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CHAPITRE X

BRACTÉES

§ I'r. — Des bradées isolées.

Comme je vous l’ai déjà dit, lorsque la tige déterminée a tont Ui porté au plus haut degré sa force d’expansion , elle com- br*cli"' menée à montrer moins d’énergie. Peu à peu ses feuilles perdent leur pétiole , elles se découpent moins , elles diminuent de grandeur, elles changent de forme; enfin, par une suite de dégradations souvent insensibles, les supérieures arrivent à être tellement différentes des inférieures, que les botanistes ont cru devoir les désigner par un nom particulier, celui de bractées ( bradeœ ), mot extrêmement commode pour les descriptions.

On peut dire que les bractées sont les dernières feuilles de la tige ou du rameau, celles qui avoisinent le plus la fleur.

BRACTÉES

Ce sont elles qui forment le passage le plus immédiat des parties de cette dernière aux organes appendiculaires les mieux développés.

u»r for™. La forme des bractées varie suivant les diverses espèces de plantes. En général, cependant, elles sont petites, sessiles. entières, quelquefois membraneuses ou scarieuses, assez souvent colorées.

Lorsque les feuilles du milieu de la tige sont engainantes, ou qu’elles ont des stipules adhérentes au pétiole, les bractées n’offrent presque toujours qu’une gaine ou un pétiole garni de stipules; et, par épuisement, elles reviennent ainsi au même genre d’altération que la faiblesse avait amené chez le rameau, pour produire les écailles, premières feuilles le plus souvent réduites à la partie inférieure. Quelquefois les bractées se terminent par une soie dépourvue de parenchyme, autre signe d’épuisement , ou même elles se transforment entièrement en épines.

Cri le* des Mar*:- Dans les genres Marcgravia et Noranteà, les bractées se

graria el dci iVo*

ram**. présentent sous la forme d’un capuchon ou d une sorte d éteignoir ouvert obliquement à la partie inférieure, et rempli, chez le Norantea Adamanlium , d’une gouttelette d’eau amère. Le N or an (w Goyazenm nous dévoile parfaitement la nature do ces singuliers organes. Dans cette espèce, les feuilles supérieures colorées en pourpre noir , comme les bractées elles-mêmes, ont leurs bords repliés en dedans ; les bords des bractées inférieures sont non-seulement rapprochés, mais ils se soudent à la partie supérieure, encore parfaitement distincts dans une grande partie de leur longueur; enfin , chez les bractées plus élevées , la soudure s’étend davantage et le capuchon se forme. Je vous ai montré précédemment des feuilles dont les pétioles sont soudés par leurs bords; vous voyez qu’il en existe aussi qui sont soudés par le bord de leur lame.

UHACIbLS

Quand les fleurs terminales avortent , il arrive quelquefois que, par une sorte de compensation ou de balancement, les dernières bractées, à l’aisselle desquelles ces fleurs auraient dû naître, se développent outre mesure, et alors nous voyons paraître, au sommet d'une grappe ou d’un verlicillc de fleurs, cette couronne (coma) que nous admirons dans (ouionce te»l’Ananas et la Fritillairc impériale ( Bromelia Ananas , Fritillaria imperiaiis).

Souvent aucun bourgeon ne se développe à l’aisselle de la ItiM lrn Krum»

... |>agnant un bout

bractée (bracteœ vacuœ); plus souvent, quelle que soit sa peu g» ml, relie» qm tesse, elle accompagne un pédoncule, c’est-à-dire un rameau *""■ dont les appendices (b. fertiles) sont réduits aux organes floraux. Quelquefois, comme chez les Crucifères ([. 170) ou les plantes à ombelle , elle avorte entièrement, et alors le rameau qui devait naître à sou aisselle est seul produit par le nœud vital.

