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§ VIII. — De la disposition des fruits.
Résultat dos fleurs, les fruits présentent généralement la même disposition qu’elles. Cependant il peut arriver que des avortements plus ou moins nombreux viennent modifier l’arrangement primitif. Ainsi tant de fleurs avortent dans le thyrsc élégant du Marronnier d’Inde, que ses fruits n’offrent plus guère qu’une grappe extrêmement lâche.
Quand les fruits ne sont pas très-rapprochés, on les dit épars, séparés, distincts (fr. sparsi , dislincli, discreti')-, lorsqu’au contraire ils se pressent les uns contre les autres,
( .i.rtinru, on les appelle agrégés (fr. aggregati).
Dans ce dernier cas, le rapprochement est quelquefois tel, qu’il en résulte une soudure , comme le Lonicera Xglosteum, L., et d’autres espèces voisines nous en offrent des .-nirî'1. uî! ’ exemples. Chez le Mûrier (.I/o rus nigra), les ovaires sont
originairement libres ; mais, pendant la maturation, les calices, devenus charnus, se soudent inférieurement avec le fruit, cl ceux des fleurs voisines se soudent aussi entre eux. Ailleurs, comme dans l’Ananas ( firomelia Ananas), la soudure va plus loin encore , car elle comprend, avec les fruits cl les calices, les bractées elles-mêmes. On peut presque toujours dire avec certitude quand il y a soudure ; par conséquent, on aurait peu d’embarras à décider si des fruits sont agrégés, dans le cas où la soudure constituerait seule l’agrégation j mais il n’en est pas ainsi ; on ne s’est pas borné à considérer comme agrégés des fruits plus ou moins soudés ensemble, on a aussi admis parmi les agrégés d’autres fruits encore qui ne sont que rapprochés. D’apres ceci, on conçoit qu’il ne saurait y avoir de limites lixes entre les fruits distincts et les agrégés, et par conséquent que ces déno-
IltUIT.
initiations deviennent tout à fait arbitraires et conventionnelles. Tout le monde est convenu d’appeler agrégés les fruits des Conifères composés delà graine et d’une écaille qui n’est, suivant R. Brown, que la feuille carpellairc étalée, et l’on appelle généralement ces fruits cône ou strobile ( ’strobilus , ex. Pt nus marilima, f. 426); mais, si les fruits de l’Aune, du Rouleau, du Houblon (Alnus glutinosa , fietula «Ma, llumulus LupuluSj f. 215) sont loin de présenter les mêmes caractères organiques que les cônes des Pins, ils offrent, du moins, le même aspect, et l'on ne sait si l’on doit les appeler des cônes. Les fruits de VUrtica pilulifera et d’une foule d ’Arum ne sont pas moins rapprochés que ceux du Figuier (Ficus
Carica, f. 212) ou du Dorslenia, f. 2 1 0, et c’est de ces dor- «. niers seulement que l’on a dit qu’ils étaient agrégés. Ces contradictions semblent témoigner contre les botanistes j mais elles ne sont que le résultat nécessaire de l’embarras où les mettent sans cesse les nuances délicates par lesquelles la na-
ture semble avoir voulu si souvent fondre entre eux tous les
êtres. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, on aurait eu un peu moins de difficulté pour déterminer quand des fruits sont agrégés, si l’on n’eût donné ce nom qu’à ceux qui sont plus ou moins soudés; mais alors même on ne serait arrivé à rien de bien tranché ; il aurait fallu appeler agrégés les fruits soudés et charnus du Genévrier ( Juntperus communis)-, on trouve quelque soudure dans d’autres Conifères à fruits secs, ce seraient encore des fruits agrégés; comment ensuite refuser ce nom aux cônes de VAbies excelsa ou du P in us sylvestris , où il n’existe pourtant aucune soudure?
