CHAPITRE XXXII
KRUIT.
Je vous ai montré l’organe femelle tel qu’il est dans la fleur, et même quelque temps après l’émission du pollen ; nous allons actuellement l’ctudier à l’apogée du développement, à l’état de fruit, étal après lequel il n’y a plus rien à attendre, si ce n’est la destruction.
Le fruit ( fructus ) est un ovaire qui, après avoir été fécondé , a parcouru toutes les phases de la maturation , et renferme des semences capables de germer.
§ I. — De la composition du fruit.
D’après la définition que je viens de vous donner, il est clair qu’en vous faisant connaître la composition organique de l’ovaire je vous ai fait connaître aussi celle du fruit.
FRUIT
Nous devons donc nécessairement retrouver dans ce dernier une ou plusieurs feuilles carpcllaires et un ou plusieurs cordons, continuation de l’axe central. Comme l’ovaire, le fruit peut présenter un, deux, trois, quatre, cinq ou un u* composition plus grand nombre de carpelles; comme chez l’ovaire, ces *"uid'1'OT*,r'-
* ° * 9 sauf le* change-
carpelles peuvent être libres ou soudés dans une étendue n p*'
plus ou moins considérable, et, par conséquent, nous pouvons avoir des fruits partîtes, fendus, à plusieurs tètes, ou bien monocéphales ( fructus parti tus, f issus , pohjcephalus , tnonocephalus); nous pouvons en avoir à deux, trois, quatre, cinq ou plusieurs coques; à deux, trois, quatre, cinq ou plusieurs lobes; à deux, trois, quatre, cinq ou plusieurs côtes (fir. di-tri quadri-quinquc-multicoccus, bi-lri- quadri-quinq uc-multilobus , bi-tri-quadri-quinque-multi -costal us) (Y. p. 469- 478). Le fruit, résullatd’un carpelle, sera toujours à une seule loge, tel qu’était, dans l’origine, ce carpelle lui-méme-, celui qui résultera de plusieurs feuilles presque étalées et seulement soudées bords à bords offrira aussi une loge unique-, nous aurons plusieurs loges, si les feuilles repliées vers l’axe floral forment, parle moyen de leurs parties rentrantes soudées deux à deux, des cloisons destinées à partager la cavité intérieure (fr. unilocularisj multilocularis) ( V. p. 471 , 47 2, 481 ,
482). Comme dans l’ovaire, nous aurons, chez le fruit, un placenta central libre, lorsqu’une loge unique sera traversée par un axe séminiférc sans communication aucune avec les parois des feuilles carpcllaires ; quand les graines émaneront d’une columelle centrale à laquelle seront venues s’unir les feuilles repliées, nous aurons des placentas axiles; nous en aurons de pariétaux, lorsque, dans une loge unique, les cordons sémi n iféres iront se glisser le long des feuilles carpellaires étalées (placenta centrait» , libéra • placenta: axiles ,• pl. pariétales) (V. p. 483-487). De ce qui précède il résulte que si , décrivant une plante, on a fait connaître avec soin la
FRUIT
composition de l’ovaire, on pourra se dispenser d’indiquer, dans le fruit, autre chose que les changements amenés par la maturation.
Moyrai dr di*- Puisque tout fruit a commencé par être un ovaire, et que
tingorr le fruit de . • . , .
u tout ovaire se termine par un ou plusieurs styles, un ou
plusieurs stigmates, un fruit doit nécessairement porter, sinon un style entier, du moins les vestiges de cette portion d’organe. L’existence d’un style ou de sa base peut donc servir à faire distinguer un fruit d’une semence ou des portions de la plante auxquelles on donne improprement le nom de fruit dans le langage usuel. Je reconnaîtrai que la Châtaigne, malgré sa ressemblance extérieure avec la semence du Marronnier d’Inde ( Ætcülus Uippocastanum) , est un fruit véritable, parce qu’elle porte des styles; et, d’un autre côté , je n’hésiterai pas à dire que son enveloppe épineuse n’appartient réellement pas au fruit, puisque ce n’est pas sur elle que les styles sont placés. Si, dans quelques cas, je pouvais concevoir des doutes, je prendrais pour pierre de touche la définition que je vous ai donnée du fruit, et je remonterais à la fleur, pour m’assurer si la partie sur la nature de laquelle je n’ose prononcer a été originairement un ovaire. En procédant de cette manière, je n’aurais aucune peine à reconnaître que, dans la fleur des Anacardium. la Noix était l’ovaire cl la Pomme un pédoncule (V. p. 251); que la Fraise, au milieu des organes floraux, formait le sommet du réceptacle chargé des véritables ovaires pressés les uns contre les autres; enfin que le Cynorrhodon ou le prétendu fruit du Rosier sauvage ( Rosa canina ) n’a jamais été autre chose que le tube du calice qui, jeune encore, recouvrait les ovaires, et qui, charnu et d’un jaune-rouge, enveloppe les fuils mûrs.
soo.B.ei,h.«« Le style indiquait le sommet organique de l’ovaire;
». du ini.i .j |D(||qUC également celui du fruit ( fructus apex).
