PAR HECTARE ET PAR AXJCRR
Ammoniaque 15u\?fi4 | OJ
Acide aJique Cl .:2C | »<>.t 31 k.lngr. d azote .
Sel marin 21 ,223
Chaux 28 ,fi»8
Magnésie 9 ,00!»
Messieurs, je n'insiste pas. Aussi bien ces chiffres ont une haute signification. Ils démontrent le pourquoi de l'action fécondante des pluies, et il convient de ne pas oublier que l'analyse chimique ne peut isoler qu'une minime portion des substances nombreuses et diluées que renferment les eaux. La pluie contient en réalité tous les principes de l'Océan, et si l'on avait à sa disposition des kilogrammes de son résidu d'évaporation, quelles matières n'y rencontrerait-on pas? Le soufre, l'iode, des matières organiques, du phosphore à divers états de combinaison, des oxydes nombreux seraient facilement dosés; mais une telle recherche est inutile ; notre raisonnement en tient lieu, et nos méthodes analytiques, toutes grossières qu'elles soient , suffisent à démontrer que « les perles des poètes déposées sur le calice « des fleurs et à la pointe des herbes, contiennent tout ce qu'il « faut pour faire du lait et de la viande (4). » Du lait et de la viande, soit; mais trouvez-vous, Messieurs, que la poésie en soit moins réelle ?
Après avoir lavé en quelque sorte l'air atmosphérique et lui avoir emprunté de nombreuses substances gazeuses et solides,
(1) En calculant une quantité de pluie de 0",G0, chiffre moyen pour la France.
(2) Annales agronomiques, t. I, p. 471 (mai 18.ÎI).
(3) Jarhbuch der Chemieund Physik&e Schweiger, t. XVIII, p. 153 {18(2' .
(4) De Ifumboldî, Lettre à M. B mxsinoau't.
Peau se trouve en présence des matériaux plus ou moins solubles du sol. Je vous ferai tout d'abord remarquer, Messieurs, que lorsqu'il s'agit d'eau pluviale et de substances minérales quelque peu divisées, le mot insolubilité n'a plus de sens. L'eau pluviale n'agit pas seulement, du reste, comme eau, mais bien comme solution d'ammoniaque, d'acide azotique et de sels divers, tels que chlorures et sulfates. Il en résulte que son action sur les matières siliceuses ou calcaires devient complexe et que, de sa complexité môme, dérive son efficacité. L'effet altérant de la goutte d'eau sur la roche est tellement connu, qu'on commet presque une banalité en le citant. Cet effet mérite d'être étudié. Au surplus, cette étude sera simplifiée lorsque les influences combinées de l'atmosphère et des eaux ayant désagrégé la roche, ce sera uniquement de ses débris extrêmement divisés et mêlés de détritus organiques : du sol arable, en un mot, qu'il y aura lieu de s'occuper.
En 1852, MM. Verdeil et Risler voulurent se rendre compte des matériaux solubles que le sol de l'Institut agronomique de Versailles pouvait céder à l'eau distillée tiède (1). Dix échantillons de 20 kilogrammes furent prélevés dans le domaine et lessivés par l'eau. La dissolution évaporée fournit un extrait dont la composition moyenne est ainsi représentée :
Matières organiques 45,05
Cendres 54, 80
Dans ces cendres, on a trouvé qu'il y avait :
Sulfate de chaux 31,06
Carbonate de chaux 26,90
Oxyde de fer 1,61
Alumine 0,50
Magnésie 1,59
Chlorures de sodium et de potassium 7,58
Silice 1K.05
Pousse (des silicates) 5,01
Ces chiffres expriment une moyenne, et il n'est pas sans intérêt de remarquer que, parmi les matières dissoutes,
(I) Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1852,2» semestre, p. 95.
Le phosphate de chaux Tariait de
Le sulfate de chaux, de
Les chlorures alcalins, de
Et enfin la silice, de
Un fait qui doit appeler notre attention en ce moment, c'est la solubilité considérable des substances minérales du sol dans l'eau. Que cette solubilité soit favorisée par l'intervention de matières organiques spéciales, c'est là une question secondaire que nous aurons occasion de discuter ultérieurement. Qu'il nous suffise de savoir que non-seulement les eaux terrestres sont loin d'être pures, mais encore qu'elles peuvent souvent être de véritables dissolutions de principes fertilisants, et transporter, d'un domaine sur un autre, des engrais fort assimilables en raison de leur extrême division.
Dans un beau travail récemment publié (l),et que je vous engage à consulter, M. Hervé-Mangon a établi que les eaux d'irrigation, employées sous un volume convenable, peuvent apporter au sol plus de matières minérales que n'en enlèvent les récoltes ; mais avant de vous signaler avec détail l'influence de tel ou tel principe contenu dans les eaux, je dois faire une réserve. Dans ce que je vais vous dire, il sera question de substances dissoutes, c'est-à-dire persistant le plus souvent après le dépôt ou la filt ration, et non de ces corps en suspension : — vases, limons, débris organiques, — que certains fleuves transportent avec une si prodigieuse abondance, que les terrains immergés par eux sont exhaussés et fécondés. Ce point établi, je puis entrer en matière et vous indiquer tout d'abord un moyen bien simple d'essayer les eaux.
