CHAPITRE VI
TIGES
' . ï‘ ‘ •• • ' I. I . • •• II! .• !
Je vous ai montré le système intérieur du végétal dans les racines, je vous montrerai à présent le supérieur dans la tige et ses organes appendiculaires (/fy. 19).
La tige, comme vous le savez déjà ( p . -28), est l’axe de ce système, et pourrait, non sans raison, être comparée à la colonne vertébrale des animaux. Elle est, comme vous le savez encore (p. 28), garnie par intervalles et avec symétrie, de nœuds ou proéminences plus ou moins sensibles d’où s’échappent des appendices foliacés , cl des bourgeons susceptibles de se développer en rameaux ou axes secondaires semblables à elle-même.
§ I'r. — Des ti g s proprement dite» ou aériennes.
Tous les végétaux phanérogames, sans exception, ont une tige. Daus les livres élémentaires on distingue, il est
tic; Et».
vrai , les plantes pourvues d’une tige ou caulescentes ( planta- Toutes Ira plan caulescentes), et les plantes sans tiges ou aeaules {planta aeaules), et l’on ajoute que. chez ces dernières, les feuilles naissent de la racine. Mais la tige seule peut produire des " “ “ feuilles; par conséquent il y a contradiction à dire qu’une planic qui a des feuilles est acaulc. Les prétendues plantes aeaules sont celles où la tige est très-courte et les feuilles très-rapprochécs , ou bien encore celles dont la lige, en grande partie cachée sous la terre, ne laisse voir au-dessus d u sol cjue sa partie supérieure (ex . Primula sinensis, f. tôt.
Primula officinalis f. 22). Toutes les fois donc que, daus les ouvrages descriptifs, vous trouverez une plante désignée par le mot acauh'Sj ne vove2 dans cette expression qu’une simple métaphore indiquant tantôt uue tige que l’on ne voit pas, parce qu’elle est souterraine, tantôt un axe raccourci , dont les nœuds et les organes foliacés sont trés-rapprochés et restent voisins de la racine. Il est même une foule de cas où les auteurs ont été embarrassés pour savoir s’ils emploieraient le mot acaule ou le mot caulescent , parce qu’on trouve des tiges de toutes les dimensions possibles; et certaines espèces dites positivement aeaules, telles que le Carduus acauliSj l’ Onopordon acaule, le Carlina ncaulis , peuvent, étant placées dans des circonstances favorables, s’allonger et devenir caulescentes.
Les liges ne varient passeulement dans leurs dimensions, p„ q„,i. elles diffèrent encore par leur durée, leur consistance, leur v.'nt dtflerrr »*nlre forme et leur direction : je vous les ferai connaître successivement sous ces divers rapports.
Il serait rationnel de n’employer, dans tous les cas, que le D„ a;.,,,,,, mot tige (coulis), et de distinguer par des épithètes les raodificalions dont cette partie est susceptible. Mais le langage botanique , pas plus que les langues vulgaires, n’a été formé d’une manière systématique; à mesure que l’on a cru un
mot nécessaire on l’a créé, et la vanité des botanistes leur a fait croire beaucoup trop souvent k octte nécessité. Ce qui est plus fâcheux encore, c’est qu’ils se sont mal entendus entre eux sur le sens des mômes expressions , et de là est née une confusion souvent inextricable. Le mol tige (coulis) me paraît devoir être conservé comme générique, pour désigner toute espèce d’axe primaire ; maison a aussi proposé le mot cormus, que d’autres ont appliqué aux seules cryptogames, et enûn le mot slirps. La lige des arbres , et en particulier des arbres dicotylédons, est assez généralement distinguée parlé mot tronc (truncus) ( ex . Habilita Pseudacacia, f. 18); celui de rmhs , pris dans un sens limité, s’applique aux sous-arbrisseaux , aux arbrisseaux et surtout aux herbes (ex, Cheirmtfius maritimus, L. Malcomia mariuma, Br. f. 19); . eloi de chaume ( rulmm ) désigne la ligo des Graminées, quj est ordinairement cylindrique, presque toujours creuse et garnie de nœuds épais et annulaires , desquels naissent les feuilles (ex. Kreleria villosa f. 20). Quelquefois on a donne le nom de calamus aux tiges sans nœuds et assez molles des Cypéracées, des doncèes et des Resliacoes. La plupart des auteurs ont appelé stipc (stipes) un tronc simple, vivace, feuille au sommet seulement et appuyé sur des racines multiples, tei qu’est celui des monocotylédones arborescentes, par exemple, des Palmiers (f. 21) et des Iwccoi; mais d autres botanistes ont substitué à ce mot celui de caudex. Quelques-uns . au contraire , ont donné ce dernier nom aux tiges souterraines,, d’autres enfin l’ont applique à peu près à toutes les tiges qui ne sont point appuyées sur une racine unique et rameuse, par conséquent tout il la fois aux troncs des monocotvlcdones arborescentes, aux tiges rampantes et souterraines, et à colles également souterraines qui sc réduisent à un seul entre-nœud épais et lubéreux. ■ufpiiuUoii Lés tiges, comme la plante entière, peuvent être appelées
nous.
annuelles , bisannuelles et vivaces ( coulis annuus, hier dis , perennis), selon qu’elles durent un an , deux ans ou davan- o<ir«- d» tage; mais il est bien évident qu’on ne doit point leur appliquer les mots de monocarpiennes et polyearpiennes , car un axe ne saurait jamais donner de fleur qu’une fois, puisque la fleur, comme je vous l’ai dit ( p . 3t), est le terme de la végétation ; et si une plante, prise dans son ensemble, petit être polycnrpienne, c’est-à-dire donner des fleurs et des fruits plusieurs fois, c’est uniquement par une succession d’axes qui émanent les uns des autres, üne lige qui porte une fleur à son extrémité peut être appelée terminée (coulis determinatus') (f. 102), parce qu’au delà de cette fleur et du fruit qui doit lui succéder, on ne peut plus rien concevoir ; mais, comme certaines tiges ne donnent jamais immédiate ment des fleurs, quelles projettent toujours des feuilles, qu’aucune cause précise n’arréte leur développement , et que des sucs, y arrivant sans discontinuation, pourraient les prolonger à l’infini , on les nomme indéterminées (cauhs imleterminalus) (f. 23). J’aurai l’occasion de revenir sur ce point d’organographic, qui est de la plus grande importance pour la distinction des inflorescences.
Après avoir dit quelque chose de la durée des tiges, uJfu" c°"'“ je passerai à leur consistance. Les tiges arborescentes qui vivent un nombre d’années plus ou moins considérable et forment un bois solide s’appellent ligneuses (coulis lignosus ). On donne le nom d’herbacées ( hcrbacrus ) aux tiges molles et faciles à briser des herbes annuelles et bisannuelles, ainsi qu’à celles des plantes faussement appelées vivaces par les racines, et dont une portion, véritablement annuelle, s’élève seule au-dessus du sol. L’application de ces mots ne souffre ordinairement aucune difficulté; cependant il est aussi des cas où le botaniste peut éprouver quelque embarras. Ainsi je vous donnerais une
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idée fausse de la lige légère de certains Itambous ( liambusu ) monocarpicns , si je vous disais qu'elle est ligneuse1; et pourtant je ne puis guère appeler cette même tige herbacée, puisqu’elle est assez solide pour qu’on en fasse des échelles. Daus nos climats, les liges des plantes dites à racines vivaces sont toujours herbacées; sous les tropiques, il en est qui ont également une consistance molle, mais d'autres ne sont pas moins solides que celles de nos arbrisseaux, et enfin on en voit qui, pour la dureté, tiennent le milieu entre les herbacées et les ligneuses. Lue lige peut devenir succulente (succultntus) , soit par l’épaississement de l’écorce, comme celle des Sempercivum , des Ficoïdes (3Icseml>ryanthemum), des Cactus eide quelques Euphorbes, soit par l’épaississement de la moelle , comme dans certains Cacalia cl autres Composées.