FRL IT.
La base {bâtis) de ce dernier esl son |>oint d'attache, ou, pour parler d’une manière plus rigoureusement exacte, e’est l’endroit du réceptacle ou axe floral d’où partent les feuilles carpellaires quand le fruit esl libre, celui d’où naissent les folioles calicinales lorsqu’il est adhérent. Quant à l’axe du fruit , il se trouve naturellement formé par la columclle qui , continuant le réceptacle de la fleur, s’étend delà base au sommet du fruit; et, si elle n’existe pas, on suppose, pour la commodité des descriptions , un axe rationnel qui remplirait les mêmes conditions qu’elle.
Comme vous le savez déjà (p. 519), il arrive quelquefois que, même dans la fleur, une partie considérable du jeune fruit s’élève au-dessus du style, alors très-voisin dupoiut d’attache (ex. Alchemilla vulgaris, f. 386); cl quelquefois aussi, par une inégalité Ircs-scnsible d’accroissement, le style, d’abord à peu près terminal, sc trouve, lors de maturité, plus ou moins rapproché de la base du fruit (ex. Anacardium occidentale ( f. 168, 169), ou curatellœ folium) : il est bien clair que, dans ces deux cas, une ligne perpendiculaire à cette base ne traverserait pas le style, c’est-à-dire le véritable sommet du fruit. Quandjl en est ainsi, on admet, afin de se rendre plus intelligible, deux sortes de sommets, le sommet organique et le géométrique {apex organicus; apex geometricus).
Pour désigner la marque que le style, en se détruisant, laisse au sommet du fruit , on a imaginé les expressions de cicatricule stylaire (cicatricula stylaris), et l’on a proposé ( r.icatrictd» «tj celles de hile carpique {hilum carpicum) , pour indiquer la s»cicatrice basilaire duc au point d’attache. Jusqu’ici ces expressions n’ont point été admises; cependant il est certains fruits, tels que le Melon et la Citrouille, où la trace du sty le est assez sensible pour mériter quelque attention ; et, d’un autre côté, il n’est personne qui n’ait remarqué la cicatrice
Soudure
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(i58 nuit.
très-large qui se trouve à la base de la Noisette, de la Châtaigne, de la Faine cl du Gland.
du c#— Quand le calice est soudé avec l’ovaire, la soudure se
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continue dans le fruit, el il arrive môme quelquefois qu’après avoir été libre daus l’origine, le calice, devenant charnu pendant la maturation , contracte quelque adhérence avec le fruit qui , comme lui, se remplit de sucs. En général , on ne saurait reconnaître les limites des deux parties soudées ; cependant il est quelques fruits, tels que la Poire et la Pomme, où elles se laissent distinguer sans peine. Tantôt la partie supérieure et libre du calice, ou, si l’on veut, son limbe, persiste au sommet du fruit et y forme une sorte de couronne; tantôt elle se détache , laissant autour du sommet une cicatrice annulaire. Quaud le limbe persiste , il peut se dessécher ou bien offrir une consistance plus ou moins charnue, si le fruit lui-méme s’est rempli de sucs. Souvent l’espace qui , chez l’ovaire , se trouvait entre le limbe du calice adhérent et le style, s’élargit à peine pendant la maturation j et quelquefois, au contraire, il acquiert une très grande largeur, comme dans la Nèfle. 11 peut arriver aussi que l'accroissement s’opère en hauteur, et, comme la partie adhérente el inférieure ne prend pas toujours un développement égal à celui du sommet libre, le fruit, chez quelques plantes, n’est que semi-adhérent, tandis que l’adhérence de l’ovaire était presque complète.
§ II. — Ce qui distingue le fruit simple, le fruit composé et le multiple.
On a beaucoup disserté pour savoir quand il résulte d’une fleur un seul ou plusieurs fruits. Les doutes viennent presque uniquement de ce qu’on n’a pas eu assez souvent recours
rnrir.
à la comparaison, ot de ce que la terminologie botanique, si souvent surchargée de mots inutiles, est malheureusement ici fort incomplète. Nous possédons un mot pour désigner isolément chaque pièce du second verlicille de la lleur, celui de pétale, et un autre pour indiquer l’ensemble des pièces du même verlicille, celui de corolle -, nous disons enfin que la corolle est monopétale quand les pièces sont soudées, et qu’elle est polypélalc quand les pièces sont libres : au contraire, par une bizarrerie assez étrange , quand nous arrivons au dernier verlicille développé autant qu’il peut l’élrc, nous n’avons plus que l’expression de fruit pour désigner et la pièce isolée et l’ensemble des pièces soudées entre elles. Mais supposons un instant que, pour peindre, dans le second verlicille de la lleur, deux chœcs si différentes, le seul mol pétale puisse être employé ; alors, sans aucun doute, nous appellerions pétale simple la pièce isolée , pétale composé ce que nous nommons à présent corolle monopélalc, et pétale multiple la corolle polvpétale : nous conformant à l’analogie la plus rigoureuse, nous allons maintenant appliquer au fruit ces diverses expressions modifiées légèrement. S’il résulte d’uue fleur un fruit qui soit le développement d’uue seule feuille carpellaire, il nous offrira évidemment l’analogue du pétale isolé, ce sera un fruit simple ( fructus simplex , ex. Cylisus austriaèus , f. 113). Le fruit qui aura pourorigineplusicurs feuilles carpcllaircs soudées ensemble, soit bords à bords, soit par les côtés rentrants, représentera la corolle monopélalc, et, par conséquent, nous l’appellerons un fruit composé ( fruclus composilus, ex. Euphorlia helioscopiu, f. il 4). Ko fin , quand nous trouverons, dans une fleur, le fruit simple répété plusieurs fois saus aucune soudure, nous y verrons l’analogue de la corolle polvpétale. et nous dirons que le fruit est multiple (fructus multiplex, ex. IlaHuncuhis acris, f. il 5).
