‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 65 sur 87 · C.OC · texte numérisé non relu

C.OC

Richesse moyenne en

— en

phosphates.

Ces matières sont donc riches en azote assimilable; elles agissent rapidement et se prôlent au mélange avec des substances phosphatées ainsi qu'à l'amélioration des fumiers. Leurs résultats sont excellents, mais il convient de les employer avec discernement, c'est-à-dire de les diviser et de ne pas les soumettre au contact de la chaux ou à l'action trop prolongée de l'humidité, la fermentation pouvant provoquer le dégagement d'une portion notable de leur azote à l'état ammoniacal. La même recommandation s'applique au surplus à l'emploi du sang et des chairs musculaires sèches.

Rendre au sol et à l'état d'engrais ce que les animaux en ont extrait sous forme de chairs, d'os, de fumier, etc., ce n'est pas de la science, c'est simplement du gros bon sens ; mais il y a plus, les populations doivent tendre constamment à ramener dans la rotation agricole tous les excréments qui, bien souvent, sont gaspillés avec la plus déplorable insouciance et jetés comme une vile matière dont on ne saurait se débarrasser avec trop de soin. L'agriculture progressive recherchera donc avec une égale ardeur toutes les matières jadis perdues, telles que bourres de tannerie, chiffons de laine, tontisse, résidus de cornes,

\\) L'échantillon soumis à mon analyse renfermait une proportion un peu plus forte de matière siliceuse que les trois autres.

sabots, etc. (1). Les analyses exprimant la richesse en azote de ces détritus industriels, motivent tout d'abord cette recommandation.

SUBSTANCE SÈCHE. p. 100. ANALYSTES.

Laine pure 17,71 Schérer.

Tontisse de drap 4,21 Morière.

Poussiers de batterie (tontisse de qualité

inférieure) 3,12 Houzeau.

Déchet du cardage des laines brutes. 3,00 à 4,50 Girardin.

Poils 17,28 Schérer.

Bourres courtes de poils de bestiaux. . . . 13,78 Payen et Boussingault.

Cheveux 17,14 Van Laer.

Cornes de bu'uf 17,10 Mulder.

Sabots de cheval 16,70 Id.

ityau:::::.:::::::::::::::: !$ I*— •

Fanons de baleine 16,50 Fremy.

Rognures de cuir désagrégées 9,31 Payen et Boussingault.

Les matières cornées, les chiffons de laine ou déchets de drap, cuir, poils, etc., offrent, il est vrai, une résistance très-grande a la décomposition dans le sol. On a eu recours, pour vaincre cette résistance, à divers moyens, tels que le déchiquetage, le traitement par les alcalis, par les acides, par la fermentation qui s'opère au sein des composts, enfin par la» torréfaction ou l'action de la vapeur à haute température. Je vous dirai quelques mots de ces divers procédés, qui peuvent avoir chacun sa raison d'être selon les circonstances.

L'action des déchets de laine, que je choisirai comme types d'une substance difficilement décomposablè, a frappé de tout temps les observateurs: « Un des phénomènes de végétation qui m'ont le plus étonné dans ma vie, dit Chaptal, c'est la fertilité d'un champ des environs de Montpellier, qui appartenait à un fabricant de couvertures de laine. Le propriétaire y faisait apporter chaque année les balayures de ses ateliers, et les récol-

(1) Les Chinois, chez qui nous aurions beaucoup à prendre en matière de traditions relatives à l'emploi des engrais, recueillent toutes les substances fertilisantes sans exception. Les déchets de barbe et de cheveux provenant chaque jour de millions de têtes sont utilisés avec grand soin chez eux pour la confection des engrais. M. Isidore Pierre croit pouvoir évaluer la substance utile ainsi recueillie à 730,000 kil. par année pour 40,000,000 d'individus.

tes en blé et fourrages que j'ai vu produire sur cette terre étaient vraiment prodigieuses (4). »

Il est certain, Messieurs, que la terre dont parle Ghaptal, appartenant aux formations tertiaires, devait renfermer abondamment les principes minéraux fixes nécessaires aux récoltes : vraisemblablement les déchets de laine y étaient employés concurremment avec le fumier. Ghaptal rapporte également que, pendant longtemps, les Génois recueillaient avec soin, dans le midi de la France, tout ce qu'ils pouvaient trouver de retailles et de débris de tissus de laine pour les faire pourrir au pied de leurs oliviers. Cette pratique est bien connue des Provençaux, qui utilisent les débris de laine pour la culture de la vigne et de l'olivier.

