‹ Leçons d'ophthalmologieChapitre 25 sur 45 · IV. — Aphakie · texte numérisé non relu

IV. — Aphakie

Si nous admettons, avec la généralité des auteurs, que l'œil priyé de cristallin a perdu complètement la faculté de modifier son pouvoir réfringent, il en résulte que cet œil peut être assimilé à un œil fortement hypermétrope privé d'accommodation. Mais, en raison des modifications survenues dans l'appareil dioptrique, il va nous falloir apporter quelques changements aux formules établies précédemment.

Puisque la cornée est la seule surface réfringente, le 2winl nodal se trouve au centre de courbure de cette membrane, par conséquent à 8mm en arrière de sa face antérieure. La situation de ce point est donc restée à peu près la même que dans l'œil pourvu de cristallin; mais le 'point princip al, k partir duquel se comptent les longueurs focales, est maintenant au sommet de la cornée; de plus, ces longueurs focales se sont modifiées. Dans un travail sur l'aphakie (1), j'ai obtenu pour ces distances les valeurs suivantes :/— 2 )mtn,7 et/' = 3lmm,7; cequi donne: ff = 0mm,75. La distance de la pupille au foyer postérieur de l'appareil réfringent est donc égale à : 3 ! ,7 — 4 = 27mm,7.

Si nous introduisons ces valeurs dans les équations 1) et 4), relatives à l'œil hypermétrope, nous trouvons :

0,75P(4+NQ m

,3/(27,7 -PJ5N) ' ' 0,75 + 27,7^ lw •

formules dans lequelles N représente le numéro du verre qui, placé au nouveau foyer antérieur, c'est-à-dire à 23mm,7 de la cornée, fait converger sur la rétine les rayons parallèles.

Dans le travail que je viens de citer, j'ai montré que, si l'on désigne par R le degré de myopie ou d'hypermétropie avant l'aphakie, il existe entre le numéro du yerre correcteur, avant et après, la relation suivante :

(1) Badal, Méthode nouvelle pour le diagnostic rétrospectif de la réfraction après l'extraction du cristallin, et d'une façon générale, dans l'aphakie Annales d'oculistique, juillet-août 1878).

Si, avant la perte du cristallin, l'œil était emmétrope, on doit avoir dans l'équation précédente : R = 0, c'est-à-dire :

N = — - =11,2 dioptries.

Ceci va nous permettre de calculer ce que devient, après l'extraction du cristallin, l'acuité d'un œil primitivement emmétrope.

Dans la formule 15), qui donne l'acuité de l'œil hypermétrope, remplaçons 19 par 27,7; faisons ^'=0,75, et N = 11 d, nous aurons :

Avec une pupille de 4mm, et à ôm de distance, on obtient :

V'<—— environ.

Or, nous avons vu que l'œil emmétrope avait encore, dans les mêmes conditions, une acuité de 3/8 = 15/40. Donc :

La vision à distance, d'un œil emmétrope, opéré de cataracte, est environ cent cinquante fois plus mauvaise que celle du même œil pourvu de son cristallin, mais entièrement privé d'accommodation.

On peut prévoir que l'écart diminue dans la vision de près, puisqu'il a été établi que l'hypermétrope privé d'accommodation rapproche les objets pour mieux les voir.

Nous avons montré qu'un emmétrope se trouvant dans le même cas, ne peut arriver à lire que si les lettres ont une hauteur au moins cinq fois égale au diamètre P de la pupille; si l'on applique à l'œil atteint d'aphakie la formule 14 bis), dans laquelle on suppose l'objet placé au foyer antérieur, c'est-à-dire très près de l'œil, on trouve, pour la grandeur des plus petits objets pouvant être distingués les uns des autres :

S'il s'agit de caractères d'impression, la hauteur des lettres, ici encore, doit être environ cinq fois plus grande que la largeur du trait, c'est-à-dire égale à huit fois le diamètre de la pupille. Il s'ensuit qu'un œil emmétrope, opéré de cataracte, et dont la pupille restée circulaire aurait, par exemple, un diamètre de :} millimètres, ce qui est la moyenne chez les vieillards, pour-

rait arriver à lire des lettres de 2 centimètres 1/2 de hauteur environ, mais en les plaçant très près de la cornée.

Si, au lieu de lettres à nommer, il s'agissait simplement de distinguer l'une de l'autre des bandes noires séparées par des bandes blanches, toutes de même largeur, il suffirait que ces bandes eussent les 1(3/10 du diamètre de la pupille, c'est-à-dire environ une fois et demi ce diamètre.

Fartant du même principe, il est facile de calculer la distance maximum à laquelle un opéré de cataracte doit pouvoir, sans lunettes, compter les doigts. La formule 16), adaptée à l'œil privé de cristallin, donne :

ft(37,7-0,75XH)-31,7P

Les doigts d'une main d'homme, un peu forte, ont environ 20mm de largeur ; si l'on suppose P = 3mm , on trouve : / = 0m,28.

Il ne faut pas oublier que cette distance est comptée à partir du foyer antérieur de l'œil, lequel foyer, dans l'aphakie, est situé à 24mm de la cornée. C'est donc, en chiffres ronds : 0m,30. Pour P == 2mn\ on trouverait : l — 0mm,50, et pour P = 1mm, 1= 1m.

On remarquera que l'acuité vraie du sujet, ce qu'on appelle acuité avec correction, est à peu près sans influence sur la distance à laquelle un opéré de cataracte peut compter les doigts. Des considérations dans lesquelles je suis entré plus haut, il résulte, en effet, que l'acuité sans correction, de l'œil privé de cristallin, ne peut se trouver abaissée au-dessous du chiffre donné par la formule 26), qu'autant que l'acuité avec correction serait elle-même inférieure à ce chiffre. Or, nous avons vu que cette dernière descend à 1/400 à 6m, et qu'en deçà de cette distance elle est bien moindre encore. Dès lors on comprend que :

Tous les opérés de cataracte ayant même diamètre pupil taire et primitivement emmétropes, doivent pouvoir compter les doigts à la même distance, à moins d'insuccès opératoire à peu prés complet ou a" amblyopie préexistante.

Les chiffres qui précèdent ne sont applicables qu'à l'œil emmétrope. L'œil myope, toutes choses égales d'ailleurs, pourrait compter les doigts à une distance plus grande; l'œil hypermétrope ne pourrait le faire qu'à une distance moindre. Par exem-

pie, un opéré de cataracte chez lequel la vision à distance se trouverait corrigée par un verre + 6, au lieu de + \ 4, comme précédemment, ce qui suppose une myopie antérieure de 13 cl, devrait pouvoir compter les doigts à 0m,65, au lieu de 0ra,28. La différence est considérable.

Le diamètre de la pupille joue, comme on le voit, un rôle important dans la vision des opérés de cataracte non pourvus de lunettes. J'ajoute que l'emploi des verres les mieux choisis ne remédie pas d'une façon complète aux inconvénients d'une large pupille. On sait en effet que, par suite de la perte du pouvoir d'accommodation, il faut un verre différent pour chaque distance; mais on ne peut guère prescrire aux opérés que deux paires de lunettes : l'une pour la vision au loin, l'autre pour la vision de près, à une distance déterminée. Il en résulte qu'en deçà et au-delà de ce point, il se produit des cercles de diffusion, et que le sujet voit d'autant plus confusément que la pupille est plus large.

A ce point de vue, l'iridectomie est certainement une chose fâcheuse, surtout lorsqu'elle est pratiquée à la partie inférieure.

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