‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 71 sur 251 · LE CANON DE L'ANC. TEST. CHEZ LES I>ROTEST. AUX XVII« ET XVIII» S · texte numérisé non relu

LE CANON DE L'ANC. TEST. CHEZ LES I>ROTEST. AUX XVII« ET XVIII» S

plus conservateurs, puisqu'ils ont maintenu les « apocryphes » jusque dans ces dernières années; celui des calvinistes, moins favorables et poussant davantage à la suppression (i) ; enfin celui des anglicans et des] presbytériens, qui devinrent très hostiles.

Le Canon chez les protestants au xvii" s.

Le synode de Ûordrecht.

Les presbytériens.

Remarque,

Le Canon de l'A ne .

Test, chez les protestants au RV1118 s.

Holla2

Semler.

7 . — Au xvii^ siècle, la question de retrancher les deutérocanoniques des éditions de la Bible fut agitée dans le synode de Dordrecht (16 18), où se trouvaient réunis les représentants de toutes les églises réformées. Malgré les efforts des calvinistes, — et en particulier du fameux Gomar de Leyde,

— on décida de conserver les « apocryphes », qui seraient placés toutefois à un rang inférieur, et cotés comme livres d'origine humaine (2).

Les presbytériens d'Angleterre et d'Ecosse suivirent assez communément les décisions de Dordrecht. Quelques années plus tard, en i643, le synode de Westminster émit le vœu que les « apocryphes » (de l'Ancien Testament) ne fissent plus en aucune manière partie du Canon, et qu'on ne les employât plus désormais dans l'Église qu'à titre de livres profanes » (3) .

— Nous devons remarquer que l'Eglise anglicane ne se départit néanmoins pas de l'ancienne coutume ; elle g-arda les deutérocanoniques, durant le cours des xvi% xvii^ et xviir siècles, dans ses éditions officielles de la Bible, et plus de cent ans après le schisme d'Henri VIII, en 1661, sa liturg-ie offrait encore des fragments empruntés à ces livres (4).

8. — Pendant le xviip siècle, l'attitude du protestantisme vis'à-vis des « apocryphes » ne se modifia pas sensiblement. Le luthérien Hollaz (17 13) disait de ces écrits: In codice sunt, non in canone, — Mais déjà le protestantisme incHnait au rationalisme. Vers i77i,Semler publia son « libre examen » de la question du Canon (5). D'après lui, le Canon était simplement le catalogue des livres qu'on lisait dans l'ancienne Église pour l'édification du peuple, et la canonicité de chaque livre dépendait de son utilité pratique. Semler aurait voulu retrancher du Canon Esther, Judith et V Apocalypse, parce que ces livres ne répondaient pas à son idéal de moralité (6).

(i) Cf. Re^iss , Histoire du Canon, p. 38o.

{2, Acta Synodi Dordrecht., sess. viu-x. Gf Reuss, op. cit., p. 33i.

(3) Confess. Westm., chap. I, sect, 3.

(4) Cf. Malou, op. cit., t. II, pp. 178-179.

(5) Abliandlung von freier Untersiichung des Kanon

(6) Sur les théories de Semler relatives au Canon de l'Écriture, voir Reuss, op. cit., pp. 4i3-4a6.

Corrodi.

Son disciple Corrodi (1793) émit des opinions semblables. C'était le rationalisme qui abordait la question du Canon, et qui supprimait pour commencer la canonicité (i). Tous les livres inspirés sans distinction allaient avoir le même sort.

Le Canon chez les protestants au xix«s.

Les sociétés bibliques.

Les luthériens d'Allemagne.

9. — Au xix<^ siècle, les deutérocanoniques furent pris à partie avec plus d'hostilité que jamais. C'est d'Angleterre que vint l'attaque. Dès 1812, les sociétés bibliques de ce pays préparèrent le terrain pour amener la suppression définitive des (( apocryphes ». Cette suppression fut décidée, en 1826, dans une assemblée g^énérale tenue à Londres, et sur les instances des presbytériens d'Ecosse.

