‹ Leçons de botaniqueChapitre 106 sur 148 · JO · texte numérisé non relu

JO

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véritable science. Mieux vaut encore connaître parfaitement les feuilles, les involucres ou les pédoncules des plantes que de sc borner à en savoir empiriquement le nom.

Gardons-nous cependant de blâmer, dans tous les cas, les auteurs qui ont fondé des genres sur la graine et le fruit, lorsqu’il se présentait des moyens de division moins difficiles. Dans un grand nombre de plantes, certains caractères ont été fort longtemps négligés ; si les botanistes qui, les premiers, les ont découverts, se fussent contentés de les indiquer dans des descriptions spécifiques, le résultat de leurs recherches eût passé inaperçu ; il fallait donc qu'ils imaginassent quelque artifice pour fixer notre attention sur les organes qui avaient fait l’objet spécial de leurs observations; ce but ils ne pouvaient guère l’atteindre qu’en attai.rn„, rTO,[. chant des noms génériques à leurs découvertes ; mais des genres ainsi formés, bien différents de ces associations si naturelles proposées par les Linné, les Jussieu, les Kunth , etc. , ne doivent être considérés que comme transitoires ( genus lemporarium ) ; on peut, comme je l’ai dit ailleurs, les comparer à ces médailles qui rappellent certains événements remarquables, mais ne sont pas destinées à avoir cours.

Peut-être demanderez-vous s’il ne faut pas, comme en zoologie, désigner par les termes de subordination de caracsi üasrtou t ères les degrés de valeur si différents, qui nous sont offerts, ofl'rt! P.r imÜ" par les signes distinctifs des végétaux. Pourvu qu’on in- {■rr y., (Ijque bien clairement le sens que l'on attache aux mots dont

1 expression de * 1

.«sommation. on se j[ importe assez peu que l’on donne la préférence aux uns plutôt qu’aux autres; mais, si nous voulons nous en tenir à la signification ordinaire des mots, nous n’emploierons pas ici ceux dont il s'agit. Le mol subordination , en effet, implique tout à la fois l’idée de la hiérarchie et celle de la dépendance. Cette dernière existe certainement

CLASSIFICATION

dans certains cas; ainsi la périgynie, qui sans doute peut se rencontrer avec un ovaire libre, est ailleurs la conséquence nécessaire de l’adhérence de l’ovaire, ou, si l’on veut, elle est subordonnée à cette adhérence, comme celle de l’ovaire l’est à son unité; mais, dans des cas bien plus nombreux, nous ne voyons réellement que des coïncidences dont nous nepouvons nous rendrccomptc. Quatre étamines didy naines, un ovaire gynobasique, une corolle irrégulière sont des caractères qui se rencontrent dans les diverses espèces de Labiées; et nous ne saurions découvrir quel est celui des trois qui est subordonne aux deux autres, ni même si cette subordination existe. Dans la hiérarchie sociale, un homme peut occuper un rang bien moins élevé qu’un autre, et cependant ne dépendre de lui en aucune manière.

La connaissance que nous avons acquise de la symétrie végétale et les principes de botanique comparée ou, si l’on veut, de classification, que je viens de vous exposer, me conduisent naturellement à l'examen d’une question importante, celle de savoir quels sont, dans l’ordre des développements, les végétaux les plus élevés. L’espèce à laquelle il ne manque aucune partie est évidemment plus développée Knl lr, que celle où nous en trouverons quelques-unes de moins ; it’

, l « « 1 .• j • 1 dre de* développe-

celle ou nous observerons des parties de plus que nous n en mm», voyons ordinairement sera encore plus développée que la première; et, lorsque les organes seront soudés, confondus les uns avec les autres, le développement sera évidemment moindre que quand ils se montreront parfaitement libres Ainsi une plante sera d’autant plus élevée dans l'ordre des développements qu’elle offrira moins de suppressions, moins de soudures et plus démultiplications. M. deCandolle, voulant commencer sa série linéaire par les plantes les plus parfaites, a donc eu raison de placer à la tête de celte série les Benonculacécs, lesMagnoliées, les Allouées, chez les-

BOTANIQUE COMPARÉE

quelles on trouve, avec le plus grand nombre possible de multiplications, des étamines et des pétales hypogyncs, c’està-dire entièrement libres.

