‹ Leçons d'orthopédieChapitre 22 sur 35 · QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LEÇON

Sommaire. — A quel âge peut-on tenter la réduction des luxations congénitale? ? — Y a-t-il un rapport établi entre Tâge du sujet et les lésions de la luxation congénitale? — La réduction est-elle possible? — Extensions préparatoires. — Leur utilité est très contestable. — Réduction. — Traitement consécutif. — Création de nouvelles cavités colyloïdes I — Sections musculaires. — Résultats du traitement. — La réduction semble avoir été obtenue dans quelques cas, mais n'a jamais été maintenue. — Trailement palliatif. — Améliorations remarquables sans réductions.

Messieurs, nous avons, à la fin de la dernière leçon cru nécessaire de vous faire constater sur des pièces pathologiques, les principales lésions qui accompagnent les déplacements congénitaux du fémur ou qui leur succèdent. Indépendamment des cas où la tête et la cavité ne se sont pas développées, vous en avez vu où la disproportion des parties articulaires, où la formation de nouvelles cavités, où le rétrécissement de la capsule rendaient la recherche de la réduction illusoire, inutile ou inopportune.

Ce qu'il importerait plus encore de savoir, c'est le rôle qu'il faut attribuer à l'âge de la déformation, par conséquent à l'âge du sujet; pour la production des lésions consécutives au déplacement. Dans cette étude, vous le comprenez, le chirurgien trouverait les conditions les plus sûres de l'opportunité et de l'efficacité possible de son intervention.

11 est malheureusement difficile aujourd'hui de ré-

LUXATIONS CONGÉNITALES DÈ LA HANCflE. 255

pondre d'une manière quelque peu satisfaisante à cette question : à quel âge peut-on tenter la réduction d'une luxation congénitale?

J'ai réuni un certain nombre d'autopsies, huit ont été pratiquées depuis la naissance jusqu'à l'âge de deux mois et demi, la moins ancienne qui vienne ensuite a été étudiée par Vrolik sur une petite fille de huit ans; elle était unilatérale et incomplète ; puis il en a une incomplète encore à dix ans; dans cinq autres autopsies, ces sujets avaient onze ans, seize ans, de vingt à vingtcinq ans, vingt-deux et vingt-neuf ans; dans tous ces cas, les luxations étaient complètes.

Ce simple énoncé vous fait voir combien ces faits restent insuffisants et combien ils sont incomplets, puisque, par exemple, les âges intermédiaires de deux mois et demi à huit ans, qu'il serait si intéressant d'observer, manquent complètement. Voici cependant ce que peuvent apprendre ces Aiits : dans la luxation incomplète de Vrolik, la cavité cotyloïde était presque toute remplie par le paquet adipeux hypertrophié, et le ligament rond avait disparu. A la place du rebord cotyloïdien postérieur, se voyait une croûte cartilagineuse fort tendre sur laquelle reposait la tète un peu aplatie, la tête parcourait très facilement l'espace libre qui lui était laissé par la capsule allongée ( I ).

Dans le deuxième fait dû à Paletta, l'agrandissement de la cavité cotyloïde est noté, mais sans autre détail (2).

(1) Vrolik, Essai sur ks effets produits par les luxations du fémur Amslerdam, 1 839.

(2) PaleUa, Exercilales palhologicœ. 1820, p. 84,

LEÇONS d'oRTHOI'KDIE.

Chez la jeune lille de onze nns qui fnt observée par M. Simonin, le ligament rond élail allongé, la Icte, sauf unléger ai)lalissement vis-à-vis de la fosse iliaque, avait sa configuration naturelle, mais n'était déjà plus en rapport avec la moitié réirécie (1). A seize ans, Vrolik a trouve les deux cavités réirécies ; M. Bouvier (2) a également conslalé le rétrécissement en tous sens, à vingtdeux et vingt-neuf ans. 11 résulterait donc de l'examen de ces faits que la configuration des parties osseuses empêche de tenter la réduction dès deux ans dans les luxations incomplètes, dès onze ans pour les luxations complètes; mais ce sont là bien plutôt des renseignements que des résultats assurés.

