‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 75 sur 251 · DU · texte numérisé non relu

DU

écViis^'^posI'ofiques! 7. — i) Le caractère des écrits des]apôtres.

Les livres qui composent la littérature de l'alliance nouvelle sont des écrits de circonstance (2), ayant pour but soit de résumer ou de fixer la prédication apostolique, soit de combattre certaines erreurs, particulièrement dangereuses, pour le christianisme naissant. Ces livres étaient, en outre, destinés à être lus publiquement daas les assemblées chrétiennes (3) ; quelques-uns même (cf. CoL, iv, 16 ; / Thess., v, 27) renferment la mention expresse de cette destination. N'est-il pas dès lors évident que les fidèles durent s'empresser de se communiquer de tels écrits, puisque la doctrine qu'on y trouvait était le bien commun de tous, répondait à tous les besoins, éclairait tous les doutes, et apportait à tous la même consolation avec les mêmes espérances? Une prompte dissémination des écrits apostoliques, observe justement Godet, a dû résulter du besoin toujours plus pressant des Eglises de posséder ces moyens seuls assurés d'édification. Ainsi l'une des Églises d'Italie venait-elle à entendre par l'un de ses membres, qui avait visité celle de Rome, qu'on y lisait dans le culte un Evangile composé par Marc, compagnon de Pierre, aussitôt cette Eglise se mettait en communication avec celle de Rome pour en obtenir un exemplaire (4). — Donc, la nécessité de posséder un recueil sacré d'Ecritures s'imposa de 'fort bonne heure aux fidèles.

dansYe'queUcf^fu- ^- — ^^^ rcstc, Ics coiidltloris duiis lesquclles furent fon- Èglises^.^'^'^^^' '''' ^^^^ ^^^ pt^emières communautés chrétiennes favorisèrent

(i) Cf. Golos., IV, 16.

(?) Cf. Loisy, Histoire du Canon du Nouv. Test., pp. 9-10.

(3) La critique hétérodoxe affirme à tort ({ue nos livres saints du N. T. n'étaient point l'objet d'une lecture officielle dans l'Eglise « au premier siècle et pendant au moins le premier tiers du second o. Reuss, op. cit., pp. i5 et suiv.

(4) Introduction au N. T., t. II, p. 36.

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beaucoup la formation de ces recueils partiels d'écrits apostoliques.

ties^nSt'rop"oles. ^^ ^^^ chose, dit ReithiTiayr (i ), contribua puissamment... à la collection uniforme des écrits du Nouveau Testament : ce fut le système des métropoles. Les apôtres eurent soin de choisir les capitales des provinces pour en faire le centre de leur évang-élisation. Du sein de ces métropoles, la parole écrite se répandait dans les rég"ions environnantes, et les Eglises apostoliques, qui avaient reçu les Ecritures de première main, devinrent les mères d'autres Eg-lises qui se rattachaient à elles, comme leur devant l'existence »(2). Ainsi, c'est d'un foyer central que chaque groupe d'Églises recevait d'ordinaire la discipline, la liturgie, la doctrine et les Ecritures.

I es relations fré- 9. — Or, ccttc trausmissiou était facile. « Si l'on tient compte Eglises. ' des relations incessantes et multipliées qui existaient entre les

Eglises des différentes contrées de l'Orient et de l'Occident, relations dont rendent témoignage V Fli^stoire d'Eusèbe et les lettres de saint Paul, écrites pendant la captivité romaine (Co/., IV, 7, ss. ; Philip., ii, 19, ss.), on comprendra que rien d'important ne pouvait se passer dans une Eglise sans que les autres en fussent informées, et qu'en particulier, par un effet du besoin pressant de renseignements authentiques touchant la vie de Jésus-Christ et sa doctrine, qui se faisait de plus en plus sentir à cette époque, le bruit de l'existence d'un écrit apostolique sur ce sujet devait se répandre immédiatement de proche en proche dans toutes les Eglises, et amener des demandes fréquentes adressées à celle que l'on savait dépositaire de ce trésor » (3).

