CUISSON DES POTERIES EIVFOVRIIEIIENT
Mamtenant que nous coitoaissons et les combustibles et les fours dont on fait ou peut faire usage dans la cuisson des poteries simples ou composées, occupons-nous de la cuisson proprement dite. Nous avons vu que Tespace où les pièces étaient cuites se nommait le laboratoire, et que la forme et les dimensions du laboratoire pouvaient être difiFérentes. Les divers systèmes au moyen desquels on range les pièces dans le laboratoire varient suivant la nature de la poterie qu'il s'agit de cuire ; ils sont moins compliqués pour les poteries simples que pour les poteries composées; ils sont aussi plus simples pour les poteries à pâte non ramollissable que pour celles dont la pâte subit , sous l'influence de la chaleur, un commencement de fusion. Les difficultés les plus considérables se présentent dans la cuisson des poteries composées à pâte ramollissable , lorsque la cuisson est unique , c'est-à-dire lorsque la pâte et la glaçure doivent cuire à la même température.
On donne le nom à' enfournement aux systèmes adoptés pour remplir les fours. Enfourner^ c'est placer les pièces à cuire dans le laboratoire du four en observant toutes les conditions pour ob- • tenir le moins possible de rebuts et la plus grande économie dans les frais de cuisson.
Fig. 825.
On distingue trois sortes d'enfournement :
1°, L'enfournement en charge;
a**. L'enfournement en échappades ou en chapelles ;
y*. L'enfournement en cazettes.
Autant qu'on le peut , on place les pièces les unes sur les autres
ou dans les autres, sans support, sans étuis , dont la fabrication s'ajouterait inutilement au prix des pièces, et dont la place au four serait complètement perdue pour les fabricants : c'est l'enfournement en charge. On le pratique pour les poteries grossières (yîg'. 325 ), pour les briques [/ig. 826), pour les terres cuites, etc. ; mais on comprend que, par la nature même de certaines poteries dont la pâte est ramollissable et qui s'affaisseraient sous le poids des pièces
Fig. 826.
pesantes dont elles sont chargées, il y ait inconvénient à se servir de cette méthode pour toutes les poteries composées, qui, de plus, colleraient les unes aux autres. On a, du reste, à lutter ensuite, dans la fabrication des poteries de luxe, qui tirent de leur blancheur une grande partie de leur- valeur, contre le contact de la
FIg 3î7
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flamme et des cendres que laissent tous les combustibles , en plus ou moins grande proportion , après la combustion.
D'ailleurs , lorsque la hauteur du four est considérable, on doit soulager les pièces inférieures du poids de celles qui sont audessus. On effectue alors l'enfournement sur des planchers distincts qui forment chapelle; ou nomme échappades les lignes ou séparations verticales {fig. 327). Ce mode d'enfournement conserve tous les désavantages que présente le premier mode relativement à l'action directe de la flamme, de la fumée, des cendres; les pièces peuvent être alors placées les unes à côté des autres , ou les unes dans les autres en charge , en sorte que dans ce cas l'enfournement procède des deux méthodes. L'enfournement mixte ggg peut encore se présenter sous
une autre forme, les pièces étant placées, partie en échappades A (^g^. 328), et partie en charge B ; on cherche à rendre autant que possible ce dernier mode le plus général , puisqu'il est moins coûteux : on se guide alors sur la forme des pièces et sur leur épaisseur ; on place les plus résistantes à la partie inférieure.
Mais lorsque la perfection de la pièce qu'on veut établir est telle, qu'il faut la maintenir dans une forme voulue , d'une blancheur complète, et qu'il faut aussi s'opposer aux déformations des poteries composées à pâte ramoUissable , on a recours à l'enfournement par cazettes. Les pièces à cuire sont enfermées dans des boîtes ou caisses en terre cuite qu'on appelait d'abord étuis ou cases y et dont on a fait casettesy cazettes ou gazettes par corruption de langage. Le four est alors rempli de cazettes rangées en piles verticales [fg, 329). Quel que soit le mode d'enfournement , il doit satisfaire à des conditions générales qu'il n'est pas toujours facile de réunir, mais qui sont d'une importance considérable ; il faut, avant tout, laisser
autant que possible entre chaque pièce ou chaque échappade , ou chaque pile de cazettes , l'espace nécessaire au passage de la
FIg. 329.
flamme: cette condition assure un tirage convenable, car il faut pour une cuisson égale que la flamme circule également et librement autour de toutes les parties à cuire. Nous avons dit aussi que l'espace entre les files avait une influence sur la nature chimique de l'atmosphère au sein de laquelle les pièces étaient cuites.
ENCASTAGE.
