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CHAPITRE XVH

FLEURS

Nous avons vu la plante diminuer de vigueur, nous avons vu ses feuilles devenir plus entières, se rétrécir, se changer en bractées, nous avons vu les branches se métamorphoser en pédoncules ; nous arrivons à leur fleur, la partie la plus brillante du végétal , et le gage de sa reproduction.

La fleur, comme vous le savez déjà (p. 31 , 95), est le terme de la végétation de la tige ou du rameau ; elle se compose des productions appendiculaires de l’extrémité de l’une ou de l’autre avec cette extrémité elle-même; elle est le résultat d’un bourgeon terminal métamorphosé; enfin elle offre une réunion de feuilles plus ou moins altérées disposées autour d’un ase commun en cercles ou verticilles superposés , qui ne sont autre chose que des portions de spirale fort resserrées; elle est, pour mieux dire, l’abrégé de la plante.

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Les anciens auteurs attachaient une grande importance à donner, indépendamment de ces considérations qui leur étaient étrangères, une définition bien exacte delà (leur, mais cette définition est difficile à trouver, parce que la nature n’offre rien de tranché, et qu’il existe tout à la fois des fleurs où les organes sexuels sont entourés de plusieurs enveloppes propres et d’autres où ils restent nus, des fleurs qui n’offrent autre chose qu’un seul organe sexuel, et d’autres qui étalent, avec une magnifique corolle, des étamines et des pistils en nombre si considérable qu’on ne pourrait presque les compter. Cependant, si l’on voulaitabsolumenlunedélinition rigoureuse de la fleur, abstraction faite de toute idée théorique, on pourrait dire qu’elle consiste en un ou plusieursorganessexuelsnusou pourvus d’enveloppe, oubienen une ou plusieurs enveloppes florales sans organes sexuels.

Dans les fleurs réellement complètes (/los complétas), nous fi.o. avons six ordres de verlicilles, c est-a-dire de pièces soit libres, soit soudées, disposées autour de l’axe commun , en portionsdespirale très-raccourcie : ce sont le calice, lacorolle, les étamines, deux rangs de nectaires et les carpelles. Souvent un ou plusieurs de ces verlicilles ne se développent pas. Quelquefois aussi le développement est plus sensible encore que dans l’état rigoureusement normal, et l’on a un double calice, plusieurs corolles superposées, des étamines et des carpelles multiples. Une fleur est incomplète (/los incompletus), quand il lui manque un ou plusieurs desqualre verticillcs considérés comme les plus essentiels, savoir, le calice, la corolle, les étamines et les carpelles. Dans ces quatre vcrlicilles n’est pas compris le disque ou nectaire qui manque extrêmement souvent ; et, si une fleur a des organes sexuels femelles et mâles , des pétales et un calice, elle est considérée comme complète, quoiqu’elle soit sans nectaire. I.a Rose, i’OEillet et la Renoncule (Rosa, Dianlhus, Raiumculus) sont

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Iirim4|>lnudi«' , uniirxuclle ,

mile , femelle , neutre ;

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T leur monoïque, iliotqiiC ou polypmi ; expression»

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des fleurs complètes ; le Populagc (Caltha)esl une fleur incorn plète, parce qu’il n’a qu'une corolle; lesAnscrines ( Chenopu dium) sont des fleurs incomplètes, parce qu’elles n’onl qu’un calice.

Il arrive quelquefois que non-sculemcnl la corolle, mais encore le calice ne se développent pas. Alors les organes sexuels n’onl aucune enveloppe, et l’on dit que la (leur est nue (flou nutlus). C’est ce qui a lieu pour le Frêne ( Fraxi nus excelsior).

De même qu’on distingue les Heurs par l’absence ou le nombre des verticilles destinés à revêtir les organes sexuels, on les distingue aussi parla réunion, la séparation, l’absence ou le nombre de ces mêmes organes. Une fleur est ber maphrodite (/7o.< hermaphrodites), quand elle présente les deux sexes à la fois, et unisexuclle, quand elle n’olfre que l’un des deux ; on la dit mêle ou femelle ( flos masculus, fcmineus ), lorsqu’on veut indiquer si ce sont des étamines ou des pistils qu’elle renferme ; neutre (/ hs neuler), quand les organes sexuels ne s’y sont point développés comme dans plusieurs Composées ; munandre , diandre, triandre, polyandre (flos mono-di-tri-polyandrus) , lorsqu’on veut faire cou naître qu’elle est à une, deux, trois ou un grand noinbro d’étamines ; monogyne, digync, trigy ne, polygone (//os tnonogynus, diyynus, trigynus , polygynus ), quand c’est le nombre des pistils que l’on prétend signaler.

