TIGE
mascula, ou trouvera, au-dessous de la lige feuilléeet fleurie, un faisceau de racines, el, un peu plus bas encore, deux tubercules charnus, ovoïdes cl arrondis à leur extrémité. L’un des deux est continu avec la tige; l’autre l’est avec un bourgeon né d’elle latéralement. Après la floraison, la tige se dessèche , cl son tubercule se flétrit peu à pou ; pendant ce temps , le tubercule latéral prend de l’accroissement; des racines se montrent au-dessus de lui, le bourgeon qu’il porte se développe pour produire une tige nouvelle qui doit fleurir au printemps, el, de la base de celle-ci, naît un nouveau bourgeon ; végétation qui est exactement celle des liges souterraines annuelles et des bulbes déterminées, par exemple, de YEuphorbia dulexs et du Tulipa sylvcsiris. Le tubercule est évidemment un corps descendant et sans organes foliacés ; or ce sont là les caractères des racines; cependant ou ne peut guère admettre qu’un corps épais et très-obtus puisse pomper les sucs de la terre. Mais s’il est difficile déconsidérer rigoureusement comme des racines les tubercules parfaitement arrondis des Orrfiis mono, mascula cl de tant d’autres, je retrouve des moyens de succion dans V Or dm bifolia (J. 35), puisque, ovoïde et épais comme les précèdcuts, il est terminé par un filet conique semblable aux fibres radicales ordinaires, et que, par conséquent, il ne diffère réellement pas de lantd’autres racines renflées. Certains tubercules iY Or clos que l’on a appelés palmés ( palmali ) (ex. Orchis odoratissima f. 36), parce qu’ils se divisent en plusieurs filets, ont encore plus de moyens de succion. Ici donc, il est difficile de ne pas voir de véritables racines; et, puisque les bulbes sans filets terminaux sont organisées et placées comme cellcsà filets, je les regarderai aussi comme des racines; mais des racines dont l’extrémité avorte, dont la destination change, et qui, se gorgeant de sucs pendant que la plante mère s’épuise, les fournissent ensuite à la plante nouvelle.
TIGKS.
Les bulbes terminées par des filets auront une double destination; elles feront l’office de racines et seront en même temps des réservoirs de sucs.
Pour empêcher qu’on ne confondit des parties entièrement Ai>p|ir*"o7 différentes, je crois qu’il serait bon de conserver l’ex- ,uk*ro,i,i pression de tubercule ( tuber , tuberculum ) aux seuls renflements souterrains qui, étant des portions de liges ou de rameaux, appartiennent au système supérieur ou ascendant, et de donner le nom de tubérosité ( tuberositas ) à tous les renflements que l’on doit rapporter au système descendant, ou si l’on veut aux racines.
Je me suis beaucoup étendu sur les parties souterraines des plantes, et principalement sur les diverses tiges qui végètent sous le sol, non-seulement parce qu’elles ont été trop peu observées, mais encore parccqu’cllesfournissent le sujet d’étude le plus intéressant. Chaque espèce à lige souterraine et rampante, chaque espèce bulbeuse a, pour ainsi dire, une manière de végéter et des habitudes qui lui sont propres.
Si je ne craignais de m’exprimer avec trop de hardiesse, je dirais presque que ces plantes ont des mœurs.
§ IV. — Des anomalies que présente quelquefois la tige.
Après avoir passé en revue les modifications que la tige peut offrir constamment dans la même espèce, et souvent dans le même genre, je vous en indiquerai d’autres, celles qu’on ne rencontre qu’accideuleilemenl, et qui doivent être dites anomales, l’exostose (exostosis), la division ou partition ( partitio ) et la fasciation ( fasciatio ).
Les exostoses, aussi appelées loupes ou madrures, sont des protubérances qui s’élèvent de la tige et des branches des vieux arbres exposés à l’air libre. On a cru longtemps
TIGES
Partition.
Fasciation .
qu’elles étaient dues aux piqûres des insectes et à des influences atmosphériques ; mais les modernes s’accordent à les considérer comme des branches qui ne se sont point développées au dehors, qui sont restées sous l’écorce et ont été successivement recouvertes par des couches de nouveaux bois. Les loupes acquièrent une grande dureté ; et, de la disposition de leurs fibres, il résulte des veines et des figures diversement colorées qui les font rechercher des ébénistes. De nombreux bourgeons advenlifs naissent souvent des exostoses, et se développent en une touffe de rameaux menus qui restent stériles et, détournant les sucs de la plante, pourraient être nuisibles aux arbres fruitiers, si on n’avait pas soin de les retrancher. L’ensemble de ces petites branches a été appelé par les botanistes polycladic (pohjcladia) ; et les Allemands ont donné le nom de noeud de sorcier ( xauberknole ) à la loupe et à ses brauches.
Par la parlitiou ou la division , ou entend le partage d’une tige en deux axes formant une bifurcation. Les exemples de celle anomalie ne sont pas extrêmement rares chez la Tulipe, la Jacinthe (Tulipa Gesneriana , Uyacinthus orientalis ) et d’autres monocotylédones. Il faut bien se donner de garde de confondre avec les rameaux véritables les espèces do branches qui résultent de la partition. Dans celle-ci , il y a partage du même axe, et par conséquent aucune des deux branches n’est née de l’autre, tandis que le rameau véritable appartient à une autre évolution que la tige, et naît à l'aisselle d’une feuille. L’anomalie dont il est question rentre dans les dédoublements dont je vous entretiendrai plus tard, et offre réellement une division : au contraire, il y a multiplication dans la production des branches véritables. Toute division indique un plus grand degré d’énergie, et telle est probablement la cause de la partition.
La fasciation est uu aplatissement qui s’opère dans la
TIGES
lige, sans aucune compression artificielle, comme on eu voit des exemples dansunc foule de plantes, telles que la Chicorée sauvage, le Pin maritime ( Cichorium Int y bus , P. mari lima), etc. Sur les tiges fasciêes (caules fasciati) sc montre toujours un nombre insolite de bourgeons , de feuilles et de fleurs qui les ont souvent fait considérer comme une sorte de merveille. Linné croyait que la tige fasciée était formée par la soudure de plusieurs tiges ; mais il n’en est réellement pas ainsi, car elle peut nailre d’une graine unique ; elle est ordinairement arrondie à la base, et ne s’aplatit que par degrés. Pour d’autres botanistes, cette singulière production ne serait point le résultat de la soudure de plusieurs tiges, mais celui de la soudure de plusieurs rameaux : une telle opinion ne saurait non plus être admise, puisqu’on trouve des tiges fasciêes chez les Narcisses et les Fritillaires (Narcissus, FritiHaria ) qui ne se ramifient point; les jeu nés pousses toujours simples de l’Olivier (Olea europœa) se montrent souvent aplaties; enfin certaines tiges fasciêes ont des rameaux fasciés aussi bien qu’cllesmèmes. L’aplatissement est l’état habituel de plusieurs tiges, celles, par exemple, de diverses espèces deCoctw*, et il est devenu constant dans nos jardins chez le Celosia cristata, auquel il a fait donner le nom de Créte-de-coq. Jecroirais,avec M. Link, que c’est le premier degré de la partition ; ou voit des tiges fasciêes qui commencent à se partager, et d’autres qui sont divisées jusqu'à une certaine profondeur.