En Angleterre, on se sert des débris des étoffes de laine à la dose de 4,500 à 4,600kilog. par hectare; mais, sur le continent, on élève cette quantité jusqu'à 3,000 kilog. A cette dose, M. Delonchamps, agriculteur de Seine-et-Marne, substituait la laine au fumier pendant trois années. Au bout de ce temps, il employait de nouveau le fumier et ne revenait à la laine que trois ans plus tard. Ici encore, je vous rappellerai que le sol de Seine-et-Marne appartient à la formation calcaire.

Une considération qui trouve aussi sa place lorsqu'on recherche l'action des chiffons de laine sur le sol, c'est celle qui aurait pour but d'attribuer les bons effets de cet engrais à une double influence. Certes la laine agit par son azote, mais on peut se demander si les conditions physiques réalisées par la division de la terre arable au moyen de tels débris, n'ont pas une importance très-grande. Il y aurait à cet égard des expériences comparatives à entreprendre. Elles auraient un grand intérêt.

Je terminerai ces citations en relatant, d'après M. Rohart (2), que certaines terres pauvres delà Champagne, notamment celles des environs de Reims, ont subi une véritable transformation par le soin que les paysans ont mis à y porter les balayures des filatures et des fabriques de tissus de laine. Ces faits constatés

(1) Chimie appliquée à V agriculture.

(2) Guide de la fabrication économique des engrais , p. 382.

3t)8 leçons de chimie agricole.

— et je pourrais vous en rapporter bien d'autres — j'examinerai les divers moyens d'accélérer l'assimilation des laines, cornes, poils, déchets de cuir; atteindre ce but, c'est augmenter dans une notable proportion la valeur réelle de ces matières.

Matthieu de Dombasle se contentait de stratifier laines el fumiers; la chaleur, l'humidité, l'action des gaz, interviennent en pareil cas comme agents de désagrégation, mais il en est de plus énergiques.

M. Goubin a, pendant quelque temps, employé une faible lessive de soude caustique. Sous son influence, les cornes, chiffons de laine, déchets de cuir, plumes, etc., subissent une modification profonde. On les dessèche, on les broie, et on les passe au blutoir. J'ai entendu un fabricant de guanos artificiels se louer de ce moyen.

M. Toyubée, d'Anvers, a pris en 1859 une patente anglais» pour la division et la dissolution des résidus de laine, cuir, crin, soie et viande, à l'aide de l'acide suif uri que dans des vases de plomb chauffés à la vapeur (1). Cet inventeur conseille de prendre 100 kilog. d'acide sulfurique à 50 degrés, pour 4à SOOkilog. de substance organique. Il y a quelques années, j'ai vu un industriel du Mans faire une opération analogue avec l'acide chlorhydrique du commerce, qu'il utilisait spécialement pour le traitement des déchets de cuir.

A plusieurs reprises on avait chauffé et roussi dans des four* les matières osseuses ou cornées pour faciliter leur pulvérisation. Un fabricant d'engrais de Nantes, Leroux, a elfeetué cette opération avec régularité et à une température fixe. Il soumet à une torréfaction bien conduite des sabots, concilions, etc., et il rend ces matières azotées plus friables et plus rapidement décomposables dans le sol. L'appareil dont se sert M. Leroux, et dont je vous ai déjà parlé, consiste en un cylindre en forte tôle tournant sur son axe, et dans lequel la torréfaction se fait avec lenteur et uniformité. La matière cornée devient d'un jaune orangé terne, et j'ai reconnu que, sous ce nouvel état, elle subit facilement dans le sol une décomposition qui entraine la transformation de son azote en ammoniaque. Ce procédé, très-con-

