CHAPITRE V
RACINES
$ I". — Des racines en général et particulièrement de celles qui croissent sous la terre.
Les anciens botanistesappclaient raci nés (radices) toutes les parties des plantes qui vivent sous la terre , et telle est encore l’idée des hommes étrangers à l’étude de la philologie. Mais il est bien elairque la seuledifférencedcsmilieuxne peut constituer une différence d’organes -, et, si nous trouvons, dans une portion d’axe cachée sous le sol , des caractères semblables à ceux de la partie de l’axe qui s’élève au-dessus de la
terre , nous devons dire qu’il y a identité. Cherchons donc ,-.r
ce qui distingue la racine de la tige , dans ces plantes près- il”,'.*''"" que innombrables où les deux parties de l’axe , l’inférieure et la supérieure, placées à peu près verticalement par rapport au sol , ne permettent pas de doutes sur leur véritable nature. D’un côté, la partie que l’on s’accordera à nommer lige tend à s’élever vers le ciel ; elle montre, par intervalles, de petits renflements ou noeuds vitaux symétriquement disposés , et , de ces derniers , l’on voit s’échapper des
RACINES
organes appendiculaires foliacés, parfaitement développés ou rudimentaires , qui accompagnent un bourgeon né à leur aisselle. D’un autre côté , la partie à laquelle on donnera , sans hésiter, le nom de racine , s’enfonce dans la terre ; elle n’offre à sa surface ni renflements vitaux dispoposés symétriquement, ni organes appendiculaires foliacés, ni bourgeons axillaires, et ses ramifications sont toujours ou presque toujours disposées sans ordre. A présent que nous avons des définitions rigoureuses de la tige et de la racine, nous les appliquerons, comme une pierre de louche, à tous les cas douteux, et, presque toujours, elles feront disparaître nos incertitudes.
Pour achever de fixer vos idées sur la tige et la racine, je vais entrer dans quelques détails de plus , en continuant la comparaison que j’ai commencée, et, après vous avoir fait connaître plus spécialement la racine, je passerai à la tige.
Les racines fixent la plante au sol , et y puisent des sucs nutritifs et réparateurs. Leurs ramifications s’étendent de haut en bas, tandis que celles des tiges croissent de bas en haut. Souvent ces dernières sont articulées ; les racines ne le sont jamais; elles ne peuvent même l’étrc, car, dans l'axe végétal, désarticulations ne se manifestent qu'aux nœuds vitaux. On ne trouve sur les racines ni aiguillons, ni stomates, ni lenticclles, et si quelquefois elles portent des poils, ils sont toujours uniccllulés. Elles n’éprouvent aucune de ces transformations qui changent si souvent la tige, les branches et les feuilles; et ainsi jamais on ne voit les fibres radicales devenir des épines , comme cela arrive aux extrémités épuisées de la tige et des rameaux. Si ce n’est à leur extrémité, les racines n’ont généralement point une couleur verte ; on pourrait croire qu'elles doivent l’absence de celte couleur à la seule privation de lumière et d’air qui résulte
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du milieu où elles ont qoutume de végéter , mais il n’eu est réellement pas ainsi : en effet, les racine^ des Jacinthes qu’on élève dans des carafes transparentes conservent leur couleur blanche ; celles des Orchidées parasites, quoique simplement collées à la surface des arbres , prennent tout au plus une teinte grisâtre \ celles enfin de PAroïdc, appelée Cipô d’Imhé, descendent souvent d'une hauteur de 50 à 60 pieds pour arriver jusqu’à la terre, et parfaitement libres dans celle immense longueur ; elles ne sont pourtant que brunes cl luisantes.
Tout ce que je vous ai dit de la tige et des racines prouve bien suffisamment que ce sont des parties fort différentes.
Quelques naturalistes, cependant, les ont déclarées presque identiques j et, pour appuyer cette opinion, ils ont cite les résultats d’une singulière expérience tentée par l’illustre I . . \ I . I i. ni -
, . ' , d’un arbre retour-
Duhamel. Le physiologiste avait retourne un arhre, en né nr prouve pat
1 J t que les racines et
plantant ses branches dans la terre, et bientôt il vil les !“ '*!”'•»>■« »«"■ racines se couvrir de feuilles , en même temps que des fibres radicales naissaient des anciennes branches. Mais, comme le dit très-bien M. de Candollc, cette expérience, loin de prouver que les racines cl les rameaux sont des parties identiques, tendrait plutôt à démontrer le contraire. Ici il est indispensable que j’entre dans quelques explications. Le tissu des plantes renferme des germes cachés, des embryons i,.
latents, comme disent quelques naturalistes, cl lorsqu’il " est irrité cl placé dans des circonstances favorables , ces germes se développent advenlivement, au dehors, en racines llsrinri cl hourou en bourgeons, suivant la ualurcdu milieu environnant.
Ainsi, qu’on entoure une branche d’une terre humide, il en sortira des racines; cl qu’une portion de grosse racine se trouve exposée à l’air, comme cela arrive souvent, on y verr anailrc des bourgeons. La feuille d’une plante grasse enfoncée dans la terre projette des fibres radicales, et,
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RACINES
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