‹ Leçons de botaniqueChapitre 112 sur 148 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

CRYPTOGAMES (1)

Jusqu’ici je vous ai entretenus seulement des plantes phanérogames, celles qui présentent des étamines et des pistils bien caractérisés; mais, comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire(p. 41), il en est une foule d’autres chez

(I) Je dois ce chapitre presque toui entier à l’extrême obligeance de M. W.-P. Schimper, l’un des plus habiles cryptogamistes dont la France s’honore ; j’en ai seulement modifié la rédaction, alin que l’ouvrage que j’oITre au public conservât partout le même caractère. Qu’il me soit permis de remercier M. Schimper et d’adresser aussi quelques remcrcimenls àM. le docteur Montagne, qui, aux plus vastes connaissances en cryptogamie , réunit une complaisance à toute épreuve, et qui a bien voulu m’aider de ses conseil:-.

r.niPTOGAMKS.

Ciractirn

«lnlingurnt

cryptogame»

|iluoàugini'i

lesquelles nous chercherions vainement ces organes , et qui, pourtant, peuvent aussi se reproduire et se multiplier; ce sont les cryptogames ( planta • cryplogatnicœ) , autrement appelées agatues, inembryonnées , acotylédoncs ou cellulaires.

Il ne faut pas croire qu’aucun lien n'unissc ces végétaux aux phanérogames. Les Marsiléacées forment un passage entre les autres cryptogames et les Aroides, plantes monocotylédones ; les Cycadees participent à la fois des caractères des dicotylédones, des monocotylédones et des cryptogames (V. p. 43) j enfin, si, parmi ces dernières, il en est une foule qui offrent un tissu purement cellulaire, nous ne trouvons, non plus, que des cellules dans celui des Lemna et des Najas, végétaux qu’il faut ranger néccssaire- ,jU1 ment parmi les phanérogames.

,i« Cependant, quoique les cryptogames ne se présentent point absolument isolées au milieu du règne végétal, on peut les distinguer sans peine des plantes phanérogames, non-seulement par leurs organes reproducteurs, fort différents des étamines et des pistils véritables, mais encore par leurs graines qui n’offrent ni la même structure interne, ni le même mode de développement que celles des phanérogames. Ces graines ne sont point, dans le jeune Age, des ovules attachés à un placenta, et organisés pour recevoir, d’un tube pollinique, la fécondation indispensable; ce sont des espèces de coagulations qui se forment dans des cellules ou même à leur surface, et qui elles-mêmes finissent par constituer des cellules. Ici rien ne ressemble à un embryon véritable ni à ses diverses parties; par la germination se développent une ou plusieurs cellules qui remplacent le corps cotylédonairc dont on ne voit aucune trace, et sont, pour la jeune plante, les premiers organes de la nutrition.

CRYPTCHiAMES.

Quelques naturalistes ont divisé les piaules dont il s’agit en cryptogames proprement dites, dont les organes générateurs sont trop petits pour être vus à l’œil nu, et en agames , chez lesquelles ces mêmes organes manquent ou n’ont point encore été découverts ; mais il est évident que celte classification ne saurait être adoptée, car elle rapprocherait les formes les plus différentes, et réunirait dans un seul groupe les Champignons, les Fougères et les Algues. D’autres botanistes ont partagé en vasculaires et en cellulaires les plantes cryptogames; cette division a, sans doute, bien moins d’inconvénients que la précédente; cependant je ne dois point vous dissimuler que le tissu vasculaire disparaît des différents groupes de plantes cryptogames, par des dégradations insensibles, et que certains observateurs ont cru découvrir quelques indices de vaisseaux dans un assez grand nombre d’espèces réputées cellulaires. Les cryptogames, il faut bien le dire, montrent entre elles si peu d’analogie qu’il estindispcnsable de les partager en plusieurs classes modelées, en quelque sorte, sur des types différents, indépendantes les unes des autres, fondées non-seulement sur la structure interne, mais encore sur la manière de fructifier, et susceptibles enfin d’étre subdivisées en familles naturelles. Au reste, mon but n’est point ici de classer les cryptogames, mais de vous faire connaître leurs différents organes; et, pour ne pas m’écarter de la marche que j’ai suivie en vous parlant des phanérogames, je commencerai par les racines.

§ I. — Des racines.

Des racines fibreuses et des racines capillaires ( radices fibrillosw , rad. capillares ) sont les seules que l’on observe

CRVPTOGAMfcS

dans les plantes cryptogames. Les premières appartiennent <ur.cti..»gco<h aux cryptogames vasculaires, les secondes aux cellulaires.