Prenez 10 grammes de savon de Marseille, 160 grammes d'esprit de vin à 90 degrés centésimaux, faites dissoudre à chaud et filtrez, ajoutez 100 grammes d'eau distillée et conservez le tout dans une bouteille bien bouchée, vous aurez ainsi préparé un réactif qui se mélangera à l'eau de pluie sans y occasionner de dépôt bien sensible, tandis qu'il fournira dans les eaux de source un nuage et des grumeaux plus ou moins abon dants. Le dépôt obtenu est-il considérable, l'eau sera impropre
(1) Expériences sur V emploi des eaux dans les irrigations et sur la proportion des limons charriés par les cours d'eau, par Hervé-Mangon, 1809.
au savonnage et à la cuisson des légumes ; dans certains cas même, elle pourra donner lieu à des indispositions, si on l'emploie aux usages alimentaires. Mais il faut pousser cet examen plus avant.
Un moyen très-simple de reconnaître qu'une eau est plus ou moins chargée de matières en solution, c'est de la soumettre à l évaporation et d'apprécier le résidu qu'elle fournit. Cette opération se pratique sur 2 litres environ et dans une capsule de porcelaine que l'on chauffe de manière à entretenir le liquide au point d'ébullition. On pousse l'évaporation jusqu'à ce que ce liquide ne représente plus qu'un demi-décilitre. A cet instant, on transvase dans une petite capsule de 7 centimètres de diamètre environ, en ayant soin d'entraîner avec de l'eau distillée les moindres traces de résidu qui adhéreraient au premier vase. On chauffe alors la petite capsule à un feu très-doux, et lorsque la matière devient pâteuse, on termine l'opération dans une étuve chauffée de 100 à 110 degrés. Quand le résidu est bien sec, on le pèse avec la capsule qui a été tarée à l'avance. On a donc la quantité de matière que les 2 litres d'eau tenaient en dissolution.
Les chiffres suivants représentent les dépôts obtenus par l'évaporation des eaux prises dans des conditions propres à constituer des types.
PROVENANCE
QIANTITÉ DE RÉSIDU par litre.
Seine, avant sa jonction à In Marne
— dans Paris
— au sortir de Paris
— dans Rouen
— au sortir de Rouen: ...... .
Maine, à Angers.
Rhône, à Lyon, en hiver
en été .• . • . . . . .
Garonne, à Toulouse
Loire, à Meunir
— à Nantes (juillet 1 846)
— — (juillet 1856)
— — (janvier 1859).. ..
Erdre, au déversoir de Nantes ( 1846)
— à la Jonnclière(l846;
— au déversoir (1858)
— près l'égout de l'abattoir et à 1»,62 de profondeur..
Vilaine, à Redon
Eaux courantes d'Ille et Vilaine. . .
x de rivières.
C',I785 0 ,1705 0 ,1810 OM580àOM700 0«,I760 0 ,1470 0 .1898 0 ,1073
» ,mi
0«,f200âO«,I500
Baux de pull*.
Pu Us de Besançon
— d'Alsace
— de Londres
— artésien de Grenelle
Puits de Nantes, côte St Sébastien
— Savonnerie de l'Entrepôt. .
— Hosp. S t- Jacques
— Ile Videment . . .
— Rue Moquechien.
— Quai des Tanneurs
— Rue Bourgneuf .
— Idem
— Rue LaChalotais.
— Rue Brasserie. .
Puits de St-Naraire
Idem, près le bassin de Penhouet Puits prés de Cbâteaubriant
OBSERVATEURS
Divers.
Idem.
Idem.
(iirardin.
idem.
Morren.
H. Sltf-Claire Deville.
Idem.
Idem.
Idem.
Bobierre et Moride.
Bobierre.
Idem .
Bobierre et Moride.
Idem.
Bobierre.
Idem.
Idem.
Bobierre et Moride.
Malaguti.
H. S'«-Claire Deville.
Boiissingault.
Idem.
Payen.
Bobierre.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem.
Idem, idem.
Idem.
(I) Apre» une énorme crue.
PROVENANCE
QUANTITÉ DE RÉSIDU par litre.
OBSERVATEURS
Eaux &
— du Jardin des plantes de
Sources des environs de Bordeaux — des environs de Reims..
e source».
H. S««-Claire Deville.
Idem.
Boussingault.
Dupasquier.
Idem.
Larltguft.
Maumené.