A ces plantes succéderont naturellement , dans la série , celles qui, sans multiplication, nous offrent pourtant, comme elles, des étamines hypogyncs et des pétales distincts. Mais on peut se demander si , quand nous arriverons aux soudures et aux suppressions, il faudra que nous tenions plus de compte des premières que des secondes. Cette question rentre dans celles que nous avons déjà traitées, et peut se décider par la coïncidence plus ou moins étendue, plus ou moins importante des caractères. Si nous mettions l’insertion au premier rang, il faudrait épuiser d’abord toutes les plantes àaélamines bypogynes, puis passer à toutes les périgynes , et ainsi les polypétales se trouveraient entremêlées de mouopétales et d’apétales -, mais il n'est pas un botaniste qui n’ait reconnu que les polypétales et les monopétales forment deux groupes bien distincts, unis chacun par des coïncidences particulières -, il n’en est pas un qui n’admette que les polypétales périgynes sont réellement plus élevées, dans la série des développements, que les monopétales hypogynes, chez lesquelles on ne trouve jamais de stipules, qui offrent rarement des feuilles composées , rarement un grand nombre d’étamines, et dont les carpelles sont toujours soudés les uns avec les autres. Après les monopétales viendront nécessairement les apétales , non-seulement parce qu'elles présentent un vcrticille de moins, savoir, la corolle, mais parce qu'avec ce défaut de développement coïncident d’autres signes d’un manque d’énergie plus sensible encore, l’absence de stipules latérales, des feuilles qui jamais ne sont composées, des étamines en petit nombre, des feuilles carpcliaires soudées entre elles, et, ce qui est fort remarquable, presque toujours un système axile terminé de la manière la plus sim-

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pie, c’est-à-dire par un seul ovule (V. p. 5V6). De tout ceci, il résulte que, dans les dicotylédones, nousnc devons mettre l’insertion qu’en seconde ligne, c’esl-à-dire après la séparation des pétales, leur soudure et leur absence.

L’ordre que je viens d’indiquer est encore celui de la méthode de Jussieu, à laquelle nous sommes forcés de revenir toujours sous quelque face que nous considérions les rapports naturels. Jussieu a mieux fait qu’il ne croyait lui— même, car il semble avoir eu l’idée de former sa division en polypétales, monopélales et apétales , uniquement pour multiplier les coupes ; et en réalité il en a établi de bien plus naturelles que s’il n’avait eu égard qu’aux insertions.

Je ne vous dissimulerai cependant point que, dans les détails, la formation d’une série linéaire, fondée sur une augmentation graduée des développements, présente desdifficultés pour ainsi dire insurmontables. Cette série n’existe

réellement point dans la nature. Si nous en apercevons quel- .r d,

ques fragments, ailleurs nous ne voyons que des groupes, “p'-wu” ailleurs nous voyons les entre-croisements les plus étranges, m"“ ailleurs de vastes lacunes. Cependant, comme il faut nécessairement que nous admettions dans nos livres uue série liuéaire, nous travaillerons sans cesse à la rendre la moins imparfaite possible ; nous salirons sacrifier des rapports souvent fort importants pour en conserver d’autres, et ceux que la série ne pourra exprimer, nous les indiquerons soigneusement dans des notes. De toutes les monopétales, par exemple, les moins développées sont incontestablement les Composées, puisque leur inflorescence est aussi contractée qu’elle peut l’être, que leurs bractées sont réduites à n’offrir que des paillettes membraneuses ou que même elles disparaissent , que leur calice est avorté , leur corolle périgync , leur ovaire adhérent, leur ovule unique , et que souvent il leur manque un ou plusieurs vcrticilles; et cependant nous

BOTANIQUE COMPARÉE

sommes à peu près forcés de ne point les placer auprès des apétales , afin de ménager une foule d’autres rapports.

Il est tellement impossible d’établir une série parfaitement graduée que, dès les premiers pas, nous nous trouvons obligés de laisser, à côté des espèces le plus richement organisées, d’autres espèces où se présentent des suppressions nombreuses; ainsi, au milieu des Renonculacées à cinq pétales et à ovaires indéfinis, nous laissons le Delphinium Âjacis à un seul pétale, à un seul carpelle; pourquoi cela? parce que, malgré les suppressions que présente celte espèce , il n'est pas une famille où elle puisse trouver une place plus convenable que chez les Renonculacées, pas un genre dans lequel nous puissions mieux la faire entrer que chez les Delphinium. Si au milieu de plusieurs familles de polvpélales périgynes nous jetons une foule d’apétales , c’est que, malgré leur défaut de corolle, ces apétales présentent évidemment les caractères des polvpélales périgynes, cl qu’elles n’offrent aucun des autres defauts de développement qui, comme je viens de vous le montrer, nous sont offerts en si grand nombre par les véritables apétales d’Antoine-Laurent de Jussieu.

