‹ Leçons de botaniqueChapitre 80 sur 148 · RAPPORTS NUMERIQUES DES PARTIES DU PISTIL · texte numérisé non relu

RAPPORTS NUMERIQUES DES PARTIES DU PISTIL

A présent que nous connaissons les différentes parties du pistil, nous allons examiner s’il existe entre elles des rapports de nombre bien constants , et en quoi ils consistent.

§ Ier. — Rapports numériques des parties du pistil à ovaire multiloculaire.

Nous savons que, dans tout ovaire composé de plusieurs loges, chacune est formée par les bords repliés d’une feuille carpellaire , et que la nervure prolongée de chaque feuille doit fournir un style; par conséquent, l’ovaire multiloculaire doit offrir un nombre égal de feuilles carpcllaires, de sty les et de loges (f. 337). Il est vrai que souvent on voit un

U APPORTS MIMÉRIQUES l>Kâ PARTIES DU PISTIL.

ovaire multiloculaire surmonté d’un style en apparence unique ( f 363) , et que, d’un autre côté , il existe des plantes telles que les Euphorbes, dont l’ovaire a moins de loges qu’ellesu’onl de stigmates et de branchesà leur style (J. 390); mais, comme je vous l’ai déjà fait voir, nous pouvons, en rapprochant un certain nombre d’espèces, trouver toutes les nuances entre des styles parfaitement distincts et d’autres où la soudure s’étend jusqu’aux stigmates ; ainsi nous devons dire, quand nous rencontrons un ovaire à plusieurs loges avec un style unique cl un seul stigmate, que ceux-ci sont formés de la réunion de plusieurs stigmates et de plusieurs styles. Lorsque, au contraire, le nombre des branches de ces derniers dépasse celui des loges , il est bien évident qu’il y a eu division dans les styles organiques ; ils ne se sont point ramifiés , parce que les seuls axes peuvent produire des ramcauxj mais, étant une portion d’organes appendiculaires, ils se sont partagés , comme peuvent le faire tous les appendices. Lors donc que, dans un5ci7/a(ex. Sc.aniœnaj f. 363 ) par exemple, je trouve un ovaire à cinq loges et uu style unique, je dois dire que celui-ci est formé de la réunion de cinq sty les ; et, quand au sommet de l’ovaire triloculaire d’un Euphorbe ( f . 390 ) je verrai un tronc commun extrêmement court d’où parlent trois branches qui, chacune, en fournissent deux terminées par un stigmate, je dirai que là il y a trois styles soudés tout à fait à leur base et ensuite partagés en deux. De tout ceci il résulte que du nombre réel des stigmates et du nombre apparent des styles on ne peut rien conclure pour le nombre des loges de l’ovaire ; qu’au contraire on doit conclure de celui des loges au nombre des styles organiques ; cnfiu que le nombre des stigmates même organiques n’indique point combien il y a

de styles organiques et de loges , puisque chaque division d’un style peut avoir son stigmate.

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Ici s’élève naturellement une question. On conçoit que les deux ou trois styles d’un ovaire à autant de loges puissent se souder ensemble, de manière à en former, en apparence, un seul ; mais, comme je trouve dans les Labiées quatre loges parfaitement distinctes avec un style à deux branches seulement, ne dois-je pas croire que deux autres styles ont avorté d’une manière complète? La conclusion serait, sans doute, très-admissible, s’il existait quelque exemple bien constaté d’un avortement semblable ; mais ou n’en peut point citer, et par conséquent M. de Gingins de Lassaratz a raisonné conformément aux principes d’une saine logique, quand il a dit que, puisque les monopélales à deux styles plus ou moins soudés avaient, en général, deux loges seulement , l'ovaire des Labiées, plantes monopélales, devait être considéré comme étant à deux lobes divisés profondément. Ce qui prouve combien, dans les sciences naturelles, l’analogie a de puissance et nous fournit de ressources, c’est que les conclusions du raisonnement de M. de Gingins ont été pleinement confirmées par l'observation directe. En effet, M. Schlcidcn a reconnu, dans des boulons très-jeunes de plantes labiées, oit les parties n’étaient pas encore soudées, qu’il n’existait bien réellement que deux feuilles carpellaires.

