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CHAPITRE XII

Comparaison «1rs rameaux avec

RAMEAUX

La branche ou rameau ( ramus ) sc forme par le développement du bourgeon.

§ I*r. — Des rameaux aériens.

S’il est exposé à l’air extérieur et garni d’écailles, le bourgeon passe l’hiver, garanti, par ces dernières, dis rigueurs du froid; mais, quand la chaleur du printemps vient rendre à la plante sa force d’expansion longtemps engourdie, la branche naissante se dégage de ses enveloppes, elle s’allonge, et sc couvre bientôt de feuilles et de fleurs. Ses premières feuilles, c’est-à-dire ses écailles, étaient petites, mal développées; d’autres paraissent ensuite qui montrent plus d'énergie; d’autres sc développent davantage

HAMEAUX

encore, el la force d'expansion arrive cnlin à son apogée ; mais bientôt celle force commence à diminuer, et le rameau revient, par épuisement, à peu près au point où il était d’abord par faiblesse.

Vous voyez donc que la vie d’une branche est absolument la même que celle de la tige dont elle est la répétition. C’est une lige nouvelle qui nait de la première, en passant par l’état de bourgeon , à peu près comme une lige nait d’une autre en passant par l’état de graine. Lue lige venue de graine reçoit ses sucs immédiatement de la terre ; ceux qui nourrissent le rameau passent par la plante mère : voilà peut-être la principale différence.

Quant à la feuille , lorsqu’elle sort du bourgeon , on la voit s’élargir el s’allonger avec assez de régularité. Mais il parait que c’est à la partie supérieure que l’accroissement se fait le plus tôt, et que c’est celte partie qui reste le plus promptement stationnaire. Ainsi les feuilles et les organes qui les représentent croîtraient, jusqu a un certain point , at*u»nir* de la même manière que nos ongles et nos cheveux. C’est du moins ce dont m’a convaincu l’élude trés-altcntivc du développement des pétales des Résédas. MM. Dunal et de Candolle ont fait des marques , à des intervalles égaux, sur de jeunes feuilles de Graminées, et ils ont vu que les marques supérieures conservaient entre elles la même distance, tandis que les inférieures s’écartaient davantage les unes des autres.

Comme le rameau n’est que la répétition de la tige, il doit avoir la même forme qu'elle , ou du moins celle qu’elle avait , avant d’avoir été changée par des accroissements successifs. Ainsi les différences qu’on observe entre les liges des végétaux de diverses espèces , on les retrouve chez leurs rameaux, et les mêmes expressions peuvent être employées pour les peindre.

Dcvrlup pfm«,nt

Forme ée« rameaux

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'226 RtMKAUX.

Une parfaite ressemblance ir’existe cependant pas tou jours entre la tige et ses branches. Certaines tiges s’aplatissent, celles de quelques Cactus par exemple (ex. Cactus nmu» d.u- Opuntia, f. 132), et il en est de même de leurs rameaux.

Un phénomène semblable s’observe dans le Ruscus aculeatus ( f . 133) ou Pclit-IIoux et les Xylophylla (ex. A', speciosa , f. 1 57), mais seulement chez les rameaux , cl comme ces derniers sont courts, ils prennent, en s'élargissant, la ligure d’une feuille. La ressemblance des rameaux du Petit-Houx avcclesfcuillesvérilableseslsi grande, qu’au commencement du siècle dernier il n’v avait aucun botaniste qui ne les eût appelés des feuilles; mais il est réellement impossible à l’observateur attentif de les considérer comme tels, puisqu'ils naissent eu x -mêmes à l’aisselle d’une feuille avortée, et qu’ils « portent des (leurs, caractères qui ne sauraient appartenir l qu’aux branches. Il est à remarquer que , chez les tiges

aplaties, comme chez les rameaux qui présentent le même caractère, les feuilles sont toujours petites ou avortées; ainsi, «l’un côté, il y a excès, cl, de l’autre , défaut de développement, nouvel exemple de ces balancements d’organes non moins fréquents dans le règne végétal que dans le régne animal.

