‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 83 sur 251 · LE CANON DU NOUVEAU TESTAMENT EN SYRIE · texte numérisé non relu

LE CANON DU NOUVEAU TESTAMENT EN SYRIE

aussi Théodore de Mopsueste, ori^^^inaire d'Antioche (f 428) et maîtie du précédent, rejetait-il les É pitres catholiques (i).

ses^Tlenne?. '^°''' ^^' — ^) L'Eg^lise Syriei^ne Orientale conserva ég-alement au iw^ et au v^ siècle des doutes par rapport à plusieurs livres, notamment par rapport à V Apocalypse. — Àphraate, Tun de Aphraate. ^^g pj^^g ancicus doctcurs (2), ne paraît pas avoir connu ce dernier écrit, non plus que les Epîtres catholiques, — la P^de saint Jean exceptée (3). Son silence f;ur la prophétie de saint Jean est significatif, car si ce livre avait été en usage vers l'an 34o dans la Mésopotamie orientale, on ne s'expliquerait guère qu' Aphraate ne l'ait point cité dans les passages où il s'occupe du jugement dernier et de la fin des temps. La Bible syriaque. Beaucoup peusent quc la Bible syriaque du Nouveau Testament dont on se servait à Edesse, vers la fin du m® siècle et au IV®, ne renfermait ni V Apocalypse ni les Epîtres catholiques (4). Ce qui est sûr, c'est que la Peschito des Nestoriens ne contenait pas les quatre petites Epîtres cathohques ni \' Apocalypse (5), mais saint Éphrem {f 879) a connu, lui, tous ces écrits et leur a fait des emprunts (6).

s. Ephrem.

Le Canon du N. T. \'j ^ — Malgré ces hésitatious des Eçrlises voisines, FÉg-lise

dans l'Eglise d'Ale- ^ . . ® ' »

xandrie. d'ALEXANDRiE resta fidèle aux traditions des Clément et des

Origène. Saint Denys, dont nous avons signalé plus haut (7) les témérités, ne fit donc point école; ses idées furent rejetées par saint Athanase (-[-373), qui reconnut l'intégralité du Canon du Nouveau Testament (8). Un de ses successeurs, saint Cyrille (-[- 444)5 professa les mêmes croyances; nous le voyons citer particulièrement V Apocalypse qu'il attribue à saint Jean (9). Didyine. Scul, daus TÉglise d'Alexandrie à cette époque, Didyme

(-}• 398)contesta l'autorité de la //® E pitre de saint Pierre (10).

Le Canon du N T.

au V» s. :

18. — L'accord se fit donc peu à peu chez les Orientaux. Au v^ siècle, saint Épiphane,évêque de Salamine (-j- 4o3), adopta

(i) Cf. Loisy, op. cit., p. 169.

(9) Sur la vie d' Aphraate, voir Forget, De vifa et scriptis Aphraatis, pp. 66, sqq. (3) Cf. Parisot, dans le Dict. de la Bibles t.I.col. 787. — Aphraate ne paraît pas avoir connu VÉpitre à Philémon ni la Ih aux Thessaloniciens. Peut-être connaissait-il la /'« de saint Pierre. (4> Voir Loisy, op. cit., pp. 60, 177.

(5) Ces écrits ont dû être retranchés phis tard par les Nestoriens. Cf. Gornely, op. cit.^ p. 190.

(6) Voiries citations indiquées dans Loisy, 0/?. cit., p. 178, note 3.

(7) Cf. p. 181.

(8) Epiât, festiv., 89.

(9) Cf. De ador. in Spiritu, vi.

(10) Cf. Comm. inep. cathoL, ddinsMigne, Pat. grsec., t, XXXIX, col. 1774-

le Canon de saint Athanase. — Vers le même temps, un évêque de Gésarée en Cappadoce, André, écrivait un commentaire sur V Apocalypse, que saint Grégoire de Xazianze avait rejeté un siècle auparavant.

au vr s; En Syrie, au commencement du vi*" siècle, Philoxène (y 522),

évêque monophysite de Mabug", faisait traduire en syriaque les écrits de la nouvelle alliance, sans en excepter les Epitres catholiques ni V Apocalypse: de sorte que, au vii^ siècle, la Bible des Syriens monophysites, révisée à Alexandrie par Thomas d'Harquel, l'un des successeurs de Philoxène, contenait tous les livres de notre Ganon catholique (i).

Enfin, personne n'ignore que le concile in Trullo (2), dont l'autorité est décisive pour les Grecs, approuva en 692 la collection canonique, telle que l'avaient sanctionnée les conciles d'Hippone et de Garthage (3).

au vu** s.

Le Canon définitivement fixé en Or.

et en Occ.

19. — A partir de cette époque, la question du Ganon fut définitivement réglée en Orient. Les rares écrivains qui osèrent encore élever des doutes demeurèrent isolés. Le patriarche de Gonstantinople Nicéphore, par exemple, qui au ix*^ siècle rejeta Y Apocalypse de saint Jean, ne trouva nulle part aucun partisan de ses idées.