Dans un ovaire ordinaire , chaque style correspond au milieu de la feuille carpellaire, et si deux lobes venaient à partager les carpelles par le milieu, le style correspondrait à l’angle formé par les deux lobes ; or, chez les Labiées , une îles deux branches «lu style répond à l’intervalle qui existe entre les deux lobes supérieurs de l’ovaire, tandis que l’autre branche répond à l’intervalle qui se trouve entre les inférieurs ; donc les deux lobes supérieurs appartiennent à la mémo feuille carpellaire, et les deux inférieurs à l’autre feuille. Ici donc les feuilles carpellaires seraient parallèles aux deux lèvres et à l’axe de l'inflorescence , or c’est là précisé

lltS l'AHTItS Ull PISTIL. 653

mont ce qui arrive dans les Scrophularinécs, qui , comme les Labiées, ont une corolle à deux lèvres; par conséquent, nous avons une nouvelle induction pour croire que l'ovaire des Labiées n’est formé que de deux feuilles carpellaires,et l’une se composerait des deux lobes supérieurs, ceux qui répondent à la lèvre également supérieure, tandis que l'autre serait formée des deux lobes inférieurs.

On a pensé que, dans les Labiées, les deux lobes devaient être considérés comme des parties de la feuille soulevée par les ovules, lorsque ceux-ci prennent de l’accroissement ; mais je ne puis concevoir comment, dans ce cas, les lobes deviendraient distincts. Nous savons (p. 506) que, chez les genres Ajuga et Teucrium, l’ovaire n’est point , comme celui des autres Labiées, à quatre lobes entièrement séparés les uns des autres , mais qu’il présente , conformément à l’organisation la plus commune, une columellc centrale surmontée du st^le, à laquelle se rattachent longitudinalement les quatre lobes séparés par autant de cloisons; or des coupes de l’ Ajuga chamajritijs montrent évidemment que chaque loge est, comme tous les carpelles, formée par deux bords repliés de dehors en dedans, cl que chacune des quatre cloisons est, par conséquent, double, l'nc telle organisation ne peut évidemment pas s’expliquer pardes boursouflures dues à l’accroissement de l’ovule; on ne peut en rendre raison qu’en admettant que chaque feuille carpellaire est profondément bipartite, et que scs parties se seront comportées chacune comme se comporte la feuille entière quand elle est simple. Sans celte explication, il serait absolument impossible de concevoir comme étant le résultat de deux feuilles les quatre lobes des Scutellaria attachés, par un seul point,» un gjnobasc qui n’est nullement déprimé, mais qui s’élè\ e à peu près vertical et eu forme de colonne. Si deux de tes lobes tout ensemble fournis par une feuille

Aucune relation •le nombre entre lr« logea d'un ovaire multiloculaire rt leur* o» iili v

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unique, elle doit Cire partagée en deux folioles comme celle du Zygophyllum Fabago ou des Copaifera. Ce que je dis ici des Tcucrium cl des Ajuga peut également s’appliquer à celles des Verbénacées dont l’ovaire est à quatre loges , puisque cet ovaire est organisé comme celui des Teucriutn, et présente également un style à deux stigmates.

Parce qu’il existe des relations numériques très-déterminées entre les styles organiques et les loges d’un ovaire pluriloculairc, il ne faudrait pas croire que des relations du même genre doivent lier les mêmes parties et les jeunes semences. Chaque loge d’un ovaire pluriloculairc peut renfermer un à plusieurs ovules, et l’observation directe peut seule en faire connaître le nombre. On a indiqué comme étant vides quelques-unes des loges de certains ovaires. Une tige peut ne pas produire de branches; ainsi il n’y a aucune raison pour croire qu’un cordon pistillairc ne puisse point rester sans ovules. Je dois dire, cependant, que, dans deux des loges du Yalerianclla déniai a que l’on peut facilement croire vides , je suis parvenu à découvrir un ovule extrêmement petit, avorté dès son origine.

§ II. — Rapports numériques des parties du pistil à ovaire uniloculaire.