Si, dans quelques plantes, les rameaux se dilatent outre mesure, chez d’autres ils restent grêles; leur bourgeon terminal avorte; ils deviennent pointus à leur extrémité Epinci . endurcie, et se changent en une épine acérée (spina , ex. Mespilus Oxyacantha ,f. 1 34). Mais qu’on procure a une plante naturellement épineuse des sucs plus abondants, l’on verra ses rameaux s’étendre, se développer, finir par un * bourgeon, et par conséquent les épines disparaître. Le Né-

flier ( Mespilus Germanica), épineux dans les bois et dans les haies, ne l’est plus dans la terre fertile de nos jardins.

Les rameaux n’ont pas, dans toutes les plantes, la même

rDig Mz

RAMEAUX

Direction rameau* .

direction par rapport à la tige. Quelquefois ils sont serrés contre elle (rami adpressi), ou bien, sans la toucher, ils ont cependant une direction presque droite ( rami crecti). Souvent ils forment avec elle un angle de 45 degrés, cl on les dit ouverts (paluli , patentes) ; l’on se sert des mots très-ouvert, horizontal ( patenlissimi , horizontales), pour indiquer que leur angle est de 90 degrés; lorsque étant horizontaux ils se croisent à angle droit, on les appelle brarhiés(ArrrcAùr/j); enfin on les nomme divariqués ( divaricali ), si, étant encore très-ouverts , ils s’écartent brusquement en tous sens. Ceux qui, d’abord horizontaux , prennent bientôt une direction verticale, reçoivent le nom d’ascendants ( ascendentes ). Quelquefois les rameaux, comme ceux du llouleau (Belula alha), s’inclinent en formant un arc, et alors ou les désigne en latin par les expressions de de/lcxi, reclinati. Plus rarement, ils sont tout à fait pendants, comme dans le Salix Babglonica ( penduli ). S’ils sont longs, faibles et grêles, on dit qu’ils sont en verge {rami virgati)

Dans une même espèce, l’ensemble des rameaux conserve toujours à peu près la même direction. Mais, si nous n’examinons qu’un individu , nous trouverons qu’en général les branches supérieures sont plus droites que les inférieures. Celles-ci, chez les grands arbres, s’étalent presque toujours horizontalement, afin d’aller chercher l’air et la lumière. Ce sont aussi, en général, les branches inférieures des arbresqui sont les plus longues cl les plus grosses, parce qu’elles sont nées les premières.

De même que des rameaux se développent sur cette dernière, de même des rameaux peuvent se développer sur d’autres rameaux. Souvent plusieurs générations naissent succèssivcmcnl les unes des autres, dans le cours de quelques mois, de quelques jours même ; quelquefois, au contraire, chaque génération est due à une année. Pour se faire une idée

crtsivrt

ruraux.

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juste des plantes , il est extrêmement essentiel de ne pas confondre leurs diverses générations, et, malgré des apparences souvent trompeuses, on parvient aisément à ce but, lorsqu'on se rappelle que tout axe né sur un autre, à l’aisselle d’une feuille soit rudimentaire, soit parfailcmcul développée, appartient à une autre génération.

Les rameaux nés de la tige s’appellent primaires (r. primant"); ceux qui s’échappent de ces derniers portent le nom de secondaires (r. secundarit) cl ainsi de suite ; enfin on appelle ranmlcs ( ramuli ) les dernières ramifications de la plante, à quelque évolution qu’elles appartiennent.

L’ensemble des branches qui couronnent les arbres porte le nom de cime ( coma ). Ce n’est point à leur tronc que les grands végétaux doivent l’aspect souvent si pittoresque qui les caractérise , mais à leur cime. Non -seulement la forme de celle dernière varie dans les diverses espèces ; mais souvent encore elle change dans le même individu à scs différents âges; la cime de V Araucaria Brasiliensis , lorsqu’il est jeune encore, présente une sorte de pyramide; elle devient ensuite une boule, puis enfin un immense plateau parfaitement égal où arrivent toutes les branches, quoique partant de hauteurs fort différentes. Quelquefois, comme dans les Pins, le tronc se retrouve parfaitement continu jusqu’au sommet de la cime, et on lui donne en latin le nom excurrcns ; beaucoup plus souvent les sucs se distribuent également entre lui et les branches, il sc perd en quelque sorte au milieu d’elles , on ne peut plus l’en distinguer , et alors, dans le langage technique, on le désigne par l’expression rte déliquescent ( Iruncus deliqurscens). La cime des arbres présente quelquefois une étendue immense. Cortez, avec toute sa petite armée, trouva un abri sous un Cyprès chauve (Cupressus dislicha, L.). Il existe à Neustadt, dans le Wurtemberg, un Tilleul ( Tilt a Europwa, L.) dont la cime, 1