On donne le nom ^encastage à l'opération qui consiste à placer les pièces dans les étuis ou cazettes pour les protéger pendant la cuisson contre l'action des cendres, de la flamme et delà fumée. L'encastage des pièces est évidemment variable , comme l'enfournement , avec la nature de la pâte à cuire. Nous aurons donc à considérer l'encastage dans son rapport avec les pièces :
i"". En pâte non ramollissable sans glaçure;
2**. En pâte non ramollissable avec glaçure ; .
3*". En pâte ramollissable sans glaçure ;
4°. En pâte ramollissable avec glaçure.
Nous terminerons ce que nous aurons à dire sur ce sujet en parlant des conditions auxquelles doivent satisfaire les étuis , cazettes, supports, renversoirs, etc.
EnCASTAGE des poteries simples a PATE NON RAMOLLISSABLE.
Fig. 380. — Lorsque les poteries sont sans
glaçure et que leur pâte ne se ramollit pas au feu nécessaire à leur cuisson, on peut les placer dans les étuis les unes sur les autres [Jîg, 33o), de manière qu'elles se soutiennent mutuellement , mais en ne portant pas cet entassement jusqu'à ce qu'il y ait écrasement; on observe alors les précautions que nous avons indiquées plus haut, et ce qui est d'autant plus facile qu'il n'y a qu'à remplacer la cerce, qui forme étui, soit par un rondeau surmonté d'une cerce, soit par une cerce à fond plein , pour transporter sur les étuis eux-mêmes le poids des pièces qui continuent l'encastage.
On voit clairement sur la fig. 33o comment se fait l'encastage dans des étuis qui ne perdent pas de place ; sur le cylindre en bois A on place le support après avoir fait descendre l'étui B qui passe au moyen de l'ouverture pratiquée dans le fond. Les assiettes sont placées les unes dans les autres; pour les encaster, il suffit de relever l'étui. Sans cette disposition, il faudrait donner aux cazettes un diamètre plus considérable , permettant d'introduire la main ou les doigts pour le placement des objets à cuire.
EnCASTAGE des poteries COMPOSEES A PATE NON RAMOLLISSABLE.
— Mais lorsque ces poteries sont recouvertes d'une glaçure qui se transforme en verre par l'action du feu , un ne peut les faire se supporter elles-mêmes ; il faut éviter qu'elles se touchent , et encore ne doivent-elles toucher aux parties qui les supportent que
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par les points les moins nombreux. On se sert alors de supports, qui présentent au contact soit des arêtes vives (^g, 33i), soit des angles aigus (^g, 33a). On appelle pernettes, colifichets, pattes-de-coq, ces supports de formes variées.
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Fig. 383
Pernettet. — Lés pernettes sont des prismes à sections variables, mais présentant des arêtes vives; il y en a de triangulaires B, d'autres dont la section forme une étoile A , etc. Souvent les faces du prisme, au lieu d'être planes, s sont légèrement concaves [fig, 333).
On voit [Jig, 33 1) l'utilité des pernettes dans l'encastage des assiettes A; les étuis sont percés de trous B par lesquels on engage les pernettes dont l'un des angles porte l'assiette.
Colifichets. — Les colifichets sont formés par l'ensemble de trois pernettes réunies en croix [fig, 334).
FIg. 334. Patte»-de-ooq. — Les pattes-de-coq sont for-
mées par une pointe aiguë C [Jig, 335), supportée par trois autres petites pointes qui servent d'embase et ne laissent sur les pièces que des touches à peine visibles.
On voit [fig, 336) comment on se sert des colifichets pour économiser la place au four; A surchargé de B cuit dans C. Un seul étui D contient toutes ces pièces ; il renferme en outre une tasse F portant sur un colifichet E
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/V c^î ^^ ^^^^ encore [fig, 332) comment on se sert
^■*'^ ^^ de pattes-de-coq pour cuire une série d'assiettes sans pieds.
EnCASTAGE des poteries simples a PATE RAMOLLISSABLE. — Il
DIX-HUITIÈME LEÇON, est évident que l'encastage par pernettes ne suffirait pas pour cuire des assiettes en pâte ramollissable; elles s'affaisseraient sur tous les points autres que ceux qui sont soutenus. Lorsqu'il n'y a pas de glaçure, on peut encasler les pièces en charge l'une dans l'autre, lorsqu'elles ont le même profil; elles se maintiennent l'une
Fljf. 836.
Fig. 837.
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par l'autre, si l'on ne pousse pas trop loin cet empilage , et même lorsque la forme et l'épaisseur sont telles, qu'on n'ait pas à craindre d'affaissement; pour les jattes, les tasses cylindriques, etc., on peut se contenter de les encaster sans supports, en les faisant porter par le pied sur un rondeau parfaitement dressé [^fig, 337).
