
Les mss.
Confirmaiur.
6. — i). La foi de V Église grecque nous est attestée par les manustrits grecs de la Bible des LXX, qui datent de cette époque. On en compte quatre : le Vaticanus (iv^ s.), le Sinnïticus (iv® s.), le Codex Ephremi (v® s.), et VAlexandrinus (v® s.). Or, tous les quatre contiennent, au moins par fragments (i), les deutérocanoniques entremêlés avec les proto~ canoniques. Ce fait prouve donc que l'Eglise grecque n'admettait aucuiie différence, sous le rapport de l'inspiration et de l'autorité, entre les livres du Canon palestinien et ceux du Canon alexandrin (:^. — C'est, du reste, ce que les protestants sincères reconnaissent. « Patres grœci illius œtatis, dit Mûnscher (3), libros illos qui secundum eorum catalogos non sunt canonici, non tantum interdum allegant, sed ita allegant, ut inter illos et inter Scripturas divinas differentia nulla relinquatur».
2) Les Églises d'Abyssinie et d'Arménie.
a) La version éthiopienne.
b) La version arménienne.
7. — 2). La foi des communautés chrétiennes à'Abyssinie et à^ Arménie nous est attestée par les versions des livres saints qui parurent alors. — Ainsi la version éthiopienne^ qui remonte au iv® ou au v^ siècle, et qui fut composée sur le grec, contient tous les deutérocanoniques de l'Ancien Testament (4). Elle renferme aussi, il est vrai, de nombreux apocryphes, mais ces derniers ne jouissaient pas à l'origine du même crédit, car l'Eglise d'Abyssinie, comme celle d'Alexandrie sa métropole, savait certainement distinguer les apocryphes des livres canoniques, au temps où toutes deux faisaient partie de l'Église catholique (5). — La version arménienne, qui
(1) Cf. Cornely, op. cit., p. 96.
(2) On objectera peut-être ici que le Vaticanus, \e Sinaïticus, tiVAlexandrinus renferment également quelques apocryphes (cf . Loisy, op. cit., p. gi).Nous répondrons que la présence des apocryphes dans plusieurs mss. des iv« et v^ siècles, s'explique assez par l'usage que les fidèles faisaient de ces livres pour leur édification personnelle. Mais on sait, d'ailleurs, que l'autorité ecclésiastique et les Pères ne mirent jamais ces sortes d'écrits sur le même pied que les livres deutérocanoniques. Dans nos éditions de la Vulgate, nous conservons bien aussi les 111* et IV« livres d'Esdras, sans avoir la prétention de les assimiler aux autres livres de l'Écriture.
(3) Dans son Handbuch der Dogmenqesch., 111.
(4) Nos deux livres des Mac/môees' n"y sont plus aujourd'hui
(5) Cf. Loisy, op. cil., p. 94.
a connu et cité a) Tobie,
ii8 LEÇONS D'INTRODUCTION GENERALE
date du v® siècle, présente également tous les deutérocanoniques de rancienne alliance. •
3) L'Église 3. — Enfin, 3) la foi des E^-lises s?/?nennes nous est connue
syrienne. ' ^ , ^ "
, par les œuvres de saint Ephrem. Ce Père « cite indistinctement
s. Ephrem. ^ *■
les livres du Canon hébreu et ceux qui sont en dehors. Nulle part, il ne met une différence entre eux; il les cite sous les mêmes formules : « Il est écrit, » « l'Ecriture dit, » « Dieu dit », etc. (i).