Je n’ai pas besoin de vous faire sentir qu’il n’est point exact de dire une fleur monoïque, dioïque ou polygame, carces mots indiquent, à proprement parler, si les sexes sont séparés sur des pieds différents ou sur le même pied, ou bien encore si, sur le même pied . on trouve à la fois des fleurs uniscxucllcs et hermaphrodites; or, à l’inspection d’une fleur mêle, par exemple, il est impossible de décider si on l’a recueillie sur une plante qui portait uniquement

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d’autres fleurs mâles comme elle, ou si elle a été produite par un individu chargé en même temps de fleurs, soit femelles, soit hermaphrodites. Il faut la plante entière pour étudier cet ordre de caractères, et, par conséquent, c’est à elle que doivent être rapportées les expressions de monoïque, dioïque et polygame.

L’axe qui donne naissance aux vcrlicilles de la fleur porte Uci<,1,uc|, Hrl, le nom de réceptacle (receptaculum). Qu’il s’allonge et laisse flr,ir' quelques intervalles entre les différents verticilles -, que, par son raccourcissement, il les présente presque confondus ; qu’il reste grêle, se creuse en coupe ou s’arrondisse en sphéroïde, c’est toujours le même organe, c’est toujours la portion terminale d’une tige ou d’un rameau.

Pour avoir des points exacts de comparaison entre les diverses fleurs, il est utile de diviser les verticilles en deux ordres : le vcrticillc des organes femelles ou pistils, et ceux plus inférieurs formés, l’un des organes mâles, et les autres des parties qui ont avec eux le plus d’analogie, savoir, la corolle et les nectaires. On a donné le nom de gynécée (qutur-

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ceum ) au premier de ces verticilles, et celui d’androcéc (<rodroceum ) à la réunion des derniers ; dénominations qu’il est bon d'adopter, mais qui n’en sont pas moins très impropres, car les mots gynécée et androcéc indiquent la place des organes femelles ou mâles, et non ces organes eux-mêmes. Pour plus de clarté, l’androcéc a été distingué en extérieur et intérieur ( andr . exterius , intérim)-, le premier qui comprend la corolle et les étamines, le second qui se composedu nectaire simple ou double.

Le nombre des parties qui constituent les verticilles floraux distingue essentiellement les deux grandes classes des monocolylédones cl des dicotylédones. Sauf les avortements, c’est toujours, ou presque toujours trois et ses multiples pour les monocolylédones. Chez les dicotylédones, au contraire ,

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Position HntiêreUlitri au |n‘<lüocul( .

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Heurt.

on trouve le plus ordinairement cinq et scs multiples, quelquefois deux et ses multiples, et fort rarement trois. Il est à remarquer que, quand ce dernier nombre se rencontre parmi les dicotylédones, c’est souvent dans les genres d’une organisation très-élevée, tels que la Ficaire ( Ficaria ) et l’Anémone ; mais alors il est accompagné de multiplications qui établissent Une sorte de compensation. Ce nombre se présente cependant sans aucune autre multiplication que chez les carpelles, dans le genre Casalea, qu’on ne peut éloigner des Renoncules (Hanuneulus) ; et, par l’intermédiaire de ce genre, les Renonculacées, une des familles les plus élevées dans l’organisation végétale, se trouvent avoir d’intimes rapports avec uncfamilledemonocotylédones,lesAlismacées. J" La plupart des fleurs sont horizontalement placées relativement au pédoncule. Cependant, parmi les irrégulières, on en trouve beaucoup qui ont une position plus ou moins oblique, ou même presque verticale; je pourrais citer, entre autres, des Linaria, des Antirrhinum , des Genlisea. Dans les fleurs horizontales, les pièces des diverses portions de spirale sont tellement rapprochées qu’elles forment presque des cercles -, dans les fleurs obliques, il est clair que la spirale s’est allongée davantage, cl que les parties d’un même vcrlicillc, quoique soudées entre elles, sont cependant nées du réceptacle, à des points moins rapprochés que dans la fleur horizontale.