Conclusion. Voilà commcnt l'idée vint aux fidèles, et aux chefs des

différentes communautés chrétiennes, de réunir dans un recueil spécial les livres, à qui tous attribuaient un caractère sacré sur la foi de ceux-là mômes, qui en étaient les auteurs et qui les avaient transmis comme œuvres d'inspiration divine (4).

De qiioiie manière IQ. — Douc, chaquc chrétienté qui recevait un écrit com-

lu^^colloclionssc lor- * , • i i

posé pour elle demeurait un témoin de la provenance de cet

niaient.

(1) On. cit., I. I, pp. /i/r/i').

(vi) (if. Tcrliillicii, De Prœscript., xx.

(3) (kxlcl, op. cil., p. 37.

(4) Oii'oii ii'ol)j<;clc pas ipic 1rs C.liiolicns dos premiers siècles collectiortnaicnt aussi les écrits de personnages non ins|)ircs. L'antitpiilé sut toujours tlislini^uer soitcneusement les écrits des apôtres de ceux des pères apostoliques ; les oeuvres de ces derniers n'avaient point rautoritc de ce (jui venait d'une plume qu'avait dirigée l'Esprit-Saint.

COMMENT SE FORAfAIENT LES PREMIÈRES COLLECTIOiNS DU N. T. ,05

écrit. La lecture publique qu'on en devait faire dans les assemblées saintes certifiait encore cette origine. Ainsi les Églises apostoliques attestaient-elles, — chacune pour sa part, — l'authenticité des livres divins qu'elles avaient reçus, en même temps que la lecture régulière conservait cette tradition toujours vivante. Or, les autres Églises qui demandaient ces écrits recevaient avec eux l'attestation authentique de celle qui les envoyait, et de cette manière chaque nouvelle acceptation confirmait la tradition primitive ; de telle sorte qu'il se forma peu à peu, et de très bonne heure, pour nos saints livres un témoignage collectif sûr, imposant, en faveur de leur autorité.

tuuirrca éga^id." 11- — Nous ne faisons ici que commenter Tertullien. a Ici esse aô apostoUs tracUtum, enseigne-t-il, guod apud Ecclesias apostolorum fiierit sacrosanctum.Dlco itarjue apud il las nec solumjam apostolicas, sed apud universas, guœ illls de societate sacramenti eonfœderantur^ id Evangelmm Lucœ ah initlo editlonis suàe stare.., Eadem auctoritas Ecclesiarum apostolicaynim cœteris quogue patrocinahitiir Evangeliis, guœ proinde per illas et segundum illas habemus » (i). Ces dernières paroles nous révèlent que les Églises honorées d'un écrit apostolique transcrivaient pour les autres Églises des copies de l'original sacré déposé dans leurs archives... Evangeliis guœ... per illas habemus, — et qu'en outre elles avaient soin que ces copies fussent exactement conformes : guœ... SEGUNDUM illas habemus. «

Telles furent les origines du Canon du Nouveau Testament.

Objection. 12. — Ici uue difficulté se présente : a S'il est vrai, objecte

Reuss, que le Canon du Nouveau Testament ait été non seulement fait et clos à la mort du dernier apôtre (dès la fin du i^*" s,, ou au commencement du ne),mais garanti par lui ou pnr ses collègues... comment s'expliquer que plus tard il y ait eu dans l'Église, et parmi les théologiens les plus savants, tant d'incertitude sur la canonicité de certains livres » (2) ?

Réponse. 13. — Obscrvous, d'abord, quc nous n'avons pas la préten-

tion de soutenir que le Canon du Nouveau Testament ait été définitivement fixé et arrêté — en fait ou en droit — dès le i^'' siècle. Ni les apôtres ni leurs disciples immédiats ne dé-

(i) Adv. Marc.^ lib. IV, cap. 5.