IIAMIAIX.

soutenue par cent six colonnes, occupe un espace d’environ <|ua(re cenls pieds j cl j’ai vu moi-même à Zoffengcn, en Suisse, deux Tilleuls qui, plantés l’un à côté de l’aulre, communiquent à l’aide d’un plancher soutenu par leurs branches, et sur lequel la jeunesse du pays venait encore, il y a peu d’années, danser chaque dimanche. Ce n’est pas seulement dans les bonnes terres qu’on rencontre des arbres remarquables par le diamètre de leur cime : tous les ans je retrouve auprès de la ferme des Aronières en Sologne, l’un des pa^s les plus stériles de la France , un Chêne séculaire dont les branches couvrent un espace de plus de trois cents pieds de tour.

§ II. — De la vraie et de la fausse dichotomie.

Quand les feuilles d'une plante sont opposées , sa tige cl chacune de ses branches devraient naturellement être terminées par trois bourgeons, l’un intermédiaire de première génération, continu avec la lige elle-même, et les deux autresde seconde génération, nésal’aissellcdesdcux feuilles supérieures. Mais il est rare que ces trois bourgeons se développent à la fois j souvent les deux latéraux avortent , et le terminal seul prend de l’accroissement ; souvent aussi c’est le terminal qui avorte, cl les deux latéraux continuent il végéter. Quand les trois bourgeons se développent, l’on a une tige ou un rameau trifurqué ( caulis , ramus trifur - ^T^m. Mt catus)-, quand l’intermédiaire avorte, l’on a uuc branche ou une tige bifurquée ( bifurcalus ). Que les rameaux de la lige (rifurquée se ramiGenl de la même manière qu’elle s’est ramifiée, nous aurons une lige deux fois (rifurquée ; que les rameaux d’une tige bifurquée se ramifient chacun de la

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chotumir.

même façon que la lige , nous en aurons uue deux fois Tigr dicbolumr, bifurquée. Enfin on dit la lige (richolomc ou dichotome ( caulis dichotomus , Irichotomus), selon qu’elle va toujours se Irifurquanl ou se bifurquant jusqu’à sa dernière ramification.

On appelle dichotomie ou trichotomie ( dichutumia , iricholomia ) la disposition qui résulte d’une bifurcation ou . d’une trifurcation répétée. On donne aussi le nom de dicho-

Dichotomie, tri- *

tomic à l’angle qui se trouve au point de départ des rameaux d’une tige dichotome ou Irichotomc.

Dans la dichotomie formée seulement par deux branches, il se trouve souvent un axe avorté ou réduit à la fleur , celui qui aurait dû se développer, s’il n’y avait eu aucun obstacle, soit naturel, soit artificiel. Quand, au contraire, la tige est trifurquée ou Irichotomc, il ne peut rien y avoir à l’aisselle de ses branches, car alors le développement est complet.

Il ne faudrait pas s’imaginer que toute plante à feuilles opposées procède nécessairement , dans sa croissance , par trifurcation ou même par bifurcation. Le Frêne ( Fraxinus excelsior ), l'Olivier (Olea Europœa), le Marronnier d’Inde V (Æiculus Hippocastanum ) nous offrent, chaque jour, des preuves du contraire. Une foule de bourgeons avortent chez ces arbres, et ceux qui sc développent n’observent le plus souvent entre eux aucun ordre régulier. Des tiges exactement dicholomcs ou trichotomcs sont loin d’être trèscommunes ; celles du Viscum album, du Valerianella olitoria (f. 135), de VErythrœa pulcbella sont dichotomes; le Mirabilis Jalapa ( f . 13<i) nous fournil un exemple de la trichotomie.

