LES PREMIERS ESSAIS DE FIXATION DU TEXTE HEBREU
bien cependant que ces accidents de transcription ne vicièrent point la substance du texte.
2) Premiers efforts j^^ — 2) Mais, dès après l'exil, nous voyons les docteurs
des docteurs juifs y ' ir ' J
pour fixer le texte d'Israël travailler à fixer le texte hébreu.
hébreu, '
Au premier rang- de ces docteurs il convient de placer le a) Esdras. prêtre Esdras (v^ siècle). Dans quelle mesure ce scribe eruditus in sermonibus Domini (cf. I EscL, vu, 6,ii) améliorat-il le texte primitif des Écritures, nous ne saurions le préciser. La tradition juive assure qu'il transcrivit de sa propre main un exemplaire du Pentateugue ; cette croyance est conforme à ce que nous lisons dans I Esd,^ vu, lo. — On admet aussi qu'il réunit tous les livres saints dans un recueil ou Canon officiel. Il est donc probable qu'il les fit copier, qu'il en révisa le texte, et introduisit déjà les corrections les plus urgentes. Mais Esdras s'occupa avant tout de là Loi^ dont il multiplia les exemplaires pour les besoins du culte.
Cela nous explique comment le texte du Pentateugue se trouva fi,xé dès l'époque des LXX, entre le commencement du me siècle et la fin du ii^ siècle av. Jésus-Christ. Néanmoins on ne se souciait point encore d'avoir une minutieuse uniformité dans toutes les copies de la Bible ; c'est seulement plus tard, au ii*^ siècle de notre ère, que l'on arriva à cette perfection de détail.
h) les scribes, ou ^2. — Lcs scrlbes OU sopherim (i) continuèrent et com-
sopherim. ' ^ '
plétèrent le travail d'Esdras .
Ces scribes forment deux séries dans l'histoire : les sophe- Les sopherim prio- nm priores et les sopherim posteriores ou tanaïtes. — Les
res, -' ^ ^
premiers vécurent depuis Esdras (2) jusqu'à la mort de Siméon le Juste (3). Leur autorité fut grande en Israël. « On les considère, écrit le rabbin Wogué, comme intermédiaires, tant par l'autorité que dans l'ordre chronologique, entre les prophètes et les docteurs proprement dits » (4).
Les sopherim pos- Après cux, dcpuis la fin du me siècle av. Jésus-Christ jusqu'au déclin du 11® siècle de notre ère, vinrent les Sc7'ibœ
(i) Ce mot vient du verbe hébreu saphar qui au Pihel signifie compter (cf. Buxtorf, Lexic. iabn., col. i533, i534; Gesenius, Thésaurus, pp. 966-967). Les sopherim comptaient les lettres de la loi. Cf. Talmud, trait. Kiddushln, 10, i ; Sanh., xi, 3, etc.
(2) On attribue à Esdras l'institution du collège des sopherim priores. Cf. Le Savoureux, op. cit., pp. i52-i54.
(3) On fixe sa mort à l'année 291 ou 199 av. J.-C, suivant qu'on le regarde comme le fils d'Onias P"" ou d'Onias II.
(4) Histoire de la Bible, p. 181. -
pos ter i07^es, qui remplacèrent la qualification révérée de sopherim parle titre plus modeste de tannaïm » (i). On les appelle aussi Mischnaïtes, parce qu'ils collaborèrent à la rédaction de la Mischna (2), recueil des traditions orales juives sur le livre de la Loi, Un des plus célèbres docteurs mischnaïtes fut le rabbin Akiba^ qui fondaà Jamnia une école très fréquentée. Il mourut en i35. « Avec lui, dit la Mischna, s'évanouit la gloire de la Loi ».
Akiba.
scribes sur le texte hébreu .
Le travail des |^3^ — C'cst à ces scHbes ct à CCS docteurs que nous devons l'amélioration lente, mais progressive, du texte hébreu de l'Ancien Testament.
Le Talmud nous apprend que leurs efforts se portèrent a) sur la correction de certaines phrases. Donnons quelques exemples. On lisait primitivement dans Gen.^ xviii, 22 : (( Dominus adhuc stabat coram Abraham » ; les sopherim corrigèrent ainsi : « Abraham adhuc stabat coram Domino », Ailleurs, Exod., xv, 7, au lieu de « in multitudine gloriœ tuae deposuisti adversarios nostros », les sopherim écrivirent : adversarios tuos ». — Leurs corrections n'étaient point toutes également heureuses, témoin celle qu'ils firent sur P5. xxi, 17, et que les massorètes venus plus tard ont eu le tort de conserver : « Comme le lion, mes mains et mes pieds », au lieu de « foderunt manus meas et pedes meos » .
Le travail des sopherim porta aussi b) sur le sectionnement du Pentateuque et des Prophètes en paragraphes (3).
Il porta encore c) sur la suppression du vav copulatif (conjonction et) dans nombre de phrases.
Nous savons enfin d) par les Talmudistes que les anciens sopherim, notaient à l'aide de points {nirjrjoud) certaines lettres d'un mot à expliquer (4), qu'ils comptaient même les versets, les mots et jusqu'aux lettres du texte sacré (5), qu'ils indiquaient parfois les mots à passer, ou à lire autrement. Aussi ces sopherim travaillèrent-ils déjà à « faire une haie »,
(i) (]f. Wogué, loc. cit. — Tanndim est un mot chaldcen dont le radical sii^nifie répéter, étudier, approfondir, commenter. Cf. Yinxiovi, Lexicon, col. 2610, 2G11. — Sur les scribes au i""" siècle dos noire ère, voir Stapfcr, la Palestine au temps de J.-C, liv. II, chaj). 3.
(2) Ce mot siynilie répélilion, ou mieux élude répétée de la loi. La Mischna forme la première et la plus importante partie du ïalmud. Voir l'article 7'a /m .'/ci, de Derenbourii;, dans ['Encyclopédie de Liclilenberf>er, t. XII, pp. iooG-io3G; Maurice Schwab, Le Talmud, t. Xll, pp. I-LXXV; Stapfer, op. cit., pp. 19-25.
(3) Ce sectionnement est distinct de celui que les rabbins lîi-ent plus tard, du xu" au xiV siècle.
(4) Cf. Pesaçhim, chap. IX, n. 2. — Voir l^reiswerk, Gramm. heb., p. XLIX, a.
(f)) Ils trouvèrent par exemple que le vao du mot Gâhon (dans Lcv., xi, 4^) *^st la lettre du milieu du Pentateuque ; (lue le mot ddrascli (dans Lev., x, iG) est le mot du milieu; que le verset commençant par veliiliiegallûk (dans Lev., xui, 23) est le verset du milieu, etc.