Certains botanistes ont eu l’idée de donner le nom de bractée à toutes les feuilles qui accompagnent une fleur, et de le refuser à celles, appelées vides ou stériles, qui ne présentent à leur aisselle aucune production. Mais, s’il n’y avait jamais de changement dans la forme des feuilles d’une même plante, il est bien clair qu’on n’aurait point eu l’idée d’imaginer le mot de bractée ; pourquoi donc l’emploierait- Ol» Di1 doit jiou t on , quand la feuille qui accompagne la fleur ne diffère lion fin mol t'i . . pas des autres, comme dans le Veronica agrestis(f. 176) ou le V. hederæfolial et, d’un autre côté, si nous refusons d’en faire usage , lorsque , par manque d’énergie , le bourgeon axillaire ne se développe pas à l’aisselle d’une feuille que l’épuisemeut a rendue entièrement différente des autres , nous n’aurons pas de moyen de faire sentir les différences , si ce n’est par de longues périphrases. Au lieu donc d admettre une distinction fondée sur des circonstances accessoires , il vaut mieux continuer à appeler bractée toute

DÛACTEBS.

feuille voisine de la fleur et altérée par l’épuisement, et , avec M. de Candolle, l’on pourra, si l’on veut, indiquer sous le nom de feuilles florales (fol. floralia), les feuilles qui, sans avoir éprouvé d’altération sensible, accompaguent pourtant une fleur.

'J;'""0" ,lM Puisque les feuilles sont tantôt alternes, tantôt opposées

et tantôt verlicillées, il est bien clair que l'une ou l’autre de ces trois dispositions doit se rencontrer chez les bractées qui représentent les feuilles. En général, les bractées conservent, dans chaque espèce, la même disposition que les feuilles proprement dites ont au-dessous d’elles ; aiusi les Labiées (ex. Sol via cl ondes tina, f. 108), dont les feuilles sont opposées, ont aussi des bractées opposées, et l’on trouve dos bractées verticillées chez les Èricacées, dont les feuilles sont disposées en verlicilic. Quelquefois cependant des plantes à feuilles verlicillées n’ont plus que des bractées opposées , comme le Galium valanlioides , ou mémo des feuilles alternes, comme certains Polygala (ex. Polygala disions, f. 109); et, d’un autre côté , des liges à feuilles alternes peuvent avoir des bractées opposées ou verlicillées, aiusi que le Campanula Erinus ( f . 1 1 1) et les Euphorbia (ex. Euphorbia segetalis , f. 110) en offrent souvent des exemples. Dans le premier cas, des feuilles réellement verticillées passent aux nœuds supérieurs, à l’état de feuilles opposées ou alternes, parce que la force d’expansion n’est plus la même; dans le second cas, les bractées deviennent alternes ou opposées par l’extrême raccourcissement des entre-nœuds; mais alors l’on n’a réellement qu’une fausse opposition et de faux vcrlicillcs. Des phénomènes, en apparence contraires, sont produits par la même cause, l’appauvrissement, o ,i„it Une fleur peut être accompagnée de trois bractées verti-

{•rartreiiquiarrom- cillées appartenant au même axe qu’elle, lorsque la plante

K.°‘ a" * tout entière présente des organes appendiculaires vcrlicillés

IJRACTtfcS.

(ex. Erica multiflora, f. 1 1 2). Mais souvent, lorsqu'on a dit, comme dans les Amaranlbacées , les Polygalécs, les Vacciniées, qu’au-dcssous de la fleur il y avait trois bractées (/lus tribracteatus ) , on a confondu deux générations différentes; une des trois bractées, qui se trouve intermédiaire, étant la feuille de l’axe primaire, et les deux autres, qui sont latérales, appartenant au pédoncule ou rameau raccourci né à l’aisselle de cette même feuille (cx. Gaylussacia Pseudol 'actinium, f. 1 1 3 ; Polygala vulyaris, f. 1 14 ; Jresine celosioïdes , f. 115. Quelquefois aussi, mais beaucoup plus rarement, trois prétendues bractées appartiennent à une seule génération et naissent du même nœud vital; c’est la feuille avortée réduite au pétiole, et les deux stipules qui l’accompagnent. Dans ce dernier cas, lorsqu’il y a adhérence entre les stipules et le pétiole, la bractée semble simplement trilobée, et alors le pétiole est le lobe intermédiaire et les stipules les deux lobes latéraux.