(I) Kuopp., Chemisettes Centralblatt, avril 1839, p. 240.

venable pour les cornes, sabots, etc., est moins avantageux lorsqu'on veut opérer sur des déchets de laine, cuir, crin, etc., qui noircissent et se décomposent très-promptement. En raison du prix chaque jour plus élevé des cornillons et sabots, la torréfaction semble plus spécialement destinée à augmenter la valeur agricole de l'azote desos dont elle accélère les effets fertilisants; sous ce rapport, elle réalise un progrès marqué.

Dans ces dernières années, M. Jaille avait effectué à Agen des tentatives heureuses pour liquéfier, sous l'action de la vapeur à haute pression, les déchets de cornes, laine, cuir, crins, etc., en vue de rendre l'azote de ces substances très-rapidement assimilable. M. Rohart, qui s'était occupé delà môme question, a organisé à Aubervilliers, de concert avec M. Jaille, une fabrication régulière dont le principe doit être signalé.

Dans l'usine de M. Rohart, un générateur de 15 chevaux, fonctionnant à haute pression, dessert trois digesteurs ou autoclaves jaugeant chacun 4,400 litres et permettant d'agir sur 300 kilog. de substance à la fois. Selon que l'on opère suides substances plus ou moins décomposables, la désagrégation comporte un temps plus ou moins court; quoi qu'il en soit, ce traitement amène les déchets à l'état de magma miscible à l'eau et parfaitement propre à la fabrication des engrais mixtes. Ces principes étant admis, on comprend que des questions d'opportunité purement commerciale en détermineront l'application dans telle localité ou à telle époque.

Je ne pourrais, Messieurs, vous parler avec compétence du prix auquel revient la modification des substances animales sous l'influence de la vapeur à haute pression, les documents me font défaut pour aborder cette question. Mais ce qui, pour moi, établit la portée industrielle du principe, c'est l'application qu'en a faite en Angleterre M. Ward, pour séparer la laine du coton dans les chiffons, ainsi que dans les résidus non triables. Voici la description de cette méthode :

On introduit les chiffons mixtes ou d'autres résidus mélangés dans une marmite de Papin ou autoclave ordinaire et on les y maintient, pendant trois heures environ(plus ou moins), sous l'influence d'une atmosphère de vapeur chauffée à une pression de 3 à 5 atmosphères. La pression et la température exigées varient

suivant les matières qu'on traite ; la laine demande une température plus élevée que le cuir par exemple, et la soie une température plus haute que la laine. Les matières condensent une certaine proportion de vapeur et en absorbent la chaleur. L'action combinée de l'humidité et de la chaleur a pour effet de convertir la matière animate en une substance friable qui garde cependant sa forme et son aspect primitifs : ainsi la laine des chiffons garde, après cette opération, la même apparence fibreuse qu'elle avait auparavant, quoiqu'elle se réduise en poudre par le frottement. Les machines ordinaires à écraser ou à battre divisent très -facilement ce produit fragile et le détachent de la matière végétale entremêlée ; celle-ci conserve intactes ses qualités fibreuses. Le batteur est pourvu d'un tamis qui retient la fibre végétale en laissant passer la poussière animale. Ultérieurement la fibre végétale tombe de la machine à l'état de matière prête à être employée à la préparation du papier; pendant ce temps la poussière de fibre animale est chassée en avant par une vis d'Archimède, puis élevée mécaniquement jusqu'à ce qu'elle atteigne les ouvertures des sacs préparés pour la recevoir.