En Occident, les conciles de Florence (i 439-1 44^) et de Trente (i546) consacrèrent solennellement l'unanime croyance des Églises.

Pour tout catholique, l'histoire du Ganon du Nouveau Testament se termine au milieu du xvr siècle.

, (i) Les Nestoriens ont gardé le Canon de l'école d'Antioche, d'où sont exclues les quatre petites Epilrc.t catholiques et {'Apocalypse.

(2) Cf. siiprà, p. i33.

(3) Cf. Malou, op. cit., t. II, pp. i3i-i32.

LEÇON CINQUIÈME

Le Canon du Nouveau Testament dans les sectes protestantes.

Impuissance du ])rotestantisme eu matière de canonicilé biblique. — Le Canon de Luther. — Le Canon des luthériens. — Le Canon de Calvin et des calvinistes. — Le Canon des Anglicans. — Le Canon des protestants de nos jours.

proïXiurvh^à-tls ^- — Quand on étudie chez les auteurs protestants l'histoire ^a'inï""'^ ^^^ ''^^^ ^^ Canon des livres saints, on se prend de pitié pour ces érudits qui invoquent l'autorité d'un Luther, d'un Zwing-le, d'un Calvin, etc., à l'ég^al de celle de saint Jérôme, de saint Augustin, ou des Pères apostoliques. Les patriarches de la Réforme furent aussi impuissants à définir le nombre des écrits canoniques du Nouveau Testament, qu'ils l'avaient été à déterminer ceux de l'Ancien (i); les principes qui guidèrent leur critique à cet ég-ard sont essentiellement subjectifs, et sans fondement solide en histoire comme en théologie.

Commençons par Luther.

Le critérium de 2. — Pour Lutlicr, dit Rcuss, la cauonicité se reconnaît à

canonicilé d'après , i r^i • i i i i

Luther. cc qu euseiguc, touchant le Christ et le salut des hommes,

chaque livre biblique ou prétendu tel. Tous les autres critères, même les noms et la dignité des auteurs vrais ou supposés, n'y font rien (2). C'est encore à l'aide de ce principe, que le père du protestantisme entend discerner parmi les livres canoniques ceux qui sont les meilleurs et les plus divins. 1" Donc, i) Luther estimait — conformément à cette doctrine —

queV Evan(/ile de saint Jean et les Epîtres de saint Paul, surtout celles aux Romains, aux Galates, aux Éphésiens, ainsi que les deux premières de saint Pierre et de saint Jean, sont la moelle de tous les livres du Nouveau Testament, la véritable manne quotidienne du fidèle. — - Par contre, les trois Évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc, sont bien

(i) Reuss l'avoue. Cf. op. cit , pp. 325-326. (2) Cf. Reuss, op. cit., p. 34o.

igo

corollaire.

inférieurs, quoique canoniques, parce qu'ils rapportent moins les enseignements du Christ que ses miracles.

2) Luther déclarait non canoniques quatre livres : VEpîire aux Hébreux, VEpître de saint Jacques, VEpître de samt Jude, et V Apocalypse. Il est intéressant de lire les motifs qu'il donnait de cette exclusion (i).

Ajoutons que le moine de Wittemberg ne supprima point ces écrits dans ses éditions de la Bible; il se contenta de les séparer des autres écrits canoniques en les reléguant à la fin.

dw^s*"car?o"sudL 3. — Toutcfois, Ic critéHum dogmatique de canonicité proclamé par le chef de la Réforme parut peu sûr à quelques-uns. Ainsi Garlostadt, du vivant même de Luther, crut devoir substituer à ce critérium trop vague le critérium plus efficace de la tradition patristique. Partant de ce point de vue dans son ouvrage : De canonicis Scripturis libellus^ il ramène à trois catégories les livres du Nouveau Testament. La première comprend les quatre Evaîigiles, « qui sont les flambeaux les plus plus brillants de la vérité divine ». La seconde renferme les quinze Epîtres indubitablement apostoliques, savoir les treize de saint Paul, — VEpître aux Hébreux n'est pas comptée dans ce nombre, — la P^ de saint Pierre et la//* de saint Jean. A la troisième catégorie, enfin, appartiennent les sept autres livres contestés : VEpître de saint Jacques, VEpître de saint Jude, la //^ de saint Pierre, la 11^ et la III^ de saint Jean, VEpître aux Hébreux et V Apocalypse. Ces deux derniers écrits méritent la dernière place, parce que les anciens ont douté plus longtemps de leur autorité.

Garlostadt ne fit point école.

4. — Cependant, quelques années plus tard, — de i565 à i5^3^ — Martin Chemnitz essaya de combiner les deux systèmes de Garlostadt et de Luther, dans son fameux Examen Concilii Tridentini. Il enseigna que la canonicité doit reposer d'un côté sur le fait de l'inspiration et, de l'autre, sur le témoignage de l'Église primitive; que si ce dernier fait défaut, il ne • peut pas être remplacé parle témoignage des âges postérieurs.

, ^ , ^ 5. — Les luthériens ne suivirent donc pas absolument

Le Canon du i> . ^^ *^

T.daprèsiesiuihé- T „th(.i. jgur pati'iaiche sur la question de la canonicité. De

nens au xvi* s. ^^^^ r * *

Le Canon du N. T.

d'après Chemnitz.