L’aspect seul de quelques plantes suffit pour montrer à Rrtour ilr u l’observateur le plus superficiel que les bractées ne sont autre chose que des feuilles altérées par l’épuisement, et dont les formes, souvent si différentes de celles des feuilles véritables, se nuancent avec ces dernières formes par des dégradations insensibles. Mais, s’il fallait une preuve de plus pour faire sentir cette vérité, on la trouverait encore dans la facilité avec laquelle les bradées retournent aux formes de la feuille véritable chez les monstruosités développées par une nutrition abondante.

Si les bractées se nuancent par d’insensibles dégradations avec les feuilles des parties les plus vigoureuses de la tige, dans bien des cas , on les voit également se nuancer avec le calice.

Vous savez déjà que cette enveloppe n’est qu’un vcrticillc Foiioi„ de feuilles altérées par l’épuisement, comme les bractées qui ivre Us brader*

BRACTÉES

Caiu'ulf

viennent au dessous de lui. Il arrive souvent que l’épuisement est à peine plus sensible dans le calice que dans les bractées, et «alors on a de la peine à distinguer de ces dernières les folioles calicinalcs. Les Camélia et les lierberis fournissent des exemples de ces fleurs où les bractées se confondent avec les feuilles du calice. Dans ce cas, cependant, on a souvent un moyen pour reconnaître ce qui appartient au calice et ce qu’on doit appeler bractées, c’est de remonter à la corolle, et de compter comme folioles calicinales les pièces alternes avec les pétales et en nombre égal au leur. Mais, il faut le dire, ce moyen est difficilement applicable à certaines fleurs, qui offrent une suite assez nombreuse de petites feuilles superposées, presque toutes semblables et également colorées. Ici, il serait peut-être mieux de décrire simplement le nombre de ces feuilles, et leurs différences à peine sensibles, que de s’obstiner à fixer eolre-ellcs des limites bien tranchées que la nature n’a pas voulu y mettre.

§11. — Des bractées réunies en calicule , en incolucre , en pèricline et en cupule.

Il arrive souvent que les bractées, rapprochées par l’extrême raccourcissement des entre-nœuds, se recouvrent les unes les autres comme les tuiles d’un toit, et que les dernières, plus rapprochées encore, arrivent à former un faux verlicillc. Très-souvent aussi le vcrlicillc se forme sans être précédé de bractées imbriquées. Dans les deux cas, les bractées, ainsi rapprochées, prennent des noms particuliers, suivant les modifications qu’elles présentent dans leur réunion.

Elles forment un calicule ( ruliculus ), quand elles se pres-

BRACTÉES

sent contre le calice d’une fleur unique, comme dans l’Œillet ( ex. Ih'anthus Monspeliacus , f. 1 1 6). Leur ensemble prend le nom d’involucre ou de collerette ( inrolucrum ) j Imolucrc quand elles s'étalent et accompagnent plusieurs fleurs dont elles restent ordinairement plus ou moins écartées, comme chez les Euphorbes (ex. Euphorbia serrata, f. 119) et les Ombcllifères. Qu’entourant encore plusieurs fleurs, elles prennent une position verticale, ainsi que cela arrive dans les Composées, nous aurons un péricline (perich'nium) (ex u Péricline. Centaurea collina, f. 1 18). Enfin, que des bractées imbriquées se soudent intimement, qu’elles forment un corps dur et compacte, nous aurons une cupule ( cupula ) (ex. Quercus ‘..H. robur , L., f. 117).

