louche, louche
Une solution d'acide carbonique contenant plusieurs volumes de ce gaz aurait rendu encore plus évidente l'influence dissolvante constatée dans ces essais.
On voit quels moyens nombreux la nature emploie pour faciliter la répartition des matériaux nécessaires aux phénomènes de la végétation et de la vie.
Au sujet de la solubilité bien distincte des nodules récemments extraits ou exposés longtemps à l'air, un industriel de Verdun m'a communiqué un fait qui m'a frappé. Il y a, me disait-il, une telle modification dans les nodules sous l'influence des gaz et de l'humidité atmosphérique que souvent des monceaux de ces matières se délitent au point d'occasionner un important déchet, si la matière est restée longtemps sur le sol. Le même industriel m'a déclaré qu'il pratiquait la pulvérisation de un mètre cube de nodules par jour, et que, souvent, il avait constaté un sensible échauffement dans la poudre obtenue.
J'ai, pour ma part, reconnu, il y a quelques jours à peine, que des phosphates fossiles pulvérulents contenus dans une boîte qui avait été oubliée pendant plusieurs années sur l'une des planches de mon laboratoire, s'étaient pelotonnés, avaient passé du gris verdâtre au brun clair et étaient devenus très-solubles dans l'acide acétique. Après dessiccation à 100°, ces phosphates perdaient 9 p. iOO par la calcination.
Action des sesquioxydes . — La propriété des sesquioxydes d'engager l'acide phosphorique des phosphates dans une combinai-
(1) Dehéroin, loc. cit.
son peu soluble, de l'emmagasiner en quelque sorte a été étudiée avec soin par M. Dehérain. Ce savant a constaté, conformément à ce qui avait été déjà avancé par M. P. Thenard, que certains sols peuvent ne fournir que du phosphate de sesquioxyde, bien qu'on les ait amendés avec du phosphate de chaux. Il a également précisé ce fait intéressant, et que je n'avais développé que d'une manière générale : que les masses des substances agissantes sont la cause déterminante des réactions, de telle sorte que si les sesquioxydes peuvent engager r acide phosphorique dans des combinaisons très-peu solubles ; par cont7*e, des carbonates alcalins ou alcalino-teweux peuvent enlever r acide phosphorique aux phosphates de sesquioxyde.
Action des sels. — Le môme chimiste a étudié l'action du carbonate de chaux sur les phosphates de sesquioxyde de fer, et il a démontré que cette action était surtout efficace lorsque le fer était à l'état de sesquioxyde. En un mot, le phosphate de protoxyde de fer est moins propre à la double décomposition par le carbonate de chaux que le phosphate de sesquioxyde de fer.
Pour s'en assurer, ce chimiste a d'abord recherché si le phosphate de protoxyde de fer était moins attaquable par les carbonates que le phosphate de sesquioxyde; il a placé dans un litre d'eau distillée 2 grammes de phosphate de protoxyde de fer et 4 grammes de carbonate de potasse, et, en môme temps, dans un autre litre d'eau, 2 grammes de phosphate de sesquioxyde et 4 grammes de carbonate de potasse.
Il a obtenu, dans le premier cas :
0 gr. 058 d'acide phosphorique ;
dans le second :
0 gr. 158 d'acide phosphorique.
En mettant dans l'appareil à eau de Seltz du phosphate de protoxyde de fer et du carbonate de chaux, on n'obtient que des traces d'acide phosphorique en dissolution ; en y mettant du phosphate de sesquioxyde, on trouve, au contraire, des quantités notables d'acide phosphorique dans le liquide.
Si l'augmentation de solubilité si évidente des nodules après leur exposition à l'air tient à la réaction qui s'établit entre le carbonate de chaux de la poudre et le phosphate de fer, il est
probable que les nodules les plus riches en oxyde de fer seront ceux qui se dissoudront en plus grande quantité dans l'eau de Sellz.
En effet, 10 grammes de deux poudres renfermant :
No |. No 2.
Phosphate de fer 6,3 11,1
Acide phosphorique total 29,6 20,9
Carbonate de chaux non dosé non dosé
ont été mis dans l'appareil à eau de Seltz ; on a trouvé :
No 1. N» î.
Acide phosphorique en dissolution 0,063 0, 1 72
Les deux poudres étaient anciennes Tune et l'autre; on voit que c'est la plus riche en phosphate de ferquiadonné la plusgrande quantité d'acide phosphorique en dissolution, bien qu'elle en renfermât moins.
«C'est donc, dit M. Dehérain, à l'action de l'oxygène sur le phosphate de fer que j'attribue l'accroissement de solubilité de la poudre des nodules dans les acides faibles que j'avais observé dès mes premières recherches, observation dont M. Bobierrea également reconnu la justesse. »
Tous ces faits démontrent suffisamment que la présence de quelques centièmes de phosphate ferrique dans les nodules, connue depuis longtemps et signalée de nouveau en 1859 par M. Delanoue, n'a aucune portée défavorable sur l'application des phosphates fossiles en agriculture.