L'étal intérieur de la tige doit naturellement contribuer beaucoup à sa consistance. On dit qu'une tige est pleine ( plcnuSj soit dus) , quand elle n’offre aucune cavité interne, et en particulier qu’elle est médulleuse ( medullosus ), quand la moelle y abonde, comme dans V Uclianthus annuus et le Sambucus Ebulus. line tige est, au contraire, fisluleusc, lors que, par l'oblitération de la moelle, il s'y forme une cavité longitudinale tantôt continue, tantôt coupée par des diaphragmes; dans ce dernier cas, on se sert plus particulière ment de l’épithète de cloisonné ( loculosus ).
On peut dire, dans un sens général, que la consistance des liges est en rapport avec leur durée; ainsi les tiges an nuelles sont herbacées et les vivaces sont ligneuses. Mais , si l’on compare ces dernières espèces entre elles, on ne trouvera plus que leur solidité soit en raison directe de la faculté qu’elles ont de végéter pendanlun temps plus ou moins considérable. Le Tilleul ( Tilia Etiropwa, L.) est un des arbres de l’Europe que l’on cite pour sa longévité, et tout le
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monde sait que son bois est peu compacte. On prétend que la vie du Baobab ( Adansonia digitata) , arbre dont les tissus sont également assez tendres, se prolonge plusieurs milliers d’années.
La consistance ligneuse ou herbacée de la tige se rencontre souvent uniforme dans toutes les plantes de la même famille; ainsi un grand nombre de groupes naturels ne comprennent que des arbres ou des arbrisseaux, tels que les Amentacécs, les Orangers, les Vignes, lesMyrtécs, etc., tandis que d’autres n’offrent que des herbes comme les Rcsliacées, les Iridées, les Primulacées , les Lenlibulariées, les Caryophyllées ; mais aussi il existe des familles où l’on trouve tout à la fois des herbes, des arbrisseaux et même des arbres, et, dans ces familles, c’est tantôt le nombre des plantes herbacées et tantôt celui des plantes ligneuses qui l’emportent. Le plus souvent, un genre est entièrement composé de plantas herbacées, ou il l’est sans exception d’espèces ligneuses ; cependant on trouve des genres qui comprennent à la fois des espèces ligneuses et des plantes herbacées. D’autres caractères de consistance, quoique beaucoup moins importants, se rencontrent cependant quelquefois, avec une grande constance , dans la même famille; ainsi toutes les Cactées et les Ficoïdes ont une tige succulente, et, à l’exception du Sucre, du Maïs ( Saccharum officinarum, Zea May s) et de quelques autres, toutes les Graminées ont une tige fistuleuse ( fistulosus , p. 96).
Ce qui frappe bien plus , dans les tiges , que leur consistance, ce sont leur grosseur et leur élévation. Sans parler des cryptogames, la lige des autres végétaux présente toutes les dimensions, depuis quelques lignes jusqu’à cent trente à cent soixante pieds. En traversant le Rio Claro, t.«i ai*"*»rivière de la province de Goyaz, j’aperçus, sur une pierre, une plante qui n’avait pas plus de trois lignes, et que je pris
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d’abord pour une Mousse; c’était cependant une espèce phanérogame pourvue d’organes sexuels comme nos Chênes et nos Hêtres; c’était un Trislicha, genre de la famille des Podoslémées : à côté de lui des arbres gigantesques élevaient à cent pieds leur cime majestueuse.
B ien n’est égalemen t plus variable que la grosseur des li ges. Celles du Trislicha hypnotdes et du Scirpus act'cularis n’ont que l’épaisseur d’un cheveu ; les tiges de plusieurs de nos plantes printanières, du Chamagroslis minima, du Saxifraga Tridaclylites , du Draba verna, atteignent tout au plus la grosseur d’un fil, et l’on trouve des Adansonia qui ont 60 à 90 pieds de circonférence. La hauteur des tiges est assez généralement en rapport avec leur grosseur. Cependant il est à cette loi une foule d’exceptions. Des Adansonta de 50 pieds de circonférence ne s’élèvent pas à plus de 70 pieds. Certaines Cactées, grosses comme la tête d’un enfant, n’ont guère que 6 à 7 pouces de la hase au sommet, tandis que des Cuscutes américaines répandent sur l’herbe des savanes leurs liges longues de deux à trois pieds, semblables à des échcveaux de fils d’or entremêlés ; un grand nombre de lianes s’élèvent aussi haut que des arbres au tronc large et vigoureux, et, sans l’appui de ces arbres, leur lige grêle ne pourrait se soutenir.
Ceux qui décrivent les plantes doivent tâcher d’indiquer le terme moyen ou les deux extrêmes de leur grosseur et de leur élévation; c’est une des meilleures manières de les peindre à l’imagination cl de les faire reconnaître.
Les grosseurs doivent être désignées par des mesures connues ou des comparaisons; dans ce dernier cas, on prend pour terme le bras de l’homme, la plume de la poule, de l’oie, du corbeau; ou bien encore on appelle capillaires ( capillaceus ) les tiges qui ont l’épaisseur d’un cheveu; sétacées (sclaceus), l’épaisseur d’une soie; filifor-
mes ( filiformis ), celle d’un fil; souvent aussi on se sert des épithètes d’épais (crassus) , mince (tennis), débile (debilù) , qui ne sont que l’expression d’une comparaison générale, et n’ont pas besoin d’explication. Quant à la hauteur des liges, on l’indique plus généralement par des mesures fixes; cependant on se sert aussi des termes comparatifs et vagues de gigantesque (giganteus) , grand ( magnus), médiocre ( mediocris ), petit {par vus ) , humble ( kumilis , demissus ) , nain, très-petit (pumilus , pggmaus, nanus , pusiOus , ptrpusillus).
Si nous nous contentons de comparer entre elles , d’une manière générale, les tiges annuelles et les vivaces, nous trouverons que leur élévation s’accorde assez communément avec la durée de leur existence; mais la môme proportion ne parait plus se rencontrer parmi les seules tiges ligneuses.
Puisqu’il y a des rapports entre la consistance cl la hauteur des tiges ; qu’en général les herbes ne s’élèvent pas autant que les arbres; que, d'un autre côté, il existe des familles naturelles, qui ne comprennent que des plantes où la tige est ligneuse , et qu’il en existe d’autres où elle est constamment herbacée, il est évident que, chez ces dernières, le maximum de l’élévation ne sera jamais le môme que dans les familles forméesde végétaux ligneux. Chez celles qui se composent uniquement d’herbes, les dimensions de la tige ne dépassent généralement point d'assez étroites limites ; ainsi il est des groupes dont les espèces ont tout au plus de quelques pouces à deux ou trois pieds, et d’autres où le maximum de grandeur est à peine la taille d’un homme. Quant aux familles de végétaux ligneux , elles peuvent , comme je vous l’ai dit, nous offrir des espèces dont la hauteur atteint jusqu’à 1 30 ou 1 60 pieds mais ces familles ne sont pas , comme celles qui se composent seulement de
TlflES.
plantes herbacées, renfermées, pour leurs dimensions, dans d’étroites limites. Celle des Myrtées , par exemple, offre tous les degrés possibles de grandeur , depuis quelques poucesjusqu’àplusde cent pieds ; et, dans un même genre, du groupe des Amentacées de Jussieu , nous trouvons le Chêne gigantesque de nos forêts ( (Juercus robur L.), et le Quercus coccifertij qui parvient à peine à deux ou trois pieds de haut. Cette différence de dimensions, qui s’observe dansquelques familles de plantes décidément ligneuses, existe aussi chez les Graminées, puisque, parmi elles, on trouve le Chamagroslis minima , haut d’un à deux pouces, et des Bambous ( Bambusa ) hauts de 00 pieds ; et, cependant, la tige de ces derniers n’est point réellement ligneuse; mais, comme je vous l’ai déjà fait observer , on ne peut pas dire non plus qu’elle soit herbacée. Sous quelque face qu’on envisage la nature, on n’y voit que des nuances, des entrecroisements, jamais rien de tranché.