Je viens de vous donner des définitions qui conviennent exactement à un très-grand nombre d’enveloppes formées par des bractées ; mais il est, entre les diverses formes que je vous ai fait connaître, une foule d’intermédiaires qui échappont à nos distinctions rigoureuses. Les bractées verticillées des Passiflores (ex. Passifloraalata , f. 120) ont pris le nom d’involucre, parce qu’elles sont étalées et placées à quelque distance du calice , et cependant elles ne correspondent qu’à une fleur, comme les caliculcs des Ih'anthus ( f. 106). Dans certaines Composées, le péricline ne renferme non plus qu’une fleur; mais d’ailleurs il ressemble tellement aux autres périclines , qu’il est impossible de lui refuser ce nom. Enfin beaucoup de botanistes ont même pensé et je crois, avec raison , qu’il y avait des différences trop peu tranchées entre l’involucre proprement dit et le péricline pour qu’on pût adopter cette dernière expression, et ils n’ont voulu admettre que celle d’involucrc.

On a dit, à la vérité, que, dans les cas douteux, il fallait Abui de r«*iulnconsulter l’analogie, mais trop souvent on en a mal compris l’usage, et elle n’a plus été qu'un moyen de nous faire illu-

IIRACTEES.

sion sur les défauts de nos définitions'rigoureuscs. Ainsi on a trouvé dans l’Œillet d’Inde ( 7’agetes patula, f. 121 ) et le Noisclicr ( Corylus Avellana, f. 122) une enveloppe formée d’un seul rang de bractées verticales soudées , et l’on a dit que celle du Noisetier était une cupule , parce qu’on trouve effectivement des cupules dans les plantes voisines du Noisetier, comme on a dit que l’enveloppe de l’Œillet d’Inde, plante composée , était uu périclinc , parce que la famille des Composées présente ordinairement des pcriclincs. N’aurail-il pas été plus philosophique d'indiquer par uu même nom la même nuance de modiiication , quelque part qu’elle se rencontre, que d’indiquer par des noms différents des choses absolument semblables, et cela uniquement parce qu’elles sont accompagnées de différences Irés-réclles? Les Noisetiers et les Œillets d’Inde présentent entre eux les plus grandes différences, sans doute; mais, si un organe est absolument semblable dans ces plantes , pourquoi ne pas le désigner par le même mot? pourquoi , en se servant d’expressions différentes, quand il n’y a aucune différence réelle, faire disparaître, aux yeux du commençant, un de ces points de contact que la nature s’est plu souvent à établir entre les espèces les plus éloignées, comme pour nuancer, dans tous les sens, l’admirable tableau qu’elle a exposé à nos yeux?

•y»- S’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de distinguer, ,,u dans certains cas , la bractée isolée de la feuille calicinalc , il ne l’est guère moins, dans d’autres circonstances, de dire bien exactement ce qui doit être appelé involucrcclce qu’on doit nommer calice. Il est bien évident, sans doute, qu’un verlicillc ne sera point un calice, mais un involucrc, si entre lui cl les étamines je trouve deux autres vcrlicilles dont l'un alors doit nécessairement être le calice et l’autre la corolle. Cependant, lorsque j’aurai à vous entretenir du calice en particulier, je vous montrerai qu’une même fa-

BRACTEES.

mille, un mémo genre, offrent des exemples de tous les passages possibles.

Quand on dit que le calice renferme une seule fleur, et que Finvolucreen contient plusieurs, on fait une définition bien tranchée qui semblerait , au premier coup-d’œil , d’une application facile. Mais le seul exemple du genre. Anemone prouve qu’il n’en est pas toujours ainsi, puisque, dans ce genre , des folioles placées à la même distance des fleurs en renferment tantôt une, comme dans Py4. coronaria -, et tantôt plusieurs , comme dans l\A. narcissiflora. La pluralité de fleurs dans un involucre est due à un développement de bourgeons nés 5 Faisselle desbractées qui composent ce même involucre. Tout organe appendiculaire est, comme je vous Fai dit (p. 128), prédisposé à avoir un bourgeon à son aisselle • et c’est par défaut d’énergie dans la partie génératrice que ce bourgeon ne se développe point; quand la lige donne naissance aux feuilles calicinales, elle manque de vigueur, elle va finir ; par conséquent, on ne doit point s’étonner si des bourgeons ne se développent pas à leur aisselle , et il n’est point étounant non plus que souvent il ne s’en développe pas davantage aux feuilles del’involucre,.qui sont si voisines de celles du calice, et qui, comme elles, sont le produit d’une partie de la tige presque épuisée.