Fruit simple ;
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multiple.
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Je ne dois pas omettre de vous faire observer que les fruits multiples et les fruits composés peuvent l’être de trois manières différentes ; ils sont symétriques ( fructus compostlus, fruclus multiplex symetricus) quand le nombre de leurs feuilles carpellaires est le même que celui des folioles calicinales et des pétales; asymétriques par défaut de développement ou diminution ( ex defectu asyuietricus) , lorsque le nombre des feuilles carpellaires est moindre que celui des pétales; asymétriques par multiplication ou augmentation ( ex excessu asymetricus ) , quand ce même nombre est plus considérable. Ainsi le fruit des Légumineuses (f. 413) ou du Delphinium Ajacis(f. 41 G) sera simple, parce qu’il provient d’une feuille carpeiiairc unique; celui des Primula, des Vaccinium, des OEnolheru, ayant ses feuilles carpellaires soudées entre elles cl en nombre égal à celui des pétales cl des folioles du calice, sera composé symétrique ; nous aurons, dans la Digitale et la Carotte, un fruit composé asymétrique par délaul de développement, parce qu’avec cinq pétales nous ne trouvons, dans ces plantes, que deux feuilles carpellaires ; les carpelles extrêmement nombreux do l’Anoii» paluslris , pour ainsi dire confondus en une seule masse, formeront un fruit composé asymétrique par augmentation ; pour résultat delà lleur du Sedum album, nous avons cinq capsules qui, en quelque sorte, répètent cinq fois celle du Delphinium Ajacis, et qui formeront un fruit multiple symétrique, parce qu’elles sont libres et en nombre égal à celui des pièces de la corolle et du calice ; la fleur à cinq pétales de V Ayrimonia Eupatvria nous amène deux carpelles distincts, ce sera un fruit multiple asymétrique par défaut de développement ; nous trouvons, au contraire, dans la Renoncule ( f. 415) et \' Adonis, un grand nombre de carpelles distincts, ce sera un fruit multiple asymélriqucpar augmentation.
Je ne veux point omettre de vous 'dire qu’ici encore il
huit.
est essentiel île ne pas confondre la régularité avec la ii„,ir in,n symétrie. Tout fruit simple est , comme l’ovaire qui l’a précédé, plus ou moins irrégulier (p. 498), parce qu’il provient d’une feuille carpellairc dont les deux moitiés sont repliées sur elles-mêmes, et que chaque moitié de la feuille la plus régulière ne saurait l’être elle-même. Comme l’ovaire composé, le fruit qui l’est également peut être régulier quand il est formé de plusieurs feuilles carpellaires égales entre elles, et irrégulier quand il l’est de feuilles dissemblables. L’irrégularité augmente souvent d’une manière très-sensible pendant la maturation , comme les genres Anacardium {[. 169) et Antirrhinum nous en fournissent des exemples ; mais je doute qu’une régularité parfaite passe jamais à l’irrégularité, si ce n’est par des avortements accidentels. Je ne crois pas non plus qu’il arrive qu’un fruit symétrique soit constamment irrégulier : mais la symétrie et l’irrégularité ne s’excluent pas nécessairement; car la régularité consiste principalement, comme vous le savez, dans la similitude des parties d’un mémeverticille, et la symétrie dans une égalité parfaite de nombre entre les pièces des différents verticilles, caractères qui n’impliquent aucune contradiction. Je vous ai dit ( p. 639) que si, dans une corolle asymétrique, les pétales peuvent garder la place qui leur appartient, les pièces d’un verticillc carpellairc asymétrique ne conservent, au contraire, aucun reste de symétrie relativement aux verticilles inférieurs, mais qu’elles s’arrangent de manière à être symétriques les unes par rapport aux autres : le fruit ressemble, à cet égard, parfaitement à l’ovaire, à moins que quelque avortement accidentel ne fasse disparaître plus ou moins un ou plusieurs des carpelles originaires.
Aux distinctions que nous avons établies, dans le fruit a r . composé, entre le régulier et I irrégulier , le symétrique et »» «•-