9. — Néanmoins saint Ephrem produit tels livres deutérocanoniques plus souvent que d'autres, soit parce qu'il les connaissait mieux, soit parce qu'ils offraient des textes plus appropriés à son sujet.
f.e diacre d'Édesse a) Il uc fait quc trois cmpruuts aux livres de Tobie, mais assez souvent, parmi les exemples de patience, il cite l'exemple de Tobie. Ces simples aimsions prouvent évidemment que le livre de Tobie n'était pas inconnu du diacre d'Edesse, mais elles n'établissent peut-être pas rig-oureusement à elles seules que le saint docteur tenait cet écrit pour canonique. h) Judith, f)^ Par deux fois, dans son Commentaire sur Ezéchiel, saint
Ephrem fait allusion à l'histoire de Judith. Une trouvait guère, dans ce livre, de textes appropriés à ses traités dogmatiques ou à ses exhortations morales.
c) les Machahées c) Saint Ephrem a beaucoup plus souvent recours aux livres des Machabées. Il les cite, comme il cite les Juges, les Rois et les autres livres saints. Il laisse même clairement entendre que les Machabées étaient lus publiquement dans les assemblées chrétiennes ; or, on ne lisait pas les apocryphes : Ecclesia nescit apocrypha ; on ne lisait que les livres inspirés et regardés comme tels. La foi de saint Ephrem à la divinité des deux livres des Machabées est donc évidente. ^) la snoei^sscçi cl) Ouaut à la Saqcsse et à V Ecclésiastique, il les tenait sû-
1 Lcclcsiastif/HP, ^ ^ ^ ^ ^ \ [
rement pour divins l'un et l'autre, car les citations qu'il en fait,
sont introduites par les mots : sicut scriptum est, — formule
que saint Ephrem emploie d'ordinaire, lorsqu'il cite l'Ecriture
sainte.
e) Raruch, ^) Daus son Scrmou pour le jour des Rameaux, le diacre
d'Edesse invoque l'autorité de Baruch contre les Juifs, et il
cite ce prophète (iv, 1 1, 19).
/•) les fragments /) Enfin saiut Ephrcm counaissait certainement les frag-
Van/el ^ mcuts à' Estlicr et de Daniel. On trouve dans ses œuvres des
(i) Mgr L{\my,r Exégèse en Orientait ÎV* siècle, dans la Revue biblique, p. i3, année iSqvI.
LES PREMIERES CONTROVERSES AU IV» Sn>CLE 119
allusions fréquentes ù rhistoirc de Suzanne, à l'histoire de Bel et du drag-on, à la visite que fit Ilabacuc à Daniel (i).
Le saint docteur possédait donc traduits en syriaque tousles livres et fragments deutérocanoniques de l'Ancien Testament; il n'admettait aucune différence entre les uns et les autres sous le rapport de l'autorité.
Les^coSver "es re- ^O' — Malgré Ics catalogucs complcts de TAncien TestapSVie?^"r ^^^^ q"^ ^^t paraître le iv^ siècle, nous rencontrons a cette
MÊME ÉPOQUE POUR LA PREMItZRE FOIS, CHEZ QUELQUES PÈRES OU ÉCRIVAINS, TANT DE l'EgLISE ORIENTALE QUE DE l'ÉgLISE OCCIDENTALE, DES DECLARATIONS FORMELLEMENT DEFAVORABLES AUX DEUTÉROCANONIQUES, MAIS QUI NE VONT CEPENDANT POINT
SINON PEUT-ETRE CELLE DE SAINT JÉRÔME, JUSQu'a NIER
l'origine divine de ces LIVRES.
Cette thèse soulève trois questions de fait, et une question de principe,
i„ fait, 11- — Il est de fait, i), — nous l'avons démontré, — que
pe7idant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, V autorité des deutérocanoniques ne fut jamais sérieusement mise en doute. Non seulement les écrivains de cette époque citent ces livres comme des livres sacrés, mais il les insèrent dans leur Bible officielle, et les y confondent avec les protocanoniques (2). Ce qui est d'autant plus significatif, observe justement Franzelin(3), que ces Pères n'étaient pas sans savoir qu'une divergence notable existait entre le recueil biblique palestinien, et celui dont se servait l'Église chrétienne (4). Us font seulement cette réserve très sage, que, dans la discussion avec les Juifs, le polémiste ne devra emprunter ses raisons et ses preuves qu'aux livres du Canon reconnu par Israël.