Je ne dois pas manquer de vous faire observer que, dans un involucre uniflorc, toutes les parties qui s’élèvent au-dessus de lui sont la continuation du développement qui Fa produit lui-même ( f . 116, 120), ou, pour mieux dire, l’involucre et la fleur appartiennent à la même génération. Mais, dans un involucre pluriflore, il y a des fleurs de deux généralions différentes (f. 118): Fintermèdiaire , comme l’involu- r!Ô^w pi'"'.

• . • - lion.

cre, appartient à la lige mère, et les fleurs latérales appartiennent à des tiges de seconde génération ou rameaux , résultat de bourgeons nés à Faisselle de Finvolucrc.

BRACTÉES

Je vais à présent vous faire connaître les expressions que les botanistes ont appliquées aux diverses modifications d’involucre; je vous indiquerai ensuite celles dont ils se servent pour peindre les différentes sortes de péricline, autre modification de l’involucre.

Les pièces qui composent , soit un involucre, soit un pé- F„,l0lc, „ail. ricline, portent le nom de folioles ou d’écailles ( foliota , squamœ), suivant qu’elles se rapprochent plus ou moi us de la nature des feuilles véritables.

On appelle involucre propre ou uniflorc (tnvolucrum propii utn, uniflorum ; ex. Passiflora alata, f. 120) celui qui, se nuançant avec les calicules ( f . 116), contient une seule fleur , et involucre commun ou mulliflore ( involucrum com~ Diverse* «,.10. tnunc multiflorum , f. 118) celui qui en renferme plusieurs.

Quand les folioles d’un involucre se soudent, comme dans le genre Buplevrum (ex. Buplevrum stcllaium, f. 124), on dit qu’il est monophylle (monophyllum) ; il est , au contraire, polypbylle ( polyphyllum ; ex. Astrantia major, f. 123), quand il se compose de folioles parfaitement distinctes. Il est bien clair qu’avec les involucres monophyllcs , verticilles complets, on ne doit pas confondre les involucres qui, réduits à une seule foliole, comme cela arrive chez certaines Ombellifères(ex. Æthusa Cynapium, L.,f. 127), n’occupent qu’une très-petite portion de la périphérie de l’axe.

Lorsqu’au lieu d’une fleur il naît, à l’aisselle de chaque foliole de l’involucrc , un rameau qui , à son tour, porte un nouvel involucre d’où émanent les fleurs, le premier involucre porte le nom d’universel ( tnvolucrum universale ) ou simplement d’involucre ( tnvolucrum ) (f. 183), elle second celui d’involucre partiel ou involucellc ( tnvolucrum partiale, involucellum ). Les Ombellifères fournissent de nombreux exemples de ces deux sortes d’involucres. Chez les Euphorbes (f. 119), on voit les rameaux se diviser et se

DKMThi;»

subdiviser plusieurs fois, accompagnés, au point de leur origine commune, d’involueres successivement primaires, secondaires, tertiaires et composés de folioles étalées et distinctes, jusqu'à ce qu'enfm les folioles qui enveloppent immédiatement les fleurs, très-petites, sans force d'expansion, sc soudent pour ne plus offrir qu’un seul corps dont la forme est à peu près celle d’une cloche et qui semble un calice.

Dans la description complète d’une plante, il faut indiquer le nombre des folioles de l’iuvolucrc aussi bien que leur forme. Les modifications que celle-ci est susceptible d’éprouver sont moins nombreuses que celles qui s’observent chez les feuilles proprement dites, et peuvent être exprimées par les termes employés pour ces dernières.

