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MODIFICATION DES PATES PAH LA GCI8S01I

En récapitulant ce que nous venons de dire pour remonter aux causes qui déterminent les défauts que peuvent présenter les poteries

a8o DIX-NEDVIÈME LEÇON,

simples et les poteries composées, nous voyons qu en éliminant les causes accidentelles qui entraînent les défauts que nous nommerons accidents de cuisson , nous ne devons plus enregistrer que les modifications qui résultent de l'action du feu : elles se résument dans les altérations que les pièces subissent à cause de leur plasticité primitive qui disparaît avec la cuisson, à cause de la retraite qu'elles prennent, variable avec la chaleur à laquelle elles sont soumises, à cause enfin des différences de densité que possède une même pâte à mesure qu'on la porte à des températures de plus en plus élevées. Ces densités, liées avec la nature des combinaisons nouvelles qui s'effectuent entre les éléments en présence, expliquent les propriétés nouvelles qu'acquièrent les poteries cuites. Ces observations s'appliquent évidemment aux poteries simples tout aussi bien qu'aux poteries composées dont les glaçures et les pâtes exercent l'une sur l'autre une action chimique qu'on peut mettre en doute seulement lorsque la poterie se trouve de mauvaise qualité, comme par exemple dans Vescoussage des faïences communes.

Plasticité. — La plasticité des pâtes paraît être proportionnelle, lorsque des causes étrangères ne viennent pas troubler l'expérience, à la longueur que peut acquérir un colombin de pâte avant de casser sous son propre poids. M. Brongniart a fait de nombreux essais qu'il ne m'est pas possible de répéter ici , et dont je donnerai les conclusions, renvoyant pour plus de détails à son Traiié des Arts céramiques , tome I , page 249. D'après ces essais, les pâtes devraient être classées par ordre de plasticité, en partant de la plus plastique pour descendre à la moins plastique , de la manière suivante :

i**. Pâte de terre de pipe;

a**. Pâte de faïence fine ;

3**. Pâte de sculpture de Sèvres;

4". Pâte de service de Sèvres ;

5°. Pâte dite chinoise de Sèvres ;

6*". Pâte de porcelaine de Saxe i

7°. Pâte de Sèvres 1 810;

8°. Pâte de faïence commune ;

g**. Pâte de porcelaine de Chantilly ;

10°. Pâte de porcelaine tendre anglaise ; 1 1*". Pâte de terre à lut de Sèvres ;

TECHNOLOGIE CÉRAMIQUE. %Hi

iîi°. Pâte de porte-pièce d'eocastage;

i3**. Pâte de cazette;

i4°. Pâte de cerce d'eucastage.

La pâte de terre de pipe, dans dix-neuf essais, s'est rompue sous une longueur moyenne de 3*", oi ; la pâte de terre d'encastage , dans soixante-deux expériences, sous une longueur moyenne de i™,o7.

M. Brongniart a fait les remarques suivantes qu'il me paraît assez difficile d'expliquer, mais qui ressortent des expériences faites par la méthode la plus comparatif qu'il ait pu trouver.

u Le second essai de toutes les pâtes depuis la plus plastique jusqu'à la pâte la moins plastique , fait vingt-quatre heures après les premiers, a donné pour presque toutes ces pâtes un accroissement assez frappant de plasticité, comme si la seconde pression à la presse à colombin les eût améliorées sous ce rapport.

» On les a laissées reposer ensuite pendant vingt^eux jours, sans cependant les sécher, les laissant au contraire dans l'état d'humidité qu'elles avaient après les secondes pressées ; quelquesunes d'entre elles semblent être revenues à leur premier état de plasticité : du moins elles n'en ont pas augmenté. »

Retraite. — Nous avons vu les précautions qu'il faut prendre pour que le mouvement de retrait que la pâte prend sul- ellemême puisse s'effectuer sans gêne. L'étendue de ce retrait est variable avec la nature de la pâte, avec la température à laquelle on la soumet , avec les procédés mis en pratique pour façonner, la pièce ; elle varie enfin avec les formes de l'objet. C'est ici le cas de préciser l'influence que ces diverses circonstances peuvent exercer sur l'étendue de la retraite; mesurée depuis la dimension du modèle ou du dessin, elle varie de 2 à 20 pour 100 sur les dimensions linéaires.

On peut distinguer, dans toute l'étendue de cette retraite, trois temps bien distincts.