Les unes et les autres, comme celles des phanérogames, ne produisent ni bourgeons ni feuilles.

Nous savons que des raciues accessoires peuvent naître , chez les phanérogames, des differentes parties de la plante; ‘ *““* il en est de même d’un grand nombre de cryptogames dont le tronc, les rameaux et les feuilles sont également susceptibles de se couvrir de radicelles.

Dans quelques Mousses, les Sphagnum, les Calymperes, les io..nr. Leucobryum, les racines n’existent que dans le jeune Age. ■]i» lr jruor àjft. Quand ces plantes ont atteint un certain degré de développement et qu’elles forment des gazons compactes, leurs racines disparaissent souvent d’une manière complète.

Chez un grand nombre d’autres cryptogames, les Nosto- Atwnrr .ir chinées , les Conferves, par exemple, le système radiccl-

liinie udicrlliirr. , . , . ...

taire manque entièrement ; ces plantes restent libres et se nourrissent par toute leur surface.

Outre les deux sortes de racines véritables que je vous ai indiquées plus haut, les fibreuses et les capillaires, on trouve iwiD». cr.m- encore, chez les Lichens, les Algues, etc., des expansions extrêmement délicates qui offrent la même couleur que la plante à laquelle elles appartiennent et qui servent bien moins à la nourrir qu’à la fixer aux corps voisins. Ces expansions on tété nommées fibrilles, ou racines cramponnan tes [fibrillœ, rad. adliganles, fixurœ).

§11. — De» liges.

La lige des cryptogames se montre sous les formes les plus variées, souvent les plus bizarres, et, dans une foule de cas,

CRYPTOC VUES

elle n’a <|u‘une faible analogie avec celle partie du végétal que l'on appelle tige dans les phanérogames. Cependant on retrouve dans les Fougères le véritable slipe(sfi/)es) des raonocotylédoncs, comme l’on retrouve la tige proprement dite (caulis), chez les autres cryptogames vasculaires et chez les cellulaires à expansions foliacées parfaitement distinctes (les Mousses).

Quand les expansions latérales des cryptogames cellulaires ne diffèrent point des véritables feuilles, on appelle tige feuilléc celle qui les a produite ( caulis foliosus). Lorsqu’au contraire les feuilles restent soudées non-seulement les unes avec les autres , mais encore avec la tige ellemême, et que celle-ci ne parait plus au milieu des parties confondues que comme une sorte de nervure, on donne à tout l’ensemble le nom de fronde ( frons ). La fronde, dont nous trouvons l’analogue parmi les phanérogames chez certaines Cactées aplaties , caractérise un grand nombre de Mousses hépatiques, telles que les Marchandées , les Ricciées , les Anthocérolées , etc.

Dans les cryptogames vasculaires la lige peut être verticale, comme chez les Fougères arborescentes, ou horizontales , comme chez d’autres plantes de la même famille. Rarement elle est souterraine, ainsi que cela a lieu dans les Prêles ( Equisctum ). Il est arrive à ces dernières la même chose qu’à une foule de phanérogames (V. p. 179, 106); on a presque toujours pris pour une racine leur tige rampante, cachée sous la terre. Mais, quand on compare cette racine prétenducavcc les tiges secondaires ou rameaux qui naissent d’elle pour s’élever au-dessus du sol, il est facile de reconnaître qu’elle porte, de même quecesderniers, desorganes appendiculaires en forme de gaine, qu’elle est articulée comme eux , et qu’elle n’en diffère réellement que par lemilieu dans lequel elle végète. Je ne dois point ometlrede vousdircque sur

l.r itipe cl U tige proprement

dite clici les cryptogames.

Ti.c fr in liée.

Fionde.

Tige verticale *

horizontale.

Tige souterraine de* Prêle*.

CRYPTOGAMES

Tubercule» de* Prèle».

Tige de» Chara •

Tige de» Moo#«

les tiges souterraines des Prèles on remarque des productions tuberculeuses assez singulières ( tubera ) qui ne se retrouvent dans aucune autre famille de cryptogames. Comme ces tubercules naissent aux mêmes endroits que les rameaux , qu’ils sont terminés par une petite couronne dentée qui est évidemment l’analogue des gaines de la tige et des branches , et que d’eux enfin il peut naître d’autres tubercules semblables à eux-mémes, il est bien évident qu’on doit les considérer comme des rameaux, imparfaitement développés, qui se sont épaissis.