Le péricline présente des modifications à peu prés analogues à celles qu’on observe chez l’involucre. Tantôt il sc compose d’un seul rang de folioles, et alors on le dit simple ( periclinium simplex ); tantôt il est formé de deux rangs, et on l’appelle double ( duplex , biseriale ); quelquefois on voit à sa base de petites folioles avortées, et l’on dit qu’il est caliculé (caliculatum); bien plus souvent il se compose d’écailles qui se recouvrent comme les tuiles d’un toit, et on le nomme imbriqué (imbricatum , f. 118). Il peut avoir trois, cinq ou un plus grand nombre de folioles (periclinium triphyllum , pentaphyllum , polyphyllum ) , et contenir un nombre de Heurs plus ou moins considérable (periclinium uniflorum , biflorum, tri /larum , multi/lorum). Il est rarement étalé; bcauconp plus souvent cylindrique, conique, ovoïde ou ventru (cylindricum , conicum , ovoideum , ventricosum); enfin il devient épineux, quand l’extrémité de ses folioles, privéede parcnchyme.se présente sous la forme d’une épine, comme on en voit des exemples dans les Chardons (Carduus) . Ces mêmes folioles peuvent être libres ou soudées; dans ce dernier cas, on dit que le péricline est monophylle (mono-

Diverses sortes de périclinrt.

BRACTKKS.

phyllum ) (ex . Tagetes patula, f. 121 ), et l’on ajoute qu’il est parti te, fendu ou den lé (parfitum , fitsum, dentatum), suivant qu’il offre des folioles libres jusqu’à la base, jusqu'au milieu ou au sommet seulement; mais toutes ces expressions sont évidemment défectueuses, puisqu’elles sont fondées sur cette idée fausse, que le péricline est formé d’une pièce unique plus ou moins fendue du sommet à la base, tandis qu’en réalité il se compose de plusieurs feuilles soudées plus ou moins de la base vers la partie supérieure.

Chaque fleur que l’on voit dans un péricline doit naturellement naître à l’aisselle d’une feuille ou bractée; mais , comme ici , il y a un défaut d’énergie vitale porté aussi loin que possible, et un extrême rapprochement de toutes les parties, les bractées se développent encore plus mal que celles du péricline et deviennent des paillettes ( paleœ ) , étroites, membraneuses, incolores et transparentes. Souvent même elles se trouvent réduites à des lanières déchiquetées qui les font ressembler à des poils, ou même elles avortent entièrement. Quelquefois elles n’avortent point ; mais elles se soudent entre elles par les bords , et alors chaque Heur se trouve nichée dans une petite loge comme dans le Syncarpha; quelquefois elles se soudent avec le calice cl semblent faire partie de la fleur, ainsi que cela arrive chez le Scolymus angiospermus ; quelquefois, enfin, elles se soudent tout à la fois entre clics et avec le calice, et alors on ne voit plus qu’un seul corps compacte creusé de fossettes seminifères et surmonté de petites corolles, comme dans le genre Pomax.

De môme que le passage des feuilles aux bractées se fait par des dégradations insensibles, de même aussi on voit les folioles du péricline ou de l’involucre des Composées se nuancer insensiblement avec les paillettes de l’axe ou réceptacle des fleurs ( receplaculum commune). Chez plusieurs

BRACTEES.

de cessantes, les folioles intérieures du périclinc se confondent avec les paillettes du réceptacle, et jmrmi celles ci, les extérieures, ressemblent plus aux folioles de l’iuvolucre que les supérieures plus pressées et produites par la portion la moins vigoureuse de l’axe.

§ III. — De la spathe.

Une modification de bractées que je ne dois point (tasser <> ]rl sous silence, c’est la spathe ( spatha ) qu’il est facile de distinguer des bractées proprement dites, parce qu’avant l’cpanouissemenl de la fleur elle l’enveloppe tout entière, et que souvent même elle enveloppe à la fois toutes les fleurs qui terminent la tige ou le pédoncule (ex. Arum maculatum , f. ! 26).