Je dois vous faire observer que, dans la plante dichotome, la lige véritable n’existe réellement plus dès les premières riiuif or. sent- ramifications ; sans cela, il n’y aurait pas dichotomie. D’un

llAMfcAliX.

autre côté , chez les tiges ou les branches tricholoines , les trois premières branches collatérales u 'appartiennent jamais à la même génération, comme ne sauraient non plus appartenir à la mémo les neuf qui viennent au-dessus des trois premières. De celles-ci l'intermédiaire sera de première génération cl les deux autres de seconde. Des neuf suivantes, l'intermédiaire de la trifurcation moyenne, continuation de la lige, sera encore de première génération, les deux intermédiaires des deux trifurcations latérales seront de seconde génération , et enfiu les quatre latérales de ces deux mêmes trifurcations seront de troisième génération. Ou, pour m’exprimer d’une manière plus claire : tout axe, continuation de la tige mère , de quelque étage de végétation qu’il dépende, appartiendra nécessairement à la première génération ; tout rameau né immédiatement de la tige ou de ses continuations formera la seconde génération, et tout rameau né des rameaux primaires appartiendra à la troisième. Il est extrêmement essentiel que vous vous familiarisiez avec ces idées, parce qu’elles seules peuvent vous donner la clef d’une foule de phénomènes et en particulier des diverses sortes d’inflorescences. (K. les figures 135 et 136, où l’ordre des générations eslindiqui par des chiffres. )

Déjà elles me conduisent à vous signaler une erreur grave qui se trouve dans tous les ouvrages descriptifs, et dont les miens ne sont point exempts. Chez une foule d’espèces, on a vu plusieurs axes s’élever ensemble au-dessus de la terre , et l’on a dit qu’elles avaient plusieurs liges. Mais il ne saurait en être ainsi ; que l’on dissèque une graine, ou y trouvera toujours un axe unique, cl, quand la plante lève, ce n’est jamais qu’avec cet axe. De l'aisselle des organes appendiculaires les plus inferieurs de ce dernier, il pourra s’élever des rameaux qui l’égaleront bientôt en grosseur cl en longueur^. Veronica hederœ folia, f. 139, 138), ou bien encore

rations a «li*lin gun liait» Ira |*laalr\ duholonii t «t ti tcboiomc»

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l’nxc principal pourra avorter, et les rameaux pourront, par une sorte d'usurpation , s’accroître à ses dépens, ou enfin des bourgeons adventifs produiront des résultats semblables; mais, dans tous les cas, il y aura nécessairement . „^nu* n,ul“ deux générations. Ainsi, comme l’a dit M. Roepcr, les plantes appelées mullicaulcs (p/. muhi coules ) sont tout simplement des plantes rameuses dont les branches, à peu prés • égales, naissent ensemble de la base de la tige. Souvent même il arrive qu'une plante à tige solitaire ( coulis toKtarius), la première année, devient multicaule la seconde, parce que toute la partie qui, la première, s’est développée au-dessus du sol, s’est desséchée à la fin de l’automne, après avoir donné des fruits, et que, sur le court tronçon qui est resté vivace sous la terre, il naît ensemble un nombre plus ou moins considérable de branches en apparence semblables à autant de tiges.

x line usurpation végétale, à peu près analogue à celle d’où résultent les espèces multicaulcs, donne lieu à ùn phénomène que nous ne saurions expliquer non plus, si nous n'avions une idée juste de l’ordre des générations chez les plantes. Ce que je vous ai dit plus haut vous montre assez qu’il n’y a pas de véritable dichotomie ( dichotomia légitima) sans feuilles opposées. Cependant nous trouvons quelquefois .iirh'a*1.. ,1* aussi des plantes à feuilles alternes qui se terminent par une bifurcation. L’exemple du Geum urbanum(f. 137) va nous montrer ce qui se passe alors. Dans celte espèce, les feuilles sont alternes cl écartées, et les rameaux doivent naturellement avoir une disposition semblable. Lors donc que la plante suit la marche ordinaire de la végétation, sa lige s’élève parfaitement droite, chargée de branches qui , moins vigoureuses qu’elle, s’écartent de droite cl de gauche. Mais il n'en est pas toujours ainsi : il arrive souvent qu’une partie des sucs destinés à la tige se portent vers le dernier rameau,

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cl, clans ce cas, non seulement celui-ci s’écarlcen divergeant, mais la tige, chassée de sa véritable place, diverge plus ou moins en sens contraire du rameau, selon qu'elle conserve sur lui plus ou moins de supériorité; enfin , si les sucs se distribuent également entre la tige et la branche , l’une et l’autre deviennent égales en vigueur; elles prenuent la même inclinaison, et une bifurcation se forme.