Depuis le Frayera , V Alchemilla Aphones, ou le Pellettera, . dont les fleurs n’ont pas une ligne de diamètre, jusqu’à celle Aristoloche (Aristolochia) des bords dultio Magdalena, qui a des calices assez grands pour tenir lieu de bonnets, les diverses espèces de végétaux présentent, dans leurs fleurs, presque toutes les dimensions possibles.

Il ne faut pas croire que les dimensions de la fleur soieul en rapport a>ec celles des végétaux qui la produisent. Qucl-

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ques arbres de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Inde, tels que les Magnolia, les Liriodendrum , les Chorisia , les Bignonia , les Bombas, offrent , à la vérité, des fleurs aussi grandes que celles de nos Lis ou de nos Digitales ; mais la plupart des grands végétaux des forêts d’Europe portent des fleurs tellement petites qu’elles échappent ordinairement à ceux qui ne font point une étude spéciale de la botanique. La fleur du Chêne (jQucrcus robur , L.) ne peut s’étudier qu’à l’aide d’une forte loupe, et celle des Crocus ou de la Colchique (Colchicum), qui croissent humblement aux pieds de cet arbre majestueux, a plusieurs pouces de longueur. Si même nous nous bornons à comparer entre elles les fleurs des plantes soit tout à fait annuelles, soit annuelles par leurs parties aérien nés seulement, nous trouverons de semblables différences. Le Blé de miracle ( Triticum lurgidum) , qui meurt entre deux printemps, s’élève souvent plus haut que la taille d’un homme , et n’a pasdes fleurs proprement dites de plus de deux à trois lignes, tandis que le Gentiana acaulis, qui souvent n’atteint pas de deux à trois pouces, offre, dans sa fleur seule, plus de la moité de celte longueur. Une même famille, un même genre peuvent quelquefois présenter de très grandes différences dans les dimensions de leurs fleurs; nous cultivons pour leur beauté la Giroflée jaune, la Julienne, le Gazon d’Olympc ( Cheiran thus Cheiri , Hesperis malronalis , Cheiranthus maritimus ), plantes de la famille des Crucifères, et nous ne saurions distinguer, sans le secours des verres grossissants , les parties de la fleur du Cardamine impatiens , espèce de la même famille. Le Dianthus Caryophyllus fait l’admiration des fleuristes : on aperçoit à peine la fleurdu Dianthus prolifer.

Si nous prenons pour objet de comparaison les classes secondaires de Jussieu , nous trouverons que ses apétales, y compris la plupart de ses diclines, présentent générale-

FLE LUS.

Couleur» il Meut*.

ment les fleurs les plus petites et les moins apparentes. On peut, à la vérité, voir avec quelque plaisir un Gumphrena ou un Amarmithus , à côté d’un Œillet ou d’une Renoncule ; mais il ne faut pas oublier que nous pouvons admirer dans la Renoncule ou l’Œillet la fleur isolée, tandis que, pour attirer notre attention, il faut, dans un Celosia ou un Amaranlhuft, une inflorescence tout entière.

Il est à remarquer que les fleurs sont, en général, d’autant plus nombreuses sur une même plante, qu’elles sont plus petites: on pourrait à peine compter celles d’un Arundo, d’un Typha, d’un Chenopodium; les Amaryllis, les Frilillaria, les Genliana , les Narcisses, les Œillets n’en ont qu’un petit nombre, souvent même ils n’en ont qu’une seule.

l’ar l’exemple du Genliana acaulis, nous avons vu tout à l’heure qu’une grande partie du végétal peut être formée par la fleur. Elle nous offre toujours des symptômes d’affaiblissement, soit dans la soudure de ses parties, soit dans leur plus grande ténuité, leur extrême rapprochement ou leur coloration; mais il n'en est pas moins vrai que, fort souvent, la métamorphose des organes ne se fait point d’une manière graduée et dans une progression mathématique. S’il n'en était pas ainsi, nos campagnes seraient souvent privées de leur plus bel ornement, la variété, et l’auteur de la nature n’a pas seulement établi une harmonie parfaite entre les parties d’un même être; chaque être est en rapport avec ceux qui l’entourent ; il n’est qu'une portion d’un ensemble incommensurable où tout est accord et harmonie.

