OBJETS EN TERRE CUITE DE DIVERSES FORMES
La facilité qu'a le potier de terre de donner à l'argile toute espèce de formes , l'inaltérabilité des silicates alumineux , cuits à une température élevée, sous l'influence de la majeure partie des agents employés dans les arts, la possibilité de produire à volonté toute sorte de texture dans les objets en terre cuite, depuis le grain le plus serré jusqu'à la texture la plus lâche , ont fait pénétrer dans un grand nombre d'industries les ustensiles en terre cuite; on faisait en terre, depuis fort longtemps, toute nature de creusets. Dans ces derniers temps, on a remplacé la fonte par la poterie dans la confection des cornues destinées à la distillation de la houille pour la fabrication du gaz d'éclairage.
Le raffinage du sucre demandait des récipients solides, résis-
tants, à bas prix. Cette fabrication , confiée depuis longtemps aux potiers de terre, avait créé, dans certaines localités de la France, une industrie assez importante; elle s'est, comme celle qui précède, notablement améliorée. Dans quelques années, elle aura complètement disparu.
Creuietf. — On sait que les creusets de terre doivent satisfaire à des conditions bien différentes, suivant l'usage auquel on les destine. Les creusets de Hesse , qui avaient une si grande réputation, sont imités en France; et les grandes dimensions des glaces de Cirey et de Saint-Gobain , la perfection d^ cristaux de Baccarrat, de Saint-Louis, de Clichy, etc., prouvent qu'on sait faire chez nous d'excellents pots de verrerie ou de cristallerie.
Pour les usages de la chimie et de la métallurgie , les qualités sont ou de résister longtemps à l'action de matières corrosives et fondantes, ou de ne subir qu'un faible ramollissement de la part de la chaleur la plus intense. Les creusets de Beaufay jouissaient déjà vers 1817 d'une réputation bien méritée : la composition de la terre et les moyens de fabrication assuraient, dès cette époque, une qualité supérieure; mais l'^périence a prouvé que si la composition chimique de la terre est importante pour la fabrication de bons creusets , le corroyage de la pâte exerce sur le résultat une influence remarquable.
Antérieurement à 1821, en Angleterre, M. Cameron, de Glascow, avait décrit la fabrication des creusets comme avantageusement simplifiée par le procédé de coulage. M. Bréant avait proposé cette méthode pour la confection économique des cornues, des tuyaux , etc. Il paraît que ce procédé ne donne pas une texture assez serrée ; le battage de la terre sur le moule semble donner une compacité de beaucoup préférable.
MM. Maës et Clémandot (i85i) ont cherché dans le coulage une méthode simple et facile d'obtenir des pots de verrerie. Mais cette méthode , avantageuse pour des creusets de petite grandeur, peut conduire à des mécomptes dans son application au façonnage des pièces de dimensions plus grandes , confectionnées avec des terres que des raisons d'économie et certaines conditions techniques empêchent de broyer suffisamment; la terre devant être compacte, doit être fortement comprimée. Je pense qu'on a dû reprendre l'ancienne méthode de moulage au colombin.
On fabrique en Angleterre les creusets à fondre l'acier , au moyen d'une méthode qui met bien en lumière les conditions que je viens d'indiquer. On se sert d'argile de Stourbridge qu'on mélange à son poids d'argile de Stannington; on ajoute au mélange le dixième du poids de l'argile de Stourbridge en vieux creusets cassés , et le centième du même poids en coke pulvérisé. Le mélange humecté d'une quantité d'eau suffisante se moule par pression au moyen Fig. 4*«. de l'appareil [fig, 443). Le moule extérieur A,
ordinairement en fonte, reçoit un noyau B pour mouler l'intérieur ; ce noyau porte une sorte de tenon C qui pénètre dans une mortaise réservée dans le moule , solidement encastré dans une espèce de billot D ; on frappe à coup de marteau sur la tète E , tandis que le tenon C facilite l'opération. Après que le moulage est fait, on retire le creuset du moule, on bouche le trou formé dans le fond, puis on finit , pour donner au creuset en le travaillant à la main la forme A [fig 444)- Le plus grand diamètre extérieur est 0^,19, la hauteur o",4i, Tépaisseur varie du fond à la partie supérieure de o°,o3o à o",oi4. Les couvercles B, légèrement bombés au centre, ont pour épaisseur maxima o",o4. Les fromages C sur lesquels reposent les creusets , sont de petits cylindres ayant o", 1 3 de diamètre sur o",o8 de hauteur.