Mais, taudis que, dans la dichotomie véritable, deux branches nées à l'aisselle de deux feuilles opposées appartiennent également à un second degré de végétation , nous avons deux degrés différents dans la fausse dichotomie, celle que je viens de vous faire connaître (didiotomia tpuria ): une des branches, quoique inclinée, est la continuation de la tige, et appartient au premier degré, et l’autre, véritable rameau né de la tige elle-même h l’aisselle d’une feuille , appartient au second degré. Surtout pour l’étude des inflorescences, il est bien essentiel de ne point confondre la fausse dichotomie avec la véritable, et pour cela , nous avons un moyen bien facile : dans la véritable, les deux divisions sont des branches dont chacune est née à l’aisselle d’une feuille qu’elle doit offrir à sa base ; dans la fausse dichotomie, au contraire, une seule des divisions est un rameau , et une seule doit être accompagnée d’une feuille.

Malgré l'égalité d’inclinaison, de longueur et de grosseur, nous avons aussi, dans la fausse dichotomie, un moyen de distinguer la branche de la tige; c’est la première qui est nécessairement accompagnée de la feuille, puisqu’elle a pris naissance à l’aisselle de celle dernière ; la tige n’a point de feuille à sa base, et est opposée à celle de sa branche. ( La fausse dichotomie est expliquée par la figure 137, où l’ordre des générations se trouve indiqué par des chiffres. )

HAMLAC*.

§ III . — Des rameaux rampants et des rameaux souterrains.

Jusqu’ici je vous ai entretenus des rameaux aériens; je vous dirai à présent quelque chose de ceux qui, appartenant à des tiges vivaces, rampantes ou souterraines , rampent comme elles sur la terre ou végètent sous Icsol. Par anticipation , je vous ai déjà parlé de ces rameaux (p. 104), et vous savez qu’ils ne sont pas moins dignes d’élre étudiés que la lige qui les porte. Cependant , au milieu des diverses modifications qui se manifestent dans leurs développements, on retrouve toujours la série des phénomènes que je vous ai déjà fait connaître pour la tige elle-même (p. 1 12 ), et qui sont de deux sortes, selon que le rameau est détermiuéou indéterminé h-amu» determinalus, indclcrminatus ).

S’ilest indéterminé, il s’étend, commejc vousl’aidil(p. 05), fiTrtm* ri™. Parson bourgeon terminal, tandis que la partie qui a corn .iirüirrmiDc.; mcncé son existence, celle qui le rattache à la lige, se desséche et pourrit au bout de quelque temps ; se trouvant ainsi entièrement séparé de la plante mère, il vit alors d’une vie qui lui est propre , et peut fournir d’autres rameaux destinés à se séparer de lui à leur tour et à le multiplier. Si, au contraire, le rameau vivace, souterrain ou rampant, est délcrminé (ramut determinalus), la floraison met bientôt un terme à son existence; mais, pendant qu’il s’achemine vers ce terme, d’autres rameaux se développent à l’aisselle de ses feuilles ; ces derniers s’assurent une vie particulière par le moyen des racines accessoires qu’ils émettent; iis fleurissent et meurent, mais ils sont remplacés par les branches qu’ils ont produites à leur tour. Dans le premier cas , le même rameau peut se continuer indéfiniment ; dans le second, après

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un rameau en vient un autre né de lui , et les générations se succèdent rapidement , à peu prés comme une plante annuelle à tige droite remplace, par le moyen des graines, une autre tige annuelle.