On a voulu classer les fruits agrégés comme on avait Impossibilité .le
° ü classer le* fruits
classé les fruits distincts, mais l’embarras de trouver des limites entre les uns et les autres rend cette classification
presque impossible, et, d’un autre côté, le petit nombre de
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fruits agrégés signalés jusqu’à présent la rend à peu près inutile. D’ailleurs les fruits auxquels a été appliqué le nom d’agrégés présentent, pour la plupart, tant de différences entre eux, qu’à l’exception des cônes, il vaut mieux décrire chacun en particulier d’une manière complète que les désigner par des noms que, dans chaque espèce, il faudrait encore modifier par de très-longues phrases. nnua.ii.UiuL Plusieurs fruits distincts ont pour l’aspect une ressemüi»'7raiu‘.^ blance frappante avec certains groupes de fruits agrégés, amilh" d” f""“ La Figue, oii une multitude de ces fruits sont contenus dans un involucrc commun, présente l’image d’une Poire; le fruit multiple du lùilius fniticosus ressemble tellement aux fruits agrégés du Mûrier, qu’on le nomme vulgairement Mûre sauvage; enfin l’on croirait voir le strobile d’une Conifère dans les fruits multiples de plusieurs Anona , du Tulipier ( Liriodendrum Tult'pifcra) et des Magnolia. Mais, si ces ressemblances extérieures, qui peuvent tromper les personnes étrangèresà la science, frappenlun iuslanlle botaniste, elles ne sauraient lui faire illusion ; ayant suivi les développements successifs de la plante, il saura toujours quand un fruit est multiple et quand des fruits sont agrégés : le premier, quelle que soit sa forme, est le résultat d’une fleur unique, les seconds celui d’une inflorescence tout entière.
§ IX. — Valeur des caractères tirés du fruit.
p,iit ie <ilrm Puisque des ovaires organisés de la manière la plusuniforme, tels que ceux des Crucifères, amènent fort souvent ■.rvr.r*1-’ des fruits très différents entre eux, il est bien évident que les caractères tirés des fruits ont beaucoup moins de valeur que ceux qui nous sont fournis par l’ovaire.
Cette vérité n’a peut-être pas été toujours assez sentie.
FRUIT
ci, il faut bien le dire, il en est résulté pour la science des inconvénients graves. Pendant longtemps, vous le savez déjà, les botanistes avaient négligé l’étude du fruit ; tout à coup ils s’y livrèrent avec ardeur, et leurs laborieuses recherches les conduisirent à une foule d’observations pleines d’intérét. Mais, comme l’a dit un écrivain célèbre (1), les choses les plus importantes à nos yeux sont toujours celles dont nous nous occupons le plus; les premiers disciples de Linné semblaient ne voir dans les piantes que des étamines, on n’y vit plus que des fruits. On crut devoir séparer de ses congénères toute plante qui, avec une structure primitive semblable à la leur, présentait quelque différence dans scs péricarpes parvenus à la maturité; les associations génériques formées par le génie de Linné, consacrées par celui de Jussieu, furent lacérées, et l’on retomba dans tous les défauts qui avaient été si longtemps reprochés aux auteurs systématiques. Profilons avec reconnaissance des découvertes des carpologistes ; mais n’oublions pas qu’un caractère n’a de valeur véritable qu’autant qu’il coïncide avec d’autres caractères, et qu’un genre, comme l’a très-bien dit M. Kunth, n’est point naturel quand il est fondé sur une différence unique.
L’absence ou la présence des poils, des glandes et des efflorescences n’a pas beaucoup plus de valeur chez les fruits que chez les feuilles, cl ne doit servir qu’à faire distinguer les variétés et tout au plus les espèces. Personne ne s’est encore avisé de faire un genre du Rubus cœsius, dout le fruit diffère de celui d’une foule d’autres Rubus par la poussière glauque dont il est couvert; et si Autoinc-Laurenl de Jussieu a séparé l’Abricotier et les Cerisiers (Ârmeniaca, < ’erasus ) du genre Prunus , L , en s’appuyant, pour les se-
(l) Voltaire.
huit.
ronds, sur l'absence de la poussière glauque, et pour le premier, sur l’existence d’un duvet cotonneux, il a re connu, en même temps, que ces différents arbres étaient réellement congénères, et il a voulu seulement, comme il le dit lui-même, mettre, daDS celle circonstance, le langage scientifique en harmonie avec les dénominations vulgaires.
Les caractères tirés de la forme extérieure ont sans doute plus de valeur que ceux qui sont fournis par la présence ou l’absence des poils ou des glandes; mais les changements (rès-multipliés que la culture amène dans la configuration de certains fruits prouvent suffisamment que celte valeur est encore bien faible. A la vérité, les modernes ont cru devoir séparer les Pommiers des Poiriers à cause de la forme du fruit; mais ici encore on n’a eu certainement d'autre but que de se rapprocher du langage ordinaire, et d’éviter le reproche si longtemps fait aux botanistes de nommer Poire ce que tout le monde appelle Pomme.