Sans avoir autant d’influence que l’élévation ou la grosseur sur l’aspect des liges, leurs formes contribuent pourtant beaucoup à les faire distinguer entre elles.
Le stipc ou lige simple des monocolylédones arbores rentes, des Palmiers et des Yucca, par exemple, est en général cylindrique (eylindricus)-, la lige des dicotylédones présente communément un cône ou une pyramide dont l’arête est fort peu inclinée (caulis conicus) , et il en est de même de celles d’un grand nombre de monocolylédones, surtout quand elles sont rameuses. Quoiqu’une tige aille en diminuant insensiblement de grosseur de la base au sommet , quelquefois cependant on lui donne en français le nom de cylindrique, lorsque ses contours ne présentent aucun angle ; mais cette expression est ici peu convenable et devrait être remplacée par celle d’arrondie (/ères). Une tige peut être comprimée (cmnpressus) ■ elle peut être aussi à deux
I l(. ES.
anglesaigus el deux faces arrondies, cl alors ou la désigne en latin par le mot anceps. La tige anguleuse (angulatus) ( f 1 2) prend le nom de triangulaire, quadrangulaire , etc. ( trian gularis , quadrangularis ^pcntangularis , sexangularis) , lorsqu'elle a trois, quatre, cinq ou six angles aigus, et on lui donne le nom de trigonc, télragone, pentagone (trigonus, tetragonu », etc.), quand ses angles sont mousses. Lorsqu'il ne tige est creusée de sillons, on la dit sillonnée (sulcalus), et on l'appelle striée (siriatm), lorsqu’elle est relevée de petites lignes saillantes et longitudinales; enfin un nomme ailée («/«/««) celle qui est garnie d’expansions foliacées. Plusieurs Cactées ont une lige arrondie et marquée de côtes comme un Melon. Chez quelques Palmiers, le slipe se renfle vers le milieu; chez d'autres, il se resserre à une petite distance de la base. Le Barrigudo ou Ventru , arbre des catingas de la provincedes Mines, connudes botanistes sous le nom de Chorisia venlricota, est, comme certaines colonnes, plus renflé au milieu qu'à la base, tandis qu’à sa partie supérieure, il va en diminuant à la manière d’un fuseau ; dans toute su longueur, le tronc qui atteint une grande élévation ne présente pas un seul rameau, et son extrémité seule se termine par un petit nombre de brauchcs presque horizontales. Les énormes troncs d’une espèce de Figuier sauvage {Ficus) des forêts de l’Amérique s’étendent en lames obliques qui semblent les soutenir comme des arcs-boutants.
Ces formes remarquables fixent l’attention , dès le premier abord; mais celles qui ne sont pas aussi tranchées, et c’est le plus grand nombre, iufluent moins sur la physionomie des plantes, et ne contribuent pas autant à les faire distinguer entre elles que des différences de direction.
Je vous ai dit que les tiges tendaient à s’élever vers le Leur direction, ciel ; mais elles ne croissent pas toujours dans une direction exactement verticale, ou, pour parler en termes techniques.
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clics ne sont pas toujours dressées ( caulis erectus ) ; quelquefois elles sont obliques ( obliquus ) ; plus souvent, après avoir décrit une courbe à leur base, elles se redressent à leur extrémité , et alors on les dit ascendantes (ascendens) -, quand, après s’étre un peu élevées, elles retombent par débilité, elles sont décombantcs (decumbens) ; celles qui s’étendent sur la terre et ne se redressent que tout à fait à leur extrémité, sont appelées couchées ( prorumbens , prostralus) ; souvent, étant couchées, elles se fixent à la terre, à l’aide de racines qui s’échappent de leurs nœuds vitaux, et alors on les nomme rampantes ( repens ).
Il arrive souvent qu’une tige, sans ramper snr la terre, est cependant trop faible pour se soutenir d’elle- mémo. Alors quelque corps qui s’élève au-dessus du sol lui prèle son appui, et tantôt elle s’enroule autour de lui en formant une spirale, tantôt elle s’y cramponne, soit à l’aide de racines aériennes, soit par le moyen de vrilles, organes métamorphosés dont je vous entretiendrai plus tard. Dans ce dernier cas, on la dit grimpante ( caulis scandens)-, dans le premier, on la nomme volubile ( volubilis ). La torsion sc fait en deux sens, de gauche à droite ou de droite à gauche ( dextrorsùm , sinistrorsùm volubilis), en supposant la spirale montaute,et sa convexité tournée, à son départ, du côté de l’observateur : le Convolvuhis sepium^f. 28 a), comme cela arrive leplussouvent, tourne de gauche à droite; VHumulus Lupulus{f. 28A) dedroiteà gauche. Il est à remarquer quechacune de ces deux directions reste constamment la même dans chaque espèce, et qu’elle résiste aux efforts que l’on fait pour la changer. Les lianes qui produisent, dans les forêts primitives, les accidents les plus variés, et qui communiquent à ces forêts les beautés les plus pittoresques, sont des plantes ligneuses, les unes grimpantes, les autres volubiles. Ce sont des Bignonccs, des Bauhinia , des Ci s sus, des Hippocralées, etc. ; et, si
toutes ont besoin d’un appui, chacune a pourtant un port qui lui est propre. Quelques lianes ressemblent à des rubans ondulés; d’autres se tordent ou décrivent de larges spirales ; elles pendent en festons, serpentent entre les arbres, s’élancent de l’un à l’autre, les enlacent et forment des masses de feuilles et de fleurs où l’observateur a souvent peine à rendre à chaque végétal ce qui lui appartient.
Le Lierre, les Chèvrefeuilles, la Clématite ( lledera Ilelix,
Lonicera Periclymenum , Clematis Vitalba ) sont à peu près les seules espèces qui, sous notre climat, représentent les lianes des contrées équinoxiales ; mais ils n’en offrent qu’une bien faible image. Au reste, nous trouvons, dans les plantes rampantes de notre Flore, tout humbles qu’elles sont, des sujets d’étude assez intéressants pour nous dédommager de la privation d’une végétation plus pompeuse. Je vais vous faire connaître la vie de ces plantes par des exemples empruntés à quelques-unes d’entre elles qui croissent, pour aiusi dire,
SOUS nOS pus . Histoire «fi*
La Lysimaque monnojère ( Lysimachia nummularia) , si uî.nl" "m1”" commune dans les fossés cl les bois humides , a de longues tiges rampantes et tout à fait couchées, garnies de feuilles arrondies auxquelles elle doit son nom. Après la floraison, la tige continue à croître ; mais les feuilles qu’elle émet alors sont beaucoup plus petites et plus rapprochées que celles qui accompagnent les fleurs. Des libres radicales accessoires, fort nombreuses, naissent au-dessous de ces feuilles, et fixent à la terre la pousse de l'année , ainsi que l’avait etc celle de l’année précédente. Mais , tandis que la tige s’étend d’un côté , la portion opposée , due aux pousses les plus anciennes, sc dessèche et s’oblitère. Ainsi, chaque année, la plante va toujours s’avançant d’un côté , taudis qu’elle sc détruit du côté opposé, et, au bout d’un certain nombre d’années, il ne restera plus rien des pousses primitives.
TIUKS.
C’est toujours uue Lysimaquc monnoyèrc , mais ce n’est plus celle qui était sortie de la graine. Cependant, taudis qu’elle s’allongeait , la tige a successivement émis des rameaux qui ont végété comme elle ; lorsque la partie de la plante qui les portait vient à se dessécher , leur base se dessèche également , alors ils n’ont plus rien de commun avec la plante-mère, ils en sont séparés et vivent d’une vie qui leur est propre ; à leur tour, ils donnent naissance à d’autres rameaux qui se détacheront également d’eux ; et, par cette multiplication, qui se fait en progression géométrique, un seul pied deLysimaquc pourrait, indépendamment des multiplications par graines, couvrir en peu d’années d’individus distincts un espace de terrain extrêmement considérable.