Ce que je viens de vous dire des rameaux qui rampent sur la terre me conduit naturellement à votft entretenir des coulants {flagella), des propacules ( propacula ) et des jets ( stolones ), trois sortes de rameaux rampants qui différent entre eux par des nuances si légères, que l’on conçoit à peine qu’on ail pu leur imposer des dénominations différentes : je vais vous les faire connaître successivement.

Quand nousjetonslesyeuxsurunFraisicr(Fra7ana»Mca, ou.». f. 140) qu’on a laissé végéter en liberté, nous voyons que de sa base il s’échappe de longs filets grêles et sans feuilles, qui, s’étendant sur la terre, vont se rattacher à d’autres pieds de Fraisier unis h d’autres encore par des filets semblables. Pour peu que nous suivions la végétation de la plante, uous ne tarderons pas à reconnaître que chaque filet a commencé par être un bourgeon né à l’aisselle d’une feuille très-voisinede la terre, et qu’il n’est, par conséquent, autre chose que le commencement d’un rameau : il s’est singulièrement allongé, avant que les jeunes feuilles qui le terminent so soient développées; mais, après avoir pris toute son extension, il s’est redressé, scs organes appendiculaires se sont étalés au-dessus du sol, fort rapprochés les uns des autres; des fibres radicales se sont développées à sa partie inférieure, et un nouveau Fraisier s’est formé, qui, delà même manière, a donné à sou tour naissance à d’autres Fraisiers, et qui se séparera de la plante mère par la destruction de sa propre base. Ainsi le coulant proprement dit du Fraisier se com- |»osc du premier entre-nœud ou des deux premiers entre nœuds fort longs d’un rameau dont les entre-nœuds suivants sont très-courts. On a considéré les coulants qui sc succé

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Pro|*«cailr«.

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dent dans une même direction , séparés par des touffes, comme formant une seule lige qui émettrait par intervalles des feuilles et des racines; mais il n’en est réellement pas ainsi : chaque coulant avec sa touffe est un rameau qui émane d’un autre rameau, et l’on doit compter autant de degrés de végétation, ou, si l’on veut , de générations, qu’il y a de coulants et de touffes.

Da ns les Sempervivum (ex. Sempervivum leclorum,f. 141), on n’a pas vu, ordinairement du moins, plusieurs rameaux sortir les uns des autres , et former une ligne alternativement composée de touffes et de filets ; on n’y a vu qu’une rosette de feuilles serrées à l’extrémité d’un filet grêle et rien au delà; et, pour celle légère différence, on a imaginé un mot, celui de propaculc ( propaculum ). Mais ce qui se passe chez le Fraisier a lieu aussi, quoique dans un espace de temps un peu plus long, chez les Sempervivum. Chaque rosette d’un individu de ce genre fournira à son tour des filets et des rosettes ; cependant, presque toujours cela aura lieu seulement lorsqu’elle se sera détachée de la plante mère par la destruction de son propre filet ou, pour mieux dire, de la base du rameau dont elle fait partie. Ainsi une végétation plus ou moins prompte constitue réellement la seule différence que l’on ail signalée entre le coulant et le propaculc ; et celle qui existe encore ne mériterait pas plus que la première d’être indiquée par un nom particulier, car elle consiste uniquement en ce que, d’une touTfe de Fraisier à l’autre touffe, il y a tout au plus une feuille ou une écaille foliacée sur le coulant, cl que, par conséquent, celui-ci ne forme qu’un ou au plus deux entre-nœuds , tandis que le filet qui unit deux rosettes se compose de plusieurs entrenœuds, puisqu'il présente plusieurs feuilles.

