‹ Leçons de céramique professées à l'Écolé central des arts et manufacturesChapitre 88 sur 102 · POTERIES VERNISSÉES · texte numérisé non relu

POTERIES VERNISSÉES

Lorsque les poteries à pâte tendre sont recouvertes de vernis , la fabrication est grossière ou soignée suivant la valeur du produit; l'ébauche se fait ordinairement sur le tour, à l'estèque , sans modèle ni moule. Quelques pièces se font cependant par moulage , celles qui ne peuvent être tournées. Quelquefois on termine sur le tour l'intérieur des pièces pour les poteries un peu plus soignées.

Les pièces de garniture sont faites à la main et collées immédiatement sur les parties qui doivent les recevoir.

La cuisson, qui est souvent simple pour celles de ces pièces qui reçoivent le vernis en cru, devient double, lorsque la glaçure est pratiquée par immersion ou arrosement sur les pièces déjà cuites ; elle est nécessairement double pour les poteries dont la glaçure est très-fusible et dont le biscuit doit être convenablement cuit. Quelquefois aussi la première cuisson n'a d'autre but que la transformation de la poterie en un objet d'une matière poreuse non délayable dans l'eau ; le vernis et la pâte cuisent ensuite à la même température.

La température de cuisson varie du rouge brun au rouge blanchâtre.

Le four est quelquefois séparé par une voûte à claire-voie dont le but est de répartir la chaleur uniformément dans toute la capacité du laboratoire.

Il n'y a pas d'encastage ; les poteries s'enfournent en charge ou par écbappades, malgré le vernis qui les enduit et qui les colle les unes aux autres : le mérite de l'enfournement est de ne les faire se toucher que par les points les plus cachés et les moins nombreux^

L'avantage de cette poterie ressort de son bas prix ; elle sup-

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porte assez bien sans se briser les changements de température, mais elle a l'inconvénient de n'offrir souvent au consommateur que des ustensiles poreux recouverts d'une glaçure tressaillée qui s'empuantit promptement.

Les matières qui composent le vernis sont mêlées , puis broyées; délayées dans l'eau, elles sont placées sur la pâte soit par arrosement, quand on veut réserver certaines parties pour les recouvrir d'un vernis coloré , soit par immersion, lorsqu'on veut obtenir une pièce entièrement vernissée.

Le four, à Paris , est ordinairement carré ; il a 5 mètres de hauteur environ à partir du sol du premier laboratoire jusqu'à la voûte du second ; il a 2™,3o de côté. La combustion s'opère dans un foyer de i",2 de hauteur. Les pièces à cuire sont placées dans deux laboratoires, l'un inférieur, de a",3o de hauteur, qui reçoit les pièces en vernis; l'autre supérieur, de 2 mètres, qui reçoit les biscuits; il n'y a d'encastage ni pour les uns ni pour les autres.

La cuisson se divise en deux époques. Le petit feu, qu'on nomme trempe, dure environ douze heures ; on brûle pour le produire des rondins de bois de chêne pelard. Le grand feu, qui termine la cuite, dure environ vingt heures ; il se fait avec du bois fendu en petites bûchettes. C'est ici qu'il faut avoir soin de placer au bas da four les pièces les plus lourdes et les plus solides , et de ne mettre en contact les pièces que par trois ou quatre points seulement pour éviter les touches qui apparaissent toujours.

faïences coumvives.

Nous- avons vu que les faïences à glaçure stannifère devaient satisfaire à des conditions impérieuses comme composition ; le prix auquel cette poterie doit être livrée rend sa fabrication rapide et peu soignée; sa pâte se compose d'argile commune, de marne argileuse et de sable. Les argiles sont lavées; le sable n'est pas broyé. Le façonnage, généralement grossier, ne consiste souvent qu'en un ébauchage assez soigné; le tournassage a quelquefois pour but de terminer la pièce ; les parties ovales se font par moalage; les garnitures sont moulées et collées avec soin.