La végétation du Glechoma hederacea , ou Lierre terrestre , plante qui fleurit au printemps , et est commune le long des haies, diffère peu de celle de la Lysimaque monnoyérc. Sa lige et ses rameaux sont rampants; mais, au moment de la floraison , ils ont l’extrémité redressée. Après cette époque, ils prennent un accroissement sensible ; entraînés par leur poids, ils se couchent sur la terre, et, dans l’espace de quelques mois, ils s’allongent souvent de plus de deux pieds. Les feailles qui naissent après celles qui accompagnaient les fleurs sont plus grandes et plus écartées; ensuite il en parait d’autres, plus écartées encore, qui insensiblement diminuent de grandeur, et d’autres enCn , toujours plus petites et plus rapprochées, qui , quelquefois môme, ne se développent qu’imparfaitement. D’abord , au-dessous de celles-ci , cl ensuite au-dessous des précédentes , il pousse des fibres radicales accessoires qui garantissent pour l’avenir une vie particulière aux rameaux et aux extrémités des tiges, tandis que d'autres rameaux plus anciens se séparent de la plante-mère en se desséchant vers leur base, et forment ainsi des individus distincts. Ici finit , en quelque
TIGKS.
sorte, l’histoire de la végétation de chaque année. Au printemps qui suit, l’extrémité couchée des liges et des branches émet des jets redressés destinés à porter des fleurs ; ces jets se coucheront ensuite cl s’allongeront comme les précédents, et il sort, pour multiplier la plante, de nouveaux rameaux de l’aisselle des anciennes feuilles qui ont persisté pendant l’hiver.
Tout le monde a indiqué, avec raison, une lige rampante dans la Véronique officinale (Veronica officinal/ s) qui végète, à quelques nuances près, comme le Lierre terrestre et la Lysirnaque monnoyère ; mais on s’est trompé lorsqu’on a dit, sans aucune explication , que la Véronique petit chêne ( Vcronica Chamœdrys) , plante commuuc dans nos bois, avait une lige droite. Ce qu’on a indiqué comme une lige entière n’est réellement que la partie supérieure de la plante. Cette partie dressée est précédée d’une autre qui rampe sur la terre , et offre , à de courts intervalles , des vestiges do feuilles desséchées et des fibres radicales. Avec un peu d'attention , on se convaincra bientôt que la partie rampante est la pousse de l’autre printemps précédée des restes de la végétation d’une troisième année plus ancienne, et l’on en conclura qu’après la floraison la partie actuellement redressée se couchera à son tour, pour donner, au priutemps suivant, naissance à un prolongement également redressé. D’après ceci, il est clair qu’au bout de trois ans , s’il y a toujours une Véronique, du moins il ne reste plus rien de la plautc primitive; et ensuite, chaque année, une pousse nouvelle se développe, tandis qu’une plus ancienne s’oblitère.
Après trois années, il ne subsiste également rien d’une pousse de Veronica officinalis , cl d’autres observations tendent à me prouver qu’il en est de même de toutes les plantes rampantes et progressives.
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consistance.
§ II. Des tiges souterraines ou rhizomes.
Les liges rampantes me conduisent naturellement à vous parler des tiges souterraines ou rhizomes ( rhizoma ) qui se nuancent avec elles. Ces dernières ont élé longtemps prises pour des racines, parce qu’elles croissent sous la terre. Mais, comme je vous l’ai déjà fait observer (p. 79), il est contraire à toutes les règles de la logique de déclarer que deux parties sont différentes parce qu’elles croissent dans deux milieux différents; or je trouve, sur les prétendues racines dont il s’agit , des organes appendiculaires foliacés , ou même les débris des feuilles qui se sont développées au-dessus du sol; donc, ce sont de véritables liges. A la vérité, les nœuds des tiges souterraines donnent naissance à des fibres radicales ; mais il en naît également des tiges rampantes , et personne pour cela ne s’est avisé de faire de ces dernières des racines. Certaines tiges souterraines sont presque superficielles ; si, par la pensée, vous les élevez de quelques lignes, vous avez une tige rampante, et enfin , d’un même pied de Lycopus Europœus, il naît à la fois des rameaux simplement rampants et d’autres souterrains.
On peut distinguer les liges souterraines d’après leur position perpendiculaire, oblique ou horizontale ( caulis subterraneus perpendicularis , obliquas, horizontahs ) ; d’après leur ressemblance plus ou moins grande avec une tige ordinaire ou une racine ( caulis subterraneus cauliformis , radiciformis ) ; d’après leur forme cylindrique ou conique ( cylin drt'cuSj conicus ), et enfin d’après leur consistance.
Mais la végétation des organes appendiculaires des liges souterraines ne s’opère pas toujours de la même manière, et c’est là ce qui établit entre elles la principale différence. En effet, tantôt on ne trouve sur la tige souterraine que des
TIGES
débris de feuilles qui se sont développées au-dessus du sol , et TiH„ tantôt on n’y voit que des feuilles avortées qui, nées dans *r ilrvcloppt-nt aula terre, se présentent sous la forme d’écaillcs. Des exemples !■» <w «(»-
1 1 ne* foliacés rrj-
encore empruntés à des plantes lrès*communes vous feront Uut»°u* u terre, sentir la différence.
Au sommet de la prétendue racine du Primula officinalis ( f. 2*2 ) , on voit un bouquet de feuilles qui s’étale sur la
i . || . dessus du sol .
terre; au centre du bouquet se trouve le bourgeon qui se développera l’année suivante, et, à l’aisselle d’une ou de plusieurs des feuilles actuelles , naît un pédoncule florifère.
Après la floraison , les feuilles se desséchent , mais leur base reste sur la tige, et des fibres radicales accessoires naissent à leur aisselle. Chaque année, la tige s’allonge sous la terre, de l’espace qu’occupaient les feuilles desséchées , mais en même temps son extrémité opposée s’oblitère peu à peu, et cette destruction a dû nécessairement commencer par la véritable racine, celle qui s’est montrée après la germination.
Beaucoup de plantes aquatiques végètent comme le Primula officinalis. Je me contenterai de vous citer le Menianthés Irifoliata ou Trèfle d’eau, et le Butomus umbellatus ou Jonc fleuri.
Ce qu’on appelle tige dans la première de ces plantes (f. 23) est un pédoncule axillaire ; ce qu’on a appelé racine est une véritable tige qui, dans toute sa longueur, a porté des feuilles dont on voit très-distinctement la place, qui, vers son sommet, porte encore les débris du pétiole des feuilles moins anciennes, et dont l’extrémité est terminée par les nouvelles. Les feuilles ont de longs pétioles engainants à leur base, qui est très-élargie , et qui nou-seulcment embrasse tout le tour de la tige, mais encore revient un peu sur elle-même; aussi la trace que les feuilles laissent sur la tige formc-t-ellc une espèce de bourrelet annulaire, plus élargi d’un côté que de l’autre. Les racines véritables
TlOfcS.
Iliilnire de» liur dont le» fruillc.
■ citent ni.limrn laim »ou» le toi .
sont de loDgs filets cylindriques, ordinairement simples, qui partent des nœuds vitaux.'
La prétendue lige du Jiutomus umhellalus est encore un pédoncule ou rameau florifère qui naît à l’aisselle d’une feuille. La tige véritable est souterraine et rampante; de sa surface inférieure , elle projette un grand nombre de racines accessoires, et, à sa surface supérieure, cllcdonne naissance aux feuilles disposées sur deux rangs. Un bourgeon terminal , en se développant, allonge la tige chaque année , tandis qu’elle s’oblitère peu à peu par l’extrémité opposée.