Cet acte de proscription fut désapprouvé par les autres sociétés bibliques du continent, notamment par celles de Strasbourg-, de Berlin, de Stockholm, de Saint-Pétersbourg et de Paris. A cette occasion, Reuss publia (1829) sa dissertation en faveur du maintien des « apocryphes ».

Les luthériens d'Allemagne firent écho à cette protestation, et leurs théologiens se distinguèrent entre tous par leurs opinions conservatrices. Même lorsque la controverse se ranima, vers i85o^ nous voyons encore Stier et Hengstenberg défendre les vieilles traditions du xvp siècle (2), et jusqu'à nos jours les sociétés bibliques de cette communion ont tenu à garder l'usage des deutérocanoniques de l'Ancien Testament. Quant aux autres sectes protestantes, elles ont fini par suivre l'exemple de la société biblique de Londres, et maintenant l'on ne distribue plus guère au sein des églises prétendues rc^formées que des Bibles incomplètes, d'où les « apocryphes » sont absents.

Ainsi, le libre examen aboutissait au rationalisme, et ébranlait les bases mêmes de la religion chrétienne.

Passons aux sectes dissidentes orientales.

Le Canon del'Anc.

Test, chez les sectes dissidentes orientales.

10. — Parmi les plus anciennes nous devons mentionner i) celle des Chaldéens nestoriens (v^ siècle); — 2) celle des Monophysites, appelés aussi Jacobites syriens (vig siècle) (3) ; — 3) celle des Abyssins d'Ethiopie, des Arméniens et des Coptes (vi'" siècle), tous partisans des doctrines d'Eutychès.

(i) Loisy, op. cil., \k 25^.

(2) (If. Micr, />ie Apocrj/plien; IIimi'j,sI('ii1)(mv. Far lieibeliallung der Apocryphen.

(3) En souvenir de Jac(iues,(jvè(iue d" Ali'sso.(iiii ortianisa la socle.

LE CANON DE L'ANC. TEST. CHEZ LES SECTES ORIENT. DISSIDENTES i5o

i) Chez jes Nesto- H . — Of, il cst avéré i) que les Nestoriens ont toujours eu un Canon de l'Ancien Testament conforme à celui du concile de Trente. Le catalogue d'Ébed Jesu (f 1 3 18), métropolitain de Nisibe, renfermait encore au xive siècle tous les protocanoniques et deutérocanoniques, sauf les deux livres des Machabées et le livre de Tobie qui, au témoig-nage d'Assemani(i), n'en étaient pas moins regardés par les Nestoriens comme sacrés. 11 est vrai que Ébed Jesu mentionne aussi certains écrits apocryphes, qu'il ajoute aux livres inspirés dans son Canon des Écritures; mais on aurait" tort de croire qu'il leur accordait la même valeur et autorité qu'à ces derniers (2).

2) Chez les Jacobites a r\ 1\ ± > t \ iti* • -.

syriens. 1-^- — H est avcrc, 1) que les Jacobites syriens ont égale-

ment reconnu toujours Pautorité des deutérocanoniques ; la version de Paul de Telia (6 1 6) en témoigne (3) . Jacques d'Édesse (t 708) et Bar-hébraeus (f 1286) admettaient, comme livres d'Écriture, Baruch, la Sagesse, Judith, Y Ecclésiastique, et les fragments de Daniel (4).

3) Chez les chrétiens >■«-» ti a a* o\ i i»* nii-.

dAbyssinie. lo. — 11 cst Certain, djque les chrétiens d Abyssime ont eu

un Canon complet de l'Ancien Testament (5) ; mais les deux livres des Machabées qui figurent dans la Bible éthiopienne actuelle sont d'origine récente, et paraissent avoir été composés pour suppléer à la disparition accidentelle de ceux que nous possédons (6).

"^^ ^^SJns '^™'^" Enfin, 4) les Arméniens ont un catalogue des livres saints, renfermant les deutérocanoniques, avec un 3« livre d'Esdras et un 3® livre des Machabées.

5) Chez les Coptes. Quaut aux Coptcs, nous ne possédons pas intégralement leurs versions delà Bible, mais il n'est pas douteux qu'ils aient admis et qu'ils admettent encore les deutérocanoniques.

Page 1