Dans une foule de cas, il faut bien le dire, un tact délicat, une grande habitude d’observer, nous aideront mieux que toutes les règles à disposer les plantes d’après leurs véritables rapports, et quoi que nous fassions il y aura toujours dans nos arrangements beaucoup d’empirisme.

Cependant nous pouvons faire disparaître quelque chose de cet empirisme, même dans les détails, nous pouvons

3>ldiJdn donner plus de précision à la science des rapports, si nous

rapports. # • • • •

voulons recourir à un moyen dont j’ai déjà eu l'occasion de vous entretenir (p. 19). Il consiste à comparer avec le type que je vous ai tracé (p. 603) les plantes sur lesquelles nous aurons conçu quelques doutes , et à rapprocher les

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unes des autres celles qui offriront le plus de ressemblance avec ce type, ou qui s’en écarteront le plus. Un exemple pris parmi les moins compliques achèvera, je l’espère, de me faire comprendre.

Dans les deux genres Micranthemum et Pinguicula nous Exemple du

crnnlhemnm et du

trouvons une corolle monopétale, bypogyne, irrégulière, ««t* à cinq parties, deux étamines et un ovaire uniloculaire dont le centre est occupé par un placenta libre. Ce dernier caractère réveille en nous l’idée des Primulacées, tandis que l’irrégularité de la corolle et un nombre d’étamines moindre que celui des parties de celte dernière nous rappellent lesScrofularinées; mais nos deux genres ont ils plus de rapports avec la première des deux familles qu’avec la seconde; en offrent-ils plus avec la seconde qu’avec la première, ou, enfin , l’un d’eux en aura-t-il plus avec les Primulacées qu’avec les Scrofularinées? Avant de répondre à ces questions, je rapproche du type général le type particulier de chacune des deux familles, afin d’acquérir une idée exacte de l’une et de l’autre; et j’établis les projections suivantes :

Type général.

Calice — — — — — Corolle — — — — —

Étamines — — — — —

1" disque — — — — —

BOTANIQUE COMPARÉE

Primulacées.

Calice — — — — —

Corolle — — — — —

Dédoublement :

staminal de : : : : :

la corolle. — — — — —

Étamines 0 0 0 0 0

1" disque 0 0 0 0 0

2' disque 0 0 0 0 0

Scrofularinées.

Calice — — — — —

Corolle — — — — —

Étamines — — 0 — —

l*r disque 0 0 0 0 0

2* disque 0 0 0 0 0

La comparaison me montre que les deux disques manquent également dans les deux familles (t), que le vcrliciilc staminal manque aussi chez les Primulacées, et que les organes mâles y sont fournis par un dédoublement staminal de la corolle (Y. p. 662 ), tandis qu’au contraire il existe dans les Scrofularinées un véritable vcrliciilc d’étamines dont une ne s’est point développée. A présent que nous connaissons bien les deux familles, nous allons rapprocher de leur type propre la projection des genres Pinguicula et Micranthemum , dont nous aurons préalablement examiné les parties avec le plus grand soin sous le rapport de leur position respective.

(1) Un des deux disques existe dans divers genres de Scrofularinées.

CLASSIFICATION

Pinguicula.

Galice — — — — —

/Corolle — — — — —

) Dédoublement : : : • :

j staminal de :

\ la corolle. 0 6 6 6

Étamines 0 0 0 0 0

1*' disque 0 0 0 0 0

2* disque 0 0 0 0 0

Micranthemum.

Calice — — — — —

Corolle — — — — —

Étamines — 0 0 0 —

1" disque 0 0 0 0 0

2* disque 0 0 0 0 0

Ces projections nous montrent que les deux étamines du Pxnguxcula résultent du dédoublement de l’un des pétales, tandis que celles du Micranthemum sont les restes d’un véritable ver ticille staminal réduit à n’avoir que deux pièces. Donc, pour ce qui regarde les étamines , le genre Pinguicula offre plus de rapports avec les Primulacées qu’avec les Scrofularinées, et le Micranthemum en a davantage avec les dernières. Cette circonstance doit me rappeler que les Limosella, genre de Scrofularinées, n'offrent de cloison qu’à la partie inférieure de leur ovaire (V. p. 502), et que leurs deux placentas réunis en simulent un seul à la partie supérieure ; j’examine avec soin un grand nombre d’ovaires de Micranthemum , et chez quelques-uns je découvre à la base de leur cavité les débris d’une cloison qui achèvent de me démontrer que ce genre doit bien plutôt être rapporté aux Scrofularinées qu’aux Primulacées.

Vous remarquerez que les comparaisons que nous avons

Utilité de U coinpiriuon dfi plan-' U*» a vrc Ir typ* poor la roooait- Mnrr de la rompoaiûondcla llcur.

