A BORDEAUX ET A PARIS
APERÇUS CLINIQl^S^UfllES 500 We^IBR^MALADES TRAITÉS AU D/SpWsAIRE DT^ÏrtfPTTAL'SAINTvANDRÉ
Deux arrêtés ministériels ont créé, à La Faculté de Médecine de Bordeaux, un cours théorique d'ophtalmologie et un cours clinique annexe pour lequel ont été organisées, à l'hôpital Saint- André, des consultations puhliques qui ont lieu trois fois par semaine, les lundis, mercredis et samedis, à trois heures.
Par suite de certaines difficultés d'installation qui ne sont pas complètement résolues, les conférences cliniques n'ont pu commencer qu'au mois de février dernier. La population de Bordeaux et des environs s'est empressée, comme on le pense bien, de mettre à profit un service de consultations absolument gratuites et dont le caractère officiel semble inséparable de certaines garanties scientifiques.
Au mois de septembre, 500 malades étaient inscrits sur le registre de la Clinique et avait donné lieu à un peu plus de 2,000 consultations : quatre par personne, en moyenne. Jusqu'à présent, ce chiffre ne {tarait pas devoir varier beaucoup, bien que le nombre des consultants s'accroisse, a mesure que la Clinique est mieux connue.
La proportion est notablement inférieure à celle des cliniques
de Paris, où l'on compte, en général, de sept à huit consultations par personne, en moyenne. Je n'ai pas la prétention de guérir mes malades deux fois plus rapidement à Bordeaux qu'à Paris, et la particularité que je signale doit, sans aucun doute, être attribuée à des causes extra-médicales.
En premier lieu, je mentionnerai l'appréhension vraiment extraordinaire que manifestent les personnes de la classe ouvrière, à Bordeaux, pour tout traitement tant soit peu douloureux. Des malades atteints d'affections essentiellement chroniques : ophtalmies granuleuses, fistules lacrymales, etc., s'étonnent qu'on ne puisse leur indiquer quelque eau merveilleuse qui les guérisse en peu de jours, sans souffrance, bien entendu, et parmi ceux qui consentent à se soumettre à un traitement de quelque durée, un bien petit nombre ont assez de persévérance pour arriver à une guérison complète ; la plupart cessent de venir à la Clinique dès que leur état s'est amélioré suffisamment pour qu'ils puissent reprendre leurs travaux.
A Paris, il n'en est pas tout à fait de même. La population ouvrière a l'habitude des cliniques ophtalmologiques ; les nouveaux malades se laissent guider par l'exemple de ceux déjà en traitement et se soumettent plus volontiers aux prescriptions de l'oculiste.
Les conditions de la vie matérielle, très différentes dans les deux villes, ne sont peut-être pas sans avoir aussi quelque influence sur l'empressement des malades à venir réclamer les soins d'un spécialiste. A Paris, où la majeure partie delà population ouvrière vit au jour le jour, et où la nature des occupations nécessite, plus que partout ailleurs, l'intégrité de l'appareil de la vision, c'est une nécessité absolue pour ceux que frappe une maladie ophtalmique, de s'en débarrasser au plus vite : quiconque a de mauvais yeux soutient avec peine la lutte pour l'existence.
A Bordeaux, au contraire, une bonne partie des malades que je vois à l'hôpital paraissent posséder un petit patrimoine, ou du moins vivre de quelque métier qui leur assure une indépendance relative : la nécessité de se faire traiter apparaît moins impérieuse. Je n'exagère rien en disant que les neuf dixièmes au moins des personnes atteintes d'affections chroniques parfois repoussantes : ectropions, fistules lacrymales, blépharo-conjonctivites, etc., préfèrent conserver leur infirmité plutôt que de
se soumettre à un traitement régulier. A Paris, ces malades trouveraient difficilement un patron qui consentît à les employer.
D'autres causes encore peuvent expliquer, dans une certaine mesure, la faible proportion des consultations par rapport au grand nombre des consultants.
Je crois remarquer que tout ce qu'il y a d'incurables dans la région vient successivement se présenter à l'hôpital Saint- André, pour essayer du nouvel oculiste. D'un autre côté, un grand nombre de malades viennent de la banlieue de Bordeaux, des villes voisines, ou même des départements limitrophes, simplement pour avoir mon avis, et continuent à se faire traiter par leur médecin habituel.
En raison de l'innombrable variété des affections oculaires, il serait impossible de baser une statistique détaillée des maladies des yeux, sur l'observation de 500 cas seulement. Mais si l'on groupe entre elles les affections de même nature, ou qui frappent un même organe, on arrive à des résultats qui se rapprochent sensiblement de ceux que j'ai obtenus pour les 500 derniers malades de la Clinique que je dirigeais à Paris.
Le tableau ci-dessous indique la proportion pour 100 cas. J'ai à peine besoin de faire remarquer que si l'on trouve, au total, plus de maladies que de malades, cela tient à ce que trèssouvent, il existe deux et parfois trois affections différentes chez un même individu. Par exemple, beaucoup de conjonctivites granuleuses sont suivies de kératites vasculaires; on trouve fréquemment avec un catarrhe des voies lacrymales, de l'hypermétropie et de la conjonctivite ; la plupart des blessures de l'œil sont comptées une première fois sous la rubrique traumatismes, une seconde fois avec les maladies propres à chaque organe; de même pour la syphilis, etc. 11 était impossible de faire autrement.
Proportion des diverses maladies oculaires à Paris et à Bordeaux.
Pour cent cas. Paris. Bordeaux.
Blépharites proprement dites. A 6
Autres maladies des paupières 6 4, M
Maladies des voies lacrymales. Il 11
Conjonctivites catarrliales aiguës 15 1">
Conjonctivites catarrhales chroniques 0 8
Conjonctivites phlycténulaires 8 6
Conjonctivites granuleuses 8,5 9,5
Conjonctivites folliculaires 2 2
Ophtalmies purulentes 2 1
Kératites aiguës (phlycténulaires, etc.) 9 10
Kératites chroniques (taies, etc.). 15 17,5
Cataractes 4 10
Maladies de l'iris 6 7
Maladies de la choroïde 5 5
Maladies de la rétine et du nerf optique
Amaurose, amblyopies j
Affections glaucomateuses 1,50 3,50
Strabisme 3 5
Paralysies des muscles moteurs 1 1,50
Paralysies de l'accommodation, environ 1 1
Hypermétropie, asthénopie 13 8
Myopie , 9 5
Lésions traumatiques 12 5