La destruction successive de l’un des bouts des tiges souterraines, dont je viens de vous entretenir, le fait paraître comme tronqué ou rongé avec les dents ; et de là le nom de radix prœmorsa ( f.2-2 ), racine mordue, que les anciens botanistes avaient donné aux tiges dont il s’agit.
Jusqu'à préscnlje vous aienlrclenusdes tiges souterraines, dont toutes les feuilles se sont montrées à la surface du sol et qui en portent les débris. Je vais à présent vous faire connaître celles dont les feuilles restent tout entières sous le sol même, et sont réduites à l'état d’écailles. Ici encore, des exemples me feront mieux comprendre.
On a dit que le Scirpus pahatris (f. 24) , plante de nos marais, avait une racine rampante d’où naissaient des tiges en touffe. Lorsqu’on arrache la plante dans le moment de la floraison , on trouve, au milieu de la touffe de tiges un bourgeon assez épais, revêtu d'écailles et coutinu avec la prétendue racine. Ce bourgeon commence à se développer souvent même à l’époque de la floraison , et il prolonge la racine en suivant la même direction. De distance en distance il est articulé , et , à chaque articulation ou nœud , il émet une écaille engainante , comme le sont toutes les feuilles des Cvpéracées , famille à laquelle appartient la plante dont il s’agit. On voit que nous avons ici des organes foliacés ;
donc la partie prise pour une racine est une lige. Les racines véritables sont des fibres qui naissent des articulations , et les prétendues tiges sont des pédoncules axillaires. Chaque année un nouveau bourgeon se développe, et la prétendue racine se trouve composée d’une suite de développements appartenant à plusieurs années, et résultant chacun d'un bourgeon terminal.
Ici je ne puis m’empécher de vous faire observer combien a été négligée, jusqu’à ces derniers temps , la botanique comparée. On a dit d'une partie des espèces du genre Scirpus qu’elles avaient, comme le Scirpus pal ustris, des racines rampantes (/". 24) ; et des autres, qu’elles avaient des racines fibreuses, comme, par exemple, le Scirpus multicaulis (/. 25). La seule différence qu’il y ait entre ces deux plantes consiste en ce que , dans la première , une touffe de pédoncules fleuris est précédée d’un grand nombre d'articulations fort écartées , ce qui a dé nécessairement produire de trèslongues souches ; tandis que , cher le Scirpus multicaulis , les nœuds sont très rapprochés , la tige , par conséquent fort courte, et les pédoncules florifères , ainsi que les fibres radicales , en espèce de faisceau.
Vous avez vu qu'un grand nombre de tiges souterraines, dont les feuilles sont épigées ( folia cpigœa), ou placées audessus du sol, se prolongent à l’aide d’un bourgeon feuillé Tige* ftontrrrai-
. # , , nciioiIrtermiBtci.
qui peut les continuer indéfiniment , c est-à-dire qu’elles sont indéterminées (c. subterr. indeterminatus). Les tiges des Scirpus cl autres plantes analogues ont aussi un bourgeon terminal, et diffèrent seulement des premières, en ce que leurs organes foliacés restent au-dessous du sol ou sont hvpogcs (/". kypogœa).
Je vais vous faire connaître à présent la végétation des plantes dont la tige souterraine, se terminant par des fleurs,
t # lie» «létci mince* ;
ne peut > par conséquent , élrc indéfiniment prolongée et ^ ***•«»»*••
TIGES
doit être dite déterminée (e. sulterr. determinatus). Que nous cueillions un Carex (ex., Carex divisa , f. 26), nous avons une tige feuiilée à la base et couronnée par un ou plusieurs épis de fleurs : ici la plante doit flnir. Si je l’arrache , je trouve la partie aérienne de la tige précédée d’une autre partie qui rampe sous la terre , chargée à ses nœuds de fibres radicales et d’écailles foliacées. Des bourgeons également écailleux naissent de l’aisselle de ces dernières ; iis s’étendent dans la terre jusqu'au printemps de l’année suivante, et alors ils s’élèvent au-dessus du sol, en formant des jets dressés dont les feuilles se nuancent avec les écailles de la partie souterraine. Bientôt, cependant, ces feuilles se dessèchent; mais au milieu d’elles était un bourgeon qui se développe, l’année d’après, pour produire des feuilles à sa base et des fleurs à son sommet. Celles-ci mettent un terme à la végétation de l’indidividu ; mais il se perpétue par le moyen des bourgeons qui naissent de sa base. D’après tout ce que je viens de vous dire, il est clair que , lorsqu’on arrache au printemps une touffe de Carex , on la trouve composée de pousses ou rameaux souterrains de l'année ; de rameaux de deux ans , souterrains à la base et terminés par une partie épigée garnie de feuilles ; de rameaux de trois ans , en partie souterrains et terminés par des fleurs ; enfin des restes de rameaux plus anciens privés de vie et s’acheminant vers la destruction. Il ne faut pas croire que la végétation que je viens de vous faire connaître appartienne aux seuls Carex ; elle est celle d’une foule d’autres monocotylédones auxquelles on a attribué des racines rampantes ; elle est même celle de beaucoup d’espèces de la même classe dont on a dit que les racines étaient fibreuses et qui different des premières uniquement parce que leurs rameaux souterrains sont fort courts cl leurs fibres radicales, par conséquent , fort rapprochées.
TIGES
Aux exemples de tiges souterraines que je viens de vous donner, je vais en ajouter un troisième, qui nous présentera encore un autre mode de végétation. Je l’emprunterai à une dicotylédone, V Euphorhia dulcis (f. 27 ) , espèce assez commune dans les bois de la France. On a dit que cette espèce avait une tige droite ; mais la partie que nous voyons audessus du sol n’est réellement que l’extrémité d’une autre partie continue avec elle , qui végète sous la terre , pourvue à la fois de nœuds vitaux , d’écailles foliacées cl de fibres radicales. Lorsque la plante est en fleurs, on trouve à la base de la portion aérienne et dressée de sa tige , du côté opposé à la partie souterraine , un bourgeon écailleux et axillaire, qui s’étend sous la terre, émet des fibres radicales, et, l’année suivante, se prolonge à son tour en une autre tige aérienne. Celle-ci meurt, comme sa mère, après la floraison ; mais la plante se perpétue toujours de la même manière par des bourgeons axillaires qui parcourent toutes les phases de leur existence dans l’intervalle compris entre deux printemps ; et, lorsque l’on arrache avec précaution un pied d’ Euphorbin dulcis , on trouve sa prétendue racine rampante formée d'une suite de souches dont chacune se termine par la base de la partie dressée et aérienne qui portait les fleurs. Ces souches ne sont autre chose que des rameaux nés les uns des autres , et puisque chacun a vécu une année , on pourrait , si aucun ne se détruisait , calculer, par leur nombre, l’âge de la plante, depuis le moment de sa germination jusqu’à celui où on l’a arrachée.
Tout ce que je vous ai dit ici de Y’ Euphorbia dulcis ne lui est point particulier, mais se retrouve, à de légères nuances prés, dans une foule de dicotylédones.
