CHAPITRE XVI
INFLORF.SCF.NCE.
Ce que je vous ai dit des pédoncules et des pédicelles, c’està dire des rameaux raccourcis, simples ou ramifiés, qui sont réduits à ne porter que des bractées et des vcrlicilles floraux, me conduit naturellement à vous parler de l’inflorescence ( inflorcscentia ), mot par lequel on entend la disposition qu’ont les fleurs dans chaque espèce de plantes.
Dans ce sens, le mot inflorescence est pris comme un Détiiiilion du
, , , mot inllorMceuCf.
mode, c’est-à dire d’une manière abstraite; mais par inflorcscence, on eutend aussi, avec MM. Turpin et Roepcr, l’ensemble des axes simples ou ramifiés qui ne portent que des bractées et des fleurs , ou , pour parler plus rigoureusement, cette partie des rameaux et des tiges qui ne présente d’autres axes que des axes floraux ; et, par une conséquence naturelle, on dit un rameau de l’inflorescence ( ramus in/lorescentiœ), pour désigner un des axes qui composent l’inflorescence elle-même. Cependant, comme il est une foule
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do cas où la partie de la plante qui porto dos fleurs so confond avec colle qui porte dos fouilles, l’expression d’inflorescence, prise autrement que d’une manière abstraite, est souvent très-vague; mais il n’en est pas moins vrai qu’il est commode de l’employerdans le langage descriptif de la mémo manière que MM. Turpin etRocpcr.
Lorsque aucun rameau parfait ou réduit à l’état de pédoncule ne se développe à l’aisselle des fouilles d’une lige, et qu’elle porte une fleur unique, celte fleur est nécessairement terminale. Ici nous avons l'inflorescence la plus simple, et nous disons que la tige est unillorc, ou, si l’on aime mieux , que la fleur est unique et terminale (Jlos solitarius terminalis), comme, par exemple, dans les différentes espèces de Tulipe (ex. Tulipa Gesneriana , f. 174).
Si, de l’aisselle des feuilles d’une, lige, il naît des rameaux simples chargés de feuilles absolument semblables à celles de la tige elle-même, et qu'ils se terminent par une fleur, nous aurons des rameaux uniflores à fleur terminale (ex. Dianlhus MonspeUacus, f. 173). Chacun de ces rameaux, pris isolément, pourra être assimilé à une tigcsimplechargée d’une fleur terminale; mais, si nous comparons l’ensemble de deux plantes, l’une à lige simple uniflore, et l’autre à rameaux simples et également uniflores, nous trouverons que, dans la première, il n’y a qu’une évolution , tandis qu’il y en a deux dans la seconde, ou que la première porte une fleur de première évolution et l’autre des fleurs d’un second développement.
Supposons actuellement qu’au lieu de rameaux bien prononcés, la tige ne porte, à l’aisselle de ses feuilles, que des rameaux raccourcis et sans feuilles véritables, ou, pour mieux dire, des pédoncules, on dira que l’inflorescence est axillaire ou que les fleurs sont axillaires ( flos axülaris),
IMrLOKISCtMt .
comme cela arrive dans le V eronica agréait» (f. 1 7 <»), les ï.ysimachia Nummularia ou nemorum.
Que les feuilles du sommet de la lige se rapprochent , qu’elles changent de forme et deviennent des bractées, nous aurons une grappe ( racemus ), comme dans le Digitalis purpurea et le Convallaria maialis (f. 177).
Que. les pédoncules se raccourcissent et deviennent presque nuis, nous aurons des épis, comme dans plusieurs Plantains (ex. Planlago major, f. 17<S) et certains Polygala.
A présent, supposons que l’on refoule de haut en bas l’axe de l’épi, et qu’il rentre, pour ainsi dire, en luiméme, chargé de scs fleurs, il est évident que celles-ci formeront une sorte de tête plus ou moins arrondie, suivant que le refoulement aura été plus ou moins sensible. C’est là ce qu’on appelle un capitule ( capitulum ), comme on en voit dans le Giobularia vulgaris ou le Dipsacus pilosus ( f 179).
Si ce refoulement a lieu dans la grappe, les fleurs se trouveront pédiccllées sur leur réceptacle (receptaculum inflorescentiee ), nom que l’on donne à l’axe déprimé ou écrase, et, au lieu d’une tête, nous aurons une ombelle simple ( umbella .simplet, ex. Allium angulosum, f. 180).
Dans ces diverses inflorescences, les fleurs axillaires, la grappe, l’épi, lecapitule et l’ombelle simple, il n’existe que deux degrés de végétation ; mais l’inflorescence peut en présenter d’autres encore.
Souvent les pédoncules se ramifient plus ou moins do fois d’une manière inégale, et nous avons alors des paniculcs ij)anicula, ex. Comesperm t Kunlhiana, f. 181).
Si les rameaux du milieu de la panicule sont plus allongés que ceux de la base et du sommet, ou qu’étant resserrée elle prenne une forme allongée ou ovoïde, on lui donne le nom de th} rse ( ihyrsus ), qui a été appliqué à l’inflorescence de la Vigne, du Troëne, du Marronnier d’Inde* et du I.ilas ( Vitis
Oraj'pe.