Ainsi le produit animal s'échappe de la machine à battre sous la forme d'une poudre de couleur foncée, mélangée de petits fragments de la même substance ; on tamise et on écrase ces fragments. Cette poudre, telle qu'on la produit industriellement avec la poussière etlarecoupe deschiffons, contient en moyenne près de 12 p. 100 d'azote, proportion qui correspond à 14,5p. 100 d'ammoniaque. L'azote y existe en petite quantité comme ammoniaque toute formée maintenue en combinaison par les acidesbruns, ulmiqueethumique développés pendant le traitement. La masse d'azote cependant est présente, non sous la forme d'ammoniaque, mais comme partie constituante du produit dérivé de la laine même. Ce composé organique est partiellement soluble, et le devient de plus en plus à mesure qu'on fournit plus d'humidité aux chiffons pendant leur traitement par la vapeur surchauffée. Tel qu'on l'obtient ordinairement, c'est un engrais d'un pouvoir très-fertilisant, la totalité de son azote étant rapidement mise en liberté sous forme d'ammoniaque par les influences qu'il rencontre dans le sol.

Une compagnie anglaise adoptant le nom assez impropre de « compagnie de r ulmate d'ammoniaque, » a fait faire par M. Volcker une analyse de la matière dont je viens de vous entretenir; ce chimiste y a trouvé :

Humidité , 11,59

Matière organique 73,89

Ammoniaque à l'état d'ulmate 2,05

Oxydes de fer et d'alumine et acide phos-

phorique r... 2,52

Carbonate de chaux 2,22

Alcalis et magnésie 1,26

Matière siliceuse insoluble 6,47

/de la matière organique • 10,2 i

\ correspondant à ammoniaque 12,43

» quantité totale d'azote 11,93

correspondant à ammoniaque 14,48

La proportion relative des produits fibreux et d'engrais résultant de l'exploitation de ce procédé varie naturellement selon la nature des matières qu'on traite. Quelques-uns de ces chiffons mixtes sont riches en fibre végétale, d'autres en fibre animale. Cependant, la moyenne des chiffons mélangés contient ces substances en proportions à peu près égales, et, dans tous les cas, le poids des deux produits fibreux et pulvérulent a à peu près le poids des matières brutes traitées, de sorte que l'opération n'entraine aucune perte.

Vous le voyez. Messieurs, chaque jour enfante un nouvel effort dont profite l'agriculture, et le temps approche où, malgré les résistances de la routine, la science dominera des pratiques trop longtemps subordonnées aux fluctuations du hasard. Jetez autour de vous un regard attentif, et vous reconnaîtrez que les forces gaspillées et les matières perdues diminuent dans une notable proportion. Il y a certes bien des choses à faire encore ; mais combien de progrès la chimie agricole n'a-t-elle pas réalisés depuis trente ans ! A l'heure où je vous parle, on rêve plus encore, et la fixation de l'azote atmosphérique sous forme de combinaison assimilable préoccupe des esprits ingénieux et persévérants. Vous entrevoyez déjà que la solution éconamique d'un tel problème équivaudrait à une véritable fabrication de viande.

Prendre l'azote de l'air, l'engager dans une molécule composée propre à la nourriture du végétal, c'est concourir autant que peut le faire le génie humain à la production des fourrages et de la viande. Faisons des vœux, Messieurs, pour que de telles espérances soient réalisées dans le domaine industriel comme elles le sont déjà dans le laboratoire.

Les engrais mixtes. — Tradition et progrès. — Composition et pouvoir absorbant des litières — Nature des déjections et des urines. — Poids du mètre cube et composition des différents fumiers. — Rapport des aliments et de la litière au fumier obtenu. — Méthode d'évaluation de M. G. Heuzé. — Divers procédés de production et de conservation des fumiers. — Réflexions sur leur emploi. — Conclusion.

Messieurs,

En vous parlant jusqu'à ce jour des engrais riches en acide phosphorique et de ceux qui nous offrent l'azote assimilable à son maximum de condensation, j'ai appelé vos regards sur un lerrain véritablement industriel ; dans le plus grand nombre des cas, en effet, la recherche et l'appropriation des phosphates, la conservation et la mise en valeur des substances azotées, cons • lituent des opérations manufacturières. Cela explique, disons-le en passant, les progrès accomplis depuis vingt ans à peine dans cette branche de l'activité productrice.