Je vous ai indiqué les différences qui s’observeut dans romp,,.», les tiges souterraines ou rhizomes : si les unes , comme ers de tige* *>«vous l’avez vu, offrent des feuilles toutes épigées; d’autres
TIGES
ont des organes appendiculaires, tous cachés sous le sol, et il en est qui portent à leur base souterraine des feuilles décolorées et rudimentaires , tandis qu’à leur extrémité supérieure elles donnent naissance à des feuilles étalées sur la terre et parfaitement développées ; tant il est vrai que partout nous ne trouvons que des nuances. D’un autre côté, pour peu que nous comparions entre eux les trois modes de végétation qu’indépendamroent de la nature des feuilles je vous ai fait connaître chez les tiges dont il s’agit, nous trouverons que celle de Y Euphorbia dulcis {f. 27) et des autres dicotylédones analogues est annuelle , et que , dans leur prétendue racine vivace, il n’y a réellement de vivant que la pousse actuellement fleurie, avec le bourgeon qui achèvera son développement l’année suivante; nous trouverons que les Carex (f. 26) et beaucoup d’autres monocoty lédones parcourent en trois années les phases de leur existence, cl enfin que les Scirpus 25), les Primula
(f. 22), le Mcnianthes ( f . 23), dont les fleurs sont axillaires et le bourgeon terminal, peuvent se prolonger indéfiniment. V Euphorbia dulcis (/. 27 ), les Carex {f. 26), et autres plantes de même sorte, ont, comme je vous l’ai dit, des tiges déterminées dont la végétation est limitée par l’apparition de la fleur; les Scirpus ont une lige indéterminée. line souche souterraine de Y Euphorbia dulcis offre une suite de générations nées les unes des autres ; la souche du Scirpus ou du Primula peut être la continuation indéfinie de la première génération.
( on.p,r,i.nn,i,. ces dernières plantes et leurs analogues végètent à peu
tigea MotemuM * o ç? a
a,fr in aêricitm ». p,.^ jg |a ra,*me manière que le stipc des Palmiers et des Yucca qui s’allonge par le moyen d’un bourgeon terminal toujours feuillé, tandis que Y Euphorbia dulcis et les Carex * végètent presque comme les plantes à liges aériennes , annuelles et bisannuelles.
TICES.
§ III. Des bulbes , des tubercules et des tubérosités.
Une foule de botanistes on l aussi rangé parmi les racines les bulbes ( bulbus ) et les tubercules ( tubera ) que l’on trouve sous la terre comme les véritables racines. Examinons jusqu’à quel point cette opinion est fondée.
Une bulbe est un corps plus ou moins arrondi, composé mw.'1 1° d’un plateau charnu et un peu conique qui inférieurement donne naissance à des racines ; 2° de tuniques charnues portées par le plateau et serrées Ie9 unes contre les autres; 3° d’un bourgeon ou gemme, plus ou moins central, également porté par le plateau , protégé par les tuniques et formé de feuilles et de fleurs rudimentaires (ex. Narcissus Tazetta, f. 29).
Il est clair que nous avons ici , avec des racines, un axe et des organes appendiculaires ; donc la bulbe n’est point une racine ; c’est une plante entière, formée, comme toutes les autres, de deux systèmes, l’un descendant et l’autre supérieur, et puisque le plateau porte des tuniques, des feuilles et des fleurs , c’est une véritable tige. Cette tige a peu de hauteur, sans doute ; mais la nature nous offre, comme je vous l’ai dit , des liges de toutes les grandeurs, et si des différences de dimension modifient un organe, elles ne suffisent point pour en changer la nature. Supposons un instant que, par la pensée, nous refoulions sur elle-même une tige quelconque ou , encore mieux , une lige souterraine, elle s’élargira, les entre-nœuds se raccourciront, les feuilles se rapprocheront, les anciennes desséchées couvriront les nouvelles , et nous aurons une bulbe.
De même que nous avons des tiges souterraines proprement dites qui peuvent se continuer indéfiniment par le moyen d’un bourgeon terminal , feuillé , et d’autres liges également souterraines qui ne durent qu’un temps limité,
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TIGtS.
parce que des fleurs terminales mettent un terme à leur exis-
née» e I imlciermi- . • jilL 5
nér» (once ; de même aussi nous avons des bulbes qui peuvent
durer indéfiniment , parce que leur inflorescence est latérale , et nous en avons d’autres qui , ayant une inflorescence terminale, ne subsistent qu’un temps limité. Nous avons, pour m’exprimer en termes techniques, des liges souterraines et des bulbes déterminées ( bulbi determinati) , des tiges souterraines et des bulbes indéterminées (bulbitndeterminatî).
Je vous ai offert des exemples de tiges souterraines des deux espèces; pour vous faire mieux comprendre la nature des bulbes, je vous donnerai actuellement un exemple des développements successifs de la bulbe déterminée et un exemple de celle dont l’existence peut se prolonger indéfiniment, fournissant toujours laléralemeut des fleurs et des fruits.
La bulbe du Galunlhus nivalts ou Perce- neige (/". 30, 31 ) a la forme d’une poire, et présente à son centre deux feuilles et un support chargé de fleurs. Si nous la disséquons, nous trouvons sous les tuniquesexlérieures brunes, membraneuses et desséchées, deux autres tuniques fraîches, succulentes, qui sont cylindriques, sans aucune fente et parfaitement embrassantes; enfin, après celles ci, il y en a une troisième qui, fendue d’un côté et seulement demi-cylindrique, n’embrasse qu’à demi la pousse de l’année qui vient ensuite. Celte pousse est composée d’une gaine fort longue , des deux feuilles embrassées par la gaine et du support des fleurs placé entre les deux feuilles. La gaine est entière, embrassante dans toute sa longueur, membraneuse au sommet et charnue à son origine; la première feuille, plane dans presque toute sa longueur, présente cependant à sa base une petite gaine entière qui embrasse parfaitement la base de la feuille la plus intérieure; celle-ci n’offre qu’une gaine in-
TIGES
complète qui enveloppe seulement la moitié de la base du support des fleurs, et enfin, tout à fait au centre, sur le sommet du plateau de la bulbe, on aperçoit la gemme fouillée qui se développera l’année suivante, et est destinée à perpétuer la plante. En comparant la pousse de l’année avec les trois tuniques qui l’enveloppent, il est impossible de ne pas reconnaître, dans la première de ces tuniques, la base d’une gaine semblable à celle de la pousse actuelle ; dans la seconde tunique également embrassante, la base aussi embrassante delà première feuille; ct-enfin, dans la troisième tunique semi-embrassante, la base semi-embrassantc de la troisième feuille. Il est donc évident que les trois tuniques fraîches de la bulbe du Galanlhus nivalt's appartenaient à la pousse de l’année précédente, et qu’elles formaient la base de sa gaine et de ses deux feuilles, ou, pour mieux dire, de ses trois feuilles, car la gaine n’est réellement qu’une feuille avortée.
Il est clair aussi que les tuniques extérieures membraneuses et desséchées appartiennent à une troisième année, et, par conséquent, la bulbe du Galanlhus nivalis se trouve entièrement renouvelée tous les trois ans. Enfin, puisque le plateau de la bulbe sc termine par un bourgeon feuillé, il est évident encore que le support des fleurs est un rameau latéral né à l’aisselle d’une des deux feuilles.
Je nasse actuellement à un exemple de bulbe déterminée. i»
1 1 bulbe (léteroaili'-tf.
Si j'arrache, dans le moment de la floraison, un pied de Tulipe sauvage [Tulipa sylvestris), je trouve une bulbe allongée et en forme de poire de laquelle sort la tige qui est feuillée, et sc termine par une fleur jaune. En disséquant cette bulbe, je la trouve composée de quatre tuniques, dont deux extérieures sont très-brunes et desséchées, et dont les deux intérieures, coriaces et membraneuses, sont sur le point de sc dessécher aussi. Au centre de la bulbe vient la tige continue avec le sommet du plateau qui n’est véritablemcn t que sa
TIGES
< comparaison bulbe* ilrlpnninêraet inilitcrinim m avec le* ilfui ndnn espèce* de l<Krl aoultriainfl.
hase, et comme cette tige se termine par la fleur, il est bien clair que la bulbe, après la floraison, doit périr sans retour. Cependant la nature la perpétue à l’aide d’un bourgeon latéral ou caïeu ( bulbulus ) qui se développe sous la tunique la plus intérieure, à côté de la tige, et qui, étant très-gros, forme à lui seul la masse presque entière de la bulbe. Ce caïeu se compose de deux feuilles rudimentaires ou tuniques parfailt ment engainantes, l’une membraneuse, l’autre charnue, et d’une masse centrale, composée d’autres tuniques entièrement soudées, non-seulement entre elles, mais encore avec la jeune tige. Après la floraison, la plante mère se détruit ; le caïeu s’en détache ; il commence à jouir d’une vie particulière, et, au printemps d’après, il se développe.