Dans le fait observé de vingt à vingt-cinq ans et qui appartient à M. Sédillot (â), ouire la déformation de la cavité, la capsule était tellement rétrécie entre la cavité et la tête luxée, que celle-ci, bien qu'atrophiée, n'aurait jamais pu franchir cette espèce de détroit. Mais je dois faire remarquer que c'est le seul fait de ceux ({ue je viens d'examiner où se trouve noté ce rétrécissement capsulaire; il n'existait pas, par exemple, sur la jeune fdle de onze ans disséquée par M. Simonin.

J'ai laisse de côté les huit fails observés dans les premiers temps de la naissance, les lésions encore primitives pour ainsi dire dont ils offrent de beaux exemples nous intéressent moins au point de vue de l'élude que nous poursuivons des obslacles à la réduction, mais

(1) Simonin, dans Humberl, ouvr. cil., p. 231.

(2) Bulletin de C Académie, l. Ill, p. 670.

(3) Sédillot, Jouriuil des connaiss. médico-citirurg février IS36.

cependant je vous ferai remarquer que déjà on y voit noté dans quelques-uns un certain degré de déformation de la tête fémorale et de rétrécissement de la cavité cotyloïde; néanmoins deux fois la réduction fut essayée sur le cadavre et obtenue avec la plus grande facilité. Ces deux faits appartiennent à MM. Parise et Verneuil ; j'en rapprocherai ceux de M. Richard (de Nancy), qui dit de même avoir trouvé la réduction facile chez deux enfants de dix-huit et vingt mois (1).

Des doutes sérieux s'élèvent cependant sur la possibihté de la réduction dans les luxations congénitales. Ce ne sont pas ces réductions opérées à la naissance que je voudrais opposer à une telle manière de voir; mais, tout bien examiné, je crois cependant que la réduction a pu être quelquefois obtenue.

C'est M. Bouvier qui a apporté à l'impossibilité de la réduction les arguments les plus sérieux ; il a surtout insisté sur le rétrécissement capsulaire. Ce que nous venons de dire démontre, en effet, que la réduction peut souvent être rendue impossible, plus encore d'ailleurs, par la déformation de la cavité cotyloïde notée chez les plus jeunes sujets de nos observations, que par le rétrécissement de la capsule noté seulement une fois de vingt à vingt-cinq ans. Mais ne se peut-il donc pas faire que les conditions anatomiques qui ont laissé la réduction si facile dans le premier mois de la vie ne puissent se retrouver plus tard? C'est ce que je crois pour ma pari ; c'est ce que nous avons d'ailleurs établi pour les

(1) Traili; des maladies des enfants, 1839, p. 4 23.

luxnlions suite d'hydarlliroses non congénitales, qui on! avec celles-ci des rapports si intimes.

11 faut cependant reconnaître que l'examen scienlilique de la pratique de ceux qui se sont occupés du sujet est bien fait pour inspirer l'incrédulité. Les difficultés les plus grandes s'y présentent à chaque pas, les problèmes les plus épineux sont posés, ils ne s'en préoccupent même pas ; il est à chaque instant question de réduction, et nulle part des signes à l'aide desquels le chirurgien a pu s'assurer que la tête n'avait pas été seulement déplacée, ramenée plus ou moins près de sa cavilé, mais replacée dans le cotyle. Dans les luxations traumatiques ce n'est qu'après avoir senti le choc caractéristique produit par la rentrée de la tête, et lorsque vous retrouvez les mouvements et la forme normale, que vous déclarez avoir réduit ; ici la forme et les mouvements ne donnent que des présomptions insuffisantes, le choc caractéristique peut donc seul donner la certitude absolue de la réduction ; ce n'est qu'ainsi que vous pourriez affirmer : est-ce ainsi que l'on a procédé ? Nous allons d'ailleurs suivre dans ces différentes phases le traitement orthopédique appliqué aux luxations congénitales, et c'est chemin faisant que nous vous dirons où en sont encore aujourd'hui ces questions ardues, et quelles étranges théories, quelle étrange pratique on met en œuvre en l'absence de la réalité, à laquelle il faut avant tout savoir s'arrêter.

Les essais de réduction remontent à Hippocrale, qui d'ailleurs ne faisait pas de différence entre les luxations traumatiques et congénitales. 11 n'en est plus de même

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