I**. Depuis la sortie du moule, ou depuis l'ébauchage sur le tour, lorsque la pâte est encore molle, jusqu'après complète dessiccation à l'air libre ;

2". Depuis la dessiccation à l'air libre jusqu'à la cuisson de la poterie, sans atteindre la température de ramollissement de la pâte ;

3**. Enfin depuis la cuisson du biscuit jusqu'à la cuisson com-

28a DIX-NEUVIÈME LEÇON.

plète de la poterie. On mesure ordinairement la retraite depuis la dessiccation à l'air libre , quoique ce soit d'après le modèle ou le dessin que le potier doit faire les objets dont les dimensions lui sont données.

On doit à M. Brongniart de nombreuses recherches sur la manière dopt s'effectue la retraité , çt sur la valeur de ces retraites pour des pâtes de composition donnée placées dans des conditions déterminées de température et de procédé de façonnage. Il ne nous est pas possible de donner ici le résultat de toutes ces expériences, pour lesquelles je crois devoir renvoyer au Traité des Arts céramiques, tome I, page 263. Je me borne à présenter ici un résumé des conclusions tirées par M. Brongniart de ses savantes recherches.

Les pâtes plastiques et les pâtes fusibles sont , en général , celles qui prennent le plus de retraite.

Le maximum de retraite pour les pâtes infusibles paraît coïncider avec l'expulsion de Teau ; la retraite semble devenir ainsi le résultat de la déshydratation de la partie argileuse de la pâte : elle s'élève jusqu'à aS pour loo.

Les pâtes fusibles doivent leur retraite en partie au dégagement de l'eau , mais surtout, lorsqu'elles ne sont pas plastiques, au rapprochement moléculaire qui résulte du commencement de fusion qu'on remarque dans ces pâtes; cette retraite varie de lo à i5 pour 100. Une température de 4o degrés du pyromètre de Wedgwood semble suffisante pour faire prendre aux poteries qui ne se ramollissent pas leur maximum de retraite ; mais la retraite devient sensible lorsque ces poteries sont soumises à des températures capables de les ramollir.

Densité. — La diminution des dimensions linéaires dans les poteries soumises au feu pour leur donner les qualités que le commerce réclame , conduit à penser que la densité de ces produits , variable évidemment d'une classe à l'autre , doit augmenter à mesure que la température à laquelle on l'a soumise devient plus élevée. L'expérience a prouvé que le contraire avait lieu. Ces résultats, auxquels sont arrivés MM. Laurent et Malaguti, ceux que j'ai consignés moi-même il y a dix ans , mettent hors de doute que la densité varie en raison inverse de la température de cuisson , toutefois non proportionnellement.

TECHNOLOGIE CÉRAMIQUE. a83

En opérant sur des poudres et sur des fragments, on a pu calculer les densilés qui sont réunies dans te tableau suivant :

•tsionxTioii luss MATiiaxs.

Briqaes de Sarcelles

Briquet» de Provina dures, très-cuites

Poterie étrusque

Faïence Bernard Palissy

Faïence fine de Creil

Grès cérame de Filandre

Porcelaine de Saxe

Porcelaine de Sèvres

Dégourdi de Sèvres

Porcelaine tendre de Sèvres

DBNSITi PftISB

sur les poudres.

sur les fragments.

Nous ferons ressortir ce fait, que la porcelaine de Sèvres, dont la poudre en dégourdi possède une densité représentée par 2,619, n'a plus, lorsqu'on la cuit à moitié, qu'une densité de 2,440; lorsqu'elle est cuite complètement, c'est-à-dire vers 140 ou i5ô -degrés du pyromètre de Wedgwood, sa densité n'est plus que 2,242.

Cette diminution paraît résulter des combinaisons qui se font entre les éléments mis en présence. Ces résultats, obtenus en France , ont été confirmés en Allemagne par un habile expérimentateur.

Pour vérifier et étudier le fait inattendu de la diminution du poids spécifique de la porcelaine soumise à des températures de plus en plus élevées , M« G. Rose a fait une série d'expériences qui consignent quelques 'données utiles à connaître relatives à la porcelaine dure de Berlin.

Le dégourdi de cette porcelaine a pour densité 2, 61 3. Par une cuisson complète, le poids spécifique peut descendre jusqu'à 2,45a, en opérant sur les poudres; la densité d'un fragment brut, dont ia poudre avait donné ce dernier nombre, n'était que de 2,345.

Le fait annoncé par M. Laurent dès i832, contrôlé plus tard

par M. Malâguti, et vérifié par moi vers i84a, est donc un fait acquis à la science. Pour en donner l'explication ; M. G. Rose a fait plusieurs expériences qu'il a publiées en 1846; il en résulte:

1°. Que le dégourdi de la porcelaine.de Berlin ne perd pas de son poids par sa transformation en biscuit; M. Brongniart avait constaté le même fait sur la porcelaine de Sèvres : il n'intervient donc dans la composition centésimale aucune modification ;

2^, Que la diminution de la densité peut être attribuée, non pas à la diminution de la densité des éléments qui composent la pâte à porcelaine, mais à une combinaison nouvelle qui se produit entre le kaolin et le feldspath transformés de la sorte en une masse homogène d'un silicate multiple.