Enfin, ce que j'ajouterai comme acquis à la science, au sujet de l'action des sels alcalins sur les nodules pulvérisés, c'est que le phosphate ferrique est soluble dans une dissolution aqueuse d'ammoniaque. Quant au phosphate de chaux, non-seulement il est décomposable par les carbonates alcalins, mais encore cette décomposition se f 'ait beaucoup mieux à la température ordinaire qu'à celle de Tébullition (I). Entre cette circonstance et factiondes liquides qui circulent dans les terrai nsfeldspathiques, le rapport est immédiat.
Tout cela, Messieurs, est quelque peu scientifique, je me
(i) Henri Rose, Traité complet d'analyse, 1. 1, p. 547.
hâte de rentrer sur le terrain de l'expérimentation élémentaire.
J'ai voulu tout d'abord, et malgré l'époque défavorable, faire, en mars 1857, quelques essais sur la culture du froment; j'ai, pour cela, opéré sur une terre défrichée quelques jours seulement avant l'expérience, et dans laquelle j'ai comparativement employé des nodules pulvérisés à 55 p. 100 de phosphate, et du noir animal en petits grains à 72 p. 100. La terre, riche en humus et en principes acides, offrait les meilleures conditions pour dissoudre les phosphates terreux.
L'engrais fut employé à la dose de six hectolitres à l'hectare. Les résultats observés furent les suivants :
Dans les pièces qui avaient reçu du froment, il n'y eut pas de différence appréciable entre le produit du noir animal, du phosphate fossile légèrement animalisé, et du même phosphate mélangé de charbon très-poreux. Il y eut une supériorité assez marquée, et à laquelle j'étais loin de m'attendre, dans une autre pièce où les nodules purs et simplement réduits en poudre trèsfine, avaient été employés comparativement avec le noir animal en petits grains. Dans tous ces essais, du reste, la récolte fut médiocre, quel que fût l'engrais adopté, en raison de l'époque trop récente du défrichement.
Deux pièces de terre furent ensemencées d'avoine et fumées, l'une avec des nodules en poudre, l'autre avec du noir animal. Dans les deux cas, les produits furent beaux; et, ici encore, aucune différence appréciable, soit dans la quantité, soit dans l'aspect de la récolte, ne fut observée.
Malgré les conditions défavorables dans lesquelles cet essai préliminaire avait eu lieu^ je fus frappé, je dois l'avouer, de voir mes prévisions mises en défaut au sujet de l'action des phosphates fossiles employés seuls et à l'état de poudre fine. Mes recherches de laboratoire sur quelques coefficients de solubilité dans l'acide carbonique, les lois de l'analogie, enfin, il faut bien le dire aussi, l'ignorance de la science actuelle sur les modifications qu'éprouvent les nodules en présence de l'air contenu dans le sol arable, tout cela me conduisait à regarder ces engrais comme lentement assimilables, et devant, sous ce rapport, être classés assez loin du noir d'os. Cependant, l'expérience agricole semblait contredire mes idées préconçues.
Cette contradiction se manifesta de nouveau dans des essais plus concluants.
Ma seconde série d'expériences eut lieu sur la culture du sarrasin qui, dans l'Ouest, absorbe des masses énormes de noir animal. Le surplus des quantités assimilées par cette plante reste dans le sol, où son action se fait ultérieurement sentir sur les froments d'hiver.
Pour me mettre, autant que possible, à l'abri des influences nombreuses et inégales des expériences faites en grand, je résolus de faire mes essais dans des pots, sur des substances pesées, et en présence d'éléments d'irrigation et d'exposition parfaitement identiques.
Onze pots furent remplis de terre extrêmement maigre et provenant de la désagrégation des roches schisteuses. La terre fut mélangée dans chaque pot avec 10 grammes d'engrais, et deux grains de sarrasin y furent semés le 25 juin. Jusqu'au 22 septembre, jour où l'expérience fut complètement terminée, l'arrosage des pots eut lieu deux fois par jour, au moyen d'eau de pluie. La végétation marcha bien, sauf dans le cas où il y eut emploi de terre sans engrais et de nodules traités par 20 p. 100 d'acide sulfurique.
Dans ces deux circonstances, les plantes furent maigres, souffreteuses, et donnèrent une récolte insignifiante. Il ne faut pas oublier que la maigreur de la terre employée était poussée à l'extrême; l'humus n.'y existait qu'en proportion très-minime ; l'aptitude à retenir l'eau et à condenser les gaz était aussi faible que possible.
Au bout de trois semaines, il était Jacile d'apprécier la favorable influence de l'acide phosphorique sur le sarrasin. Là où agissait le phosphate de chaux animalisé et le mélange de sang et de poudre de nodules, il y avait une végétation aussi luxuriante que précoce. Le noir animal était distancé. En raison de la maigreur du sol, le phosphate de chaux pur donnait de tristes résultats. Voici le résumé complet de ces observations, faites avec le plus grand soin.
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