Poteries simples. — Les matériaux de la pâte sont mêlés dans une caisse rectangulaire qu'on nomme gâchoir; la pâte qui résulte de ce mélange est agitée dans une assez grande quantité d'eau

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pour que les parties étrangères aux éléments nécessaires soient éloignées par une simple décantation, suivie d'un tamisage. Au sortir du gâchoir, la pâte en bouillie épaisse est réunie dans des fosses creusées à proximité du gâchoir ; elle s'épaissit encore et ^. se conserve jusqu'au moment où ,* la prenant pour la travailler, on la raffermit ; on la projette sur des murs secs. On la pétrit de nouveau par marchage; puis on en forme enfin des ballons de îi5 kilogrammes environ , qu'on tient à la disposition des ébaucheurs.

La pâte est mise alors sur le tour; la diminution de la pièce est déterminée par le porte-mesure ; beaucoup de pièces sont terminées par l'ébauchage, surtout celles de faïence brune. Les pièces de faïence blanche sont terminées sur le tour ; on leur donne au moyen de tournassins la forme et le contour qu'elles doivent conserver : il faut éviter l'emploi de la corne pour polir, car cette pratique rend plus difficile un émaillage convenable ; elle paraît conduire à Vescoussage,

Les pièces toumassées se mettent à sécher l'une sur l'autre par cinq ou six, quand ce sont des pièces plates^et sans pied, comme les assiettes; lorsque ce sont des pièces creuses, on les met renversées l'une sur l'autre deux à deux, comme les tasses, les jattes , etc. , c'est-à-dire à boucheton. On évite par cette disposition le gauchissement et la déformation que les pièces pourraient prendre pendant leur dessiccation.

Les pièces plates et les assiettes se font.par moulage à l'aide d'une croûte. La croûte se fait au moyen d'un ballon de pâte qu'on comprime à l'aide du tampon.

L'usage général est de cuire la faïence commune dans des fours * carrés; mais on peut aussi les cuire dans des fours verticaux ronds k alandiers. Parmi ces derniers , les uns ont des foyers inférieurs communiquant par une voûte au laboratoire inférieur, et les autres n'ont pas de voûte.

L'encastage se fait partie en cazettes, partie en échappades. Les pièces à cuire en biscuit sont placées dans la partie supérieure du four, disposées en charge sur plusieurs planchers.

Poteries composées. — Les pièces en émail se cuisent dans le même four et simultanément; elles occupent environ les deux tiers du laboratoire , c'est-à-dire de onze à treize planchers ; on met

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dans des cazettesles pièces plates, telles que plats, assiettes, etc., portées sur des pernettes. Nous savons comment se font les étuis et les supports. Pour éviter que les pièces ne se dessèchent , les cazettes doivent être émaillées en dedans ; on les enduit intérieu- ** rement d'un mélange de minium et des rebuts de l'émail , provenant de l'épluchage des fontes brutes calcinées sous les fours.

Nous avons vu la composition de cette glaçure; elle est en général assez constante. On la fait fondre dans le bassin du four vers 60 ou 70 degrés du pyromètre de Wedgv^ood ; la masse fondue n'est pas toujours parfaitement blanchiB, elle est même quelquefois noire ; mais, pilée et refondue sur les pièces mêmes, elle cuit bien blanc.

L'émail est épluché , puis broyé. On le met en suspension dans l'eau; après l'avoir agité, il doit se présenter sous la forme d'une bouillie claire : il se met par immersion , lorsque la pièce est entièrement blanche ; partie par immersion et partie "par arrosement , lorsque la pièce n'a pas la même couleur intérieurement et extérieurement.