(2) Op. cit., p. 39. — Reuss en conclut que nous ne trouvons aucune trace du Canon dans l'église primitive.

iGG

LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉHALE

Le Canon du N. T.

ne fut pas fixé définit! venieiil au 1-' s.

finirent la question. Nous affirmons seulement que les premiers linéaments de la collection des écrits de l'alliance nouvelle se dessinent déjà au i'^'" siècle et au début du ii''.

Des hésitations purent se produire ultérieurement.

Causer, de ces hésitations.

Remarque.

Conclusion.

14. — Mais, à partir de cette époque jusqu'au iv* siècle et plus tard, des hésitations se produisirent chez les Pères et les écrivains ecclésiastiques relativement à la canonicité de plusieurs livres. Ces livres, — nous Tavons dit, — composés pour des raisons de circonstance, et adressés à des Ég-lises ou à des personnag-es particuliers, n'arrivaient souvent qu'après un temps assez |^ long- aux autres chrétientés. Si, pour les Eglises qui avaient reçu immédiatement un écrit apostolique, ou approuvé par un apôtre, la question d'authenticité et môme celle d'inspiration étaient vite tranchées, on comprendra qu'il n'en pouvait être ainsi pour les diocèses éloignés. Sans doute, à cause des relations fréquentes existant entre les diverses communautés chrétiennes, les copies des livres apostoliques se propageaient facilement, mais la connaissance d'un écrit ne laissait-elle pas subsister parfois une foule de questions à résoudre? Avant de ranger tel écrit au nombre des livres divins d'aucuns se demandaient : cet écrit nouvellement paru est-il réellement d'un apôtre, ou approuvé par lui ? Son caractère inspiré est-il certainement garanti par un témoignage apostolique? La copie qui en a été faite est-elle exactement conforme ?

De semblables questions se présentaient d'autant plus naturellement à l'esprit que, dans ces premiers temps, l'Eglise était inondée d'écrits d'origine humaine ou môme suspecte, qu'on essayait de substituer aux livres saints. A bon droit, l'autorité religieuse ne voulut point se prononcer de si tôt; elle attendit plusieurs siècles (i).

Quoi d'étonnant dès lors que plusieurs fidèles, moins bien renseignés ou plus sceptiques, aient émis quelques doutes sur la canonicité de certains livres, et que des controverses aient surgi à cet égard parmi les Pères et les théologiens ?

Mais nous maintenons que le sentiment général de l'Eglise fut favorable toujours, et dès le principe, au Canon intégral des écrits du Nouveau Testament. C'est ce que la leçon suivanti* établira.

il) L'Église est toujours très réservée (piand il s'agit de décider une ([ueslioD, dont la solution ne lui seml)le |)as pour le uiouient absoluineul nécessaire au maintien du dépôt sacré de la fci. — (".f. De Maistre, Du Pape, liv. I, chap. i.

LEÇON DEUXIÈME Le Canon du Nouveau Testament aux temps apostoliques

(jusque vers l'an i5o)

Le Canon du Nouveau Testament avant l'an i5o; témoignaçes des Pères et des écrivains ecclésiastiques à cet égard. — Les témoignages directs : saint Clément, la Atr^ay^Yi, saint Ignace d'Antioche, l'auteur de la lettre à Diognète, saint Polycarpe. — Le témoignage de Basilide. — Les témoignages indirects fournis par les écrivains orthodoxes, et par les hérétiques eux-mêmes (Valentin, Marcion). — État du Canon du Nouveau Testament vers le milieu du ii« siècle.

Objet (le cette leçon.

1. — Nous résumons ici Thistoire du Canon du Nouveau Testament depuis la fin du i^"" siècle jusque vers le milieu du second. Telle est Tétendue de l'ère, dite des Pè?'es apostoliques (i).