Dans son cours de chimie appliqué aux arts, fait en 1841 à l'École centrale des Arts et Manufactures, M. Dumas avait déjà donné cette explication.

M. G. Rose appuie son opinion sur ce que la densité de la porcelaine cuite ne répond pas à celle calculée sur les poids spédfiques des éléments qui composent la pâte cuite au grand feu. B a déterminé , par expérience , que le feldspath , quand il a subi la température du four à porcelaine, prend une densité de 2, 384 , et que le kaolin a, dans les noémes circonstances, un poids spécifique de 2,563. La densité du feldspath cristallisé est ^ale à 2,592, et celle du kaolin rougi pour lui enlever son eau a, 633. M. Rose établit la densité calculée en supposant, d'après M. Frick, que la composition de la porcelaine de Berlin admet en mélange 76 kilogrammes de kaolin pour 24 de feldspath.

On ne mêle pas de quartz , parce que le kaolin qni provient de la mine de Morl , près Hall , et qui dérive d'un porphyre décomposé, retient malgré le lavage beaucoup plus de silice que *"kaolins ayant leur origine dans l'altération du granité. L'élément fusible de la pâte est le feldspath commun retiré du granité qu'on extrait dans le pays de Hirschberg , en Silésie.

Dans son Mémoire , M. G. Rose fait observer la différence qui existe entre le poids spécifique de la porcelaine de Berlin et celui de la porcelaine de Sèvres; il l'attribue à la présence de la chaux dans cette dernière.

La diminution de la densité de la porcelaine ej biscuit avec la température à laquelle on l'a soumise me paraît être un fait com-

plexe, qui peut être rapproché des résultats obtenus par plusieurs observateurs sur la diminution de la densité dans les roches fondues. Ces recherches , datant de diverses époques , sont toujours postérieures à celles de M. Brongniart. On doit à MM. Magnus , Bishop (juillet 1841), Ch. Deville (mai 1845), Abich, Delesse, des déterminations très-précises sur les densités des roches cristallines, des minéraux et des verres qui en dérivent.

J'ai disposé dans le tableau qui suit, et d'une manière synoptique , quelques-unes des densités trouvées par M. Ch. Deville sur les roches fusibles , et par MM. Chevandier et Wertheim sur les verres.

Densités des roches.

DtSIGNATION DES HiTIÈftES.

Lave vitreuse du pic de Ténériffe . .

Trachyte rose de Chahorra

Trachyte de los Mayorquines

Basalte de Fogo (lies du cap Vert).

Granité d'Andoux

Ponce du pic de Ténériffe

Labrador

Orthose de Saint-Gothard

Amphibole d'Oran

Pyroxène de la Guadeloupe

Péridot de Fogo

DBHSrré DB LA HATliEB

naturelle. fondue.

2)97^4 2,6225 2,4770 3,6894 2,56io 3,2159 3,2667 3,38i3

^ MM. Chevandier et Wertheim ont, postérieurement (juin i845), constaté les différences que le recuit amène dans la densité des différentes espèces de verre. Ces densités paraissent dépendre de la composition de la matière vitreuse. J'ai fait l'analyse de quelques-uns des échantillons sur lesquels ces expérimentateurs ont fait leurs essais; il en résulfe que la pesanteur spécifique augmente avec la teneur en silice ; elle diminue avec la quantité de chaux.

Le tableau qui suit met en évidence l'augmentation de la den-

site dans les verres à vitre et dans les glaces par l'effet du recuit.

(WeRTUEIM et CliEVANDIEB. )

Densités de diverses sortes de verres.

DÉ9IG!IATI0!f DES VEKKES.

Verre à vitre étiré.

Verre à glace étiré.

DKJISITt DB LA MATÙftB

avaDl

aprëj

le recuit.

le reçoit

SYNTHiSSE CÉRAMZQUS.

Briques, tuiles, carreaux. — Briques communes, briques réfractaircs ; Tabrication, façonnage à la main, par des machines; cuisson. — Fours. — Cuisson au bois, à la tourbe, h la houille. — Qualités des briques. — Moyen d'essai. — Fabrication des tuiles, des carreaux, des tuyaux , des drains, des cornues, des formes à sucre. ~ Plastique. — Des objets destinés à divers usages.

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