En Belgique, il paraît qu'on les obtient surtout, nous a-t-on dit, dans l'usine de M. Poncelet, pour distiller le zinc, en ébauchant des masses cylindriques pleines, qu'on tournasse en dehors et qu'on taraude en dedans. Ces produits sont bons.
Les qualités des creusets pour fondre soit le verre, soit les métaux, ne dépendent pas entièrement, je le répète, de la nature chimique de la terre qui les compose. Les procédés pratiques exercent une influence qui peut changer du tout au tout la valeur du produit, et, dans les circonstances que nous venons d'indiquer, on a remarqué qu'une compression convenablement ménagée, aug-
33o VINGTIÈME LEÇON,
mentait la qualité. M. Serizier a tenté de les faire en i845 avec une petite presse à vis qui donnait de bons résultats. Cette méthode se rapprocherait ainsi de celle usitée pour la fabrication des creusets à fondre l'acier.
Cornues. — L'idée de faire en terre cuite les cornues pour distiller la houille dans la préparation du gaz d'éclairage, paraît être originaire d'Angleterre; le document le plus ancien que nous connaissions, qui puisse établir le premier exemple de la substitution de la poterie àia fonte, dans le cas en question, est une patente anglaise accordée, le i3 novembre i83i, à M. Th. Spinney, de Cheltenham (Glocester). Depuis cette époque, M. Grafton, en Angleterre, et MM. Pauwels et Dubochet, en France, ont employé ces ustensiles. M. Carville (1849) ^^ ^ ^^^^ d'excellente qualité. Aujourd'hui, les cornues de terre sont d'un usage général. La Compagnie Parisienne a monté dans l'usine de la barrière d'Ivn , pour sa propre consommation , des ateliers considérables.
Formes a sucre. — Les premiers procédés employés pour la fabrication des formes à sucre furent ceux en usage dans la confection des autres poteries. En 1817, le procédé du moulage fut appliqué dans des conditions nouvelles par M. Tourasse. Un noyau plein est placé sur le tour; on comprime la terre mise en masse sur le sommet, jusqu'à ce qu'en s'étalant elle vienne reposer sur une bague de plâtre placée sur la girelle enveloppant la base du noyau : cet anneau rend facile et le démoulage et le transport aw séchoir. L'emploi du même moule avec la même bague a été, plus tard (1823), modifié par M. Heiligeinstein, à Paris; on ébauche d'abord, et la forme ébauchée, molle encore, est apportée sur le noyau pour être terminée. C'est une espèce de moidage à la liousse.
En 184 1, de nouveaux perfectionnements ont été proposés pour la fabrication de ces ustensiles en Angleterre , par M. Môrley, à Birmingham ; mais aujourd'hui les formes en métal paraissent devoir remplacer les formes de terre cuite. Quelle que soit la matière dont oh les forme, MM. Derosne et Cail, en 1847, ont proposé d'ajouter au sommet du cône un appendice , dans le but de présenter en dehors du pain, tel que le commerce le désire, une partie supplémentaire dans laquelle la coloration se concentre et qu'on détache facilement en conservant au sucre , avec une forme intacte , une blancheur régulière.
SYNTHÈSE CÉRAMIQUE. 33i
Plastique. — Quoique les arts céramiques, chez les anciens, soient restés dans l'enfance pendant tant de siècles , il est remarquable que la plastique y ait été poussée beaucoup plus loin que chez les peuples modernes, et, selon nous, il est au moins aussi singulier qu'on n'ait cherché que dans ces dernières années à reproduire ou même à imiter les produits de l'antiquité qui sont parvenus jusqu'à nous. Nous ne rappellerons pas ici cette multitude de corniches, d'entablements, de mausolées et de tombes en terre cuite, que dii temps de Pline on regardait comme des modèles de goût, comme on les considère encore à notre époque comme des modèles d'exécution.