On trempe d'abord la pièce dans l'émail de l'extérieur en la plongeant jusqu'au bord ; l'ouvrier la tient en dedans. On laisse raffermir cette glaçure extérieure , puis on reprend la pièce pour y verser la glaçure qui doit retirer à l'intérieur les inconvénients de la porosité; on l'étend au moyen d'un mouvement approprié, on la promène sur toutes les parties de la pièce , puis on déverse dans un baquet l'excédant qui peut servir à celles qu'on doit encore mettre en émail.

Les pièces émaillées à l'épaisseur voulue sont retouchées dans les points où l'émail manque. On enlève les gouttes qui formeraient une épaisseur trop considérable.

Les accidents auxquels sont sujettes les faïences émaillées sont principalement l'escoussage , Técaillage et les tressaillures.

Les cazettes ne s'élèvent que sur le devant et sur le fond du four; on ne les pose que sur les deux tiers de la hauteur ; on complète l'enfournement au moyen des planchers qui reçoivent les échappades et qui s'élèvent même au-dessus des cazettes.

Les pièces placées sur les planchers des échappades reposent sur des colifichets triangulaires.

On cuit simultanément dans le même four le cru , qui se place

dans le haut ainsi que nous Tavons dit^ et les pièces en émail qui nécessitent un feu plus violent.

Les pièces en cru se placent toujours en échappade d'abord sur deux ou trois planchers de tuiles, ensuite en charge les unes dans les autres ou Tune sur l'autre sans aucun moyen de support intermédiaire; on économise ainsi la place au four.

La cuisson comprend deux périodes distinctes : dans un four carré d'environ 5 mètres de hauteur sur 2",5o de côté, le petit feu dure de quinze à seize heures; il se fait en jetant dans le foyer des rondins de bois pelard : le grand feu dure douze à treize heures ; on Talimente avec du bois fendu.

On défourne généralement au bout de trente-six heures. Pour cuire le four dont j'ai donné la dimension, on évalue à 14 stères de bois (mélange de chêne, de charme et de hêtre) la quantité de combustible brûlé; on peut cuire cent quarante douzaines de grosses pièces.

La conduite du feu dans les fours carrés est difficile ; la cuisson au bois est dispendieuse. On a proposé la cuisson à la houille , et lorsque le four est convenablement disposé pour que l'atmosphère du laboratoire ne soit ni trop oxydante ni trop réductive , la cuisson est bonne, c'est-à-dire qu'avec l'intensité de feu désirée, d'une part le biscuit n'est pas trop coloré , d'autre part l'émail n'est ni réduit ni sucé. On évalue, aux portes de Paris, à 5o pour 100 l'économie qui résulte, dans la fabrication des faïences, de la substitution du chauffage à la houille au chauffage au bois.

Nous avons vu les conditions auxquelles devaient satisfaire les pâtes ingerçables. Ces gâtes sont spécialement affectées à l'établissement des plaques de poêles, carreaux de cheminées, etc. Nous croyons devoir dire en quelques mots comment on les façonne.

Le mouleur rend la pâte suffisamment homogène par un marchage soigné. Il en forme des ballons qu'il marche encore pour les aplatir sous forme de plaques circulaires ; ces plaques sont soudées Tune sur l'autre par simple pression de manière à former des espèces de cylindres verticaux d'environ i mètre .de hauteur. On abat sur ces cylindres des volumes à section segmentaire qui transforment le solide restant en un parallélipipède dont la base rectangulaire représente la plus grande plaque que l'on veuille pro-« duire. Ce parallélipipède est placé sur un brancard E [fig. 446),

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au moyen duquel on le transporte dans Tatelier de moulage. Von- Fif. 4M. vrier mouleur indique au moyen de

< » , deux règles de bois D Tépaisseur des

croûtes qu'il veut débiter, il fixe ces règles, Tune sur la face antérieure,

r:. . ' ^j, — .^^ l'autre sur la face postérieure, sur

yC ^'^yt ^®^ ^*^®^ verticales à Taide de deux

"^ petites boulettes de pâte : au moyen

du fil de laiton il sépare un première, puis une seconde, puis une

troisième croûte.