Une foule de familles naturelles présentent en nombre it peu près égal des péricarpes secs et d’autres charnus, et , parmi celles où l’on trouve le plus ordinairement des capsules, il en est bien peu qui, dans quelques espèces, n’offrent pas des drupes ou des baies, comme aussi il en est peu qui, au milieu d’un grand nombre de plantes à fruits charnus, n’en comprennent pas quelques-unes à fruits entièrement secs. De là il faut naturellement conclure que l’on ne saurait tirer de la consistance du péricarpe des caractères de famille bien solides : elle fournit, au contraire, d’assez bons caractères génériques ; mais, quand deux espèces ne différent entre elles que par un péricarpe sec ou charnu, épais ou membraneux, il faut presque toujours éviter d’en faire deux genres, à moins qu’ayant adopté une classification artificielle uniquement fondée sur le fruit, on ne veuille être bien rigoureusement conséquent avec soi-même.
fruit.
L’indéhiscencc sc rencontre, sans exception , dans plusieurs familles très-naturelles, telles que lesGraminées, les Cypé racées , les Chénopodées , les Polygonées, les Composées, et elle y a, par conséquent, une très-grande importance : la déhiscence en a aussi beaucoup dans certaines familles où elle est constante ; mais , dans une foule d’autres, elle n’offre plus la même valeur , parce qu'on trouve tout à la fois, chez elles , des espèces déhiscentes et d’au très indéhiscentes.
Antoine-Laurent de Jussieu attachait une importance très-grande au mode de déhiscence, cl il avait séparé sa famille des Rosages do celle des Bruyères et ses Scrofulariées de ses Pédiculaires, parce que, dans celles-ci, comme dans les Bruyères, la déhiscence est loculicide, tandis qu’elle se montre septieido dans les deux autres groupes. Mais il serait véritablement bien étrange de faire sortir de la famille des Bruyères, uniquement parce qu’il n’a pas une déhiscence loculicide, le Menziesia , qui offre d’ailleurs, avec les plantes de cette famille, une si parfaite ressemblance; et, d’un autre côté, si l’on voulait conserver, à cause de la déhiscence, les Pédiculaires et les Scrofulariées , il faudrait partager un des genres les plus naturels , les Véroniques ( Veronica) , car, à lui seul, il réunit des espèces loculicides et d’autres septicides (1). Ces deux modes de déhiscence ne doivent réellement servir qu’à faire distinguer les genres , et encore, comme on vient de le voir par l’exemple des Véroniques, ne peuvent-ils toujours remplir parfaitement ce but. Dans certains cas où la déhiscence est septicide, la feuille carpellaire se fend encore plus ou moins par le milieu de la nervure moyenne : si l’on adoptait le
(i) Les Rosages et les Bruyères de Jussieu doivent être réunis sous le nom d’Éricacces, ses Scrofulariées et scs Pédiculaires sous celui de Scrofularinées.
fruit.
genre Rcmijia , formé, d'après te faible caractère, aux dépens des Ctnchona, il faudrait aussi séparer le Veronica Anagallis des autres Véroniques, puisque cette espèce pré sente dans sa déhiscence la même nuance que le Cinchona ferruginea, dont on a fait le Rcmijia (1). La déhiscence par porcs n’a pas non plus une bien grande valeur , puisque nous la trouvons chez le Linaria Elaline , qu’on ne peut éloigner des autres Linaria, dont la capsule s’ouvre par déchirement. Moins rare que la déhiscence par pores, la transversale a généralement plus d’importance ; cependant elle mérite également peu d’attention quand elle se présente isolée. L’ s/ murant h u s Rlilum, comme l’a reconnu M. Pellelicr-Sautelet , reste indéhiscent ; nous ne serons certainement pas tenté de l’éloigner, pour celte seule raison , de Y Amaranthus sylvestris , avec lequel il a tant de ressemblance qu’on les a longtemps confondus, et dont le fruit cependant , comme celui de tous les autres Amarantkus , s’ouvre transversalement.
(1) Ce genre doit d'autant moins Cire admis que sa formation tend aussi b obscurcir un point fort important de géographie botanique.