Quoique appelés dans le voisinage des Algues confervoïdcs par leur organisation purement cellulaire , les Chara , plantes submergées, nous offrent cependant une tige dont les caractères extérieurs ont la plus grande analogie avec ceux des Prèles ou Équisétacées. Cette tige, en effet, est articulée comme celle de ces dernières et garnie de radicules à ses articulations. Si on la suit de haut en bas , on voit ses rameaux diminuer successivement de longueur et enfin disparaître. Les racines, qui sont capillaires, se terminent par un faisceau de radicelles extrêmement déliées.

Parmi les cryptogames cellulaires, ce sont incontestablement les Mousses fouillées qui ressemblent le plus aux phanérogames par leur tige , car celle-ci est garnie régulièrement de feuilles disposées en spirale, et des radicelles capillaires l’ont, dans l’origine, fixée au sol. Extrêmement variable pour la longueur, cette lige s’aperçoit à peine dans quelques Phascum et les Buxbaumia, tandis que souvcntcllealleinlplusieurs pieds daDS les Fontinalis elles Spiridens. Son épaisseur est peu sensible et reste toujours la même depuis la base de la plante jusqu’à l’extrémité supérieure. Sa consistance est plus ou moins coriace , rarement succulente , généralement plus tenace que celle des feuilles. Tantôt cette même tige est droite ou ascendante, tantôt elle

CRYPTOGAMES

est couchée, ou bien encore elle rampe sur le sol, fixée dans (ouïe sa longueur ou seulement par sa base. Chez les espèces annuelles clic reste ordinairement simple, et la fructification met un terme à son existence. Chez les espèces vivaces, la fructification appartient ou au premier degré de végétation , ou au second , ou au troisième. Dans le premier de ces trois cas, la lige doit nécessairement porter à son sommet les organes de la fructification , et par conséquent elle est déterminée (V. p. 95) ; mais elle donne naissance à des pousses latérales qui , émettant des radicelles de leur base, peuvent croître et former de nouveaux pieds, tandis que la tige mère, après avoir végété sans prendre d’accroissement, finit par se détruire (ex. les Ortholrichécs , les Bryacées, les Trichostomées) : ici nous retrouvons une végétation semblable à celle des plantes phanérogames dont les rameaux souterrains à leur base sont déterminés, celle, par exemple, de la Tulipe et de l’ Euphorbta dulcis (V . p . 115 et 1 1 1 ). Chez les Mousses, dont la fructification appartient au second degré de végétation, la lige principale est indéterminée (V. p. 95) et les rameaux sont couronnés par les fruits; mode de végéter qui trouve son analogue dans l’inflorescence axillaire des tiges indéterminées des dicotylédones. Dans le groupe des Hypnées on rencontre un assez grand nombre d’espèces chez lesquelles les rameaux primaires sont indéterminés comme la tige elle-même ; c’est sur des rameaux secondaires que naissent les fruits qui, par conséquent, appartiennent à la troisième génération , comme la fleur des Ombelles chez les phanérogames.

Ainsi que je vous l’ai dit plus haut , la tige des Mousses hépatiques est souvent soudée, confondue avec les feuilles; et, dans les Marchandées et les Kicciées , elle présente l’aspect de la lige appelée thalloïde , propre aux Lichens et t,„, ,i„ Hip,. à une partie des Champignons et des Algues.

CRYPTOGAMES

Tlialli».

Celle tige thalloïde ou thallus ( ihallus ), plus éloignée encore des liges proprement dites que celle des Hépatiques, se distingue de celte dernière, parce qu’elle offre une plus grande irrégularité, et qu’elle ne porte jamais ni feuilles vertes détachées ni véritables radicelles. Les organes qui la fixent au soi sont des radicelles fausses (V. p. 828); et quand sa surface est garnie d’expansions foliacées , cellesci son t toujours disposées sans ordre , ce qui , vous le savez , rt’a jamais lieu pour les feuilles véritables. Dans les Fucoïdées, comme dans les Lichens ramifiés, il n’existc qu’un t hall us ; mais sa ressemblance avec les liges proprement dites est souvent si grande qu’elle pourrait tromper l’observateur inaltcntif.

Dans un grand nombre de Champignons la lige est représentée par un tissu filamenteux, qui tantôt est souterrain , tantôt se voit à la surface des corps, et auquel on a donné le nom de mycélium dans les Hymenomyceles, etc., et celui de stroma dans les Pyrenomyceles. On croyait jadis Q,‘°“ que chez les Champignons dont le fruit , tel que celui du Champiguon de couches ( Ayaricus campestris) , est porté par un pied ou pédicule ( stipes ) le tissu filamenteux était une sorte de racine cl le pédicule une tige ; mais des recherches récentes ont prouvé que l’on devait voir dans ce tissu un lhallus sur lequel le fruit prend naissance , comme cela a lieu dans les Lichens.