Les engrais dont la production incombe plus particulièrement au cultivateur, sont ceux qui dérivent immédiatement de la culture. Ce sont là des engrais mixtes, c'est-à-dire des engrais dans lesquels l'azote et les phosphates associes à une forte proportion de substance végétale, sont éminemment propres à la fertilisation du sol. Le fumier en est le type, et c'est sur les propriétés de cette précieuse substance, que je me propose d'appeler aujourd'hui votre attention.

En abordant un tel sujet, je ne me fais pas illusion, Messieurs, et je sens qu'il m'est fort difficile d'être neuf, peut-être même utile à beaucoup d'entre vous. Sur cette matière, les bons trai-

tés ne font pas défaut, et je dois me borner à en résumer les conclusions générales. J'essaierai cependant, en accomplissant cette tâche, de vous mettre en garde contre certaines erreurs trop généralement répandues, et de faire justice d'hérésies que s'imposent sous l'appellation fort élastique de traditions, au grand détriment de la production agricole.

Tout le monde a la prétention de savoir ce que c'est que du fumier. Lorsqu'un propriétaire dédaigneux des enseignements scientifiques déclare qu'il a employé 20 ou 30 mètres cubes de fumier, il croit naïvement qu'il a exprimé un fait bien déterminé. Demandez-lui ce que pesait cet engrais, à combien il revenait, ce qu'il aperdu de principes utiles pendant le temps écoulé entre sa production et son emploi; demandez-lui, enfin, pourquoi le fumier consommé semble, dans certaines circonstances, supérieur au fumier frais, et à quelles lois est définitivement subordonnée la méthode à suivre à cet égard ; sur tous ces points, le propriétaire auquel je fais allusion restera muet : il se bornera à vous dire que nos pères agissaient au mieux, et que les imiter est sage. Un homme de progrès ne se paie pas de telles raisons, il observe avec sagacité, et il suit docilement les bons exemples.

Un agriculteur fort instruit me tenait, il y a quelques jours à peine, le langage suivant : « J'ai, d'après votre conseil, répandu chaque jour du phosphate fossile sur la litière de mes étables. Le fumier produit dans ces conditions a acquis une supériorité d'action dont les faits ne me permettent pas de douter désormais ; mes fermiers ont été témoins de mes essais, ils y ont coopéré. Eh bien! je suis persuadé que jamais cette méthode ne sera appliquée par eux pendant mon absence; car ils n'admettent pas que le cube de fumier restant le môme, on puisse avoir avantage à augmenter la dépense affectée à sa production. » Ainsi raisonnent, Messieurs, ces cultivateurs sans instruction élémentaire, que l'on oppose trop souvent aux hommes de progrès. Qu'on leur ofFre effrontément du noir de raffinerie à 5 et à 6 fr. l'hectolitre, ils acceptent ; qu'on leur parle d'améliorer leur fumier, ils sont incrédules. Et voilà les modèles qu'on vous propose. Ah ! Messieurs, je croirais vous faire injure en vous demandant quelle voie vous voulez suivre, et votre présence ici me semble un gage de vos convictions. Acceptons les traditions,

car elles sont respectables à bien des titres; mais que ce soit au moins sous bénéfice d'inventaire.

Et puisqu'on parle de traditions, pourquoi ne pas rechercher les bonnes ; elles ne font pas défaut sur la question si importante de la production du fumier. « Sterquilinium magnum stude ut habeas : stercus sedulo conserva. » — Attachez-vous à obtenir un gros tas de fumier : conservez soigneusement vos engrais — disait Calon (1) ; a une métairie, dit à son tour Varron (2), doit avoir deux fosses à fumier. Si elle n'en a qu'une, celle-ci doit être divisée et à double entrée, car dans l'un des compartiments il faudra porter le nouveau fumier de la ferme : l'engrais ancien, contenu dans l'autre compartiment, sera porté aux champs. »

S'agit-il d'une petite ferme manquant de bétail, écoutez ce que dit Columelle (3) : « Je sais qu'il est certaines métairies où l'on pourrait n'avoir ni bestiaux ni volailles; cependant il faut qu'un cultivateur soit bien négligent, si même en un tel lieu il manque d'engrais.