('.«pilule.
Omise! le iioi|i!r
IVu* degré* de végétation seule* nient dans l'inflorescence axillaire, la grappe, l’épi, le rapititlr, l'ombelle •impie.
Faim nie .
Tin i »e
278 INFLORESCENCE
vt ni fer a, Ligustrum commune , Æsculus Jlippocastanum , Syringa vulgaris ).
Lorsque les rameaux se raccourcissent à mesure qu’ils se rapprochent davantage du sommet de l’inflorescence, cl que, partant de points différents, ils aboutissent tous à peu Corjmbe. près au même point, l’on a un corymbc ( corymbus , ex. Mcspilus Oxycantha, f. 182).
Quand les rameaux d’une ombelle simple se ramifient eux-mémes à leur sommet de la même manière que s’est Omhrlle eompo- ramifié l’axe qui les porte, on a une ombelle composée (um bella compost' ta, ex. Cachns lævigata, f. 1 83) .
Si la lige se termine par une fleur et ne peut, par conséquent, te continuer, mais que , de deux feuilles ou bractées opposées placées à sa base, il naisse des rameaux qui s’élèvent au-dessus d’elle, et que ceux-ci présentent le même mode de développement que la tige, continuant ainsi par • dichotomie, on a une cymc (cyma), comme chez un grand
nombre de Caryophy liées (ex. Lychnis Fbs cuculi, f. 184).
Dans ce dernier mode d’inflorescence, les rameaux laissent au-dessous d’eux la fleur qui termine la lige; mais, si nous supposons qu’ils se raccourcissent cl qu’ils n’arrivent pas à une hauteur différente de la sienne, nous aurons un r-'* “■ui*. fascicule (fasctculus, ex. Dianthus Carthusianorum, f. 185).
cioméroip. Les glomérules ( glomerulus ) enfin seraient des cymes tellement contractées et à ramifications si peu apparentes, que les fleurs sembleraient presque sessiles et disposées en capitules.
Je vais à présent vous donner des détails plus étendus sur chacune de ces inflorescences ; je tâcherai de vous faire connaître les modifications intermédiaires qui les nuancent et les font, pour ainsi dire, rentrer les unes dans les autres.
inkloresckm:e.
tj |. — Des /leurs axillaires.
Ce mode d’inflorescence n’esl susceptible d’aucune modilicalion très-sensible. Il est bien clair que la disposition respective des feuilles sur la lige entraînerait nécessairement unedisposition semblable dans les fleurs, s’il n’y avait jamais aucun défaut de développement : ainsi les fleurs axillaires (leurs axillaire* sc dérouleraient en spirale de la même manière que les Jet feuille*' quami feuilles , et elles seraient toujours alternes , opposées ou Yurtcmrnl. licillèes, suivant la position de ces dernières ; mais, s il est impossible qu’elles deviennent opposées quand les feuilles sont alternes , elles peuvent , par avortement , être alternes, quand les feuilles sont opposées ou verticillées. Elles sont n,aM opposées, comme les feuilles, dans le Lysimachta nummula- ^uu^^icil0le^0’"' ria(f. 148); elles sont verticillées, comme les feuilles, dans le Cativallaria verticillata ( f . 186); mais, dans plusieurs Cufihca, on voit, avec des feuilles opposées ou verticillées, des fleurs alternes, parce qu’il ne se développe pas de boutons floraux à toutes les aisselles. Le linco rosea a des (leurs alternes avec des feuilles opposées (/". 187).
Les fleurs ne peuvent être verticillées que quand les feuilles le sont aussi, comme dans VHippuris vulgaris et le Convallaria verticillata ( f . 186). C’est donc à tort que I on a appelé verlicilles (verttcillt) les paquets de fleurs, a pédoncules courts ou même nuis, des plantes de la famille des Labiées (ex. Lamium album , f. 1 90). Ces paquets de fleurs naissent seulement à l’aisselle des leuillcs opposées de ces plantes , et laissent nus les deux côtés de la tige carrée où il n’y a pas de feuilles , par conséquent, il n’existe réellement pas Faut rnlii'ill« ici de verlicilles, et , si l’on a employé ce mot , c’est que les
INFlUHFSC.KM.h
fleurs très-nombreuses se rejettent sur les deux côtés nus do la lige , et semblent souvent les entourer, ainsi qu’elles entourent les côtés d’où elles naissent. Comme le mot vcrticille, pris dans ce sens, a été consacré par une multilude de descriptions , je ne prétends point le proscrire absolument; mais il est essentiel que vous ne confondiez pas l'inflorescence qu’il représente avec la véritable disposition verticillée.