Je vais vous montrer qu’à un mode de développement analogue à celui des coulants et des propacules sont dus les

HAMKAL'X.

jels ( slolones ), que l’on déflnit'commcélant des branches ou w liges secondaires cl rampantes nées du collet d’une plante dressée. Un exemple emprunté à une espèce commune me fera, je l’espère, facilement comprendre. La lige fleurie de la Bugl c(s4jugareptansj f. 142) est droite, mais elle offre à sa base des jets qui , rampants dans une partie de leur longueur, se redressent à leur extrémité comme des candélabres. Ces jets sont certainement des rameaux, puisqu’ils sont sortis de l’aisselle des feuilles de la tige. Après que celle-ci a donné ses fleurs, quelques fibres radicales poussent au-dessous de l’extrémité redressée de chaque jet; bientôt cependant la tige mère, devenue inutile, se flétrit, et avec elle se dessèche également la partie rampante du jet; mais la portion qui est pourvue de fibres radicales continue à végéter, jouissant alors d’une vie particulière. Au printemps suivant, cette portion vivante se prolonge, dans une direction verticale , en une tige droite et fleurie , cl de l’aisselle des feuilles radicales de cette dernière naissent de nouveaux rejets rampants qui se séparent à leur tour de leur mère pour perpétuer l’espèce. Les rejets de VÂjuga reptans ne présentent point à leur extrémité une rosette aussi serrée que ceux des Sempercivum : voilà la seule différence.

La Pomme de (erre (f. 143) et le Topinambour (.S’o/a- L> dt

num tuberosum, Helianlhus tube ms us) ne sont antre chose mw.1* r“p“ que les extrémités renflées de rameaux qui rampent sous le sol, comme les jets rampent à sa surface. Que la lige parfaitement droite de la Pomme de terre provienne du développement d’une graine ou de celui d’une bouture, c’est toujours dans la terre que se développe sa partie inférieure.

Sur celte partie souterraine naissent des feuilles rudimentaires, et, à leur aisselle, naissent des rameaux qui s’étendent horizontalement dans la terre, chargés eux-mémes de feuilles avortées. Ces rameaux sont d’abord très-grèles ; mais, à leur

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Tarions, toboUt ,

extrémité, ils se rendent, ils se remplissent de fécule, et la Pomme de terre se forme, chargée comme le rameau dont elle est la continuation , de feuilles rudimentaires et , à leur aisselle, de bourgeons qui, développés, fournissent une tige droite comme la plante mère elle-même. Il arrive quelquefois que le rameau souterraiu, voisin de la surface du sol, l’atteint à son extrémité; alors il ne se renfle point , et, au lieu d’un tubercule , il produit un bourgeon de feuilles en rosette qui végéterait à la manière de la partie dressée des jelsde la Buglc rampante. Donc la Pomme de terre doit la fécule abondante dont elle est formée à l’avortement de ses feuilles, qui, sous le sol, ne pourraient se développer qu’iniparfailement , et dont la substance s’est , par balancement, reportée sar l’axe.

Je dois vous dire que l’on a appelé (urions (lurio) les bourgeons pâles, charnus et succulents qui, nés sous la terre, s’élèvent bientôt au-dessus du sol (ex. Pœonia biloba , f. 144), et que l’on a nommé en latin soboles ceux qui, avant de végéter à l’air libre, s’étendent sous la terre en un jet rampant assez allongé (ex. Carex divisa, f. 145). Les pousses souterraines se distinguent constamment des liges et des rameaux aériens, en ce que leurs organes appendiculaires demeurent toujours à l’état de rudiment, et n’ont point de pétiole ; qu’ils se présentent sous la forme d’écailles décolorées, et ne s’étendent jamais en feuilles vigoureuses, vertes et découpées. Ici , cependant , il n’y a point encore de limites rigoureusement tranchées, car les tiges des Orobanches (/■. 54), qui naissent au-dessus du sol, ne portent que des écailles, et le botaniste à qui l’on apporterait, pour la première fois, un pied de fl/onotropa hypupithys, croirait certainement , en voyant ses organes appendiculaires mal développés, charnus, d’un jaune serin , qu’ils ont végété audessous du sol.

HtJIUlt.

§ IV. — Des caïeux.