« Ne peut-il pas recueillir et entasser des feuilles quelconques et le terreau qui s'amasse au pied des buissons et dans les chemins? Ne peut-il pas obtenir la permission de couper la fougère chez un voisin auquel cet enlèvement ne fait aucun tort, et la mêler aux immondices de la cour ?

« Ne peut-il pas creuser une fosse à engrais... et y réunir la cendre, les ordures des cloaques, les chaumes et toutes espèces de balayures? »

La conservation du purin, la conduite de la fermentation, la préservation du fumier des influences desséchantes sous les climats ardents, sont traitées par le môme auteur avec une si grande précision, qu'il semble vraiment en le lisant qu'on écoute un enseignement de la veille.

« Ayez deux fosses à engrais, l'une pour recevoir les nouvelles curures de vos. étables et les conserver pendant un an, tandis que l'on emploiera le fumier ancien contenu dans l'autre. Toutes deux seront, comme les piscines, sur un sol légèrement incliné, murées et pavées, de manière à ne laisser échapper ni infiltrer aucun

(1) De re rus lien, cap. v.

(2) Dere rustica, lib. I, cap. xiii.

3) Lib. 1, cap. vi.

liquide; car il est très-important de conserver au fumier toute sa force en évitant la dessiccation des sucs, et de le laisser macérer dans une continuelle humidité. De cette manière, s'il se trouve, mêlées aux litières et aux pailles, quelques graines d'épines ou de mauvaises herbes, elles pourrissent et ne vont pas salir les récoltes des champs sur lesquels on les porte avec l'engrais. Les cultivateurs habiles couvrent avec des claies de branchage tout ce qu'ils ont retiré de leurs bergeries et de leurs étables, pour empêcher que l'engrais ne soit desséché par les vents, ou brûlé par les rayons du soleil. »

Si l'on veut imiter le passé, il faut l'imiter dans ce qu'il a de bon, et vous m'accorderez, Messieurs, que les préceptes de l'antiquité valent bien l'apathie dont on nous vante quelquefois les prétendus avantages.

Mais sans sortir du temps présent, il suffit de changer de pays et d'observer, pour comprendre l'importance des progrès agricoles possibles. En Bretagne, on jette généralement avec peu de soin le fumier dans les cours : il s'y dessèche, et les liquides sont perdus. Telle est, dit avec raison le savant auteur de l'Agriculture des Côtes-du~Nord, la pratique généralement suivie (1). En Suisse, au contraire, et plus spécialement dans l'Oberland Bernois, les paysans mettent une véritable coquetterie à entourer les tas de fumier avec des tresses de paille ; la propreté y gagne en même temps que l'évaporation trop rapide de l'humidité ou le dégagement de l'ammoniaque sont paralysés. Ce but est si complètement atteint, dit le docteur Sacc, « qu'à deux centimètres au-dessous de cette couche extérieure de paille, si fraîche et si propre, la putréfaction est déjà complète, ce qui n'arrive jamais aux fumiers hérissés et informes autour desquels et dans lesquels l'air joue presque librement (2). »

« Nous avons enfin vu du fumier, du vrai fumier, comme tout le monde devrait en faire et comme on n'en sait pas faire, » écrivait il y a quelque temps M. Rohart (3), de retour d'une excursion à Grignon. « La masse entière, ajoute cet industriel,

(1) Agriculture française, par MM. les Inspecteurs d'agriculture, département des C.ôtes-du-Nord, p. 130.

(2) Chimie agricole, p. 77.