Vous savez déjà (p. 21 5)que plusieurs bourgeons peuvent naître de l’aisselle d’une feuille. Si ces bourgeons se dévelop- Heurs a ti pcnl en vcrlicilles floraux, on peut avoir des fleurs axillaires
ÿcmincea ou agrf* , . . . . .. . , « lt
gennnees ou agregees. M. Iloepera donne des exemples deces fleurs nées de plusieurs bourgeons à l’aisselle des feuilles , et j’ai observé moi-méme deux fleurs bien distinctes à l’aisselle des feuilles de l’inflorescence du Gnidia (omcntos'i, du Jastninum officinale (/. 1 88), elc. Chez les Rumex se trouve, sous les stipules avortées de l’inflorescence, un demi-verticille de fleurs pédicellées ; à la partie inférieure de la panicule, il existe, outre ce demi vcrticille de fleurs, un rameau qui en est entouré, et l’on peut reconnaître assez aisément que ce n’est point la base du rameau qui porte les fleurs du demiverticille, mais que le rameau et les fleurs sont des productions distinctes et appartenant, par conséquent, à des bourgeons différents : dans le Hume x Acetosclla , j’ai vu qu’avec le grand rameau il y en avait encore un autre le plus souvent extrêmement raccourci, d’ou naît le demi-verticille de fleurs basilaires ( f . 1 89)-, les deux rameaux n’émanent point l’un de l’autre, ils sont contemporains, et par conséquent ici il y a eu originairement deux bourgeons. A l’aisselle des feuilles du Linaria Cymbalaria (f. 165), ou trouve aussi deux productions indépendantes l’une de l’autre, émanant de deux bourgeons, dont l’un plus intérieur, ou, si l’on aime mieux, plus élevé sur la tige, s’est
tM'LORESCENCË.
développe en un rameau presque avorté et l’autre en une fleur axillaire.
Au reste, sans une Irés-gramlc habitude de l’observation des plantes, on pourrait facilement prendre, pour le résultat de plusieurs bourgeons, des fleurs portées par un seul rameau axillaire très-raccourci, et il est même des cas où l’analogie et une exacte comparaison peuvent uniquement nous fournir quelque lumière. Ainsi, à l’aisselle des feuilles du Lamium album ( f. 190) ou du L. hirsutum, je trouve une touffe de fleurs extrêmement serrées, bien certainement n,.ur, sessileset même un pou soudées par leur base avec celle de *° 'P|U""K' la feuille Si toutes les Labiées avaient leurs fleurs ainsi disposées, il serait certainement déraisonnable de dire que, dans ces plantes, il n’y a pas plusieurs bourgeons axillaires, et que leurs fleurs sont la production d’un rameau extrêmement raccourci; mais, dans le Thymus vulgaris,\e Melissa Calamintha ( f . 19 1) et tant d’autres Labiées, les fleurs sont évidemment portées par un pédoncule commun ; je vois, de plus, que sur chaque pédoncule il y a une fleur continue avec- lui , qui se développe la première, et sur le côté de laquelle sont les autres fleurs ; or je retrouve un arrangement semblable dans les fleurs scssilcs du Lamium album et tant d’autres espèces : donc il est naturel que je dise qu’ici nous n’avons pas eu plusieurs bourgeons, mais un seul, duquel est résulté un pédoncule pluriflore qui est resté, pour ainsi dire, intérieur.
§ II. — De la grappe et du corymbe simple.
On peut définir la grappe ( racetnus) une réunion de
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fleurs portées par des pédoncules à peu près égaux qui nais-
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pur ;
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Irmiinof pu un InuflV «le fimille*
sent chacun à l'aisselle d'une bractée le long d un axe commun, ou qui quelquefois sont nus à leur base (ex. Convallaria mai ali s , f. 177 ).
Comme la grappe diffère de l'inllorescence axillaire uniquement en ce que les feuilles y sont modifiées par l’épuisement et que, par la même cause, elles se rapprochent davantage les unes des autres, on conçoit aisément qu’il puisse y avoir des plantes où, l’altération se faisant graduellement, les feuilles inférieures de l’inflorescence soient absolument semblables à celles de la tige, cl où, par conséquent , il y ait réellement tout à la fois inflorescence axillaire et grappe. C’est ce qu’on voit chez une foule de plantes. Dans ce cas, lesbotanistesdcscripteurs ont éludé la difficulté en se servant de l’épilbéle foliusus (fouillé), pour indiquer la grappe dont la partie inférieure offre encore des feuilles au lieu de bractées. Par opposition, lorsque la transformation des feuilles en bractées s'opère sans transition et que la grappe ue porte que des bractées , on la désigne par l’épiihéte de braclealus (chargé de bractées , f. 177 ), cl enfin par celle d "’ebracteatus ou nudus (nu ,f. 193), quand aucune production foliacée ne s’est développée à la base des pédiccllcs.
il arrive aussi que les nœuds vitaux ne se rapprochent que par degrés, et qu’il y a une distance sensible entre ceux de la partie inférieure de la grappe. On dit, dans ce cas, qu’elle est interrompue ( racornis inlerruptus), ou plusieurs fois interrompue ( mulloties interruptus ).
Quelquefois, comme j’ai déj.i eu occasion de vous le dire (p. 199), les productions axillaires cessent de se montrer au sommet de la grappe; des feuilles s’y développent, et alors on la désigne par l’expression de racemus comosus, c’est-à-dire terminée par une touffe de feuilles. C’est ce qu’on voit dans les Eucomis. [ci nous retrouvons un exemple de celle loi de balancement ou de compensation qui régit l’organisation