Vous voyez, par l’exemple de laTulipe sauvage, que la bulbe déterminée végète absolument comme la tige souterraine et déterminée des Car ex, de l’ Euphorbiadulcis et de tant d’autres espèces ; qu’elle vit un temps limité ; qu’elle périt ensuite sans retour, mais qu’elle se perpétue toujours par des productions latérales, véritables rameaux axillaires. Par l’exemple du Galanthus nivalù, vous voyez, au contraire, que sa bulbe indéterminée, comme la tige des Scirpus et autres plantes analogues et comme celle des plantes rampantes, peut se perpétuer indéfiniment par le bourgeon feuillé et terminal. Il serait même possible que la bulbe du Galanthus nivalis, la tige souterraine du Scirpus palustris, la tige rampante du Glechoma , que nous pouvons trouver dans un de nos bois, fussent la continuation toujours immédiate de la première de ces plantes qui a paru sur notre globe ; tandis que nous ne pouvons arracher une bulbe déterminée de Tulipe sauvageou une tige déterminée d'Euphorbia dulcis, qui, si elles ne proviennent pas de graines restées longtemps stationnaires, ne soient le résultat d’autant de générations successives que l’on peut compter d’années depuis la création
TIGES
de la première Tulipe ou du premier pied d'Euphorbia dulcts.
On a comparé la végétation des bulbes avec celle des Pal-
, . . . , , Palmier*.
îmers j mais cette comparaison est tout à fait inexacte, lorsqu’il s’agit de bulbes déterminées; puisque les Palmiers ont des tiges indéterminées, et se continuent indéfiniment par leur bourgeon feuilléet terminal, tandis que la fleur, qui se montre bientôt chez les bulbes déterminées, borne leur existence à un temps fixe. Au contraire, si, comme nous l’avons vu (p. 11-2) , les tiges souterraines et indéterminées peuvent déjà s’assimiler aux Palmiers pour leur manière de végéter, à plus forte raison peut-on comparer à ceux-ci les bulbes indéterminées ; car ces bulbes ont toujours une position verticale comme les Palmiers, tandis que les tiges souterraines et indéterminées prennent le plus souvent une direction horizontale. Tous les Palmiers n’ont pas 60 et 70 pieds de hauteur ; on en voit qui n’en ont que dix ou même deux ou trois; enfin il en existe sur la côte du Brésil une espèce appelée Guriri ( Allagoptera Neuw. Schrad. Diplothemum Mari.), dont la tige est entièrement souterraine, dont les feuilles fort petites sont étalées sur la terre, et dont le régime est réduit aux dimensions d’un épi de Maïs : la végétation de ce Palmier est, à de légères nuances prés, celle de la Jacinthe ( Hyacinthus orientalis ). D’après tout ce que je viens de vous dire , vous voyez que, quant à la manière de végéter, il y a plus de rapport entre la Jacinthe et un Palmier qu’entre elle et la Tulipe.
Il y a cependant une différence que je dois vous signaler, i Différence rntri* entre la végétation des bulbes indéterminées, celle des liges souterraines et horizontales également indéterminées, et celle des Palmiers. A mesureque les tiges souterraines et les bulbes se prolongent, les parties anciennes sc détruisent, tandis que la partie nouvelle, favorisée par le milieu où elle vit , émet
TIGES
des racines qui lui assurent une vie particulière : chez les Palmiers au contraire les racines persistent, n.fwoc» entre jc j0;s aussi vous signaler une différence entre la végéta- !nTiAe™L!*‘”t l'on des liges souterraines indéterminées et celle des bulbes IndléterœSjic'éiî1’” également indéterminées. Chez les unes et les autres, de nouvelles parties se forment, commevous l’avez vu, pendant que les plus anciennes se détruisent, et la plante se trouve entièrement renouvelée au bout de trois ans. Mais les tiges souterraines indéterminées, détruites par une extrémité, prolongées par l’autre, vont toujours changeant déplacé, dans le sens de l’horizon, et les bulbes indéterminées, au contraire, se détruisant par tous les points de la circonférence, à mesure qu’elles augmentent par le centre, restent dans la même direction verticale. Les bulbes déterminées sont
les seules qui, se propageant par des bourgeons ou caïeux latéraux, chaugcnt de place dans le sens horizontal, mais chaque année, du court espace seulement qui se trouve entre la circonférence de la bulbe et le point presque central où naît le caïeu, c’cst-à-dire à peu près du demi-diamètre de la plante mère.
0° a dit que les bulbes étaient des bourgeons. Cela est très vrai pour les bulbes déterminées non développées et les bourgeon*, la bul- bulbes indéterminées de l’année, puisque les bourgeons sont,
be indétcrnirce , . .
n..: > iicuri n’m comme ccs bulbes, le rudiment d une tige et de ses organes
est }>a* un *
appendiculaires. Maisune bulbe indéterminée qui a déjà fleuri n’est plus un bourgeon seulement ; c’est un bourgeon porté par une tige qui a porté des feuilles. Ce n’est pas plus un hourgeon que le Palmier de plusieurs années n’en est un lui-
méme.
TuDiquM Jusqu’ici je ne vous ai parlé qu’occasionnellement des tuniques des bulbes. Cependant vous avez pu voir que celles de la bulbe du Tulipa tylveslrit étaient des rudiments de feuilles, et que celles du Galanthus nivalis étaient des bases
de feuilles dont la partie supérieure s’est oblitérée. Telle est la nature des tuniques de toutes les bulbes : ce sont ou des feuilles rudimentaires, ou la base épaissie et persistante des anciennes feuilles. Toutes les tuniques d’une bulbe, ou du moins une partie d’entre elles, commencent par être charnues, ou féculentes, et l’on peut les considérer comme des réservoirs de matières nutritives destinés à alimenter le jeune bourgeon qu’elles protègent.
Toutes les bulbes n’ont pas la même forme. Les unes sont 1,1
presque globuleuses ( bulbus subglobosus ); d’autres sont ovoïdes ou allongées (ovatus, elongatus ) ; d’autres ont la forme d’une toupie ( bulbus lurbinatus)-, et quelques-unes enfin celle d’une cloche (bulbus campant for mi s).
La nature des tuniques établit aussi entre les bulbes des différences fort sensibles. Lorsque les tuniques, comme dans J|ÎJ^ l,u,‘ l" l’Oignon et la Jacinthe ( A Ilium Cepa , Hyacinthus orienlalis), naissent de cercles concentriques, embrassent toute la périphérie du plateau , ou au moins une grande partie de cette périphérie, et s’enveloppent les unes les autres, la bulbe prend le nom de tuniquée (bulbus tunicatus) (f. 29,
31); on l’appelle écailleuse (bulbus squamosus), quand elle se compose, comme celle du Lis, d’éeailles étroites qui so recouvrent à la manière des tuiles d’un toit, et n’occupent chacune, dans la périphérie du plateau , qu'un espace peu considérable ( ex. Lilium candùlissimum f. 32) ; enfin la bulbe est réticulée ( reliculaïus ), quand les tuniques, probablement par la destruction d’une partie de leur substance, présentent une sorte de réseau fibreux et à jour.
Les trois espèces de bulbes que je viens de vous faire connaître s’appellent du nom commun de bulbes foui liées (bulbus foh'osui), parce qu’elles se composent d’organes foliacés b-u*. »hjm. parfaitement distincts. lien est d’autres que, par opposition
TIGES
Uiilh*t »oli »u|Hrj*v*«e*.
à ccs dernières, on appelle solides (bulbus soluius ) , et que je vais vous faire connaître à leur tour.