Pour transporter ces croûtes A sans les déchirer, on les soulève

Tune après l'autre (fig. 447 ) » ^^ glisse

^' une règle entre deux , on superpose la

jB deuxième règle sur la surface supérieure et, comprimant les deux règles Tune sur l'autre, on transporte verticalement chacune des croûtes dans un moule de plâtre qui donne exactement les limites de la plaque en longueur, largeur et épaisseur.

Le mouleur place sa croûte dans le moule C (^. 44^); il la Fig. U8 tamponne et la comprime avec toute la

régularité possible; il enlève avec un racloir tout ce qui dépasse en épaisseur la profondeur du moule; c'est alors qu'il ajoute les colombins qu'il soude sur la croûte de manière à former les renforts E destinés à consolider la plaque. Ces colombins sont composés de la même pâte que la croûte elle-même.

On enfourne quand la pâte est sèche ; le four est analogue à celui du faïencier. On cuit au bois; on cuirait à la houille. La glaçure qu'on applique sur ces carreaux est l'émail des faïences de ménage.

faïence fihe.

Nous avons vu , à titre général , que la pâte des faïences fines était composée d'argile plastique lavée, dégraissée par du silex ou du quartz broyé. Elle est très-fine et très-plastique.

Les qualités de cette poterie sont : la couleur blanche de la pâte, réclat et la solidité du vernis, la finesse et la légèreté des pièces qu'on en peut faire. La plasticité de la pâte rend le travail sûr et

rapide. Malheureusement à ces qualités se joignent quelques défauts , entre autres celui de ne pas aller sur le feu , d'être , par ce chef, impropre à beaucoup d'usages domestiques.

Lorsqu'on établit cette poterie avec une économie mal entendue, le vernis devient trop tendre , la pâte est poreuse par manque de cuisson ou mauvais choix de matières premières ; la glaçure tressaille ou se laisse entamer par le couteau ; la pâte se pénètre alors de substances huileuses qui la salissent et l'empuantissent.

Ces défauts peuvent être rendus manifestes par divers essais. Une mauvaise lame entame la poterie ; la glaçure se noircit à l'approche de gaz chargés d'hydrogène sulfuré. On voit alors apparaître sur la glaçure rayée et même dans la pâte, à des distances d'autant plus éloignées de la rayure que la poterie est moins bien conditionnée , une coloration noirâtre par la cuisson d'œufs et d'huile.

Ces différences de qualité dans les poteries dites faïences fines y différences dues à des compositions variées de pâtes et de glaçures, ont fait admettre trois groupes distincts. Nous avons indiqué divers exemples de ces compositions ; on apporte plus ou moins de soins dans leur façonnage ; on les cuit à des températures plus ou moins élevées. Nous devons revenir sur ces divers points pour bien faire comprendre que les prix de ces diverses poteries ne peuvent être les mêmes.

La qualité la plus commune est nommée chez nous terre de pipe. La pâte, composée d'argile et de silex avec une addition d'un peu de craie ou de fritte, est assez fusible. Le biscuit et la glaçure ordinairement très- tendre cuisent ensemble au même feu , généralement à des températures qui ne dépassent pas 25 ou 3o degrés du pyromètre de Wegdwood-

Les cailloutages anglais admettent dans leur composition une certaine quantité de«silex et de feldspath : il faut une température beaucoup plus élevée pour cuire la pâte que pour cuire le vernis : 60 degrés pyrométriques pour la pâte et 20 ou 25 degrés pour la glaçure.

La variété de faïence fine la plus estimée est celle que les fabricants français nomment porcelaine opaque ; le biscuit est trèsdur, il cuit à 90 ou 100 degrés du pyromètre de Wedgwood. Le vernis est nécessairement cuit à la chaleur blanche; il exige 27 à 3o degrés du pyromètre de Wedgwood.

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