2e fait, 12. — Mais il est de fait aussi 2) qu'au iv^ siècle les té-
moignages nettement défavorables aux deutérocanoniques commencent à se produire, surtout en Orient bien plus encore qu'en Occident, Controverses dans Daus l'Église oricutalc uous reucoutrons rt) saint Athanase ^^f)^S. kiilnlil'^.' (29C-373), évéque d'Alexandrie, qui exclut positivement du
(i) Pour plus de développements, voir Mgr Lamy, loc. cit., pp. 13-17.
(2) Cf. Vincenzi, op. cit., parsi, pp. 2, 5,sqq.
(3) Op. d/.,p. 444.
(4) Cf. Origène, Epist. ad Afric, n^ fi,5.
i«o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
Canon les deutérocanoniques (i),sauf Barucli qu'il rattache JcnlaL!^^''"'' "^^ »u ïivre de Jérémie (2) ; — h) saint Cyrille de Jérusalem (f 386), qui les élimine également en* bloc (là Sa XoiTuà ^ràvia), les deutérocanoniques. Cf. Catech., iv, 33), invoquant pour cela non plus l'autorité de la synag-ogue, mais bien la tra-
^) ^deS?*""^ dition apostolique (-3); — c) saint Grégoire de Nazianze (328- 389) et son ami, saint Ampliiloque d'Iconium, qui n'admettent point d'autres livres scripluraires que les vingt-deux li-
rf) s. Épiphane. yj^gg {Estliev uou compris) du recueil palestinien (4); — d) saint Epiphane (f 4o3), qui, après avoir énuméré les seuls livres (protocanoniques) de la Bible juive, ajoute: a Quant à la Sagesse de Salomon et au livre de Jésus de Sirach (V Ecclésiastique), bien qu'ils soient utiles et de grand profit, ils ne
c)Ld 60« canon ^ g^j^|^ p^g comptés avcc Ics livrcs susdits » (5) ; — enfm, e) le
du concile de LaO' dicée.
60^ canon du concile provincial de Laodicée (363?) présente un catalogue des Ecritures semblable à celui de saint Cyrille de Jérusalem; or, ce canon dont l'authenticité à été contestée (6), reflète l'opinion d'une fraction notable de l'Eglise grecque vers le commencement du v^ siècle.
ilv^scoSenfa/e' 13. — Dans l'ÉgHsc d'Occidcut, nous rencontrons également quelques écrivains défavorables aux deutérocanoniques.
fi) s.iiiiaire. ç, ^^^ ^^ ^^^j^^ Hilairc de Poitiers (f 367), qui semble établir
une distinction entre les vingt-deux livres du Canon juif et les autres livres du Canon alexandrin, notamment Tobie et Judith : Quibusdam visum est, additis Tobià et Judith, 24 i) Kufin. libros... enumerare{^'). — C'est b) Rufm ( f 4io), prêtre d'Aquilée, qui, s'autorisant de la tradition des anciens, ramène comme les Juifs à vingt-deux seulement les livres canoniques de l'ancienne alliance (8). Quant aux deutérocanoniques, il les désigne sous le nom de livres ecclésiastiques (9). — Enfin, c) s. Jérôme. ^^ ^y^^^ sdiiui Jérôme, qui, bien plus explicitement que saint Hilaire et Rufin, exclut aussi du Canon les deutérocanoni-
(i) Il omet môme le livre d'Esther (protocanonique). Sur cette omissiou, voir Loisy, op. ctV., pp. 99-100.
(a) Epist. fesliv., 29. — Voir le texte dans Cornely, op. cil., pp. 99-100.
(3) Cf. Cotech ,iv, 33,35,36.— Saint Cyrille joig:nail cependant Z^a/'Mc/i à la prophétie de Jérémie.
(4) Cf. Carm., I, 12.
(5) De pond, et mens.f 33-23.
(OJ Cf. Cornely, op. cit., p. 107.
(7) Pro/og. in psal.
(8) Unfiiî ;i(liMctt;iit pourtant comme canoniques les frae:me.nls de Daniel c\ û'Eslher, Baruch et VÉpitre dr. Jérémie. Cf. Apol., n, 33; Expos, in sj/m., v, 3r)-38.
(9/ Comm. in si/mb. apost., 30-38.