Je vous ai dit que, dans le caïeu de la Tulipe sauvage (7'. sy h es tri s), les tuniques intérieures, soudées avec la tige, ne formaient qu’un seul tout ; mais vous avez vu que , dans le cours du développement de la plante, ces parties se dessoudaient et devenaient distinctes. Chez certaines bulbes, la séparation n’a jamais lieu que pour les tuniques extérieures, les intérieures ne se séparent point, et ces dernières, unies avec la base de la tige, présentent une masse épaisse et compacte; ce sont là les bulbes solides. La Tulipe n’est pas la seule plante qui tende à nuancer ccs bulbes avec les feuillées. Il est entre les deux sortes de bulbes une foule d’autres passages : je me contenterai de vous citer les Ornithogalumnutans L. et umbellatum L., plantes printanières de notre pavs, qui présentent, chez leurs bulbes, des tuniques dont les limites se reconnaissent facilement , quoiqu’on ne puisse , sans déchirement, séparer l’une d’elles de sa voisine.
Chez certaines bulbes solides et déterminées, celle du Safran (Crocus sativus), par exemple (f. 33), où la soudure des parties permet difficilement, à l’aisselle des tuniques, le développement du bourgeon latéral, celui-ci ne se montre communément que tout à fàit au sommet de la bulbe : là , je n’éprouvant aucune gène, il croît, s’étend, devient bulbe à son tour, et bientôt aussi large que la planle-inère, il semble placé sur elle comme un grain de chapelet sur un autre grain ; cependant, à mesure qu’il grossit , la bulbe mère se fane, se détruit, et après la floraison de la seconde bulbe, un bourgeon se développe au sommet de celle-ci pour la remplacer elle-même l’année suivante. Celle succession de bulbes qui naissent ainsi les unes sur les autres leur a fait donner le nom très-expressif de bulbes superposées (bulbi superpositi).
TIGES
Il ne faut pas croire que toutes les bulbes solides et déter- B“lb" •“l"*"
» i I-Oii IU| frjwstri.
rainées se multiplient par superposition. Il en est, la Colchique d’automne (Colchicum autumnale ), par exemple, chez lesquelles le bourgeon axillaire sc développe à l’aisselle des tuniques extérieures non soudées, et qui, par conséquent, se propagent de la même manière que les bulbes déterminéeset lu niquées. Ces dernières, comme on l’a vu , se succèdent dans le sens de l’horizon ; les superposées dans le sens vertical.
Les bu I lies fouillées se trouvent uniquement chez les monocotylédones ; et, dans cette grande classe, l’on n’en voit guère hors du groupe des I.iliacées, tel qu’il avait été conçu '“ul,,u‘ par Tourncfort. Il existe, au contraire, des bulbes solides, non-seulement chez les mouocotylédones, mais encore chez les dicotylédones.
Les bulbes solides qui présentent une masse compacte forment le passage des bulbes proprement dites aux tubercules et aux tubérosités.
On a généralement appelé ainsi tous les corps renflés, charnus ou féculents, que l’on a trouvés dans la terre; mais, ** ,tt‘
sous ces noms, l’on a confondu des parties souvent fort différentes.
Toutes les fois que nous voyons, sur le tubercule , des bourgeons etdes organes foliacés disposés symétriquement et plus ou moins rudimentaires, nousdevons dire, sans aucune hésitation, qu’il appartient à la tige ou aux rameaux; mais Tui«t«i« .Pdans ce cas-là même, tous les tubercules ne sont pas identi- JTT.V ques. Ainsi la Pomme de terre {f. 141) et le Topinambour (Solarium luberosum , Helianthus tuberosus) sont , comme je vous le dirai plus tard , des extrémités renflées de rameaux souterrains; on doit voir, dans les tubercules de 1 ’ Orobus tuberosus ou du Phleum nodosum, la base des entre-nœuds d’une tige souterraine , et, au contraire , les tubercules
tiges.
de YAdoxa moschatellina sont des sommets d’entre-nœuds augmentés de la hase des pétioles avortés.
Quand nous ne trouvons point d’organes foliacés sur un renflement souterrain , nous devrions, ce semble, pouvoir dire toujours qu’il appartient à la racine ; cependant d’habiles botanistes pensent qu’il n’en est pas ainsi, et, dans cette circonstance encore, nous aurions une preuve de l’impossibilité de donner des définitions applicables à tous les cas, impossibilité duc nécessairement à des transitions qui, en quelque sorte, fondent entre eux les organes des plantes, comme d’autres transitions fondent les genres et les familles. Dans les racines à base multiple ou celles qui se ramifient beaucoup, les renflements appartiennent sans aucun doute rJ'rlr.m'un.’w’ ** ^<>s fibres radicales fort développées , ainsi qu’on en peut voir des exemples dans 1 c.Ficaria Banunculus (J. 17), l’y/sphodelus ramosusj le Convolvulus Batatas. Mais lorsque le renflement souterrain est simple et solitaire, comme dans le Cyclamen europœum (f. 166), le Corydalis bulbosa, le Bapha- <>,, i«io- nus sativus, etc., la même certitude n’existe plus. Je vous ai llnucaU touter- dit que les cotylédons n’étaient pas nécessairement la limite
rains pI uni * . * . 1 .
ne,....!, viuux ,ie* |a tige et de la racine, et vous en aurez une preuve sut-
|»Utnte« dont U ” 7 1 #
rar'"' eu - k,,c lisante en examinant leHaricot(PAaseo/ws v ulqaris)k la nremière époque de sa vie ; car alors vous verrez ses feuilles primordiales élevées au-dessus du sol par un axe de plusieurs pouces. Cet axe inférieur aux cotylédons et qui, non développé, faisait déjà partie de l’embryon dans la semence, a été appelé radicule ( radicula ), parce qu’on l’a considéré comme une jeune racine. Si cependant il végété de bas en haut, il est c'air qu’il n’est point une racine véritable, et puisqu’il n’existe rien au-dessous de lui , il faudrait le considérer comme le premier entre-nœud de la tige qui, commençant de même que tous les autres entre-nœuds, sans organes appendiculaires foliacés, en fournirait à son extré-
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mité supérieure seulement ; les vraies racines, productions postérieures à la formation complète de la jeune plante dans la graine, seraient dues à la germination. Supposons à présent que l’axe, qui a élevé les cotylédons du Haricot au-dessus du sol , se renflât immédiatement au-dessous de ces derniers, il est incontestable que nous ne dirions pas que c’est la racine qui est renflée ; devons-nous le dire, quand le renflement s’opère dans un axe analogue, quoique souterrain, comme chez le Radis? Duhamel et Turpin ne le pensent point; ils croient que, dans tous les cas, la radicule appartient au système ascendant, ainsi que les renflements qui s’y manifestent, qu’elle est toujours le premier entre-nœud de la tige, et que toujours les racines naissent de cet entre-nœud, comme nous voyons souvent des fibres radicales sortir d’en Ire-nœuds appartenant bien décidément à la tige. Dans ce système, la différence qui existe entre le Radis et la Pomme de terre (S. tuberosum) consisterait en cequecettederniérc,qui faitpartie d’un rameau et est chargée d’organes appendiculaires, présente un grand nombre d’entre nœuds dont aucun ne peut être le premier du végétal , tandis que le Radis offrirait un seul entre-nœud et toujours le premier de la plante. Je ne dois pas vous dissimuler cependant que celte manière de considérer les renflements souterrains et sans nœuds vitaux des plantes dont la racine est à base unique n’a point été admise par tous les botanistes; on a même été jusqu’à dire que, si la radicule des Haricots élevait leurs cotylédons au-dessus du sol , c’est que faible encore, elle trouvait dans la solidité de la terre un obstacle qui la repoussait au dehors.
Les anciens botanistes considéraient tous comme des ra- T«îr.,TulM Jr‘
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cines les tubercules des Orchidées indigènes, et, parmi les modernes, les uns les ont mis au nombre des tiges souterraines et les autres au nombre des racines. Si l’on arrache, au moment de la floraison, un pied A'Orchis mono (f. 34) ou