« lin grand nombre de fleurs n'ont rien qui attire les regards; mais il en est une foule d’autres qui charment nos yeux par l’élégance de leurs formes cl surtout par l’éclat de leurs couleurs. Chez les dicotylédones apétales , les diverses parties de la fleur sont généralement d’une teinte verte et uniforme. La même couleur se retrouve aussi

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dans les différents vcrlicilics floraux d’un assez grand nombre de monocoljlédones, ou, du moins, les deux vcrlicilics extérieurs y sont nuancésdc la même manière : «h l’exception du pollen, toutes les parties de la fleur du Lis ( Liliutn candidissimum) sont à peu près également blanches. Il n’en est pas ainsi des mouopétales et des potypélalcs. Presque toutes présentent un calice vert et une corolle d’une autre couleur.

Comme cette dernière est la partie de la plante qui attire les regards, c’est par sa couleur que, dans le langage habituel, on distingue la fleur tout entière ; ainsi l’on dit qu’une fleur est rouge, jaune ou violette, lorsque scs [létales présentent ces diverses teintes, quoique d’ailleurs son calice soit vert et ses filets blanchâtres.

La plupart des fleurs sont à peu près inodores ; mais il en t*-.., oj.nr. est qui embaument l’air des parfums les plus délicieux. Souvent la fleur est la seule partie odorante du végétal , comme dans la Violette de mars et le Réséda des jardins ( Viola odorata, Réséda oduralà). Souvent aussi les parties qui l’ont précédée dans l’ordre de la végétation sont également odorantes ; mais l’odeur des feuilles s’épure en quelque sorte en passant dans la corolle, et y devient à la fois plus suave cl plus intense. Le calice de l’Oranger ( Cil rus Auranlium) a une odeur plus délicate que ses feuilles ; c’est encore la même odeur qu‘on retrouve dans la corolle et les étamines, mais elle y a acquis le dernier degré de perfection et de suavité.

Les plantes à fleurs odorantes sont généralement plus communes dans les pajs secs que dans les contrées humides. Un parfum balsamique de Thym et de Lavande s’échappe sous les pas de celui qui gravit les collines arides du Languedoc et de la Provence. En admirant la végétation qui s’élève, orgueilleuse et gigantesque, sous le climat humide des envirous de Rio-Janeiro, on ne peut s’empêcher de regretter des plantes odorantes; mais qu’on s’éloigne de la

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mer, qu’on s’enfonce dans ces campos où une longue sécheresse vient, chaque année, ralentir la vie végétale, on y trouvera une foule A'Ihjptis aromatiques, on y respirera les parfums qu’exhalent les beaux thjrses du Salvertia convallariodora (1).

Je vous ferai connaître isolément chacun des vcrticillcs floraux, et ensuite je vous indiquerai leur position relative qui seule pourra nous fournir les éléments d’une des branches les plus importantes de la botanique comparée; mais, avant de vous dire en détail ce qui compose la fleur, je dois vous montrer ce qu’elle est avant son entier épanouissement.

(1) J’ai dédié celte plante h feu M. Augustin-Amahlc Dutour de Salvert, auquel m'unissaient les liens de la parenté et ceux de l'amitié la plus tendre. Mous avions commencé ensemble nos éludes botaniques; mais M. de Salvert, doué d’une facilité merveilleuse, m’aurait bientôt dépassé, s’il avait pu consacrer plus de temps à la science. C’est à lui que sont dus les dessins qui accompagnent mon Mémoire sur la formation de l'embryon du Tropceolum et sa germination (dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle , vol. xvm, p. 461), et la plupart de ceux qui sont joints à mon Mémoire sur les plantes auxquelles on attribue un placenta libre ( Paris, 1 8 1 6 ), et à celui sur les Cucurbitacées et les Passiflorées ( Mémoires du Muséum iT histoire naturelle, vol. v, p. 304, et vol. ix, p. 190). Nous avons aussi publié ensemble, dans les Mémoires du Muséum d'histoire naturelle (vol. il, p.393), des Observations sur le genre Glaux, et dans le Journal de botanique de M. Desraux ( vol. il, p. 158; année 1 8 / 3), la Description d'une Digitale dont l’hvbridité parait bien constatée. L’extrême amabilité deM. de Salvert, son esprit conciliant, sa bonté inaltérable, l’ont fait regretter de tous ceux qui le connaissaient , et surtout des habitants du pays qu’il avait administré comme un père pendant plusieurs années.

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