'98 BOTANIQUE COMPARÉE

faites avec le type ne nous ont condaits au résultat désiré qu’en nous faisant passer par la connaissance la plus exacte des organes floraux des diverses plantes comparées ; donc , indépendamment de toute idée de rapports, une comparaison semblable aura l’avantage de nous éclairer sur la structure des fleurs dont la composition aura pu , au premier abord , nous paraître bizarre et insolite. Je vous citerai seulement deux plantes très-remarquables, le Sauragesia erecta et le Réséda lutea ; pour abréger, je n’entrerai point ici dans le détail des multiplications, des dédoublements, ou des suppressions qui peuvent s’étre opérées dans les différents vcrticillcs, et je me contenterai de vous présenter le tableau suivant :

Type. S. erecta. Réséda lutea.

Calice.

Calice. Calice.

Corolle.

Corolle. Corolle.

Étamines.

Ét. stériles. Disque.

1" disque.

Corolle intérieure. Étamines.

2' disque.

Étamines fertiles. 0

Carpelles.

Carpelles. Carpelles.

Par ce tableau nous voyons que, dans le Réséda lutea, les étamines ont pris la place du disque et le disque celle des étamines. Il nous montre aussi que, chez le Sauvagesia erecta , il n’existe que des étamines stériles là où , dans le type, uous en avons de fertiles; que la plante reprend ensuite une énergie nouvelle; qu’à l’endroit où nous ne trouvons ordinairement que les organes avortés du premier disque sc montre une corolle, et qu’à celledu second disque s’élèvent des étamines fertiles sans lesquelles il ne pourrait y avoir de fécondation , sans lesquelles, en un mot, l’espèce serait bientôt anéantie.

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Ce qui a lieu dans les deux espèces que nous venons de soumettre à notre examen nous fait voir combien est versatile l’organisation végétale : mais c’est principalement chez le Réséda lutea que nous trouvons une preuve de cette mobilité ; car nous n’y observons pas sculemen t des développements plus marqués, mais encore un changement de place bien complet entre des organes de deux ordres entièrement différents.

Ne croyez pas, au reste, que ce phénomène soit particulier au Réséda lutea; on l’observe chez d’autres espèces, et il a reçu le nom de déplacement d'organes ( organorum metathesis). Il contribue à cette diversité qui répand tant de beauté dans le régne végétal, et, si nous ne pouvons expliquer pourquoi il s’opère dans telle circonstance plutôt que dans telle autre, du moins, comme vous venez de le voir, la botanique comparée peut-elle nous le faire reconnaître sans peine. Si je ne vous en ai point entretenus en vous parlant de la symétrie, c’est qu'en réalité il ne saurait la troubler ni la déguiser en aucune manière. Ce n’est pas la nature des organes, mais leur position respective qui constitue la symétrie, et qu’un verticillesc compose d’étamines, de pétales ou de glandes, il sera toujours symétrique si ces pièces alternent avec celles du verticille qui précède.

Je vous ai fait connaître de quelle manière doit être formée, au moins dans les points principaux, la série ss u n. linéaire. Nous avons encore une question à examiner. De- raencer oa finir

. , * . p*r les plantes lea

vons-nous , à l exemplc de Jussieu, commencer cette série j t;1"7,* j’*"

par les plantes les plus imparfaites, ou faut-il, comme '«w™»*-

M. de Candolle, la commencer par celles qui sont le plus

élevées dans l’ordre des développements? Il est incontestable

que nous ne saurions nous former une idée juste d’un corps

qui a éprouvé quelques suppressions, si nous ne l'avons vu

dans son intégrité, ou, du moins, si nous n’avons vu sans

BOTANIQUE COMPAREE

aucune suppression quelque corps analogue. Les botanistes d’un pays où il n’existerait quedes Graminées ou des Polygala pourraient, sans doute, décrire les caractères de leurs fleurs, mais ils ne sauraient s'expliquer la véritable structure de ces mêmes fleurs , ils n’en comprendraient point la symétrie. Nous mettrons donc les plantes les plus complètes à la télé de la série, puisque celles-là seules peuvent nous expliquer les autres ; ce sera procéder du connu à l’inconnu, marche que l’on suit dans toutes les sciences. Le pâtre, qui connaît seulement sa cabane, ne verra, dans de nobles ruines, que d’informes amas de pierres; mais un architecte habile, qui aura soigneusement observé une foule de constructions diverses, aura à peine jeté les yeux sur ces restes dédaignés de l’ignorant, qu’il se représentera l’édifice auquel ils ont appartenu , qu’il pourra même nous tracer le plan de cet édifice.

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