Les supports qu'on nomme renversoirs sont nécessaires pour maintenir dans leur forme les pièces à bords étendus qui ne pourraient se soutenir d'eux-mêmes; ils agissent comme moules et s'opposent à la déformation [fig. 33o). La pile d'assiettes C repose sur un renversoir placé dans le fond de l'étui.
Les renversoirs peuvent, suivant la forme de la pièce, servir plusieurs fois ; ils peuvent être faits alors en terre cuite réfractaire [fis- 338). Généralement, ils ne cuisent qu'une fois; ils sont alors
en pâte crue de même nature que la pâte à cuire {fig. 339); car ils doivent prendre la même retraite que les pièces qu'ils doivent
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maintenir dans leur forme ; on les appelle ordinairement supports: s'ils ne présentent pas une retraite suffisante, ils agissent par repoussement lorsque les pièces sont renversées sur eux ; dans la même condition de forme et de position , les pièces se déforment par affaissement lorsque la retraite du support est plus considérable que celle de la pâte.
Non-seulement ce mode d'encastage entraîne à des frais de cuisson par la place que tiennent au four les supports et les renversoirs , mais il entraîne encore la dépense nécessaire au façonnage de ces supports, dépense considérable, lorsque le support ne peut servir qu'une seule fois.
Encastage des poteries composées a pâte ramollissable. — Lorsque les poteries à pâte ramollissable sont recouvertes de glaçure , et que la glaçure et la pâte cuisent à la même température, il est beaucoup plus difficile et beaucoup plus délicat de les cuire avec tout le succès désirable. Il est d'abord indispensable que la pièce repose à plat sur son rondeau parfaitement dressé ; et pour que la bouche de la pièce reste parfaitement circulaire, il est nécessaire de mettre un support qui touche par la zone circulaire la plus petite possible pour s'opposer aux changements de longueur des deux axes perpendiculaires , changements qui transformeraient le cercle en une ellipse de même périmètre [fig, 34o). On évite aussi que le poids de l'anse n'opère cette déformation désagréable pour roçjl. L'ensemble de cette disposition [fg, 34 1) est représenté par l'encastage d'une tasse A. Le support B s'adapte sur
Flî? 340. Flg. 8*1. FIg.»4î.
l'ouverture dont on a retiré la glaçure. Une partie C plus épaisse [fig. 342) augmente la résistance à la déformation par le poids de l'anse engagée dans une ouverture réservée pour son passage.
Ce mode de support, qui permet de cuire la pièce sur son pied,
ne peut s'appliquer qu'aux ouvertures de petites dimensions; on
préfère, lorsque les pièces ont un diamètre assez grand, les cuire
, à boucïieton, c'est-à-dire renversées (/%. 343). Le support D, légè-
FIg. 3*8.
a24 DIX-HUITIÈME LEÇON,
rement conique, peut être cuit et servir plusieurs fois ; lorsqu'il est
percé d'une ouverture qui laisse passer le pied de la pièce inférieure , on économise la place au four; une cavité réservée dans l'étui C donne passage à Tanse B [fis- 344). En général, les pièces ainsi maintenues dans leur forme reçoivent une seconde cuisson:
le pied est posé sur le tour du lapidaire pour enlever la rugosité désagréable des pièces engommées ou terrées.
On appelle engommage ou ferrage l'opération au moyen de laquelle on empêche l'adhérence des 'pièces soit avec leur support, soit avec le rondeau sur lequel elles portent pendant la cuisson.
F,y 344" Ce terrage consiste dans l'in-
terposition d'une matière infusible entre les parties en contact. On se sert de sable quartzeux non broyé, d'esquilles de silex, additionnés d'un peu d'argile plastique ou de kaolin pour les pièces qui cuisent à boucheton, lorsque le sable ne peut tomber des pièces poury former desgTai/îf. On rejette le sable toutes les fois qu'il peut séjourner dans la cavité des pièces; il éclate souvent, en effet, sous la première impression de la chaleur ; il est alors remplacé par une légère couche de kaolin qu'on étend sous forme de bouillie claire au moyen d'un pinceau.
Pour appliquer rapidement ce terrage sous le pied des pièces ou sur les bouches des supports circulaires [fig, 345), on se sert d'un tambour formé par une peau mouillée recouverte d'un enduit assez épais d'argile plastique. On pose sur ce tambour, en appuyant et frottant un peu , la pièce qu'on veut engommer , et qui prend alors assez de matière glutineuse pour enlever à son tour, quand