Nous n'avons pas à nous occuper non plus de la plastique dans ses rapports avec l'art pur, quoiqu'on y revienne avec activité; ce sujet nous éloignerait trop de notre but. Nous n'avons à l'étudier que dans ses applications à l'industrie et dans l'extension qu'elle peut prendre. Un beau spécimen d'architecture plastique fut offert en 1802; les frères Trabucci avaient exécuté, pour l'Exposition d'alors, une copie du monument de Lysicrate , à Athènes. C'est cette pièce, remarquable comme exécution, qu'on voit encore dans le parc de Saint-Cloud , sous la désignation de lanterne de Diogène, Nous passerons de cette époque à celle plus récente de i832, pour signaler la plus remarquable des pièces de plastique moderne qu'on puisse citer; c'est la copie du Christ au tombeau, du château de Biron, faite par MM. Virebent, de Toulouse (Dordogne). L'exemple qu'ils ont donné est imité dans plusieurs établissements qui, à Paris comme à Vienne, dans la Belgique et dans la Prusse, ont pris une très-grande extension.
Nous citerons par ordre de date , pour terminer cet historique, un simple aperçu sommaire des usages auxquels on a voulu destiner la terre cuite. Plusieurs de ces projets ont été mis en oubli ; ils peuvent être repris : ce ne serait pas la première fois ({u une idée , venue avant son heure , renaîtrait vivace et lucrative.
I**. Des tableaux en terre cuite par le moyen d'une contreestampille, destinés aux inscriptions des rues, au numérotage des maisons, par M. Ollivier, 1802;
a**. Des pierres factices propres à la lithographie , par MM. Guillaud et Laprevote, à Lyon (Rhône), 1818;
3**. Des fontaines épura toi res en terre cuite, de forme carrée, par M. Maréchal, 1821;
4*. Des caractères d'imprimerie en terre cuite , par M. Gillard- Louis , à Paris , 1 829 ;
5**. Des veilleuses en matière plastique, par M. Jeunet, à Paris, i838;
6°. Des pierres lithographiques factices, par M. Behreng, à Berlin, 1839;
7°. Des lettres, des figures et ornements en relief, par M. Miles Berry, à Londres, 1840;
8°. Des pierres factices à aiguiser, par MM. Neppel fils et Neppel-Guérin, 1840;
9**. Des meules artificielles, par M. Malbec, à Vaugirard, i845;
10°. Des pierres ponces artificielles, par M. Hardmuth, à Vienne, 1845;
11°. Des porte-rails en lithocéramique, par MM. Pilot et Bouvert, 1846;
la**. Des pavés en terre cuite, par MM. Presser, i843; Polonceau, 1841; Bouvert, i85o; et Smallwood, à Hampstead, i845;
i3°. Des caractères typographiques, par M. Naudot, à Paris, 1846;
14°. Des échalas en terre cuite, par M. Desains, i85o;
Des mosaïques de diverses couleurs , de formes variées , à des époques différentes et par un grand nombre d'inventeurs, etc.
Nous étudierons dans la prochaine Leçon la synthèse de celles des fabrications céramiques qui constituent plus particulièrement les objets qu'on nomme poterie.
SYSfTBiiSE CÉRAVIZQIIS.
Compositions céramiques. — Poteries à pâtes tendres, simples, composées; à pâte charbonneuse, à pâte hydratée, k pâte cuite; pâte quartzeuse, pâte sableuse, glaçure silico-alcaline, plombifère, stannifère, boracique, alcalino-terreuse ; pâte marneuse, glaçure silicoalcaline, plombifère, stannifère, boracique, alcalino-terreuse; p&te calcaire, glaçure silico-alcaline, plombifère , stannifère. — Poteries à pâtes demi-dures, simples, composées; pâte argileuse, glaçure silico-alcaline, plombifère, stannifère, boracique, alcalino-terreuse. — Poteries à pâtes dures silexées, ferrugineuses, feldspathiques , simples, composées; glaçure silico-alcaline, plombifère, stannifère, etc. — Poleries à' pâtes translucides; porcelaines dures, porcelaines tendres anglaise, française. — Pâte de Parian. — Boutons feldspathiques, etc.