S’il n’est pas toujours très-facile de résoudre les problèmes qu’offrent les rapports numériques des diverses parties du pistil à ovaire pluriloculairc, il l’est peut-être moins encore de trouver la solution de ceux de même nature qui naissent de l’élude des pistils où l’ovaire est à une seule loge.

lTn ovaire uniloculaire peut être, comme nous l’avons vu,

ni. N PAIITU.3 Ut PISTIL.

formé d’une ou plusieurs feuilles carpcllaires (f. 369). Souvent le nombre des styles indique celui de ces feuilles (même fig.)-, mais nous savons déjà qu’il peut} avoir ici des causes d’erreur, puisque plusieurs styles organiques sont susceptibles de se souder eu un seul, et que quelquefois on voit un style vraiment unique se diviser. Cependant, si nous ne pouvons toujours sans peine découvrir exactement le nombre de feuilles carpellaircs dont se compose l’ovaireà une loge, il n’est pas du moins aussi difficile de dire s’il est à une seule ou à plusieurs feuilles : ces dernières, en effet, < »i do,,.

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n ont jamais de contours parfaitement rectiliimcs : et, quand

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une seule se recourbe sur elle-même, pour former le carpelle, celui-ci ne saurait être parfaitement régulier, car le côté traversé par la nervure moyenne sera plus droit que celui qui sera dû aux bords réunis (ex. Pisum salivum , f. 406). Mais que nous rapprochions plusieurs feuilles par leurs bords, nousaurons nécessairement un ensemble régulier (ex. Chenopodium murale, /". 407). Ainsi tout ovaire uniloculaire où se montre quelque irrégularité (f. 365, 406, 408) est formé d’une feuille unique ; il l’est, au contraire, de plusieurs feuilles quand il se présente avec une régularité parfaite (f. 399, 400, 407) ; et, pour déterminer le nombre de ces feuilles, il faut, dans les plantes où les sty les ne sont pas entièrement soudés, examiner leur nombre. Comme les Chenopodium (f. 407 ;, les Ulmus (f. 41 1), les Morutonl un ovaire uniloculaire non-seulement régulier, mais encore surmonté de deux styles, il est évident que cet ovaire est formé de deux feuilles : le Ficus Carica ( f . 408, 409), dont le style est tantôt simple et tantôt à deux branches, n’a, au contraire, qu’une feuille à son ovaire; car celui-ci est moins arroudi du côté où est attaché son style un peu latéral , et , puisque ce dernier est le prolongement d’une feuille uuique, il n’est que divisé quand il offre deux branches.

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Hap, torii .u L’irrégularilé que l’o» découvre manifestement dans l ovairo d un grand nombre de Graminées prouve assez qu’il csl formé d’une seule feuille carpellairc : il peut donc paraître assez étrange que ccl ovaire soit surmonté non pas d’un style unique et divisé, mais bien de deux styles parfaitement distincts dés leur origine- Une observation qu’a publiée M. Schleiden nous aidera à expliquer celte irrégularité. Cet auteur dit avoir vu, dans le boulon extrêmement jeune des Graminées, la feuille carpellairc parfaitement étalée et accompagnée de sa ligule : la feuille fournit un style, la ligule en fournil deux ; mais le premier avorte, les deux autres seuls sedéveloppenl. Nous savons que les ligules ne sont que des stipules axillaires; or nous avons vu ( p. 192), par l’exemple du Melianthus major, que celles-ci étaient formées de deux parties accolées : la stipule du Melianthus est souvent bifide à son sommet; la ligule des Graminées l’est souvent aussi ; donc il n’est pas étonnant qu’elle se prolonge en deux styles. Les lîromus confirment, d’ailleurs, ce que dit M. Schleiden de la composition double de la feuille carpellaire; car, dans l’ovaire de ces plantes, les styles sont latéraux, ou, si l’on aime mieux, une portion de l'ovaire s’élève derrière eux au-dessus de leur base : qui ne verrait ici la ligule et l’extrémité libre de la feuille placées l’une (àtmnirnl «lé- devant l’autre?

rouvrir le nomlnr ...... .

jr.omiir.MrH- Nous savons à présent nue I ovaire irrégulier est compose

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rnc!»B,™iod pi"! *l’Hnc seule feuille carpellairc, et que l’ovaire régulier uniloculairc en comprend plusieurs; nous savons aussi que, quand il y a plusieurs styles parfaitement distincts depuis le sommet de l’ovaire, il suffit de les compter pour savoir quel est le nombre des feuilles carpellaires, toujours égal à celui des styles organiques ; mais, malheureusement, ce petit calcul devient impossible, comme je vous l’ai déjà indiqué, quand les styles et les stigmates sont soudés d’une manière

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