(i) On les trouvera dans Reuss, op. cit., pp. 345-347.

LE CANON DES LUTIIÉIllENS

Flacius.

bonne heure ils allèrent plus loin que lui. « Au lieu de quatre livres omis dans la liste des livres positivement canoiiicjucs, dit Reuss (i), ils en eurent sept. » Flacius, par exemple, l'un des plus ardents champions du pur luthéranisme (f 1.^)75), disting-ua trois groupes d'écrits dans la Bible : les caîionùjues, les douteux, les apocryphes. — Ces derniers écrits sont « les apocryphes » (deutérocanoniques) de TAncien Testament; les écrits du second groupe sont la seconde Épilre de saint Pierre, VEpitre aux Hébreux, \ Apocalypse, les Épîtres de saint Jacques, de saint Jude, la II" et la IIP de saint Jean.

Le Canon du N.

T. d'après les luthériens du xvu'= s.

6. — Dans le courant du xviie siècle, les luthériens se montrèrent moins défavorables à trois de ces Epîtres, savoir aux deux Epîtres de saint Jean et à la 11^ de saint Pierre. Il y a plus; « on se familiarisa, dit Reuss (2), avec l'idée que la différence entre les deux classes d'écrits apostoliques ne consiste, au fond, que dans le degré de certitude de leur origine respective... Or, pourvu qu'on pût y reconnaître, par la nature de l'enseignement, les caractères de l'inspiration directe du Saint-Esprit, la canonicité était suffisamment constatée ». On en arriva donc à choisir pour la classification des bvres du Nouveau Testament des termes presque orthodoxes, par exemple livres canoniques de la première ou de la seconde série, livres du premier ou du second Canon (3).

Le Canon du N.

T. chez les luthériens modernes.

Le critérium de canonicité d'après Calvin.

7. — De nos jours, les éditions luthériennes de la Bible conservent tous les livres du Nouveau Testament, mais les quatre que Luther détachait demeurent encore séparés des autres, savoir VEpître aux Hébreux, qui n'est pas réunie aux Épîtres de saint Paul, les Epîtres de saint Jacques et de saint Jude, qui viennent après les Epitres catholiques, enfin V Apocalypse.

8. — Quant à Calvin, nous savons qu'il eut un critérium de canonicité différent de celui de Luther. Ce critérium n'est autre que le témoignage intérieur de l'Esprit-Saint, persuadant au fidèle que tel hvre est de Dieu (4). La seconde Confession helvétique, la Confession des Pays-Bas, la Confession française,

(1) Op. cil., p. 388

(2) Op. cit., p. 391. r ^ i 11 QC

(3) Cf. Gerhard, Loci theol., t. I, p. 6; t. Il, p. i80.

(4) InsLitulion chrétienne, p. 19, éd. i".

ont admis ce principe, tout en le modifiant quelque peu (i). On conçoit sans peine qu'un tel critérium était bien arbitraire, et manquait de précision. Dès la fin du xvi® siècle et au xvii% il fut abandonné dans la pratique (2).

Le Canon de Calvin. g Q^^J ^^jV| ^^ ^^y^^^ C'àWui s'cU rapporta à SOU prétendu

critérium d'intuition surnaturelle. On ne voit cependant pas que l'Esprit-Saint lui ait inspiré d'éliminer du Canon les antilégomènes du Nouveau Testament. Peut-être resfardait-il comme non canoniques les deux dernières Epîtres de saint Jean. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne les a point commentées, et qu'il semble même les exclure, puisqu'il dit en parlant de la P"": Joannes in sua canonica (3). — Depuis Calvin, les calvinistes ont gardé le Canon du Nouveau Testament dans son intégralité.

Le Canon de lO- — Enfin l'Église auglicaue, — qui forme le troisième

l'Eglise anglicane. pg^j^gg^Q principal du protestautismc, — se guida dès le début sur la tradition, pour déterminer le Canon des livres saints. En cela les Anglicans se séparaient de Luther et de Calvin. Un des articles de la Confession anglicane est ainsi conçu: « Sous le nom d'Écriture nous entendons les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament de l'autorité desquels l'Église n'a jamais douté... Nous recevons tous les livres du Nouveau Testament qui sont communément reçus ». Les Anglicans gardèrent le Canon traditionnel.

Le Canon du N.T.

chez les prolcstanls modernes.

11. — A notre époque, le protestantisme n'est guère qu'un rationalisme déguisé. C'est dire assez que, dans les sectes dissidentes, le Canon des livres saints est à la merci des caprices d'une critique téméraire et du libre examen. Néanmoins, il en est, parmi nos frères séparés, qui conservent un peu de l'antique sève chrétienne; ceux-là retiennent et lisent tous les livres de la nouvelle alliance.

(1) Cf. Rcnss, op. cit., pp. Sss-SaS.

(2) CL Sabatier, art. cit. cl loc. cit., ]>. 6o3.

(3) Cité par Rciiss, op. cit., pp. 335-33G.

APPENDICE

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