(3j Annuaire des engrais, mars et avril 1863, p. 114.

est pénétrée de purin avec une régularité parfaite. Pas un atome de paille n'a pu y échapper, et le tas est dressé avec tant de soin, qu'à une certaine distance on croirait voir le mur d'une citadelle. Le purin suinte extérieurement à travers cette masse, toute la fibre végétale en est imprégnée comme une éponge, et le vernis qu'il y dépose par évaporation au seul contact de l'air, ferait croire à une couche de goudron.

Ce qui n'est pas moins curieux à constater , c'est qu'il est impossible à l'odorat de percevoir, autour ou même sur ces masses considérables en voie de décomposition, la moindre odeur ammoniacale.

Ce résultat est d'autant plus remarquable, qu'il n'entre pas dans ce fumier un atome de plaire ou d'agent fixateur quelconque pouvant arrêter chimiquement l'ammoniaque au passage. 11 est bon de voir des choses bien faites, avec soin, avec méthode, et surtout avec simplicité. Pour qui sait voir, la satisfaction est d'autant plus grande que cela ne représente que deux choses qui n'ont pas coûté un petit écu pour réaliser une perfection aussi complète : l'intelligence et le travail.

L'homogénéité de ces masses est tellement complète que nous avons vu debout les dernières parties d'un tas qui n'avait guère que l'épaisseur d'une muraille, et qui conservait parfaitement la perpendiculaire. On les coupait à la bêche pour les conduire auxchamps. Trois semaines ou un moisde fermentation et d'arrosage suffisent pour obtenir ce résultat.

L'aspect du fumier ainsi préparé est des plus satisfaisants; on le croirait gras et onctueux, en raison du purin interposé entre chaque particule solide; ce dernier y est concentré, et y est devenu épais comme de la mélasse. Vienne la pluie, elle dissoudra ce purin sirupeux, le répartira également sur toute la couche arable, en même temps que la fibre végétale, non entièrement décomposée, s'isolera et aidera à l'ameubiissement et à l'aérage du sol, tout en lui fournissant l'élément humifère artistement préparé, c'est-à-dire disposé par une bonne fermentation préalable à une assimilation facile par les plantes. »

Ce type de fumier aménagé avec intelligence est donc bien rare, que l'on s'extasie dès qu'on le rencontre? Oui, en vérité, et en regard des rapides progrès de la mécanique agricole, des

coutumes déplorables régissent encore, dans les neuf dixièmes des cas, la production et la conservation du plus précieux des engrais. Essayons d'apprécier avec exactitude les conséquences agricoles de cet état de choses, et pour cela jetons un coup d'œil sur la composition du fumier. Cette tâche est rendue facile par les nombreux travaux publiés sur cette question, et au nombre desquels je vous signalerai plus particulièrement les notices intitulées : La Fosse à fumier, par M. Boussingault; les Fumiers considérés comme engrais, par M. J. Girard in ; le chapitre Fumier du Cours d'agriculture pratique de M. Gustave Heuzé, ancien fermier de Grand-Jouan, et aujourd'hui professeur à Grignon. Il me sera bien permis enfin de vous citer comme intelligible pour les cultivateurs les moins lettrés mon petit catéchisme intitulé : Simples Notions sur l'achat et l'emploi des engrais (1).

Quels sont les éléments constitutifs du fumier? Existe-t-il un rapport exact entre la quantité des matières alimentai res fournies aux animaux et la masse du fumier obtenu? Voilà tout d'abord ce que nous devons connaître. Ces points établis, nous rechercherons ensemble à quelles lois générales on doit subordonner les pratiques de la préparation, de la conservation, et enfin de l'emploi des fumiers.

On appelle fumier, une litière imprégnée de déjections. Il en résulte qu'en faisant varier la litière ou l'espèce animale, on fera varier le fumier lui-même.

La litière le plus ordinairement employée est, comme chacun lésait, la paille de céréales; elle assainit l'étable par ses propriétés absorbantos, et elle procure au bétail un coucher doux et un peu humide.

La composition moyenne de cette paille est la suivante pour 400 parties:

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