Vous savez que les bulbes sonl des liges fort raccourcies, chargée? de feuilles 1res- rapprochées ; vous savez encore que les déterminées se perpétuent à l’aide d’un bourgeon né à l’aisselle d’une de leurs feuilles, et que, lorsqu’elles ne pro viennent pas immédiatement d’une graine, elles doivent être considérées comme un rameau ( p. 1 1 3-1 1 9). Mais les bulbes indéterminées, outre le bourgeon terminal qui va leseontinuant toujours, en produisent aussi de latéraux, qui , s’organisant comme elles, doivent la répéter de la mémo manière qu’un rameau répète sa tige, et qui, comme elles, fleuriront et se continueront indéfiniment à leur tour. Ces bourgeons latéraux, connus non-seulement des botanistes, mais encore des jardiniers, sous le nom de caïeux \bulbulut), se détachent de leur inére par la destruction d’une partie d’eUe-méme, comme les rameaux d’une tige rampante et indéterminée finissent aussi par se séparer d’elle. Qu’il naisse par exemple, un caïeu à l’aisselle d’une feuille de la Jacinthe (Hyacinthus orientalis, f. 146), l’année suivante, il se trouvera sous les tuniques fraîches, puisque ces luuiques sont la base des feuilles de l’année précédente; la troisième aunéc, il sera sous les (uniques sèches et extérieures , car c’est là ce que seront devenues les tuniques fraîches de la seconde année; et enfin , quand ces mêmes tuniques s’oblitéreront avec la partie du plateau qui les porte, le caïeu se séparera naturellement de sa mère ; il produira des racines, et vivra d’une vie particulière. La tige mouocarpicnnc du Saxifraga granuhta, plante printanière fort commune, n’est que le développement d’un caïeu analogue à relui des Lilia-

Ce que (ont Ira MÎfHI.

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cées à bulbe déterminée, et elle-même se perpétue par le moyen d’autres caïeux nés à l’aisselle de ses feuilles les plus basses, et non , comme on l’a écrit , par ses fibres radicales.

Chez les plantes bulbeuses et déterminées , où le plateau de la bulbe se prolonge au-dessus du sol en une véritable tige, ce n’est pas toujours uniquement à l’aisselle des feuilles radicales que naissent des caïeux ; il s’en développe souvent aussi à l’aisselle des feuilles qui poussent sur la partie aérienne de la tige (ex. Liliumbulbiferum, f. 147). Les caïeux sont des bourgeons, et il n’est pas bien surprenant que le bas et le haut d'une môme tige en produisent de semblables. Ceux qui se développent à l’aisselle des feuilles de la tige ne sont point retenus par les parties environnantes, comme ceux qui naissent à l'aisselle des feuilles radicales ; ils se détachent d’eux-mêmes, tombent sur la terre, y poussent des racines et multiplient la plante. Je vous ai dit que les bour geons différaient des semences parce qu’ils restaient fixés à la plante sur laquelle ils sont nés, et parce que n’étant point, comme les semences proprcmcul dites, le résultat de la fécondation, ils continuaient la première évolution, au lieu d’en présenter, dans leur sein, une toute nouvelle. Les caïeux d’une tige aérienne ne sont pas non plus le produit de la fécondation ; mais, ainsi que les graines, ils se séparent de la plante, pour végéter d’une vie particulière: par conséquent, on peut les considérer comincintcr mèdiaircs entre les graines et les bourgeons, et ils achèvent de confirmer l’analogie des premières avec les derniers.

Non-seulement des caïeux peuvent naître hors de la terre, à l’aisselle de feuilles aériennes ; mais, dans plusieurs plantes, comme VAlltum vinealcj le Polygonum vioipàrum , le Poa alpina, le Poa bulbosa , on en voit souvent se développer à la place des fleurs, ou du moins à l’aisselle de quelquesuns des organes floraux. Y.' Agave vivipara, herbe giganles-

RAMEAUX

que , dont on se sert en Amérique pour faire des clôtures, offre presque toujours à ses immenses panicules un nombre prodigieux de caïeux d’une grosseur remarquable; ceux qui naissent ainsi à la place des fleurs prouvent assez que, si ces dernières ne sont point des bourgeons, puisqu’elles se composent d’organes entièrement développés, elles ont, du moins, avec les bourgeons, une très-grande analogie.

Les caïeux qui naissent ailleurs que sur les bulbes ellesmêmes, c est-à-dirc à l’aisselle de feuilles aériennes ou à la place des fleurs, ont reçu le nom particulier de bulbilles ( bulbilli ). Mais je ne sais s’il est bien utile de représenter par des dénominations différentes des parties absolument semblables, et qui ont presque la même origine.

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