Assertion générale. 2. A CETTE EPOQUE, c'cSt-à-dirC DEPUIS LA. FIN DU PREMIER

SIÈCLE JUSQUE VERS l'aN i5o,LES PÈRES ET LES ÉCRIVAINS ECCLÉ- SIASTIQUES TÉMOIGNENT Qu'iL EXISTAIT DES COLLECTIONS d'ÉCRITS

DU Nouveau Testament, regardés par eux comme divins, a l'égal des livres de l'ancienne alliance.

Sources delà démonstration.

3. — Cette assertion repose sur des témoig-nages dont les rationalistes seuls (2) osent contester l'évidence.

Ces témoignag-es sont directs et indirects.

Nous appelons témoignages directs ceux qui nous renseignent d'une manière plus positive sur l'autorité canonique ou l'existence d'un Canon des écrits du Nouveau Testament.

Nous entendons par témoignages indirects, les emprunts tacites mais réels, et quelquefois même littéraux, que les Pères apostoliques et leurs contemporains ont faits aux livres de la nouvelle alliance.

I) Les témoigna- 4- CiNQ TÉMOINS SURTOUT SAINT ClÉMENT ROMAIN, l'aU-

ges directs. tEUR DE LA AlSa/Y^, SAINT IgNACE d'AntIOCHE, l'aUTEUR DE LA

(i) Cf. Freppel, Les Pères apostoliques et leur époque, pp. 9-10, (2) Reuss, Sabatier, Bleek Mangold, etc.

lettre a dlognete et saint polycarpe, connaissaient un Canon du Nouveau Testament au commencement du second

SIh:CLE,

i) s. Clénienf pape.

5. — i) Ouvrons la lettre de saintCLÉMENT, pape, aux fidèles de Gorinthe. Elle date de la fin du premier siècle. C'est surtout à l'ég-ard des Epîtres de saint Paul que son témoignage est précieux.

Saint Clément en cite quelques-unes, notamment la première aux Corinthiens (i). Or, les passages qu'il produit ont à ses yeux un caractère divin : TzvéujjLaxty.o^; èTïéaxeiXev (2), et jouissent d'une autorité décisive en matière de morale et de foi. — En outre, il donne cette Epître comme la première de saint Paul : Tupûiov 0[;iv ev àpyY^ tcu ùœ^^(€kiG\i eYpa'^ev (Ibid^ (3). (( Tout porte donc à croire, conclut Loisy, que Clément possédait en collection les Epîtres de saint Paul, ou du moins plusieurs d'entre elles. Les Corinthiens devaient avoir la même collection ; qui sait même si le recueil n'était pas sorti de leur Église, et s'il ne faudrait pas expliquer ainsi la place d'honneur assignée primitivement aux lettres qu'ils avaient eux-mêmes reçues » (4) ?

6. — Dans la seconde lettre dite de saint Clément, mais qui n'est pas de lui en réalité, — puisqu'elle appartient au premier quart du deuxième siècle, — le recueil des récits évangéliques est formellement nommé — h tw E'jaYY£X''w (5) : terme qui désigne non seulement la prédication de Jésus et des apôtres, mais aussi Tes livres renfermant par écrit cet enseignement divin, car la parole que le pseudo-Clément reproduit se trouve tout entière quant au fond, et en grande partie quant à l'expression, dans Y Evangile de saint Luc (6). Au surplus, comment douter que l'auteur de la seconde Clémentine ait entendu par l'expression EùaY^éXiov spécifier les historiens canoniques de la vie du Christ, puisqu'il les connaissait tous quatre et qu'il les a cités (7)?

(i) Voiries citations dans Funk, Opéra Pat. Apost., t. I, pp. 569-570.

(2) 1 Coj'., cap. Lvni, 3.

(3) C'est aussi la place qu'elle oc.'u})e au ii" siècle clans le Canon de l'Eu^lise romaine, appelé Canon de Muralori.

(4) Histoire du Canon du N. 7',, p. 17.

(5) I Cor., cap. vin, n. 5.

(6) Loisy, op. cit., I>. 19.

(7) Cf. Fuiik, op. cit., t. I, p. 571.

Con/irmatiir,

pris de la 2« clé-

iiienline.

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