J'aurais pu, Messieurs, multiplier ces exemples en puisant dans les nombreux documents aujourd'hui publiés sur cet intéressant sujet, mais les chiffres que je viens de citer suffisent à démontrer :
1° Que les eaux courantes sont relativement peu chargées de principes minéraux fixes;
2° Que les eaux de puits ou de sources sont quelquefois assez riches en principes inscrustants pour qu'il y ait grand intérêt à en faire l'essai avant de les employer pour l'alimentation, l'entretien des chaudières à vapeur, le dédoublement des alcools, la panification, la fabrication de la bière, etc. (1).
Il est quelquefois utile de compléter l'étude des eaux en recherchant la quantité de matériaux solides qu'elles tiennent en suspension. Arthur Younga établi que les affluents de l'Humber apportent 7 à 8 p. 100 en volume de vase appelée warp, et analogue par sa composition aux tangues de la basse Normandie. Le Rhône a fourni pendant l'année 1846, d'après M. Surrel, 21 million^ de mètres cubes de limon, et, dans certains cas, ce limon
(1) J'ai eu occasion d'analyser l'eau d'un puits de Nantes qui renfermait Ur,740 de résidu par litre et dont il a été fait mention dans le tableau ci-dessus. Dans le résidu, j'ai dosé lsr,070 de sulfate de chaux, 0sr,017 de carbonate de chaux et Oer,G53 de chlorures et de silicates alcali ns. Or, la présence du sulfate de chaux avait pour effet d'entraver d'une façon très-fâcheuse la fermenta tion de la bière.
Dig
a une telle influence sur la végétation, que son dépôt sur le sol équivaut à une fumure énergique. La fécondité des terres de la vallée d'Égypte inondées par le Nil, n'a pas d'autre origine.
Si vous voulez vous rendre facilement compte des matières limoneuses en suspension dans l'eau, il suffira de prendre un ballon ou un flacon muni d'un bouchon donnant passage à deux tubes, dont l'un b donne accès à l'air et le second a permet l'écoulement du liquide dans un filtre dont le poids est connu (i). L'orifice du tube a doit être amené à la surface du bouchon. Le flacon étant renversé et soutenu au-dessus du filtre, on fait plonger les orifices des deux tubes dans le liquide ; dès que le niveau de l'eau dans l'entonnoir s'est abaissé jusqu'à un certain point, l'air monte bulleà bulle par le tube ô, et une quantité d'eau correspondante coule
sur le filtre par le tube a. Le filtre est ensuite porté à l'étuve, et son poids brut, diminué de sa tare préalablement faite, exprime la quantité de substance en suspension dans l'eau.
On pourrait substituer aux deux tubes de cet appareil un simple tube de i centimètre de diamètre et de 10 centimètres de longueur, entrant à frottement dans un bouchon bien sain. En brisant légèrement en biseau l'extrémité de ce tube, et faisant araser son autre extrémité avec la surface intérieure du bouchon, on aura un appareil d'écoulement intermittent. La bouteille pleine d'eau et bouchée sera renversée sur le filtre où s'écoulera son contenu. Toutes les fois que l'échancrure du
(1) Ce poids doit être déterminé à l'aide d'une balance sensible, et après dessiccation du ûltre dans une petite étuve.
tube sera à découvert par l'abaissement du niveau dans le filtre, l'air s'introduira dans la bouteille et l'écoulement recommencera.
Les limons sont de véritables engrais dont l'excès peut être nuisible en raison des conditions physiques dans lesquelles ils placent les végétaux, mais, dans bien des cas, on voit une inondation déterminer une fertilité des plus remarquables.
M. Hervé-Mangon (l),dans ses études sur les limonsde la Loire au pont de Tours, a trouvé, que du 8 au il janvier 1860, pour des hauteurs de 2", 10 à 2B,,6o, le fleuve entraînait par vingt-quatre heures 29,423 mètres cubes de limon, c'est-à-dire une quantité suffisante pour colmater 100 hectares sur une épaisseur de 3 centimètres. Du 18 au 20 janvier 1803, avec des eaux peu chargées et des hauteurs de 2 mètres à 2B,,1() au-dessus de l'étiage, le volume du limon entraîné par vingt-quatre heures était encore de 2,730 mètres cubes représentant sur 100 hectares de superficie, une couche de près de 3 millimètres de matières fertilisantes renfermant 24,088 kilogr. d'azote et 21 ,7i31 kilos de carbone.
Nous sommes amenés, Messieurs, à nous demander ce que sont ces limons, en tant que matières fertilisantes.
Je ne terminerai pas cet entretien sans mettre sous vos yeux les résultats analytiques fournis par l'analyse des limons ; leurs chiffres démontrent que ces dépôts sont de véritables fumiers.
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de 1856.
Matières organiques..
Acide carbonique... .
Eau combinée
Argile .... »«•«•.»« Acide phosphorique..
N AJCTli.
de 1 B€6.
Orléans