§ III. — Des feuilles.

Ff-niür* dp» Les feuilles des cryptogames vasculaires ont une organi- •Ktî!”" sation semblable à celles îles phanérogames, et sont, ainsi qu’elles, disposées en spirale.

CHYPTOCAMKS.

Comme les feuilles des Fougères portent les fruits, on a cru qu’elles étaient soudées avec des rameaux qui , d’après l’analogie, devraient sc trouver à leur aisselle ; on les a donc distinguées des feuilles véritables et on les a appelées frondes ( frons ), désignant leur pétiole sous le nom de stipe de* Fougères j (stipes) ; mais l’anatomie a démontré que la supposition dont il s’agit était dépourvue de fondement , et nous en trouvons encore la preuve dans les caractères extérieurs. Si, en effet, les feuilles des Fougères étaient soudées avec un rameau axillaire, celui-ci rendrait nécessairement convexe, du côté de la tige, leur axe ou nervure moyenne (rachis) ; mais ce n’est point une couvexité que présente cette nervure , du moins à sa partie supérieure ; c’est, au contraire, une rainure assez profonde. Les feuilles des Fougères ont une grande ressemblance avec celles des Palmiers; elles en ont encore davantage avec celles des Cycadécs, qui, comme elles, sont roulées en crosse dans leur jeune âge.

Les Lycopodiacécs montrent par leurs feuilles une analogie très remarquable d’un côté avec les Conifères et de l’autre avec les Mousses; on pourrait prendre un rameau de Lyiopodi,. Lycopodium complanatum pour une branche de Juniperus rc“i Sabina , et les L. rupestre et filiforme pour certains Ifypnum.

Dans quelques Lycopodes les feuilles semblent distiques , mais elles ne le sont réellement pas ; car, avec celles qui sc montrent étalées et placées sur deux rangs , il en existe d’autres beaucoup plus petites serrées contre la tige , disposition que l’on retrouve chez les cryptogames cellulaires dans le genre Jungermannia de la famille des Hépatiques.

Dans les Kquisétacécs les feuilles ne sont autre chose que ces dents qui , soudées à leur base , en manière de gaine, terminent chaque articulation pour entourer la partie infc- Jm f ricurc de l’articulation suivante ; ou , si l’on veut , la "Mi

I RYPTOUAMES.

t;ainc des Équisélacées est formée par la soudure d’un vertirille de feuilles, continuation immédiate de la membrane extérieure de la lige. Ces mêmes dents ou feuilles ont une consistance tout à la fois membraneuse et coriace, et ne sont jamais vertes. Dans une même espèce , les gaines de la tige offrent un nombre de feuilles assez généralement invariable; mais les gaines des rameaux ne comprennent jamais autant de feuilles que celles de la tige.

Chez les Marsiléacées, famille pourtant fort naturelle, sw.ii.,.,,,; les feuilles varient , suivant les genres, d’une manière remarquable. Celles des Pilularia donnent à ces plantes une ressemblance frappante avec certains Joncs ; mais , dans le jeu ne âge , elles sont roulées en crosse comme celles des Fougères. Si, à leur naissance, les feuilles des Marsilea n’étaient également roulées , et qu’elles ne fussent pas composées de quatre folioles , on pourrait les prendre aisément pour des feuilles de Trèfle. Celles de Vlsoetes, autre Marsiléacéc, rappellent les feuilles de certaines monocotylédones à tige bulbeuse, elles s’élargissent également à leur base pour former une sorte d’oignon , cl ne sont enroulées à aucune époque de leur existence. L’enroulement se retrouve dans les Salvinia dont les feuilles opposées ou presque opposées n’ont d'analogie bien frappante avec celles d’aucune phanérogame.

Si les feuilles ne manquent jamais chez les cryptogames a,,^, vasculaires, nous ne trouvons, parmi les cellulaires, que les Mousses qui en offrent de bien régulièrement développées , car celles des Chura sont réduites à de simples filets composés d’une seule série de cellules.

Dans la plupart des Mousses proprement dites, les feuilles sont traversées par une nervure moyenne (costa) parfaitement simple, qui tantôt n’atteint pas leur sommet , tantôt *• >1 ; arrive jusqu’à lui, et tantôt le dépasse pour former une

Page 1