Les spalhes se rencontrent uniquement chez les monocotylédones, telles que les Aroïdes, les Liliacées , les Palmiers, et uesont qu’une feuille à base engainante réduite à sa gaine. Par leur coloration ou leur consistance souvent membraneuse, elles indiquent assez leur état d’altération ; cependant il n’est pas rare d’en voir de fort grandes, comme, par exemple, dans les Arum et les Pothos ; celles des Palmiers, longues souvent de plusieurs pieds, rétrécies aux deux bouts et élégamment courbées, ressemblent à de petites nacelles.

Quand la spathe présente une pièce ou feuille unique , u,„ on l’appelle univalve ( f 126); et on la nomme bivalve ou 1 multivalvo (bivalvis, muUwalvit) lorsqu’elle se compose de plusieurs pièces ( ex. AUium oleraceum , f. 127 ). Chez une foule de plantes la spathe univalve présente , dans l’origine, une enveloppe unique; mais cette enveloppe est formée

URAl.ILfcÜ.

no

par la soudure de deux bradées opposées, el, ce qui le prouve , c'est quYlle es! parinerviée. Dans plusieurs espèces, le Narrissus poêlions , par exemple, la fleur, en se développant , ne rompt la spathe que d’un côté , et celle-ci se trouve être univalve; dans d’autres espèces, au contraire, telles que le Poncralium lllyricum, les fleurs, très-nombreuses, forcent les deux bractées organiques à se séparer entièrement, et alors la spathe devient â deux valves. La spathe renferme tantôt une seule fleur et tantôt deux ou plusieurs (untflora , multiflora). Dans le dernier cas, chaque fleur est souvent enveloppée de sa spathe particulière, el l’on a deux ordres de spathes, comme l’on a deux degrés de végétation ; la spathe qui embrasse à elle seule l’ensemble des fleurs appartient à la tige mère, et prend le nom de spathe universelle (unirersalis ); celles, au contraire, qui n’enveloppent qu’une fleur • latérale appartiennent à une seconde génération , et prennent le nom de spathes partielles (spathœ partiales ).

Parmi les bractées, il faut encore ranger la glume (jhtma), réunion de deux petites feuilles alternes cl distiques qui, dans les Graminées, accompagnent tantôt la fleur unique appelée épillcl uniflore, et tantôt ce groupe de fleurs que l’on nomme épillct mulliflore ( spicula, miflora, mulli /lora). En traitant de l'inflorescence et pins tard de la fleur des Graminées, je reviendrai sur la glume avec plus de détail.

Dans la famille des Gypèraeécs, voisine des Graminées, on trouve un genre, les Carex , où l’organe femelle, séparé des organes mâles, est entouré d’une enveloppe membraneuse qui reste ouverte au sommet seulement , et que l’on appelle utricule (ulricultts), à cause de sa forme. De savants botanistes ont cherché à prouver, par d’ingénieux rapprochements , que cet utricule n’était autre chose qu’une bradée soudée par ses bords. Il est très-vrai que les organes

BBACTKKS.

appendiculaires ont, en général, de la tendance à se replier de dehors en dedans ; parfaitement soudées par leurs bords , les feuilles du Dischidt'a Rafflesiana forment des outres gonflées d’air; nous avons vu que les bractées du Marcgravia et du Norantea , soudées de la même manière dans une grande partie de leur longueur, présentent la forme d’un capuchon, et si les paillettes du Scolymus angiospermus , qui embrassent étroitement les ovaires- des fleurs de cette plante, avaient leurs bords soudés, au lieu de les avoir rapprochés seulement d’une manière intime, elles imiteraient fidèlement l’utricule du Carex. Cependant, je dois vous le dire, M. Kunth a prouvé de la manière la plus satisfaisante l’analogie des ulriculcs avec la paillette supérieure des Graminées, et si, comme le pense M. R. Brown, cette paillette est formée de la réunion de deux folioles appartenant à un verticille floral extérieur (1), il résulterait peut-être, de l’analogie indiquée par Kunth, que l’utricule, au lieu d’être une bractée unique, serait formée, à peu prés comme l’avait dit Lindley , de la soudure de deux folioles.

(I) 1.' opinion de M. Brown vient tl’èlre confirmée par les belles observations de M. Schteiden.

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